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Mort de bin Laden : le meilleur des mondes est de retour

Encore un conte de fée. Quel cumul depuis vendredi : Kate, Jean-Paul, Oussama, sans oublier Pippa la sans-culotte sous sa robe de soie. Il faut dire que la Nature et l’Histoire réunies ont beaucoup à se faire pardonner : une méga-déprime mondiale avec un méga-tsunami, un superouragan, des inondations à rendre n’importe quelle lady gaga, une centrale nucléaire qui plonge.

Le tout sur fond de crise économique et des valeurs. Bref, nous vivons un tournant de l’Histoire. L’avenir est derrière nous et ce qui reste devant sont les miettes desséchées du progrès, éparpillées sur les pages du scénario d’un célèbre film belge : « Il était dans l’ouest, une fois... ». Mais aujourd’hui l’intensité heureuse est revenue. On a même droit à une rafale digne du bouquet final d’un feu d’artifice. On en redemande.

Pourtant le malheur nous frappait sans discontinuer. Pensez donc : le tremblement de terre de magnitude 9 rapidement éclipsé par les vagues géantes, elles-mêmes remplacées par 30’000 morts et disparus, lesquels sont rapidement oubliés grâce à Fuck U Shima. Ah, Fukushima ! On croyait avoir droit à un nuage exceptionnel, une Terre contaminée sur toute sa surface, des thons à deux têtes et trois pénis (très bon pour le repeuplement des océans). Mais l’intensité du malheur a fléchi.

En effet Science et Avenir de mai interroge un radiobiologiste de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), Nicolas Foray. On peut y lire à propos de la radioactivité qui s’est échappée depuis l’accident de la centrale : « La dose reçue dans les zones les plus contaminées du Japon est au pire 10 à 15 fois inférieure à ce que reçoivent naturellement les habitants de certaines régions d’Iran, d’Inde ou du Brésil ».

Ce serait donc moins dramatique qu’imaginé ? De quoi ébranler nos certitudes morbides. Et voilà qu’une salve de bonheur reçue depuis vendredi frise l’overdose. Surtout avec le dépucelage d’Oussama bin Laden la nuit dernière.

Oussama ! Ou ça ? Ma yé n’en sais rrien ! Yé né pas vu le corpo.
Pippa-Middleton-matez-sa-robe-de-soiree-hyper-decolletee_portrait_w674.jpg
Pas de corps. Le corps d’Oussama est absent. Ça c’est comme une tache sur la robe de la soeur de Kate : ça donne le vertige. Donc : pas de photo, pas de vidéo, pas de corps, une précipitation pour le noyer au cas où il n’était pas assez mort : le mystère Bin Laden commence. Pourtant c’est inutile de se creuser les méninges : il est vraiment mort, forcément mort. Franchement, imaginez : Obama annonce sa mort et Bin refait surface dans le sable afghan quelques jours après. Impossible.

Pourquoi alors ne pas montrer son corps ? Pour deux raisons.



La première, abondamment commentée par la presse, est de ne pas donner d’image susceptible d’en faire un martyr. Le sanglant Oussama garde des adeptes fous, comme dans toutes les sectes. Sa mort ne doit donc pas passer pour une provocation. Mieux vaut ne pas alimenter.

L’autre raison est le peu d’exigence de notre époque. Le passage du réel au virtuel continue. La finance est devenue virtuelle ; Jean-Paul II, bien que mort lui aussi, ravive la foi d’une église en décélération continue ; Pippa, en blanc, est devenue la fiancée planétaire. Au vu de cette explosion de magie et d’irrationnel, plus besoin de preuve, de corps de la chose. Plus besoin du corps de bin Laden.

Barak Obama venait la veille de faire un numéro crucifiant un rival, voilà qu’en pleine nuit il annonce la bonne nouvelle à l’Amérique. Cette annonce du décès a provoqué une catharsis aux Etats-Unis : des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour chanter, danser, crier, promettre l’enfer pour la dépouille du mécréant terroriste. Ces américains-là se fichent bien du corps de bin Laden. L’annonce de sa mort, l’image fantasmée de sa tête fracassée leur suffit.


Bin Laden était un symbole, comme Kate, comme Fukushima. Ils portent bien plus que leur seule réalité. Leur corps n’est rien. Leur virtualité, la place qu’ils occupent dans notre représentation du monde, est beaucoup plus conséquente.

L’époque a besoin de symboles. Tchernobyl c’était il y a 25 ans, c’est usé. Lady Diana on y pense plus trop. Arafat et l’OLP étaient devenus présentables malgré la liste d’attentats commis dans le passé. Tout s’use rapidement, tout change à grande vitesse. On zappe, on change d’indignation, d’émotion collective, d’empathie, avec une rapidité formidable. Il faut renouveler le stock de symboles.

Là c’est bon pour un moment. Les midinettes et les râleurs professionnels sont gavés de Kate et William. Les cataclysmologues ont Fukushima. Il Papa et Pippa raniment qui la qui la ferveur des dévots, qui leur libido en berne. Et les militaires américains cassent la baraque et montrent à nouveau leur savoir-faire.

Le meilleur des mondes est de retour.




par hommelibre (son site) mardi 3 mai 2011 - 17 réactions
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