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Accueil du site > Actualités > International > Myanmar : paranoïa, ruse de guerre ou gesticulation ?

Myanmar : paranoïa, ruse de guerre ou gesticulation ?

La Junte militaire birmane mobilise ses « bataillons nucléaires » pour renforcer la sécurité du pays.

On croit rêver à la lecture d’une dernière information publiée dimanche à Oslo, Norvège, par la Voix de la Birmanie en exil selon laquelle l’état-major général de la Junte militaire de Birmanie vient de donner l’ordre à ses unités « nucléaires », basées dans la vallée de Sekkya, de renforcer leur dispositif en vue d’assurer la sécurité de la région. La base de ces unités se trouve près de la ville de Kyaukse, sur la route de Rangoon, dans la région de Mandalay, en Birmanie centrale.
La voix de la Birmanie est animée par des représentants démocrates de Rangoon, contraints à l’exil par les généraux dictateurs, héritiers du régime militaire créé en mars 1962, au moyen d’un coup d’Etat par le général Ne Win, mort en 2002.

Parler officiellement d’ « unités nucléaires » paraît être une plaisanterie, étant donné le bas niveau de technologie de l’armée birmane forte de 400 000 hommes et constituée à la manière d’une infanterie et d’une artillerie dotées d’armements classiques mais obsolètes dont la principale mission, depuis 45 ans, est de réduire les guérillas dont se sont dotés les peuples minoritaires membres de l’Union (Shan, Karen Kachin, etc.) d’ethnies différentes de celle des « Bamar » qui détiennent le pouvoir et représentent 60% d’une population de 50 millions d’individus. Ces peuples minoritaires de l’Union birmane n’ont jamais accepté de tomber sous le joug des généraux, qu’ils accusent, ainsi que l’affirme également l’opposition démocratique birmane, de mettre à sac pour leur profit personnel un des pays potentiellement les plus riches du Sud-Est asiatique .

Au lieu de faire allusion à des « unités nucléaires », les généraux birmans devraient plutôt se référer avec plus de vraisemblance à des unités spécialisées « théoriquement » dans la protection des effets nucléaires d’attaques hypothétiques en provenance de leurs voisins.

De même, ils ont paru bien présomptueux d’affirmer qu’ils installaient une nouvelle « capitale royale » dans la jungle à 300 milles au Nord de Rangoon, pour se protéger d’une « attaque américaine ». Plus terre à terre, les milieux d’affaires de Rangoon savent très bien que la prochaine activité « affairiste » des généraux, qui voient dans le tourisme le destin de leur pays, est un énorme projet immobilier qui rasant les vieux édifices de la période coloniale pour les remplacer par des gratte-ciel et des hôtels de luxe transformerait l’ancienne capitale en un Singapour qui serait une étape gigantesque sur « la Voie birmane militaro-bouddhiste vers le socialisme ». En soi, l’idée n’est pas mauvaise, car leur pays est probablement avec le Cambodge une des zones les plus riches en vestiges somptueux datant des débuts du second millénaire. Bagan ( Pagan) la première capitale créée au IXe siècle, du premier roi Bamar Anawrahta, (1044-1077), la ville aux milliers de pagodes, attirerait des millions de touristes si la dictature birmane, par son armée et sa police, n’était pas aussi xénophobe, restrictive, et policière..

Il est de même ridicule - et au moins très prématuré, si ce n’est pas par anticipation paranoïaque - que la Junte en prenant des mesures spectaculaires suggère que la Birmanie est placée sous la menace nucléaire.

Tout ce qui est exagéré est dérisoire.

Peut-on imaginer un instant un assaut nucléaire indien ou pakistanais contre un pays dont la richesse déclarée est constituée de bois de teck, de gisements de gaz naturel et de pétrole encore insuffisamment exploités ?

Peut-on imaginer une minute la République de Chine qui a déjà le Myanmar à sa botte, sur le point de faire du pays aux toits dorés un nouveau Tibet ?

Ou bien dans ce pays, premier producteur d’opium dans le monde, l’usage de la pipe donne ce genre d’hallucinations dans tous les milieux vulnérables au stress des antagonismes politiques ?

À moins que tout simplement, comme lorsqu’elle se réfère au passé royal de la Cour d’Ava, le Junte militaire ne fasse appel aux antiques ruses utilisées par les Seigneurs de la guerre de la Chine antique qui s’efforçaient de faire le plus grand bruit possible pour se donner du courage et se persuader de la victoire, devant un danger imminent de défaite inéluctable ?

Les informations apportées par la Voix démocratique de Birmanie font également état de la présence permanente de membre en civil de la Sécurité militaire, qui parcourent et inspectent, jour et nuit, les villages de la région les collines de Sekkya, « recommandent » aux villageois de monter une garde de nuit, de ne pas donner refuge à des visiteurs inconnus, et d’empêcher les étrangers d’entrer dans le pays.

Selon la même source, des explosions sont entendues quotidiennement dans cette région et provoquent des mouvements de panique dans les villages environnants.

Les milieux militaires refusent de répondre localement aux questions que suscitent les mesures gouvernementales et l’inquiétude locale, mais les gens proches de l’état-major général affirment que la Junte est en train de créer un plus grand nombre « d’Unités nucléaires » et envoie des cadres s’instruire dans cette spécialité en Ukraine et en Russie.

En réalité cette gesticulation semble devoir servir d’écran de fumée à une renaissance des activités de la rébellion du peuple shan, liées à la volonté des généraux de contrôler la culture et le commerce de l’opium dont cet Etat est un des gros producteurs, et d’en percevoir les profits.

© Bertrand C. Bellaigue


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