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Naissance d’un État de contrôle : la liste noire des lignes aériennes

7532729_1Le Canada subit beaucoup de pression de la part du gouvernement américain pour mettre sur pied une liste d’individus n’ayant pas l’autorisation de monter à bord d’un avion. Cette expérience, loin d’être convaincante, s’est avérée plutôt efficace pour violer la vie privée ainsi que la liberté de mouvement d’honnêtes citoyens. Qu’on se le dise, jamais les terroristes ne seront assez stupides pour voyager sous un nom figurant dans une banque de données.

Selon les documents du FBI obtenus grâce à la Loi de l’accès à l’information, plusieurs milliers de voyageurs américains ont déjà été victimes de discrimination, de fouilles et de détention abusives de la part du personnel de sécurité dans les différents aéroports du pays. Parlez-en à Asif Iqbal, un homme d’affaires de Rochester qui a eu la malchance d’avoir le même nom qu’un terroriste actuellement détenu à la prison de Guantanamo. Il a été humilié devant d’autres passagers, retenu contre son gré, et interrogé pendant de longues heures. En aucun cas il n’a eu droit à la présence de son avocat. Il y a quelques jours, Ingrid Sanden et sa jeune fille de un an ont été arrêtées à Phoenix en Arizona alors qu’elles s’apprêtaient à rejoindre leur famille à Washington. Raison de l’arrestation : le nom du bébé figurait sur la liste noire du gouvernement ? Il fallut plus d’une demi-heure de vérification intensive pour que la dame puisse finalement monter à bord de l’avion. Le Sgt Michelle Green, qui devait quitter l’Alaska pour Seattle, fut arrêtée lorsqu’on lui a signalé que son identité était plutôt douteuse. Elle fut interrogée pendant plus de 45 minutes, répondant à de nombreuses questions portant sur sa vie personnelle et son itinéraire. Elle fut relâchée après que on eut découvert une erreur dans les registres. L’ennui est que Mme Green allait être confrontée à la même situation quelques semaines plus tard pendant un voyage en direction d’Honolulu. Profondément choquée, elle n’a pas cherché un dédommagement monétaire, mais bien un moyen de retirer son nom de cette liste noire. Une tâche loin d’être facile.

Au Congrès, le sénateur démocrate Ted Kennedy (arrêté à cinq reprises à East Coast) a mis plus de trois semaines grâce à ses différents contacts dans les milieux politique et juridique pour faire retirer son identité de cette liste. Imaginez les obstacles bureaucratiques pour un simple citoyen qui désire prouver son innocence. Le problème est qu’il n’existe pas de moyen légal d’obtenir ce document puisque la Transportation Security Administration n’a prévu ni protocole, ni personnel pour répondre à ce type de démarche. Tout est conservé secret au nom de la sécurité nationale de même que les critères en vigueur pour arrêter une personne. Impossible de vérifier si ceux-ci sont en conformité avec le Privacy Act de 1974 qui oblige les agences du gouvernement américain à respecter de nombreuses obligations.

Déjà au Canada, la commissaire à la vie privée Jennifer Stoddart a fait part de ses nombreuses inquiétudes en formulant une liste de questions à l’intention du gouvernement. Elle considère que le ministre des Transports Jean Lapierre ne lui a pas du tout démontré la nécessité ni même l’utilité d’une telle mesure. De plus, la vérificative générale Sheila Fraser a relevé des anomalies importantes dans les bases de données des numéros d’assurance sociale et de passeport, ce qui compromet la précision de la future liste. Son prédécesseur George Radwanski s’était déjà opposé farouchement à ce projet, y voyant une expansion des pouvoirs de la police pour violer la vie privée, l’intégrité physique et psychologique des individus. Si l’on se fie à la récente débâcle du registre fédéral des armes à feu, nous avons tout intérêt à être inquiets...

Un autre problème est que cette fameuse liste peut être utilisée par le gouvernement pour filtrer et contrôler tout ce qui touche les groupes de pression opposés à ses politiques. Depuis les événements du 11 septembre 2001, il faut reconnaître que le relativisme moral et l’autocritique ne sont plus à la mode. L’heure est à la chasse aux sorcières et remettre en question la logique manichéenne de nos fonctionnaires ne passe plus inaperçu. Le chanteur Cat Steven, qui s’est converti à l’Islam et qui milite pour la paix, l’a appris à ses dépens lorsque son nom fut inscrit sur la liste noire et qu’il fut interdit de séjour aux États-Unis. Nancy Oden et Doug Stuber, du Parti vert, ont manqué leur vol et ont été retenus plusieurs heures à l’aéroport par les services de renseignements. On les accusait à tort d’être des activistes dangereux parce qu’ils s’opposaient au gouvernement Bush.

Bref, cette liste que le Canada souhaite adopter pour 2006 doit être contestée par tous ceux qui ont à coeur la défense des droits individuels. Nous devons refuser de participer à cette paranoïa excessive générée par nos gouvernements.

Mathieu Bréard


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