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Natacha Kampush : fascination

Capturée à l’âge de dix ans Natacha Kampusch était, dans notre imaginaire, morte et enterrée. Quelque part c’était la réalité, mais au sens figuré. En réapparaissant huit ans plus tard, elle provoque stupéfaction et étonnement. Nous la pensions sidérée, elle se révèle une jeune fille posée, presque ordinaire.

Voila que ressurgissent nos délicieuses peurs infantiles du temps des contes de fées. Moitié Belle au bois dormant moitié Petit chaperon rouge, elle doit son salut à cette effroyable alternative : fuir ou mourir, l’ultime échappatoire. Son histoire nous fascine au point que, dans notre société du trou de serrure, le public veut savoir à tout prix l’impossible vérité. Une formidable pression s’abat sur elle. Il y a dix ans, ses deux psychiatres auraient suffi à lui servir de rempart. Mais les temps ont changé durant cette vie menée entre parenthèses et il lui faut, maintenant, un conseiller médiatique, en la personne de Dietmar Ecker, afin de ressusciter, au travers d’interviews données à la chaîne de télévision autrichienne ORF et au magazine News.

Sa liberté, Natacha la doit non aux recherches entreprises, mais à ces instants qui forgent les destins, en la circonstance, à la brève inattention de son ravisseur occupé à prendre un appel sur son téléphone portable. Ce sera, enfin, la fuite tant espérée. L’enfant, l’adolescente qu’elle était, s’est construit du regard de son ravisseur. De ne plus l’avoir à sa merci, ce dernier s’est suicidé. Elle en porte un peu de deuil.

Devenue adulte, elle s’expose à d’autres regards, les nôtres. Il faudra, peut-être, un jour, qu’elle s’en échappe, pour que, de cette histoire, elle s’en construise une autre, à la fois étrangère et familière pourtant. La sienne. Encore faut-il que nous sachions l’abandonner dans la quête solitaire de sa vérité, et que nous prenions conscience que, dans cette tragédie, s’il y a beaucoup à entendre, il n’y a rien à comprendre, et encore moins à juger.

Souvenons-nous de ces vers du Fou d’Elsa d’Aragon :

Toi te tournant vers moi tu ne saurais trouver

Au mur de mon regard que ton ombre rêvée.

Photo : AP

par Bernard Lallement (son site) jeudi 7 septembre 2006 - 38 réactions
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