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Ne pas confondre emprunt forcé et étreinte tarifée

Trois économistes de renom, parmi lesquels Jean-Paul Fitoussi, en appellent à une sorte de mobilisation fiscale pour sortir l'Union européenne de l'ornière grecque. Et en profitent pour annoncer de fortes tensions sociales..

Avant d'en arriver au cœur de la menace suggérée par l'économiste de l'OFCE (source), il me semble nécessaire de résumer les grandes lignes de sa démonstration. Pour lui, et ses co-auteurs (Gabriele Galateri di Genola et Philippe Weil), l'Union européenne court un risque majeur en cette fin de mois de septembre 2011, celui d'un défaut général de la dette souveraine de plusieurs Etats. Les réponses institutionnelles ont juste suffi à retarder les échéances inéluctables. Quant aux discours énergiques, verba volent. L'austérité décrétée sans concertation d'un bout de l'Europe à l'autre aboutira à une récession profonde : 'euro-wide contraction'.

Des solutions existent, d'après les trois économistes. Aucune ne fait l'unanimité, y compris celle des Eurobonds. Forts de l'expérience des transferts financiers des Länder de l'Ouest vers ceux de l'Est, beaucoup s'opposent à une redistribution équivalente entre le Nord et le Sud de l'Europe. Les instances communautaires ne disposent pas du pouvoir décisionnel. Au lieu de saisir l'urgence de la situation et de proclamer la nécessité pour les Etats européens de se financer par l'emprunt forcé - les différents gouvernements de l'Union s'égarent :

'A Bruxelles ou à Francfort, les plans d'austérité se multiplient faute de mieux ; les autres capitales courent après la règle d'or. Partout, les Parlements censés voter les impôts se voient finalement dessaisis. Tout cela attise le feu de l'agitation sociale. La guerre civile en Angleterre et la Révolution américaine ont éclaté pour des prétextes plus futiles. Il serait bienvenu de rappeler que John Hampden refusa à l'époque l'impôt exigé par Charles Ier, au prétexte que le citoyen a le droit de dénier au monarque ses prérogatives.' [Traduc° Geographedumonde]

Fitoussi, Galateri di Genola et Weil dévoilent donc un pan d'histoire mal connu, pour démontrer qu'il y a péril en la demeure. L'injustice devant l'impôt et la faiblesse de l'Etat collecteur enrichissent (renversent ?) la théorie selon laquelle, de Cromwell jusqu'à Robespierre, les révolutions naissent d'un conflit entre la base et le sommet de la société. Les économistes avertissent donc qu'il y a moins à craindre de la crise de la dette que des peuples eux-mêmes, lassés de courber l'échine.

Sans nier le lien entre la cause et les effets, la charge fiscale et la colère, il n'est toutefois pas inutile de rappeler que les révolutions anglaise (1640-1660) et américaine (176 ? - 1783) recèlent bien d'autres caractéristiques. En Angleterre, on peut citer les tensions sociales préexistantes, les facteurs religieux - prolifération des sectes anglicanes et protestantes, position délicate des Catholiques - et enfin les facteurs politiques : multiples résistances à la montée en puissance d'un Etat centraliseur. A l'été 1640, pour financer la guerre contre les Ecossais rebelles, Charles Ier a besoin d'argent. Le Parlement londonien lui oppose une fin de non-recevoir (source).

En Amérique, la couronne s'est lourdement endettée pour triomher de la France à l'issue de la guerre de Sept-Ans (1763). Londres tente de lever de nouveaux impôts dans ses colonies d'outre-Atlantique. Celles-ci regimbent devant une situation relevant du 'deux poids, deux mesures'. Les colons, sans représentants pour les défendre au Parlement, prétendent en vain obtenir une dispense fiscale. Les Habits rouges maintenus à grands frais accroissent le fossé entre la métropole et ses colonies. L'affrontement verbal vire à la guerre ouverte à Boston le 16 décembre 1773. En effet, on jette à la mer les cargaisons de thé symbole du boycott des produits anglais surtaxés (source). Mais réduire la Révolution américaine à un mouvement d'humeur fiscale s'avère très réducteur. Celle-ci réalise les aspirations des Lumières : abolition de la tyrannie et séparation des pouvoirs, avènement du citoyen libre en droit et en action.

Plus ouvertement encore que nos trois économistes, les plus favorables à la construction européenne réclament un sursaut institutionnel à la hauteur des révolutions précédentes. Contrairement aux benêts jaloux d'une Allemagne affublée de tous les atouts - même les plus fantasmés [Le paradoxe du Hamburger] - ils se targuent au moins d'un idéal positif. Jacques Attali imagine même un communiqué commun entre Paris et Berlin. Il rédige au nom du président français et de la chancelière allemande un mémorandum en vertu duquel les deux dirigeants décident de ne pas se représenter à leurs élections respectives. Non contents de renoncer à leurs fonctions, ils coupent l'herbe sous le pied de ceux qui les critiquent en créant une sorte de noyau dur européen. Dans ce scénario, les deux pays accélèrent l'intégration de leurs fonctions publiques, et fusionnent leurs forces armées. Face à la crise, c'est la sortie par le haut. Je n'y crois pas, les Européens ayant gaché plusieurs opportunités successives.

En outre, les Etats modernes décrits plus haut (Royaume-Uni et Etats-Unis d'Amérique) ont traversé l'épreuve de la guerre fratricide. Le combat était incertain et l'issue aléatoire. Aujourd'hui Bruxelles ne s'appuie sur aucune armée à même de contraindre les plus rétifs à accepter un fédération unique, avec un budget et une monnaie uniques.

Reste l'hypothèse des troubles sociaux. Dans bien des pays d'Europe, le corps politique paraît surpris par les événements, tétanisé devant les mesures qui s'imposent, borné dans les perspectives à tracer. Les tentatives pour coller à l'air du temps ont transformé nombre de dirigeants en simples caisses de résonance. Les exemples abondent, comme sur le multiculturalisme en Allemagne ['L'opinion publique, au secours'] ou sur l'insécurité en France ['Ne pas confondre aînés et neuneus']. Les plus favorisés vivent à l'écart du commun, affichant un mépris plus ou moins discret pour le petit peuple ['Bienvenue au Havre']. De ce point de vue précis, Silvio Berlusconi cumule les citations. Abandonné par ses alliés de droite (Fini) ou de la Ligue du Nord (Bossi) ['Un bon démagogue sait faire le grand écart'], gestionnaire au bilan calamiteux, sa vie privée provoque au mieux l'embarras. Ne doutant de rien, il Cavaliere a néanmoins proposé au Parlement italien un plan visant à réduire sensiblement les dépenses publiques : L'austérité, pour les autres (source).

Trois pays font figure de maillons faibles, même si la liste demeure ouverte. En Grèce ['Quand les coqs auront des dents'], les grèves et manifestations se succèdent. Dans un journal spécial 'Une semaine en Europe' du mois de mai, France 24 reliait l'aggravation de la situation grecque au printemps... à l'étreinte tarifée de l'ancien directeur du FMI. Dominique Strauss-Kahn redevenu économiste à Paris pérore désormais sur l'ardoise grecque qu'il faudrait effacer et sur les pertes qu'il conviendrait d'accepter (source). En Belgique ['Ne pas confondre mort annoncée et naissance exceptionnelle'], des centaines (?) de Flamands opposants à un compromis sur le BHV n'hésitent pas à désigner leurs voisins francophones comme empêcheurs de tourner rond (source). La classe politique belge montre cependant chaque jour son impéritie ; Yves Leterme, premier ministre qui gère depuis des mois les affaires courantes, annonce son départ à la vice-présidence de l'OCDE. En Espagne, les protestataires du printemps ont lancé un avertissement sans frais au gouvernement ['Jeunesse, chômage et autres curiosités'].

A la veille d'une crise politique qui se dessine à l'échelle continentale, je reste donc froid à la lecture des chroniques au sujet de l'or-refuge, de l'immobilier sûr, ou des monnaies de substitution à l'euro. Je redoute davantage ceux qui vont essayer de tirer partie de la situation pour avancer leurs pions : le séparatisme régionaliste et l'anti-capitalisme révolutionnaire me semblent les plus vénéneux. Globalement, les pessimistes intégraux et les déçus de tous poils ne se comptent plus, prêts à suivre les prochains opportunistes de la sortie par le bas. Et à refuser l'emprunt forcé de Jean-Paul Fitoussi.

Ne pas confondre étreinte tarifée et emprunt forcé


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6 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 22 septembre 2011 09:43

    « Ne pas confondre étreinte tarifée et emprunt forcé »


    Je n’ai pas compris le sens de votre titre pour le moins racoleur

    Philippe 

    • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 22 septembre 2011 11:01

      Bonjour,

      Inutile d’insister sur le jeu de mots qui vous a manifestement échappé (il suffit d’interchanger les participes passés). Sur le fond - fallait-il aller au-delà du non-dit ? - je suis extrêmement inquiet face à la crise politique qui s’annonce. Trop de dirigeants se contentent de ’commander des lèvres’ sans se rendre compte que leur attitude parlera davantage que leurs discours. Ceux qui parlent de ’rigueur’ sont au fond les plus mal placé pour prononcer ce mot. Or l’indignité conduit au désordre. Et le désordre...


    • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 22 septembre 2011 13:48


      Article vicieux, qui reflète sans doute, chez l’auteur, une affection étrange des boyaux de la tête.
      Je compatis, prend soin de toi, camarade.


      • Le Yeti Le Yeti 22 septembre 2011 14:37

        « en profitent pour annoncer de fortes tensions sociales.. »

        Mais ou vont-ils chercher une idée pareille !  smiley

        J’en profite pour annoncer un hiver 2010 relativement doux ...
         smiley

        Tensions sociales fortes ... Meuuuh non ! Tout au plus une guerre civile latente depuis 6 mois ...


        • Le Yeti Le Yeti 22 septembre 2011 14:39

          « une crise politique qui se dessine à l’échelle continentale »

          Petit joueur ...


          • latortue latortue 22 septembre 2011 16:31

            prochain voyage des présidents du G20 LOURDE pour bruler un cierge pour sauver la Grèce et aussi les autres .sainte Marie et bla bla bla bla ainsi soit ............................................

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