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Nein

Qu'on se le dise, l'Allemagne ne lâchera rien, elle n'est pas là pour ça, pour rembourser les dettes des autres membres européens, encore moins la folie dépensière de ses clients. Merkel est claire et l'a même répété à plusieurs reprises lors du récent sommet germano-franco-italien de Strasbourg. Pas question d'accepter les euro-bonds, c'est à dire de mutualiser les dettes.

“Les Allemands paient leurs impôts, les autres n'ont qu'à faire pareil”, fermez le ban. 

Bien entendu, ce discours est récurrent, à toutes époques, les riches ont refusé de prendre en compte les difficultés des moins fortunés. Lorsqu'il s'est agi de réincorporer l'Allemagne de l'est à la suite de la chute du mur de Berlin , on entendait partout de ce coté du Rhin, à l'ouest : “Nous n'avons pas à payer pour les Allemands de l'est”, de la même manière les régions les plus riches de Germanie comme la Bavière, ne veulent pas entendre parler des soucis de la Rhénanie- Westphalie, l'ancienne région minière où les usines ont fermé et qui présentent les taux de chômage les plus importants du pays. Partout, une identique aversion pour la solidarité, en Italie, le Nord refuse l'aide au Sud et s'exprime à travers le racisme latent de la Ligue du nord, en Belgique les problèmes ne sont pas linguistiques entre Wallons et Flamands mais entre deux régions à l'économie divergente.

De manière générale, le libéralisme a joué sur le fait de glorifier la réussite et de stigmatiser la pauvreté qui serait une tare plus que le résultat d'une faillite du système. Les forts sont tentés de se soustraire à une solidarité minimale, l'individualisme forcené s'étant emparé des mentalités nourries à la cupidité à forte dose. L'Allemagne laborieuse ne veut pas se charger du lest de ses voisins, ceux-ci n'ont qu'à se soumettre à des cures de cheval pour rétablir les comptes, ils n'ont qu'à se débrouiller tous seuls, pourvu qu'ils continuent à acheter des BMW et des voitures du peuple. 

Là se situe la pierre d'achoppement du raisonnement allemand, car l'Allemagne vertueuse, la fourmi Allemagne a engrangé sur le dos de ses clients, ceux-là mêmes qui se sont endettés pour pouvoir continuer à se paier des voitures et des de luxe made in Germany. L'Allemagne vend au trois-quart ses camelottes à ses voisins européens qui au train où vont les choses ne vont pas continuer à se saigner pour faire plaisir aux commerçants allemands. Faute de clients, il est logique de penser que l'activité outre Rhin subira une cure de ralentissement sévère à l'horizon de quelques mois. D'où la récente déconvenue des autorités allemandes incapables de placer 1, 5 Milliard d'obligations d'Etat. 

Quand on achète de la dette allemande à dix ans on peut raisonnablement se demander si le pays pourra toujours rembourser dans cinq ans alors que la majorité des clients auront guéri leur fièvre acheteuse. C'est bien toute la problématique d'une Allemagne cernée par ses propores contradictions, mises au jour par ce manquement au placement d'une partie de sa dette. 

L'histoire ne s'arrête pas là, car rien n'a été résolu, et les pays du club Méditerranée plongés dorénavant dans un bain d'eau glaçée ne vont pas ressortir indemnes d'un essorage intensif. Déjà les plans d'austérité augurent d'un ralentissement généralisé de l'activité ce qui devrait à nouveau amener une dégradation des comptes et des perspectives et donc des notations, ce qii conduira immanquablement les agences de notation à une nouvelles dégradation des notes des pays. Mais le noeud gordien qui ne manquera pas de bloquer complètement la situation, c'est le niveau de la dette française, qui se retrouvera au devant de la scène à peine aura-t-on compris que ce verrou est l'ultime obstacle à l'éruption finale : la dégradation de la note allemande, lorsque tous les clients de l'Allemagne auront dilapidé leur solvabilité. 

Voilà bien le spectacle auquel nous devrions être préparés, un jeu de dominos où le plus petit pion risque par négligence et incapacité de réaction de tout faire tomber, même le dernier et le plus gros, emporté par son plus gros partenaire, la France. Parcequ'une entreprise à beau avoir les meilleurs produits du monde, encore lui faut-il conserver quelques clients pour pérenniser son activité, à trop vouloir tirer sur la corde des admonestations, on court le risque de rompre tout le sens des réalités. 


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3 réactions à cet article    


  • c.d.g. 28 novembre 2011 14:06

    Je suppose que vous connaissez pas tres bien l Allemagne.
    Bon petit cours de rattrapage :
    - les allemands payent pour l ex RDA. Il y a donc solidarite inter allemande (meme si evidement certains ralent.) Il y a un impot special (de 2,5 % je crois) ajoute a votre impots sur le revenu qui leur est destine. D ailleurs, bien que francais, je le paie aussi car residant en RFA.
    - L allemagne exporte pas enormement de produit de luxe (si on classe porsche ou mercedes dans cette categorie). Le luxe, c est plutot le creneau francais (champagne, haute couture ..). La RFA c est plutot les machines outils ou la haute technologie (par exemple SAP)
    - La RFA exporte en effet en Europe et on ne peut certes pas etre tous en exedent commercial. Par contre, s il s agit de donner des voitures (pour reprendre votre exemple, vendre sans etre paye=donner), il est pour un allemand plus logique de donner une voiture a un autre allemand qu a un grec. Surtout si le grec en question n est pas reconnaissant et ne fait rien pour ameliorer sa situation (croyez vous que les grecs vont arreter de frauder le fisc ou de detourner les subventions europeennes ?). L embellie actuelle en RFA n est pas due a la demande de l UE mais a la demande d autres pays (chines, australie ..)
    - l echec de l emission d obligation est en partie du au taux proposé. Il est inferieur au taux d inflation. Ce qui veut dire que le creancier sait qu il va etre perdant. Pas tres motivant

    Personnellement je trouve qu il serait preferable que nous ayons tous en Europe des dirigeants honnetes de type Merkel plutot que des girouettes bling bling comme Sarkozy


    • Richard Schneider Richard Schneider 28 novembre 2011 17:33

      à l’auteur :

      La politique allemande, depuis Bismark, consiste à se créer un Hinterland et à pousser vers l’Est et les Balkans, le fameux Drang nach Osten. Car, l’exportation est vitale pour l’économie allemande. 
      Kohl a voulu une réunification rapide et totale - et l’a obtenue, au grand dam des Français et des Anglais. Cette réunification a coûté très cher à la RFA. Mais les dirigeants allemands y ont mis le prix. 
      L’Europe telle nous la connaissons n’est le futur de l’Allemagne. Certes, pour l’instant, Berlin souhaite garder une zone euro, mais à condition de la diriger (économiquement, bien entendu).
      Dans les cartons de l’establishment allemand, il y a la création de la zone de l’Euromark, composée des Pays-Bas, des pays scandinaves, de l’Autriche et ... de la Suisse.
      Avec les vastes marchés et les ressources naturelles des pays de l’ex-URSS et la poussée vers l’Europe centrale (Proche-Orient en vue), l’économie allemande aurait largement de quoi se satisfaire : l’UE actuelle deviendrait superflue et surtout ingérable financièrement. 
      C’est la raison pour laquelle, je ne crois pas trop, à moyen terme, que Berlin serait perdant si l’Union Européenne, dans sa forme actuelle, éclatait.
      Amicalement,
      RS

      • BA 28 novembre 2011 18:58
        Lundi 28 novembre 2011 :

        Le Trésor italien a émis lundi 567 millions d’euros d’obligations indexées sur l’inflation à échéance 2023 dont les taux d’intérêt ont bondi à plus de 7,3 %, a annoncé la Banque d’Italie.

        Le montant levé s’inscrit dans le bas de la fourchette de l’objectif du Trésor qui comptait émettre entre 500 et 750 millions d’euros.

        La demande est restée soutenue, s’élevant à environ 1,225 milliard d’euros, mais le Trésor peut décider, selon ses besoins, de ne pas émettre le montant maximum, notamment si le taux est trop élevé.

        Signe de la méfiance des investisseurs, les taux de ces titres ont en effet bondi à 7,3 %, contre 4,6 % lors de la dernière opération similaire dont la Banque d’Italie ne précise pas la date.

        Ce taux record n’est toutefois pas une surprise car il se situe au niveau où évoluent actuellement les taux à long terme de l’Italie qui sont jugés insoutenables, sur la durée, pour le pays, qui croule sous une dette colossale d’environ 1.900 milliards d’euros, soit environ 120 % du PIB.

        Les titres émis lundi étant d’un type particulier en raison de leur indexation sur l’inflation, le nouveau véritable test sur les marchés pour l’Italie interviendra mardi, jour où le Trésor compte émettre entre 5 et 8 milliards d’euros d’obligations à moyen et long terme.

        Vendredi, les taux d’emprunt de l’Italie s’étaient envolés à des niveaux record lors de l’émission de 10 milliards d’euros de titres à six mois et deux ans.

        Les taux à six mois avaient bondi à 6,504 %, contre 3,535 % lors de la dernière opération similaire le 26 octobre 2011, et les taux à deux ans avaient bondi à 7,814 %, contre 4,628 % lors de la précédente émission.

        Alors que l’Italie est au bord de l’asphyxie financière, le Fonds monétaire international a démenti lundi discuter avec Rome d’un plan de secours, après des informations du quotidien La Stampa indiquant que le FMI pourrait débloquer entre 400 et 600 milliards d’euros afin de permettre à l’Italie de disposer de 12 à 18 mois pour adopter des mesures budgétaires et des réformes économiques.

        (Dépêche AFP)

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