C’est le casse-bonbon de service, fugace mais toujours là quand on a besoin de lui, le célèbre Oussama Ben Laden, qui est sorti le premier de sa cachette, la veille du très attendu discours du Président Obama en Egypte, pour le recadrer, avant qu’il ne soit prononcé, dans le contexte d’un accord tacite de guerre prolongée entre les principaux intervenants...Bof...Ca transforme tout de suite le rêve en cauchemar :
« Obama suit les pas de son prédécesseur dans sa politique d’hostilité à l’égard des musulmans (…) il pose ainsi les fondements des guerres de longue durée ».
Mais le Président des Etats-Unis connu pour sa zen attitude, ne s’est pas laissé démonter par le furtif des sous-sols, et a prononcé un long plaidoyer pour la paix qui restera dans les annales de l’Histoire. D’autres l’ont quand même un peu en travers de la gorge mais ses mots n’ont laissé personne indifférent. Petit tour d’horizon des réactions sans commentaire...enfin presque !
Le Caire, 4 juin 2009 - Extraits du discours de Barack Obama -
" Je suis venu ici au Caire pour rechercher un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, basé sur un intérêt commun et un respect mutuel (...) Ce cycle de la suspicion et de la discorde doit cesser (...) Je considère qu’il est de ma responsabilité de président des Etats-Unis de lutter contre les stéréotypes négatifs sur l’islam, où qu’ils se manifestent(...) Tout comme les musulmans ne correspondent pas aux stéréotypes sommaires, l’Amérique n’est pas le stéréotype sommaire d’un empire uniquement préoccupé de ses intérêts (...) Les liens forts de l’Amérique avec Israël sont bien connus. Ce lien est inaltérable. Il est fondé sur des liens culturels et historiques et sur la reconnaissance de ce que l’aspiration à une patrie juive est enracinée dans une histoire tragique qui ne peut être niée(...) Le Hamas doit mettre un terme à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l’existence d’Israël (...) Israël doit reconnaître que, tout comme le droit à l’existence d’Israël ne peut être nié, celui de la Palestine non plus. Les Etats-Unis n’acceptent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne. (...) Il est temps que cette colonisation cesse."
En France
Richard Wagman , président de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
"C’est très positif, George W. Bush nous avait habitués à un discours différent (...) Israël a besoin de sanction pour évoluer (...) stopper le commerce d’armes entre Israël et les Etats-Unis.
Richard Prasquier, Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF)
" Il ne faut pas se laisser prendre au piège des mots. Chacun voit la réalité des choses sous son propre prisme. Celui des Israéliens est à prendre en considération. les Israéliens restent très soucieux de leur sécurité. L’idée de voir un Etat dirigé par le Hamas est trop effrayante. Une reconnaissance ne permettra pas de résoudre le conflit (...) Les négociations doivent se poursuivre. Certaines colonies très peuplées pourraient rester en place, en échange d’un territoire équivalent pour les Palestiniens (...) Tout ce qui conduit à une diabolisation de l’islam est inacceptable."
Eric Chevallier -Porte-parole du ministère des Affaires étrangères
" Il s’agit d’un discours qui fera date, dont la portée symbolique mais aussi politique est majeure. Il montre des Etats-Unis d’Amérique résolument tournés vers le dialogue, la tolérance, le respect mutuel, le refus de toute perspective de tensions entre cultures, entre civilisations. Ce discours indique clairement et sans détour l’engagement des Etats-Unis en faveur de la paix —en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, dans le Moyen-Orient...—, du droit et de la justice, avec notamment la réaffirmation de la fermeture de Guantanamo, et de la démocratie. Ce sont les Etats-Unis d’Amérique avec lesquels nous sommes heureux de travailler"
En Israel
Benjamin Netanyahu
n’a pas souhaité faire de commentaire sur le gel des colonies ou la création d’un Etat Palestinien.
Communiqué du Porte-parole du gouvernement Netanyahu
" Le gouvernement israélien exprime l’espoir que l’important discours au Caire du président Obama conduira vraiment à une nouvelle ère de réconciliation entre le monde arabe et musulman et Israël "
Une résidente de la colonie d’Ofra
"Barack Obama est allé trop loin (...) Je ne pense pas qu’il puisse mettre en oeuvre ce qu’il prône, je pense que – tout comme il dit que les gouvernements doivent écouter la volonté de leur peuple – le gouvernement israélien se doit d‘écouter la volonté des Israéliens. Cela doit être sa priorité, et l‘élection qui vient d’avoir lieu a exprimé d’une voix claire la volonté du peuple israélien.”
En Palestine
Un habitant de Gaza
"Ce n’est pas dans l’intérêt de Gaza ! Obama nous dit qu’il faut que les Palestiniens et le gouvernement du Hamas reconnaissent l’Etat d’Israel. Mais comment voulez-vous que moi, dont la maison a été détruite par Israël, j’y parvienne ?”
Une habitante de Cisjordanie “
"J’espère que cela sera une bonne nouvelle pour tous les musulmans, dit une femme. Que Dieu fasse qu’Obama soit mieux que son prédécesseur !”
Nabil Abou Roudeina - Porte-parole du président palestinien, Mahmoud Abbas .
« Son appel à l’arrêt de la colonisation et à la création d’un Etat palestinien, ainsi que ses propos sur les souffrances des Palestiniens (...) signifient clairement à Israël qu’un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale est le fondement d’une paix juste (...) C’est un discours clair et franc. Il constitue un pas politique novateur et un bon début sur lequel il faudra bâtir (...) rupture avec la précédente politique partiale »
Aïmane Taha - Représentant du Hamas
"Dire qu’il faut poursuivre la guerre contre l’extrémisme et oeuvrer en faveur de deux Etats pour les peuples de Palestine ne le démarque pas de la politique de son prédécesseur, George Bush"
Au Liban
Hassan Fadlallah - député Hezbollah
"Le monde musulman n’a pas besoin de leçon de morale ou de sermon politique (...) ce sont les administartions américaines qui portent la responsabilité des problèmes évoqués par Obama (...) Nous n’avons constaté aucun changement de la politique à l’égard de la cause palestinienne."
En Iran
Mohammad Marandi - Responsable des recherches sur l’Amérique du Nord à l’université de Téhéran
" Un ton nettement plus positif que celui de la précédente administration (...) L’Amérique doit changer. Les mots ne suffisent pas ".
En Irak
Ali Al Dabbagh - Porte-parole du gouvernement irakien
"Ce discours historique et important illustre l’approche positive de la nouvelle administration et marque un nouveau départ (...) l’usage de versets du Coran ( par Obama ) contribue largement au changement positif de l’image...Mais des actes sont nécessaires."
Au Pakistan
Najam Sethi éditeur du « Friday Times », hebdo pakistanais
« Si Obama veut vraiment changer quelque chose, ce n’est pas au monde musulman qu’il devrait parler mais à Israël. Il faut résoudre une fois pour toutes le problème de la Palestine, arrêter les colonies. La question de la Palestine reste le cœur du problème pour les musulmans, qui ont l’impression qu’il y a deux poids deux mesures dans la politique américaine, et le ressentent comme une injustice. Concernant la guerre contre le terrorisme, je crois en revanche que tout le monde musulman est à présent d’accord pour venir à bout des talibans et d’Al-Qaeda. Il n’y a pas de sympathie chez les musulmans pour ces gens-là. »
Aux Etats Unis
Sources