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Obama-Maduro ; une rencontre pour l’histoire ? Le sommet des Amériques ou les chroniques diplomatiques d’un conflit consommé

Fin annoncée de l’embargo cubain, première participation de Cuba à un sommet OEA depuis son exclusion en 1962, Venezuela officialisé « menace pour la sécurité des Etats-Unis », un émissaire du Vatican, positions communes de la CELAC en difficulté et présidents chahutés dans leur pays respectifs. Le prochain sommet du 10 et 11 Avril au Panama réunissant l’ensemble des mandataires du continent américain et des caraïbes tient tous les éléments d’un nouveau chapitre des relations interaméricaines mais aussi celui au sein du bloc latino-américain.

 

Le bras de fer opposant le Venezuela et les Etats-Unis provient d’une histoire ; celle-ci a eu des étapes en escalade et des événements d’éclat qui sont nés notamment sous l’ancien président Chavez. Rappelons que le coup d’état raté du 11 Avril 2002 fomenté par des militaires et entrepreneurs vénézuéliens visant à renverser Chavez a été vécu par Chavez, son administration et ses partisans comme un véritable traumatisme (dans son sens strict).

La campagne contre les médias privés et le discours incendiaire que nous connaitrons par la suite sous les mandats de Chavez puis de Maduro, y trouve surement un point de départ dans la tentative de renversement et du rôle des Etats-Unis dans celui-ci.

L’un des pics de tension entre les deux pays et qui s’inscrira dans le temps fut le retrait des ambassadeurs de Washington et de Caracas en 2010.

Seulement les discours et les prises de position n’avaient pas eu d’effets institutionnels ni économiques d’ailleurs (le Venezuela exportant toujours son pétrole vers le marché américain, ainsi que pour le raffinage via CITGO).

 

Des sanctions réunifiant le bloc latino-américain (officiellement)

Le vrai tournant politique réside ainsi dans la signature de Barack Obama début mars de sanctions visant 7 hauts - fonctionnaires (militaires et procureur) qui auraient eu un rôle répressif direct dans les manifestations et les heurts de 2014 (violences qui avaient provoqué la mort de 43 personnes dont des manifestants et des policiers).

A ses sanctions s’ajouta une déclaration annonçant le Venezuela comme « menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale et la politique étrangère américaine ».

 

Un premier soutien latino-américain vit le jour puisque l’UNASUR (bloc régional sud-américain) demanda officiellement le retrait de ce décret.

L’ALBA (alliance des pays bolivariens) fit de même, Daniel Ortega président du Nicaragua déclarant même « les Etats-Unis une menace pour l’Amérique Latine ».

Le gouvernement vénézuélien pour sa part, déjà connu pour ses talents discursif et symbolique en fit à nouveau appel pour preuve en désignant l’un des sanctionnés comme le nouveau ministre de l’intérieur (en charge de la criminalité et la violence record taux d’homicide d’Amérique du Sud). 

Le Général Gonzalez Lopez prit ainsi la place de ministre de l’intérieur à Carmen Melendez qui deviendra ministre de la présidence, poste alors occupé par le Général Carlos Osorio qui deviendra coordinateur de l’Etat Major contre la guerre économique et vice-président de la sécurité et souveraineté alimentaire. [1]

Pour clore l’acte de réaction épidermique post-sanction, Maduro se vit accorder les pleins pouvoirs par l’assemblée nationale pour une période de 6 mois (lui permettant de pouvoir légiférer et gouverner par décret).

 

La sous-traitance vénézuélienne

Un des soutiens qui n’est pas passé inaperçu pour nombre d’analystes et autres spécialistes de la région fut celui de Raul Castro et des autoproclamés héritiers de Marti, car au moment où des rencontres sont tenues entre La Havane et Washington pour faire avancer le dossier des réouvertures d’ambassades et le dégèlement des échanges financiers et commerciaux, le Venezuela s’engage avec les Etats-Unis dans un bras de fer diplomatique entrainant la région à se positionner.

Ainsi le discours du leader cubain « les Etats-Unis doivent comprendre une bonne fois pour toute qu’il est impossible de séduire ou acheter Cuba ni intimider le Venezuela. Notre unité est indestructible » le mardi 17 Mars 2015 à Caracas, alors que des négociations le jour même s’était achevé dans la plus grande discrétion et sans communiqué de presse à la Havane entre diplomates américains et cubains, affiche le soutien infaillible de Castro au Venezuela, posant plusieurs questions sur la poursuite des pourparlers autour de la fin de l’embargo.

Aura-t-il un impact négatif ? Quelle marge de manœuvre possède Cuba pour désamorcer la crise ?

Il semblerait que la stratégie cubaine se trouve ailleurs, selon les dires du diplomate cubain Carlos Alzugaray « les différences entre Washington et Caracas ainsi que le soutien de Cuba à ce dernier, ne devront pas être un grand obstacle. En effet, ce sont des règles acceptées (…) il n’y a pas de véritable signe de la part de Cuba à ne pas avancer (sur le sujet des négociations) ni de la part des Etats-Unis ». [2]

Il y a par contre un intérêt malin pour le régime castriste à continuer à « sous-traiter » un discours anti-impérialiste au Venezuela et au bloc ALBA-CELAC, et poursuivre le dédoublement d’une diplomatie ferme.

Cuba reprend une certaine aura politique dans la région depuis « la vague des gauches latino-américaine » initiée au Venezuela en 1999 ; avec la création de ALBA en 2004 puis de la CELAC[3][4] en 2010 ; accueillant le processus de paix entre le gouvernement colombien et les FARC en 2013 ; sa réintégration à l’OEA entre autres. Autant d’événements qui remettent la diplomatie cubaine comme incontournable sur la scène latino-américaine.

Ainsi ne plus porter seul le fardeau de public numéro un de la région, permet de rééquilibrer le dialogue actuel avec le Etats-Unis et faire valoir sa proximité avec le régime bolivarien du Venezuela pour renforcer sa caisse de résonance ou jouer l’atout apaisant les tensions. 

 

Le Venezuela est dorénavant à l’avant garde invective de la scène régionale, pour l’instant a à l’unanimité réussi à faire condamner le décret des sanctions mais le sujet reste épineux pour nombre de pays (Panama, Colombie, Chili, Pérou, Mexique…) percevant le Venezuela comme un partenaire chaque fois plus pesant à assumer (l’arrestation du Maire de Caracas Antonio Ledezma par le service intelligence bolivarien le 19 février 2015 est un nouveau tournant) .

Dans un temps court la communauté des nations du sous-continent a soutenu ouvertement Maduro, nonobstant les partenaires commerciaux et politiques des Etats-Unis dans la région se tendent de plus en plus entre deux camps irréconciliables au risque de se repositionner dans un second temps. Les aides au développement (USAID), programmes de lutte anti-narco, traités de libre échange entre le voisin Nord-Américain et les pays de la région sont des arguments de poids pour contrecarrer l’influence vénézuélienne.

 

Pour preuve le gouvernement panaméen a annoncé qu’il n’aurait pas de déclaration à la fin du sommet OEA le 11 Avril ni des allusions aux thèmes politiques (l’axe des échanges sera sur 8 thèmes généraux). Et parallèlement Panama City accueillera un sommet de la société civile avec la présence d’opposants cubains et vénézuéliens.

 

Sommet à suivre…

 

 

Alexandre Munoz-Cazieux

 

M2R-Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine

 

 

[3] Alternative Bolivarienne des Amériques, réunissant notamment les pays d’obédience socialiste des Amériques (Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur, Nicaragua)

[4] Communauté des états latino-américains et des caraïbes, organisation regroupant l’ensemble des pays américains sauf Etats-Unis et Canada.


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1 réactions à cet article    


  • marc23 2 avril 2015 17:33

    Les US en protecteurs des droits humains , en particulier en Amérique Latine, on aura tout vu !!


    Les Saoudiens, Qataris, Bahreinis et autres sujets et esclaves des monarchies du Golfe apprécieront !

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