Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > On a trouvé le clown du parc à thème : Du 60ème anniversaire de la création (...)

On a trouvé le clown du parc à thème : Du 60ème anniversaire de la création de la République Populaire de Chine

Le Guardian fête à sa manière les soixante ans de la création de la République Populaire de Chine, début octobre 1949. L’événement frappe à l’époque par la rapidité de la prise de pouvoir des communistes. L’idée d’une logique historique a depuis modifié la perception de cette période historique. Rappelons quelques faits cependant. Le parti communiste chinois se trouve réduit à sa plus simple expression au début des années 1930. Sur ordre des dirigeants du PCC les plus fidèles à Moscou, le mouvement ouvrier chinois a en effet déclenché de façon prématurée une grève insurrectionnelle en 1927. C’est un échec retentissant.
 
Dans Shanghaï, les troupes de Tchang Kaï-Chek rétablissent l’ordre avec la plus grande brutalité [source]. Mais l’expansion continue du Japon sur le continent donne une chance inattendue aux communistes. Leur ennemi doit soudain combattre une invasion venue du nord et de l’est. Après 1939, Tchang Kaï-Chek ne reçoit plus les mêmes soutiens de ses alliés occidentaux. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Soviétiques rentrent en guerre contre les Japonais. Ils en profitent aussitôt pour équiper l’Armée Populaire de Libération avec le matériel abandonné par les vaincus. Le soutien de Moscou se fait plus manifeste après l’effondrement de l’Allemagne nazie.
 
Ainsi, en 1949, une nouvelle ère commence. Le journal britannique revient sur les lieux de l’histoire des Rouges luttant pour leur survie dans les montagnes de Chine continentale. La journaliste Tania Branigan désire montrer combien le régime actuel cherche non pas à ouvrir ses archives, mais à redorer son image. Il tente de relancer l’activité touristique intérieure dans des lieux symboliques de l’histoire révolutionnaire revisitée : le village natal de Mao, les étapes de la Longue Marche, la base arrière du Shanxi.
 
Hasard ou clin d’œil, l’ancien combattant interrogé par la journaliste s’appelle Mao Guangrong. Il a quatre-vingt-dix ans. Avec son uniforme pimpant, il livre sans réticence ses souvenirs. Ce n’est visiblement pas la première fois. Sa foi reste intacte dans la justesse du combat. Il voit dans Mao un chef charismatique, modeste et près de ses hommes. Les historiens ont depuis longtemps démenti cette fable, mais qu’importe. Le Grand Timonier a rejoint tardivement le Parti communiste, plus tacticien que doctrinaire. Il s’est méfié très tôt de ses proches par peur de l’élimination physique, et a limité pour les mêmes raisons les bains de foule. Très exigeant sur l’orthodoxie révolutionnaire des cadres du parti, jusqu’aux plus éminents, il l’a en revanche vite accommodée en vue de besoins personnels fort bourgeois.
 
Alors bien sûr, le lecteur sourit à la reconstitution de la bataille présentée dans la vidéo du Guardian. L’idée ne viendrait pas de s’asseoir à cette tribune pour assister à ce grand jeu de soldats costumés, courant en tous sens au bruit de pétards figurant vaguement l’impact des obus. La journaliste reprend dans l’article l’effet produit, la naïveté de la scène et la crédulité des spectateurs. Dans les hauts lieux du tourisme révolutionnaire, la foule se presse sans hâte : 270.000 touristes sur l’ensemble des sites l’an passé (?). On peut à ce sujet s’interroger sur l’ambition de créer artificiellement une industrie touristique à partir de traces aussi minces. Bruno Philipp («  retour sur le mystère de la ’glorieuse’ bataille du pont de Luding ») laisse clairement entendre que les interprétations historiques ont induit en erreur des générations de Chinois. Les touristes mettront-ils à mal les thèses officielles ? L’homme nouveau voulu par Mao a-t-il même laissé des traces utilisables ?
 
Yan’an, dans laquelle s’est rendue Tania Branigan attire manifestement des touristes de la nouvelle Chine, celle des téléphones portables (700 millions d’utilisateurs) et de la voiture individuelle. A des Chinois privés de mémoire, un photographe propose pour quinze yuans un cliché en costume d’époque, pantalon et veste gris bleus du soldat de l’APL. Des adolescents habillés à l’occidentale confient à la journaliste vouloir mieux connaître les fondateurs de la Chine Populaire. Ils rentrent juste dans la classe d’âge recherchée par les autorités. Tania Branigan relève toutefois que les visiteurs ne se bousculent pas. De surcroît, ils appartiennent à la fonction publique d’Etat ou à ses équivalents. Beaucoup viennent dans le cadre de voyages organisés.
 
Un Pékinois sollicité sur la pertinence de cette cure de jouvence téléguidée par le parti note qu’il y a encore vingt ans, les gens se rendaient spontanément sur les sites évoqués précédemment. Il sous-entend poliment que le parti peine à camoufler le désintérêt grandissant de la population chinoise. Pire, un homme d’affaires interrogé par la journaliste du Guardian dit lui aussi s’inspirer de Mao ! Il en fait un modèle de manager (!) car ce dernier n’a pas cédé dans l’adversité, s’est adapté en temps de crise. Avec Tania Branigan, on revient un court instant à Mao, mais cette fois il s’agit de l’ancien combattant, cruel intermède. Calmement, ce dernier raconte tous les gens qu’il a fallu liquider : les anciens maîtres et les propriétaires, tous les ennemis de classe. « C’était très facile de tuer quelqu’un. Si vous disiez quelque chose de réactionnaire, ou si vous contestiez le parti, on vous tuait.  » Nul doute que l’ancien combattant ne se remémore quelques souvenirs édifiants. On a trouvé le clown du parc à thème.
 
Tania Branigan conclut cette évocation par un bref commentaire d’un ancien fonctionnaire devenu dissident. Dans la récupération de ce passé douloureux, Bao Tong ne voit que de la poudre aux yeux. Les comptes laissés par soixante années de communisme (post)-maoïste doivent être soldés. Le parti n’a concédé que des erreurs et maintient que 70 % des politiques menées par Mao ont été bonnes. J’ajouterai cependant qu’en Europe les lieux de mémoire questionnent les visiteurs. S’il persiste dans sa voie d’un développement du tourisme révolutionnaire, le Parti prend donc le risque d’un télescopage entre les messages de la propagande et les faits historiques révélés par des visites même très préparées
 
Les autorités de Pékin entretiennent un rapport si compliqué avec l’histoire que le soixantième anniversaire d’octobre 1949 ne donnera lieu à aucune liesse populaire. Les Pékinois subissent en cette fin de mois de septembre une forme d’état de siège. A l’approche du grand défilé militaire, on ferme les fenêtres et on barre les accès aux balcons. Signe de la paranoïa officielle, on a même interdit les cerfs-volants et les pigeons. L’envoyé du journal La Croix compare le contrôle de Pékin par les forces de l’ordre à celui mis en place l’an passé pour les Jeux Olympiques ou en juin dernier, pour le vingtième anniversaire de Tiananmen. Cet anniversaire fait penser à ces réunions de famille obligatoires autour d’un aïeul sénescent. La majorité des participants ne le connaissent qu’à travers des événements exceptionnels. Il appartient à un monde révolu. Ses discours ne suscitent qu’un silence poli. Le vieillard s’est réfugié dans un passé enjolivé. Le présent, les prix de l’immobilier qui augmentent de 50 % et la vie chère, il ne les connaît pas [source]. A Pékin, les pigeons se terrent. 
 
PS./ Dernier papier de Geographedumonde sur la Chine : Shanghaï, attrape-couillons !
Incrustation : clown de Christian Jacot.


Moyenne des avis sur cet article :  3.4/5   (5 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • hengxi 30 septembre 2009 10:58

    « L’événement frappe à l’époque par la rapidité de la prise de pouvoir des communistes. »

    4 ans de guerre qui ont fait des centaines de milliers de morts, vous trouvez cela court ?

    Cette guerre civile et non pas cette prise de pouvoir par les communistes avait commencé avant l’invasion japonaise et n’a connu de pause que durant cette période.

    Ce ne sont pas les communistes qui ont pris le pouvoir, mais une masse composée d’ouvriers et de paysans qui ont chassé les gros propriétaires terriens.

    Le peuple Chinois y croyait un peu comme certains Français en 1981 et comme eux, ils ont été déçus.

    Vous me rétorquerez que les Français peuvent changer de gouvernement, pas les Chinois.

    Il est vrai que l’on remplace blanc bonnet par bonnet blanc : voir Kouchner et autres girouettes.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès