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Accueil du site > Actualités > International > On ne déçoit pas les femmes et les hommes épris de liberté !

On ne déçoit pas les femmes et les hommes épris de liberté !

On sait tous depuis notre plus tendre enfance qu’« on ne parle pas la bouche pleine », qu’« on ne met pas ses doigts dans son nez » et qu’« on ne se bat pas avec sa sœur ». On sait depuis le vendredi 8 août 2008 qu’« on ne boycotte pas un quart de l’humanité », puisque c’est par cette formule lapidaire que le président français a cru devoir justifier sa participation à la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques.
Cette « explication » aux accents moralisateurs est pour le moins étonnante, semblant tout droit tirée d’un manuel de politique étrangère revue par Raymond Queneau. Au-delà de la formule ronflante, cherchons aussi à en analyser la portée et à en mesurer les conséquences quant aux nouvelles orientations françaises en matière de relations internationales.
 
Les mots sont forts « on ne boycotte pas un quart de l’humanité », et comme souvent, les mots forts masquent une réalité beaucoup plus chancelante. Quel est donc ce « on » dont on parle ici ? Est-ce qu’il s’agit de nous, des chefs d’Etats, des peuples, etc. ? Le « on » en question se comprend à la lecture de la fin de la phrase, c’est-à-dire par opposition au quart de l’humanité. On, c’est le peuple français dans son ensemble, représenté par son président. La forme indéfinie permet à l’auteur d’inclure les soixante et quelques millions de Français dans sa décision de se rendre à Pékin. Apparemment le « on » ne s’applique ni à l’Allemagne ni à l’Italie ni à la Grande-Bretagne dont les chefs de gouvernements ont choisi une posture différente.
 
Utiliser le verbe « boycotter » pour dire « ne pas assister » à un événement, et qui est relativement secondaire, paraît grossièrement exagéré. Ce n’est parce qu’Untel décline l’invitation des Machins à une fête qu’ils organisent que les Untel boycottent les Machins. Mme Merkel ou M. Berlusconi ont-ils boycotté ce « quart de l’humanité » ? A priori non. La chancelière a sans doute jugé qu’il était inopportun de se rendre à Pékin ou bien qu’elle avait mieux à faire tandis que le président du conseil italien prétextait une incompatibilité du climat avec son état de santé. En matière diplomatique, on n’est pas toujours tenu de s’expliquer sur ses allées et venues ; la première visite en Afrique Noire de M. Sarkozy fut pour le président Bongo, puis Paris recevait en grandes pompes M. Kadhafi sans qu’on eût beaucoup de justifications aux deux événements.
 
Sans entrer dans une bataille de chiffres sur la proportion représentée par la Chine dans la population mondiale suivant qu’on y compte ou pas toutes les filles, l’absence du président français à la cérémonie d’ouverture aurait-elle constitué un boycott du quart de l’humanité ? En assimilant sa non-participation à une cérémonie tout à la gloire du régime chinois à un boycott de la population chinoise tout entière, M. Sarkozy promeut une représentation douteuse du peuple chinois ; il se retrouve dépeint comme une vaste masse informe rangée scrupuleusement derrière leur(s) leader(s) et prête à faire payer à la France le prix de sa supposée humiliation. L’avenir des relations commerciales entre l’Allemagne – qui exporte environ quatre fois plus que la France vers ce pays – et la Chine dira finalement si le « on » aurait dû s’appliquer aussi outre-Rhin.
 
Quand bien même cette péripétie constituerait un boycott, en quoi affecterait-il le peuple chinois ? On imagine mal l’assimilation d’un boycott du régime de Rangoon ou du président Mugabe à un boycott des peuples birman ou zimbabwéen. C’est habituellement par solidarité avec un peuple opprimé qu’on boycotte un régime oppresseur ; confondre le quart de l’humanité en question avec le régime répressif chinois est une grossière erreur politique. La Chine, régulièrement frappée par des catastrophes naturelles et industrielles, offre malheureusement bien des occasions de prouver notre solidarité et notre compassion à son égard.
 
Pour des raisons qui restent à éclaircir, le président français n’a pas pu ou su décliner l’invitation des autorités chinoises à la cérémonie d’ouverture des JO. Par manque de courage ou d’humilité, il n’a pas su dire : « je ne suis pas en mesure de refuser l’invitation à la fête organisée par M. Hu Jintao », alors cela devient « on ne boycotte pas, etc. », qui signifie aussi : « si moi, Nicolas, je ne vais pas à la fête de Hu, c’est le péril jaune qui menace ».
 
La France tenait à cœur d’occuper une place à part dans « le concert des nations » ; indépendante d’esprit, se libérant elle-même, puis d’autres peuples, de la tyrannie. Elle s’affichait en défenderesse des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ; c’était en quelque sorte comme une « identité nationale », identité à laquelle le « on ne pas » présidentiel vient de porter un sacré coup. C’était au nom des valeurs représentées par la France que les étudiants épris de liberté entonnèrent La Marseillaise sur la place Tiananmen au printemps 1989.
 
Après quelques jours de compétition olympique, j’ai bercé un moment l’espoir que nos athlètes renoncent à conquérir l’or afin que ne retentisse, dans le temple élevé à la gloire du régime oppresseur, cet hymne qui avait été l’espoir des opprimés. A défaut, les dieux de l’Olympe veillaient ; ceux de l’olympisme moderne, venus de Grèce, de Suisse et de France, chacun de ces pays ayant écrit de grandes pages de l’histoire de la démocratie, feraient en sorte de ne pas décevoir les gueux qui croient encore à la force du chant révolutionnaire.
 
Puis sont venus les lutteurs, les épéistes, puis d’autres encore, et le nid d’oiseau s’est empli de La Marseillaise. On n’a pas boycotté le quart de l’humanité, mais on a désespéré les milliards d’hommes et de femmes épris de liberté. La place Tiananmen est définitivement karcherisée.

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8 réactions à cet article    


  • RilaX RilaX 21 août 2008 10:14

    Non mais arretez de critiquer Nicolas Sarkozy. C’est un super président. Il est génial. la France va beaucoup mieux depuis qu’il est la, et notre image dans le monde est super. En plus la gauche ils sont nul alors vous voyez bien que Nicolas Sarkozy il est super.




    • Deneb Deneb 21 août 2008 11:01

      Et puis sa meuf, vous avez vu sa meuf qu’elle est bonne !


    • Yifu66 21 août 2008 15:17

      On peut toucher ?


    • Vilain petit canard Vilain petit canard 21 août 2008 11:40

      Belle analyse de ce non-événement, ou : comment doner de l’importance à ce qui n’en a pas. A savoir, la cérémonie d’ouverture n’a jamais été un événement politique, mais notre Conducatore a réussi à en faire un, et à passer pour un guignol.

      Moi j’vais vous dir’pourquoi iyétallé à Pékin, not’Président. C’est que ce bonhomme ne connaît que trois choses : la publicité, le fric et le rapport de force. Obsédé par la vente des TGV et des centrales nucléaires, et mort de peur à l’idée que les Chinois refusent de signer (force), il est allé se montrer parce qu’il a peur de perdre ses précieux contrats (fric), mais comme il avait claironné et plastronné qu’il n’irait pas (publicité), il passe pour un pignouf auprès des Chinois. Le tout assaisonné de ses fameuses sentences à l’emporte-pièce ("on ne boycotte pas..."), style western, avec les tics d’épaule et le rictus.

      On pourrait bien lui répondre : on ne se déculotte pas devant le quart de l’humanité....



      • LE CHAT LE CHAT 21 août 2008 14:22

         on a désespéré les milliards d’hommes et de femmes épris de liberté. La place Tiananmen est définitivement karcherisée.

        tout au plus , "on" a agacé BHL et françois Hollande ! eux et quelques donneurs de leçons de morale ! l’immense majorité de la planète s’en tape complétement de la condition des droits de l’homme en Chine et n’a d’yeux rivés que sur le nombre de médailles amassées par leurs athlètes nationaux !



        • Frédéric Guinot Frédéric Guinot 21 août 2008 15:53

          So what ???


        • Internaute Internaute 21 août 2008 15:23

          Le plus dommageable pour la France n’est pas qu’il aille ou qu’il boude les JO mais qu’il s’imagine que sa royale présence ou sa royale absence ait une quelconque influence sur l’ego chinois. Je trouve Hu Jintao beaucoup trop poli. Il aurait aussi bien pu dire en chinois « Casse-toi sale con ! ».


          • elisabeth 23 août 2008 18:19

            Qui dit que Sarkozy est un super président dit n’importe quoi, c’est le plus mauvais président qu’ait jamais eu la France, c’est une pourriture et une ordure, une saloperie, même que j’ai parlé avec des Chinois, et même les Chinois ne l’aiment pas, tout le monde le déteste sauf les pauvres idiots qui restent qui ont voté pour ce guignol dont la plupart de ses électeurs sont bien déçus car il vous a tous bien bernés et vous a tous trompés, il est la honte de la France..

            elisabeth 3

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