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Accueil du site > Actualités > International > Orange glauque (1)

Orange glauque (1)

Retour à la situation politique très tendue à Madagascar. Première partie.

Nouvel article en deux parties sur Madagascar et ses journées meurtrières.

Malgré un début de médiation assez vain (Union Africaine, Nations Unies, France et même le nonce Augustine Kasuja), on se retrouve au point de départ car l’ancien maire de Tananarive Andry Rajoelina a rompu tout dialogue (et se trouve donc dans l’impasse).

Parmi ses conditions pour entamer les discussions, la démission du Président Marc Ravalomanana, ce qui est inacceptable pour l’autre camp qui considère qu’il a été élu Président légitimement pour un mandat de six ans en décembre 2006.


Calme métastable et impasse

Depuis une semaine, Marc Ravalomanana a pu se réjouir de voir ses partisans également se réunir : ils étaient 30 000 dans un stade le 11 février 2009.

La journée du 16 février 2009 a évité le pire.

Andry Rajoelina, qui a déjà nommé douze "ministres" de transition qui n’ont aucune existence constitutionnelle, voulait que ces derniers aillent occuper les ministères réels et commencer leur travail sans s’occuper du gouvernement légal. Le risque était donc très grand pour que de nouvelles effusions de sang aient lieu ce 16 février.

Finalement, les forces de sécurité ont placé toutes les administrations et tous les ministères en "zone rouge", zone de protection maximale. Andry Rajoelina a donc renoncé à marcher vers les ministères, mais ses partisans n’ont pas voulu se disperser, ce qui a entraîné quand même des échauffourées avec la police (mais sans à déplorer de victimes, à ma connaissance).


Des médias peu objectifs ?

Les médias français retracent généralement la crise malgache en laissant entendre que le leader de l’opposition, Andry Rajoelina, est à la tête d’un mouvement populaire et que ce dernier a été réprimé par la force, faisant une trentaine de morts le 7 février 2009. Pour simplifier, ils laissent entendre que le Président actuel Marc Ravalomanana est l’oppresseur et que le maire destitué Andry Rajoelina est le martyr de la liberté et de la démocratie.

Hélas, la réalité est bien différente, et depuis une dizaine de jours, Andry Rajoelina, qui avait clairement et lâchement envoyé ses partisans à l’abattoir le 7 février sans lui-même prendre de risque physique, ne cesse d’instrumentaliser cette trentaine de morts.

Voici donc une version un peu plus recadrée soutenue par les partisans du Président Marc Ravalomanana. Les affirmations qui y sont données sont vérifiables par des vidéos ou photos, sauf quand le doute est indiqué. Elle évoque (en deux parties) l’analogie généralement faite entre 2002 et 2009, la radio et télévision libres, Daewoo et la journée du 7 février 2009.


1. Le parallélisme entre 2002 et 2009 est-il pertinent ?

Je l’avais moi-même esquissé fin janvier 2009 : le maire de Tananarive, soutenu par la foule, voulant renverser le Président sortant. Ravalomanana contre Ratsiraka en 2002 et Rajoelina contre Ravalomanana en 2009.

Mais avec deux différences fondamentales qui montrent à l’évidence que l’analogie n’est pas pertinente.

1.1. Légalité constitutionnelle et démocratie

En 2002, le combat de Marc Ravalomanana était motivé par une élection démocratique. Selon de dernier, il avait été élu dès le premier tour à l’élection présidentielle de décembre 2001. Selon le Président sortant, Didier Ratsiraka, il était bien en tête du premier tour mais en dessous de la barre de 50%. Didier Ratsiraka voulait donc un second tour.

Il a fallu quatre mois pour que la Haute Cour Constitutionnelle proclamât officiellement les résultats (élection de Marc Ravalomanana dès le premier tour avec 53%) et encore trois mois pour obtenir la reconnaissance de la communauté internationale (la France a été particulièrement tardive).

En 2009, la situation est très différente : Andry Rajoelina ne se base sur aucune élection nationale. Il ne peut se prévaloir que d’une élection locale (municipale à Tananarive), en décembre 2007, et son élection comme maire a été reconnue par le pouvoir qui l’a laissé gérer la ville jusqu’à début février 2009 (il a été destitué le 3 février 2009 à cause de sa gestion calamiteuse de collecte des déchets).

1.2. Les fauteurs de troubles sont pas dans le même camp

En 2002, après avoir refusé de confronter les procès verbaux des bureaux de vote, le Président Didier Ratsiraka s’était retranché à Tamatave et avait engagé un véritable blocus économique contre la capitale afin de l’asphyxier : barrages routiers, ponts dynamités. Rappelons que toutes les importations à Madagascar passent par le port de Tamatave puis sont transportées par camions de Tamatave à Tananarive via la nationale 2. Des actes de barbarie à connotation ethnique ont même été relevés. Cela a terminé par le départ en exil de Didier Ratsiraka (en France) et sa condamnation par contumace à dix ans de travaux forcés pour tentative de génocide.

En 2009, la tension ne vient pas du pouvoir mais bien des partisans d’Andry Rajoelina. Marc Ravalomanana a même été critiqué par Andry Rajoelina pour n’avoir pas fait intervenir ses troupes lors des pillages de ses propres magasins le 26 janvier 2009, ses opposants le traitant pour cette raison de "pilleur" alors qu’il a évité un bain de sang (cela n’a pas empêché hélas des morts).


2. La liberté d’expression est-elle en danger ?

Comme je l’avais indiqué dans la chronologie des événements, le début des manifestations populaires a eu lieu à la suite de la décision par le pouvoir de fermer la télévision d’Andry Rajoelina, Viva TV, en décembre 2008.

La fermeture le 25 janvier 2009 de Radio Viva a servi de prétexte auxpartisans d’Andry Rajoelina pour incendier la télévision nationale (TVM) et la radio nationale (RNM) le lendemain, 26 janvier 2009, ce qui a détruit la totalité des archives audiovisuelles malgaches et provoqué près de 70 morts.

La raison de la fermeture de Viva TV fut la diffusion, en décembre 2008, de l’intégralité d’un discours de l’ancien Président Didier Ratsiraka, exilé en France, exhortant les Malgaches à renverser le gouvernement actuel, pourtant légitimement désigné à la suite de l’élection de décembre 2006.

Or, l’appel aux émeutes est réprimé par l’article 82 du Code pénal malgache : « Attente à la sûreté de l’État. L’attentat dont le but est soit de détruire ou de changer le gouvernement, soit d’inciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité, est puni de la déportation. ».

Article qui est compatible avec l’article 10 de la Constitution malgache : « Les libertés d’opinions et d’expression, de communication, de presse, d’association, de réunion, de circulation, de conscience et de religion sont garanties à tous et ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et des droits d’autrui et par l’impératif de sauvegarder l’ordre public. ».

Les propos de Didier Ratsiraka a été partiellement diffusé dans les autres médias malgaches mais pas la partie interdite par la loi (appel aux émeutes). De son côté, Viva TV avait annoncé qu’elle rediffuserait l’intégralité de l’intervention de Didier Ratsiraka, se rendant alors complice de la violation du l’article 82 du Code pénal commise par Didier Ratsiraka.

Radio Viva n’a pas été fermée au même moment car elle n’a pas contrevenu à cet article en ne diffusant pas les propos de l’ancien Président, mais s’est rendue coupable de troubles publics le 25 janvier 2009 en incitant elle-même la population aux émeutes du lendemain.

Malgré ces faits, le pouvoir a rendu les émetteurs de Radio Viva et de Viva TV dans la journée du 26 janvier 2009 en signe d’apaisement, ce qui a désamorcé les revendications de liberté d’expression d’Andry Rajoelina. Pourtant, ce dernier a continué sa tentative de déstabilisation au cours d’une journée au très triste bilan humain.


Dans la seconde partie de l’article, je reviendrai sur Daewoo et la triste journée du 7 février 2009.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 février 2009)


Pour aller plus loin :

Inquiétude malgache (27 janvier 2009).

La révolution orange vire au rouge (11 février 2009).

Informations sur la situation à Madagascar.

Un témoignage provenant de proches d’Andry Rajoelina.

Le déroulement de la journée du 7 février 2009 selon le TIM.




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