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Accueil du site > Actualités > International > OTAN en emporte mon député

OTAN en emporte mon député

Il y a quelques semaines, je signais une pétition en ligne invitant la France à sortir de l'OTAN à la veille du sommet de l'Alliance qui s'est tenu à Varsovie les 8 & 9 juillet dernier. Je suis en effet très critique envers la ré-adhésion de notre pays à cette organisation en 2009, qui ne nous attirera (et nous attire déjà) que des problèmes. Quelques jours plus tard je recevais une réponse de mon député à laquelle la pétition avait été transmise en même temps que mes coordonnées. Le texte de sa réponse figure ici. Sur la forme, déjà, il faut savoir que la réponse est commune à plusieurs députés socialistes. Sur le fond, sans réelle surprise, les arguments avancés ne me convainquent pas, se contentant de reprendre la bonne vieille rhétorique manichéenne et belliciste qui nous est déjà servie ad nauseam. Alors je me suis dit que je devais répondre à mon tour à mon représentant...

 

Monsieur le Député

Je vous remercie tout d’abord d’avoir pris le temps de répondre à un courriel que vous avez reçu à la suite de la signature, de ma part, d’une pétition en ligne invitant la France à quitter l’OTAN (même si j’ai su depuis peu qu’il s’agissait d’une réponse standardisée d’un certain nombre d’élus socialistes, et je n’aurai donc pas le fond de votre pensée personnelle sur ce sujet). Vous m’avez à cet effet fait part d’un certain nombre d’arguments, qui sont les vôtres (ou ceux de votre groupe), mais que je ne peux partager pour les raisons que je vais exposer ci-dessous.

 

Un point de vue partiel… et partial

Pour justifier l’utilité d’adhérer à l’OTAN et sa politique de défense commune, vous évoquez d’abord dans votre réponse les risques nés du « chaos en Syrie, en Irak et en Libye ». Dois-je vous rappeler qui sont les initiateurs de ce chaos ? L’Irak, dès 2003, était occupé pour les raisons fallacieuses que l’on connaît par une coalition menée par les Etats-Unis, certes sous mandat onusien mais après avoir largement outrepassé celui-ci, commis les exactions que l’on sait, et exagéré la menace que représentait alors ce pays où l’on cherche encore les « armes de destructions massives » agitées par Colin Powell devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.[1] La France, alors souveraine et indépendante, flairant la tromperie, avait courageusement refusé de se joindre à ce politicide qui a conduit, à terme, à l’émergence de l’État Islamique. « Joli coup » du chef de file de la Rose des Vents !

De nouveau intégrée à l’OTAN depuis 2009, l’Hexagone, cette fois-ci en tête de pont, ne loupera pas celui de la Libye, allant là aussi bien au-delà du mandat onusien. Nous y entendrons des « responsables » (mais le sont-ils vraiment ?), notamment politiques et de votre groupe, se féliciter d’une manière aussi choquante que décomplexée de l’application d’une « justice » pour le moins expéditive.[2] Avec là encore, maintenant, un pays livré effectivement à un chaos largement prévisible.

Seule la Syrie a su résister, pour l’heure, à une telle agression, alors même que notre Président admettait avoir armé – au mépris du droit international – ceux que l’on désigne maintenant comme une menace. Cruelle ironie que cette histoire de pompier pyromane, qui pourrait prêter à sourire si elle ne générait pas tant de souffrance, surtout dans les pays concernés cibles des « bombardements humanitaires » de l’OTAN.

Mais ces tragédies ne concernent pas seulement le « flanc Sud de l’Europe » comme vous le soulignez, mais aussi notre pays. Toutes ces conséquences que nous subissons aujourd’hui ont été générées par la politique étrangère catastrophique menée par la France depuis plus de cinq ans, bien loin du « message de paix » que vous évoquez. Le fait d’avoir de nouveau inféodé le pays à une organisation otanienne y est évidemment pour beaucoup. La « souveraineté » et « l’autonomie de nos décisions » sont sérieusement altérées depuis ce retour dans le bloc atlantiste. Le pauvre Général De Gaulle avait au moins compris, par sa courageuse décision de 1966, le danger d’abandonner sa souveraineté à une entité finalement davantage belliqueuse que garante de la sécurité internationale.

Hebergeur d'image

(Source Le Republicain Lorrain - 10 mars 1966)

 

OTAN : les Etats-Unis et… les autres

Ne nous voilons pas plus longtemps la face. Derrière l’OTAN se cachent évidemment les Etats-Unis, qui en dirigent l’Organisation depuis sa création. Comment appeler autrement une entité bicéphale déséquilibrée composée d’un commandant suprême des forces alliées en Europe systématiquement américain et d’un secrétaire général tournant entre les pays d’Europe ? Partant de là, ça ne serait pas très gênant si le pays de l’Oncle Sam était gouverné par des dirigeants vertueux, responsables, impliqués dans le respect du droit international, et respectueux de la souveraineté des autres états. Malheureusement, les dernières décennies, et spécialement le début du XXIème siècle, ont montré que ça n’était pas le cas. Au point que l’on peut légitimement considérer que ce pays constitue à lui seul l’une des plus grandes menaces pesant sur la paix mondiale compte tenu de la schizophrénie régulière et de plus en plus marquée de ses dirigeants.

Un sondage réalisé fin 2013 (Gallup) auprès de plus de 66 000 personnes dans 65 pays avait d’ailleurs révélé que 24 % des sondés, et le tiers des pays (y compris européens), considéraient les Etats-Unis comme «  menaçant le plus la paix dans le monde  », loin devant d’autres nations.[3]

 

Deux poids, deux mesures

J’en profite pour en venir au cas de la Russie, puisque vous évoquez également les « démonstrations de puissance » de ce pays, et « ce qui s’est passé en Crimée en mars 2014 ». Vous omettez là encore de préciser les événements qui se sont déroulés dans ce pays un mois plus tôt et que beaucoup d’avis éclairés qualifient – à juste titre - de coup d’état. Mais vous préférerez sans doute parler de « coup d’état démocratique », de « révolte pacifique et spontanée », de « révolution colorée » ou de « printemps » de rose, de jasmin ou autre douceur qui sonnent tellement mieux aux oreilles des opinions publiques qu’il convient de manipuler rassurer un peu. Les drapeaux agités sur la place Maïdan annonçaient pourtant la couleur que risquait de prendre le pays une fois émancipé par le « monde libre ». Quant-à la Crimée, certes le procédé Russe est cavalier, mais l’OTAN n’a rien à envier à l’Ours russe en la matière, plongeons-nous là encore dans l’Histoire. Et d’ailleurs l’Alliance peut-elle se vanter de « libérations » aussi peu meurtrières ?

Pour poursuivre sur ce sujet de la crainte des visées hégémoniques prêtées à la Russie, j’aimerais attirer votre attention sur le fait que les études sérieuses prêtent aux Etats-Unis l’occupation de près de 700 bases hors de leur territoire, sur au moins 63 pays, répartis sur tout le globe (chiffres de 2002 selon Hugh d’Andrade et Bob Wing « U.S. Military Troops and Bases around the World » and « The Costs of « Permanent War »). A cela nous pourrions d’ailleurs ajouter les bases de l’OTAN. Les estimations les plus alarmistes de nos jours doublent quasiment ces chiffres, mais tenons-nous en à ces éléments optimistes quelque peu datés.[4] En comparaison la Russie disposerait de bases dans moins de 15 pays étrangers, et encore s’agit-il majoritairement d’ex-pays de l’URSS.[5] En terme de dépenses militaires, entre ces deux puissances il n’y a pas photo non plus : en 2015, les Etats-Unis à eux-seuls dépensaient près de 10 fois plus que la Russie, avec près de 600 Mds de $.[6] Alors moi, je veux bien être naïf, et considérer que la Russie présente une « menace » que seul l’OTAN serait susceptible de juguler. Mais les faits montrent davantage le contraire. Et ils sont têtus.

Vous évoquez également des « déploiements notables de moyens  » russes au large des « approches maritimes européennes », lors d’exercices ponctuels que l’Alliance pratique à plus grande échelle encore. Par contre comment ces mêmes Russes doivent-ils prendre l’implantation de bases permanentes et l’expansion de l’OTAN dans les ex-pays de l’URSS, à quelques centaines de kilomètres de la capitale du pays ? En faisant preuve d’un peu d’empathie, peut-on imaginer la réaction des dirigeants américains en cas d’implantation de bases russes au Mexique ou au Canada, au besoin après des « regime change » dont le bloc atlantiste s’est montré si friand ces dernières années ? C’est pourtant bien ce qu’il s’est produit depuis une vingtaine d’années autour du plus grand pays du globe.

Hebergeur d'image

(Source Les Crises)

Si on se souvient un peu de l’Histoire, on retiendra aussi de l’Alliance ses quelques « barbouzeries » au sein des réseaux de type Gladio, dans le but d’anticiper un déferlement soviétique (déjà !) en Europe de l’Ouest… qui ne viendra jamais. Cette schizophrénie otanienne valait sans doute bien quelques ingérences par ci et quelques attentats par là. Sitôt cet épisode dévoilé, l’empire soviétique s’effondrait. Et avec lui le Pacte de Varsovie signé en 1955 par la plupart des pays du bloc communiste, lequel avait vocation à contrer l’Alliance Atlantique, née 6 ans plus tôt. On devinait déjà bien, dans cette genèse, quel bloc répondait à quel bloc. La disparition du premier aurait dû entraîner assez logiquement la disparition du second. Las. Au mépris des engagements pris alors entre les parties[7], l’OTAN n’a cessé de se déployer dans les anciens pays de l’Est avec une attitude paranoïaque certaine, les Etats-Unis ayant visiblement du mal à se passer d’un « ennemi ».

Vous pourriez penser que je suis « pro-russe » ou « anti-américain », pour reprendre une terminologie médiatique emprunte d’un manichéisme quasi-religieux. Rassurez-vous, je suis bien plus nuancé et bien moins « croyant » que cela. Mais l’analyse objective des faits est malheureusement bien peu favorable à l’OTAN et à ses actions « pacificatrices » dans le Monde.

 

L’OTAN prise au piège du terrorisme

Sans trop forcer le trait, on peut légitimement dire que l’OTAN, ou certains de ses membres pris isolément, sont régulièrement impliqués dans l’ « utilisation ou la menace d'utilisation illégale de la force ou de la violence (...) contre des personnes ou des biens avec l'intention d'intimider ou de forcer des sociétés ou des gouvernements, souvent pour des raisons idéologiques ou politiques. » Les politicides de l’Irak et de la Libye (réussis), ainsi que celui de la Syrie (tenté) sont à cet effet flagrants.

Malheureusement la définition ci-dessus correspond à celle du terrorisme (selon l’American Heritage Dictionary). S’agissant de terrorisme étatique ou organisationnel, on pourrait d’ailleurs ajouter de nos jours des raisons économiques.

Il est patent que l’OTAN, et spécialement son chef de file que sont les Etats-Unis, s’est appuyée depuis plusieurs décennies sur des groupes radicaux, islamistes ou autres, pour parvenir à ses fins. De l’Afghanistan des années 1980 avec un certain Oussama Ben Laden considéré alors comme « le héros de l’Amérique »[8] (avant qu’on ne lui désigne le rôle de « grand méchant »), à la Syrie des années 2010 et sa rebellion-modérée-coupeuse-de-têtes qui fait du « bon boulot », les exemples ne manquent pas. Et vous invoquez maintenant la nécessité de combattre ceux-là même que nous avons armés et formés, nous ou nos « partenaires » ? Avez-vous perdu la tête (sans vilain jeu de mot) ou prenez-vous vraiment les « sans dent » pour des imbéciles ?

Le seul point où je vous rejoins finalement concerne votre dernier paragraphe : il vaut effectivement mieux siéger aux sommets que de pratiquer la politique de la chaise vide, pour essayer « d’exercer une influence favorable sur l’action de nos alliés. » Les inquiétudes suivantes me gagnent cependant : la France veut-elle vraiment, maintenant, exercer une « influence favorable » au sein de cette organisation ? Et d’ailleurs qu’entendez-vous par « influence favorable » ? Considérez-vous que la France a exercé une « influence favorable » en Libye et en Syrie, pour ne citer que ces deux pays ?

Hebergeur d'image

(Source Courrier International)

 

Pour toutes ces raisons, il me semble urgent que la France quitte définitivement l’OTAN, dont elle se trouve prise au piège. Cette organisation est de nos jours davantage une menace pour la paix que porteuse de cette valeur. Elle nous attire davantage de problèmes (terrorisme intra-national de grande ampleur) qu’elle ne nous en évite. Elle associe finalement assez logiquement notre pays à ses membres les moins vertueux et à l’impérialisme (n’ayons pas peur de la réalité) américain, avec les injustices que ces pays génèrent. On ne doit pas s’étonner, par la suite, d’être éclaboussés ça et là par quelques représailles qu’une certaine neutralité nous éviterait aisément. La chronologie des événements terroristes survenus en France, au développement rapide et à l’ampleur croissante, est d’ailleurs flagrante depuis le retour de la France dans l’Organisation de la Rose des Vents en 2009. Il est là l’avenir de la France dans l’OTAN, nous le découvrons mois après mois. Le bloc atlantiste est en définitive en mesure de nous défendre uniquement dans une relation de type mafieuse, où il (ou certains de ses membres et « alliés ») crée et entretient la menace contre laquelle il prétend d’un autre côté nous protéger.

Je vous prie de croire à votre tour, Monsieur le Député, en l’expression de mes sincères salutations.

 

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Notes :

[1] Discours daté du 05 février 2003 (voir résumé ICI). Colin Powell avouera par la suite avoir été à la fois poussé à agir dans la précipitation et trompé par les agences de renseignements, mais aussi par des membres éminents du gouvernement Bush Jr, dont Dick Cheney (voir ce lien).

[2] Voir un florilège de ces déclarations ICI (internationales) et LA (nationales).

[3] Voir à ce sujet le site qui expose la méthodologie, les questions posées et les résultats pays par pays. Voir également une représentation sur une carte mondiale du pays considéré par ses habitants sondés comme le plus menaçant pour la paix mondiale. Les Etats-Unis sont majoritairement cités, y compris par certains pays européens (notamment l'Espagne, l'Allemagne, la Suède). La France, alors en pleine hystérie "anti-bachar", était alors le seul pays (avec la Bulgarie) à citer la Syrie comme constituant cette plus grande menace.

[4] Voir ce lien évoquant notamment les estimations de Hugh d’Andrade et Bob Wing (2002) mais également l'évolution de la militarisation américaine dans les années qui ont suivi. Voir également cette interview de Julian Assange sur RT le 09/12/2015 où il évoque l'implantation de 1400 bases américaines dans 120 pays différents.

[5] Voir Wikipéda ou ce lien.

[6] Voir ce lien.

[7] Le site même de l'OTAN évoque cette "promesse non tenue", en la qualifiant de mythe. Sans nul doute, rien d'officiel n'a manifestement été ratifié entre les parties, mais suffisamment d'éléments et de témoignages font état du fait que James Baker, alors secrétaire d'Etat de Georges Bush (senior), avait promis à Mickaël Gorbatchev que l'OTAN ne s'étendrait pas après la chute de l'empire soviétique et la disparition du Pacte de Varsovie (voir notamment ce lien). George Kennan lui-même, pourtant considéré comme le père de la doctrine du containment de 1947, admettra à la fin des années 90 que cette extension est une erreur et ne fera au final qu'exacerber la Russie.

[8] Oussama Ben Laden sera à la tête des moudjahidines en Afghanistan durant les années 80 pour lutter contre l'occupation soviétique. Il sera en cela naturellement bien soutenu outre-Atlantique. Al-Qaïda sera le prolongement de ce mouvement, au point que beaucoup, comme Hillary Clinton l'a déclaré en 2009, considèrent aujourd'hui que l'organisation de Ben Laden a plus ou moins été créée par les Etats-Unis. Aujourd'hui nous avons l'Etat Islamique né des errements américains mais cette fois-ci en Irak. Comme le suggérait si bien Albert Einstein, « la folie c’est de répéter les mêmes erreurs et espérer des résultats différents. »

 


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13 réactions à cet article    


  • fred.foyn fred.foyn 11 août 09:31
    OTAN chambre secrète du clan mafieux de l’Ouest qui entérine les décisions-débiles des faiseurs de guerres, une aberration soutenue par une majorité de peuples.

    • insomnia insomnia 11 août 23:14

      @fred.foyn

      Les peuples sont dans l’ignorance du vrai Problème... car manipulés !


    • Jeekes Jeekes 11 août 09:42

      Très bonne réponse !


      Dommage que ce député-godillot doive se torcher avec... 


      • Chuck Maurice 11 août 10:43

        Ah, je comprend mieux cette histoire de pacte de Varsovie.

        En fait, les communistes tant décriés, ne sont pas à l’Est mais bel et bien à l’Ouest, c’est pour cela qu’on pouvais les trouver ! Les communistes, c’est cette fameuse Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord plus connue sous le nom de code OTAN (ou NATO en angliskan) en fait.

        C’est pour cela qu’on marche en plein dans la meumeu vu le nombre impressionnants de prouts diarrhéiques qui sortent en ce moment des encéphales spongiformes qui peuvent éventuellement servir accessoirement de cerveau à nos zélites...


        • Larez 11 août 13:42

          Merci pour cette réponse foofighter.

          Je partage à 100% les arguments développés ici et crains effectivement que « Dommage que ce député-godillot doive se torcher avec... » comme le souligne Jeekes.

          Cordialement.


          • troletbuse troletbuse 11 août 15:36

            Analyse (excellente) du CNT sur la tuerie de Nice

            https://www.youtube.com/watch?v=feWOQpdoWkc#t=9.393809


            • François Vesin François Vesin 11 août 16:08

              Voilà ce que le mien (sénateur PS) m’a répondu : de l’enfumage sénatorial 

              à la sauce UMPS qui me conforte dans l’idée que voter aujourd’hui c’est
              collaborer de gré ou de force avec les ennemis de la France.

              Madame, Monsieur,

              Vous m’avez fait part de votre position défavorable à la participation de notre pays à l’OTAN et souhaitez connaître ma position sur cette question stratégique.

              La France, vous le savez, poursuit depuis des dizaines d’années une politique de défense indépendante, appuyée sur une force de dissuasion nucléaire nationale et un potentiel d’armes conventionnelles moderne et diversifié, en sorte de faire face à la plus grande variété de menaces extérieures.

              En même temps, notre pays fait partie de l’Alliance Atlantique depuis sa création en 1949 et s’y trouve aux côtés de la quasi-totalité de nos partenaires de l’Union Européenne. Ajoutons que tous les pays de l’espace européen, y compris ceux qui se déclarent militairement neutres comme la Suisse, l’Autriche, la Finlande ou encore la Serbie, participent au Partenariat pour la Paix, organisation « sœur » de l’OTAN qui assure à ses membres de participer à la standardisation d’armements et aux exercices militaires de manière à être en mesure de coopérer volontairement en cas d’engagement armé partagé.

              L’OTAN permet à la France de disposer d’un cadre de coopération militaire adapté à de multiples situations de crise et de participer à des actions servant nos intérêts de sécurité et notre politique internationale, et cela lorsque nous le choisissons librement. Il faut souligner en effet que, à la différence de l’Union Européenne, il n’y a aucune délégation de souveraineté des États membres à l’OTAN. Les décisions s’y prennent à l’unanimité et un État membre reste à tout moment libre de participer ou non à un programme d’investissement en armement ou à une opération armée. La seule obligation résultant du traité fondateur est celle de l’entraide mutuelle en cas d’agression armée contre un des membres de l’alliance ; et, même dans ce cas, chaque État est libre du niveau de soutien qu’il apporterait à l’allié attaqué.

              L’appartenance à l’OTAN n’entraîne donc pas, pour notre pays, d’abandon de sa liberté de décision en matière de politique internationale ou de défense. Elle nous permet au contraire d’exercer une influence politique auprès de nos alliés en faveur d’engagements partagés des européens, qui pourraient à terme réduire la disproportion de forces militaires entre les États-Unis et les Européens. L’idée que cette alliance « aurait perdu sa raison d’être » n’est partagée par aucune des démocraties européennes qui y participent, et les facteurs de crise qui entourent notre continent, dont certaines actions offensives dont la Russie a pris l’initiative ces dernières années, ne conduisent pas à cette conclusion.

              Il n’y a pas non plus d’interférence entre le rôle de l’OTAN en matière nucléaire (qui se borne à un engagement des États-Unis de protéger les membres non nucléaires de l’alliance) et la dissuasion française, qui est toujours restée entièrement indépendante.

              Tels sont les motifs pour lesquels je ne suis pas favorable à un refus de participation à cette alliance, qui nous priverait de moyens d’action sans rien ajouter à notre indépendance de décision.

              Vous pouvez connaître de manière plus générale mes positions sur d’autres sujets et mes actions au Sénat comme à l’étranger en visitant mon site Web : http://www.richardyung.fr/

              Je profite de votre prise de contact pour vous abonner à ma lettre d’information qui est publiée en général deux fois par mois.

              Vous remerciant de votre intervention de débat citoyen, je vous prie, Madame, Monsieur, d’agréer mes salutations les plus cordiales.


              — 



              • Gogonda Gogonda 11 août 17:08
                Merci Foofighter pour l’article.

                Pour justifier l’utilité d’adhérer à l’OTAN et sa politique de défense commune, vous évoquez d’abord dans votre réponse les risques nés du « chaos en Syrie, en Irak et en Libye ».

                Bon, ça c’est les belles paroles pour nous rassurez et faire bonne figure devant papy et mamie devant la télé...

                La « souveraineté » et « l’autonomie de nos décisions » sont sérieusement altérées depuis ce retour dans le bloc atlantiste.

                Ben voila la (ou l’une des) vrai(s) raison de l’adhésion à l’OTAN...

                C’est toujours comme ça avec nos élites, ils nous bassine de joli discours irréprochable pour finir sur des mesures qui, elles, le sont beaucoup moins...mais il est déjà trop tard, le mal est fait...la seul chose qu’ils cherchent c’est une « dictature douce », réduire nos droits et nos libertés sous prétexte de sécurité.

                • Montdragon Montdragon 11 août 20:59

                  Malheureusement, le mythe de la résistance française en 2003 en est bien un :
                  Chirac voulait une trop grosse part du gâteau irakien contre un vote français à l’ONU, les néocons de la bande à Bush ont négocié à la baisse, fin des négociations.
                  Et véto.
                  Et plus de french fries, lol.


                  • Alainet Alainet 11 août 23:44

                    ** Il convient de lire aussi Thierry Meyssan : « Le crépuscule de l’Otan »
                    http://www.voltairenet.org/article192798.html
                    Malgré une abondante littérature historique, les Occidentaux n’ont toujours pas compris que l’Otan avait été créée par leurs classes possédantes contre eux et qu’elle est aujourd’hui utilisée par les États-Unis contre leurs élites...Si l’Otan était une alliance défensive, elle se bornerait à défendre ses États membres, mais au lieu de cela, elle a élargi sa zone d’intervention géographique...L’Alliance est aujourd’hui de toutes les guerres. C’est elle qui coordonna la chute de la Libye, en 2011, après que le commandant de l’AfriCom, le général Carter Ham, eut protesté contre l’emploi d’Al-Qaïda pour renverser Mouamar el-Kadhafi. C’est encore elle qui coordonne la guerre contre la Syrie depuis l’installation de l’Allied Land Command, en 2012, à Izmir en Turquie. Au fur et à mesure, des États non-européens ont été intégrés dans l’Otan, avec des niveaux divers de participation. Les derniers en date sont le Bahreïn, Israël, la Jordanie, le Qatar et le Koweït, qui disposent chacun d’un bureau au siège de l’Alliance depuis le 4 mai.
                    es États-Unis ayant poussé leurs alliés à devenir dépendants de leur industrie militaire, ils ont cessé de la perfectionner. Pendant ce temps, la Russie a reconstitué son industrie d’armement et la Chine est sur le point d’y parvenir.
                    l’Émirat islamique avait été créé en 2006 par les États-Unis... d’une main le Pentagone combat l’Émirat islamique dans certaines zones, tandis que de l’autre, il lui fournit des armes et un soutien logistique dans d’autres zones.
                    Pour ne pas vexer les populations qu’ils occuperont, les États-Unis ont accepté de placer le bouclier anti-missiles non pas sous leur commandement, mais sous celui de l’Otan. Ce qui ne change que sur le papier car le Commandeur suprême de l’Alliance, actuellement le général Curtis Scaparrotti, est obligatoirement un officier états-unien nommé par le seul président des États-Unis. (sic).
                    https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord
                    -C’est aussi en 2004 qu’une centaine de militaires français rejoignent les commandements suprêmes, à Mons (Belgique) et à Norfolk (États-Unis). La France participe alors à toutes les opérations de l’OTAN (Kosovo en 1999 et Afghanistan). Elle est même le 4e contributeur de l’OTAN en termes de forces.. Pour le financement en Europe :États-Unis : 25,9 % ,Allemagne : 19,2 % ,Royaume-Uni : 11,2 % ,France 7,5% ... et les + pauvres 2% de leur PIB.
                    - L’OTAN a signé des accords de partenariat ( pour la Paix lol ! )avec beaucoup de pays UE.. mais 5 pays sont restés neutres  : Irlande ,Suisse, Autriche, Suède, Malte.
                    - Le Taurillon dénonce cette situation imposée par le Traité de Maastrich, et pense que l’Europe a vocation a rester neutre :
                    http://www.taurillon.org/Politique-etrangere-et-si-l-Union-devenait-un-espace-politiquement,04720


                    • zygzornifle zygzornifle 12 août 08:45

                      la pétition en ligne n’intersession pas les politiques car ils ne peuvent pas se torcher avec .....


                      • l'Ane Artiste l’Ane Artiste 13 août 08:38

                        Hier soir j’ai regardé une émission consacrée à Jean Moulin et Klaus Barbie. J’avais oublié que les américains avaient utilisé ses « compétences et son savoir faire » pour luter contre les communistes et que pour ces mêmes raisons ils (les ricains) ont préféré l’exfiltrer en Bolivie.
                        https://fr.wikipedia.org/wiki/Klaus_Barbie#Apr.C3.A8s_guerre_.281945-1947.29
                        Cela serait vraiment dommage de se séparer de tels amis ! smiley


                        • Elite-Exposer 19 août 07:53

                          Bravo à toi Foofighter !

                          Excellente tribune bien écrite, sourcée et fouillée. Selon moi, tu résumes ici bien ce que fut la politique étrangère des Etats-unis depuis au moins 70 ans dans le monde. À savoir des interventions militaires systématiques dans tous les pays « menacant leurs intérêts stratégiques », ou dit autrement « leur contrôle monopolistique des ressources naturelles du globe ».

                          Je rajouterais que l’Empire anglo-saxon et leur alliés (UE-Israël), sous couvert de l’Otan et de l’ONU, sont responsables de la quasi-totalité des guerres et conflits qui se sont déroulées de 1949 à nos jours. Leur complexe militairo-industriel financé par les banques de la City et Wallstreet règne depuis ce temps sur les ressources du globe et en premier lieu : pétrole et gaz.

                          Le mécanisme d’intervention fut et est toujours resté le même : Financement /Armement de putschs par des opposants militaires « démocrates » ou plus récemment des « rebelles religieux modérés, coupeurs de têtes ».
                          Ajouté à cela un contrôle intégral des médias et agences d’informations mondiales (AP, AFP, Reuters) pour leur propagande de guerre et vous obtenez une opinion publique favorable à toutes ces interventions.
                          On pourrait dire néanmoins que votre article n’est que la partie emmergée de l’iceberg. Si l’on essaye de faire une analyse institutionnelle de nos pays « démocratiques », on s’aperçoit qu’un petit groupe de gens très puissants, non élus par le peuple, dirigent le monde, façonne l’opinion publique et « fabrique son consentement » comme l’explique très bien Noam Chomsky dans son livre du même nom.

                          C’est ce que je nomme Les « Super-Elites », le 0.00001% de la population qui dirige le monde et souhaite voir s’établir un nouvel ordre mondial afin de contrôler la population entière. Ce que je dis n’est pas délirant. Il suffit de relire les nombreux appels de nos grands dirigeants pour ce NWO (Bush Sr., Bush Jr., Obama, D. Rockefeller, Sarkosy, Robert Müller...)

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