Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Où va l’Egypte ?

Où va l’Egypte ?

L’actualité internationale se dévoile chaque jour plus chargée que jamais. Celle des pays arabes plus qu’une autre. La situation actuelle de l’Egypte en est la preuve. Plus de deux ans après la révolution qui provoqua la fin du régime dictatorial et le départ de son chef Hosni Moubarak, une question se pose -ou s’impose- : la démocratie est-elle de nouveau menacée ?

Les raisons d’y croire sont multiples. De jour en jour, la situation politique, économique, sociale et militaire se délite. L’échec du président démocratiquement élu il y a un an, Mohamed Morsi –venu des Frères Musulmans, islamistes- est criant. Faute à un bilan présidentiel désastreux, le plus grand des pays arabes et l’un des symboles du « printemps arabe » révolutionnaire vit des heures difficiles, affrontant la colère de la rue. Pourtant porteur des espoirs de révolution, depuis son investiture à la tête de l’Etat, jamais l’ingénieur Morsi, premier civil à occuper cette fonction, n’a trouvé un style de gouvernement susceptible de rassurer et ramener la confiance dans le pays. Pire, donc, il a entraîné la révolte de la rue. Le climat est hostile, l’opposition farouche. Les affrontements commencent à devenir violents, faisant huit morts vendredi 31 juin à Alexandrie. L’extrême tension au Caire va grandissant. Le recours à l’armée est apparu comme une nécessité. Le mouvement circulaire des manifestants sur la symbolique place Tarhir est impressionnant. La guerre civile, dit-on chez les plus pessimistes, approche à grands pas, entre Pro et Anti Morsi. Les premiers le trouvent démocratiquement légitime, les seconds ne l’estiment même plus comme un être humain. « Dégage » est leur slogan principal, celui-là même qui fut déployé à l’encontre du dictateur Moubarak.

Cette situation de division résulte d’une multiplicité de phénomènes. Socio-économiques, d’abord. Face, pêle-mêle, aux pénuries de blé, de fioul, de gazole, au trafic de pain, aux coupures d'électricité quotidiennes, à insécurité et à la hausse de la criminalité, les Egyptiens s’agacent. Et leur déception est légitime. Depuis la chute du régime Moubarak, ils attendent une augmentation de leur niveau de vie. Il s’est, au contraire, considérablement dégradé. Depuis plus de trois mois, L’Egypte est au bord d’un drame économique. La livre égyptienne est en baisse, les produits alimentaires en hausse. La dégradation des finances publiques et la chute des réserves de devises, diminuant de plus de moitié en deux ans, cachent une réalité implacable : la pauvreté permanente qui frappe inexorablement le pays. Face à cette vie de misère imposée depuis trop longtemps à des dizaines de millions d’Egyptiens, l’aide du FMI est nécessaire. Mais le fait est, et pas des moindres, que le FMI attend en contrepartie des efforts de la part du président. Prudent, craintif face aux réactions de la population, Morsi a préféré tempérer. Au point, aujourd’hui, de ne plus sembler capable de réagir. Cette incapacité à prendre des mesures fortes, à créer un programme économique gestionnaire, voilà le premier échec des Frères Musulmans.

Sur le plan politique, ensuite. La parole s’est, semble-t-il, libérée. Un pluralisme politique s’est mis en place. L’Egypte s’est, toutefois, enferrée dans un processus politique des moins évidents, qui plus est progressivement désagrégé. La faute aux Frères, certes. Mais la faute à l’armée, aussi et surtout. Elle a mis en place un processus politique des plus bancals. D’où la contestation de la Constitution. Par ailleurs, le président Morsi a choisi d’entrer dans un bras de fer avec la magistrature, rendant la situation pour le moins chaotique : le Parlement est perturbée, l’Assemblée du peuple invalidée, tout comme le Sénat, pourtant symbole du pouvoir législatif égyptien. Faute d’une nouvelle loi électorale qui devait être discutée au Sénat, il n’y a toujours pas de date pour les prochaines législatives. Pas d’échéance électorale à venir, donc pas de moyen de contestation des Frères pour la population. Profonde est, par conséquent, la déliquescence politique. Un deuxième revers pour le Frères. Et un revers de taille.

C’est ce double échec qui a exacerbé le climat d’affrontement. Et c’est, de fait, la démocratie égyptienne qui se retrouve menacée. L’armée, si elle était amenée à revenir au pouvoir, ne réglerait rien. Pas plus que l’opposition, bien trop divisée, qui ne propose pas d’alternative concrète. Difficile, donc, à ce jour, de trouver une issue directe pour sortir l’Egypte de la crise. La situation est bloquée. Reste à choisir entre le chaos ou un compromis historique entre les différentes forces. Car, pour éviter une situation encore plus chaotique, dans un pays ingouvernable, où plus les problèmes s’accumuleront, plus ils s’aggraveront, la maturation demeure la seule solution. Il est désormais du devoir des deux camps de reconnaitre que la société égyptienne est diverse, à la fois politiquement, idéologiquement et religieusement, et que les problèmes à résoudre dans la période de transition sont tels qu’il faut un accord sur les règles du jeu, sur le processus constitutionnel, pouvant aboutir au début de réformes économiques. C’est l’unique recours possible pour sortir l’Egypte de son impasse.


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Andreï 3 juillet 2013 09:12

    Qu’est devenu l’Égypte du temps des pharaons ?
    Le voila soumis à un peuple d’echec et d’erreur, de pauvreté, de crise, de pénurie ! Tout ça pour satisfaire les besoins de l’oncle Sam, tout en étant soumis au voisin de l’est, à tel aviv.
    33% de la population Egyptienne a moins de 15 ans, soit 3 enfant par femmes, il y a un énorme manque de structure et de stabilité, les jours sombre sont à venir.

    Tant que l’Egypte se soumettra au Sionistan (USA, FMI , israel, UE , ONU, OTAN) le peuple continuera à souffrir et à mourir de faim.

    Quand je pense qu’ils exportent à perte le Gaz et le pétrole à Tel aviv. :D

    Sans oublier la ferraille militaire (F16 déjà utilisé, aucun upgrade) et l’aide Américaine de 1Milliards de dollars

    Il n’y aura pas de changement, le pouvoir, c’est l’armée et la soumission.


    • lulupipistrelle 3 juillet 2013 17:59

      Il sont des ressources naturelles les Egyptiens ? Leur économie n’est-elle pas toute dans l’agriculture et le tourisme ? quoique le tourisme, cette année encore, c’est rapé. 


    • Abou Antoun Abou Antoun 3 juillet 2013 11:20

      La crise égyptienne est une crise malthusienne. La solution : décroissance démographique. Ce n’est pas les religieux qui vont proposer aux fidèles de se faire un nœud sur le nœud. Les laïcs n’ont pas compris grand-chose au film non plus. Cette idée n’ayant sûrement pas germé sous un képi non plus la crise égyptienne peut durer longtemps.


      • Don Michael Corleone Don Michael Corleone 3 juillet 2013 12:22

        L’obsession des occidentaux à se débarrasser des « hommes forts » en Afrique et au Moyen Orient entraîne ce genre de situations chaotiques devant lesquelles ces démons se délectent. En Egypte sans doute les égyptiens ont l’impression de tourner en rond. Mais à quoi s’attendaient-ils exactement ? Ils croient encore en la démocratie ? Aux droits de l’homme ? Toutes ces fadaises maçonniques et élitistes bonnes pour bobos en quête d’exotisme ? Le système Moubarak n’était peut-être pas la panacée, n’étant pas égyptien ni de près ni de loin je ne saurais le dire. Les égyptiens devraient se demander qui en fait tire profit de toute cette merde. Pour moi la réponse est évidente, Israël point focal dans la région des siono-mondialistes qui rêvent entre autres d’un gouvernement mondial avec pour capitale la « souhaitée » très juive Jérusalem. Car ce rêve insensé d’un gouvernement mondial Tout Puissant passe par la déstabilisation et la destruction de tous les états arabo-musulmans un tant soit peu dangereux. Pendant qu’ils seront occupés à gérer leur merde, ils n’auront pas le temps ni la force de s’occuper du cancer sioniste qui continue à répandre ces métastases dans toute la région. « printemps arabe » qu’on disait, foutaise que ceci. Je ne doute pas que le peuple en a marre actuellement, comme il en avait marre l’an prochain et comme il en aura encore marre l’an prochain voire les années suivantes. Certains semblent penser que les occidentaux ne s’attendaient pas à voir les FM applicables à Francs maçons mais aussi Frères Musulmans allaient prendre le pouvoir. Non seulement ils s’y attendaient mais cela rentre dans leur agenda de semer le chaos. Ils sèmeront le chaos car ils adorent spéculer, chez eux c’est maladif. Là question est de savoir s’ils pourront reprendre le contrôle. Mais à vrai dire leur seul moyen serait de perpétrer un génocide, solution devant laquelle ces gens sans âme et sans conscience n’hésiteront sans doute pas. Alors je plains le peuple égyptien, comme je plains le peuple syrien et d’autres peuples qui sont dans « l’oeil du cyclone mondialiste ».


        • L'enfoiré L’enfoiré 3 juillet 2013 14:05

          Les événements récents d’Egypte ne sont qu’une preuve de plus ou instaurer un régime plus religieux allait tout améliorer quand le PIB du pays se greffe sur le tourisme trop particulièrement. Alors, on arrive à Louxor dans une ville fantôme...


          • Constant danslayreur 3 juillet 2013 22:38

            Où va l’Égypte ? ça semble pourtant assez évident.

            D’un côté une bonne moitié du peuple qui ne veut plus entendre parler de Morsi et des frères.
            De l’autre côté, une autre bonne moitié qui crie au coup d’état et aux tentatives d’usurpation de la volonté du peuple exprimée par les urnes voila plus d’un an.

            En Algérie, le même cocktail mais sans les frères musulmans avait donné une décennie d’horreurs fratricides et 200 000 morts.

            En Égypte, avec trois fois plus de monde, quatre fois plus de passion aux racines historiques, cinq fois plus de structuration et de préparation au combat de d’internationale des frères musulmans et six fois plus d’ingérence extérieure, ça devrait durer au moins aussi longtemps mais faire dix fois plus de victimes qu’à Dieu ne plaise.


            • Constant danslayreur 3 juillet 2013 22:44

              L’Egypte est en grand danger, si les égyptiens eux mêmes ne s’en rendent pas compte et vite, alors le pire est à craindre. Si par contre, ils arrivent n’en déplaise à qui ça déplaira, à régler leur cuisine maison sans effusion de sang, c’est qu’alors ils sont vraiment le grand peuple que je crois qu’ils sont.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès