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Accueil du site > Actualités > International > Paix ou justice au Liban ?

Paix ou justice au Liban ?

30 mai 2007, vote de l’ONU imposant la création d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafik Hariri, ancien Premier ministre libanais aux positions anti-syriennes.

Réactions opposées dans la population libanaise : Joie dans la majorité parlementaire libanaise anti-syrienne ; colère dans l’opposition, dans le camp du Hezbollah chiite et prosyrien qui qualifie cette résolution d’illégale et la considère comme une grave ingérence et violation de la souveraineté libanaise.

Vu de l’étranger il semble difficile de critiquer cette résolution. Le but poursuivi est un but de justice. Celle-ci est légitime. Le crime s’est déroulé dans un Liban sous contrôle syrien, sur un homme qui représentait l’opposition à cette mainmise de Damas sur le pays du cèdre. L’opération a nécessité une grande préparation et des moyens importants qui ont difficilement pu passer inaperçu pour les forces syriennes. Tout indique la responsabilité de Damas. À la suite de ce crime et devant ce sentiment d’impunité pour les assassins, les Libanais anti-syriens sont descendus en masse dans la rue faisant pression par l’intermédiaires des puissances étrangères pour un retrait de la Syrie du Liban.

Danger ? Oui c’est une évidence. Malgré le succès du retrait syrien, le sentiment d’injustice face à l’impunité des assassins est très vif. Une partie de la population a soif de justice. Des affiches dans les rues de Beyrouth rappellent l’assassinat de l’ancien Premier ministre, il y a un profond désir de faire ressortir la vérité, de s’extraire de l’influence syrienne en levant ce qui est vu comme une impunité scandaleuse. Mais le Liban est un pays complexe, une autre partie de la population reçoit très mal la création de ce tribunal international. Les chiites vivent ceci comme une internationalisation de la situation libanaise ou une mise sous tutelle du Liban. Leur rejet de cette ingérence est très vif.

On peut donc se demander s’il est possible d’imposer, de l’extérieur, par le biais de la justice, la réconciliation nationale entre les Libanais. Peut-on mettre la Syrie sur le banc des accusés, pointer du doigt les responsabilités ou l’influence de l’Iran tout en oeuvrant à la réconciliation des Libanais ?

Le désir de justice est légitime. L’ONU fait passer cette volonté de justice en premier... Quitte à attiser les tensions entre les différentes communautés libanaises, quitte à déstabiliser un peu plus un pays très fragile. La paix est le but. La paix et la réconciliation nationale au Liban et plus généralement la paix entre les pays et peuples du Moyen-Orient. Entre les communautés religieuses. C’est une situation complexe où se mêlent des luttes de politiques internationales, des affrontements ethniques ou religieux souvent instrumentalisés et encouragés. La Syrie et surtout l’Iran sont forcément des partenaires dans la construction de la paix même si la position de l’Iran est extrême sur de nombreux points et doit être condamnée.

Nous nous trouvons donc dans un affrontement classique entre paix et justice. La paix et la justice sont-elle conciliables ? et sinon, laquelle doit l’emporter ? Peut-on concilier réconciliation nationale et désir de justice ? La paix est toujours faite de concession. La justice est nécessaire pour lutter contre l’impunité et ne pas faire injure à la mémoire des victimes. À cette question, faut-il poursuivre ou oublier, je n’apporterai pas de réponses précise pour le cas du Liban. L’Afrique du Sud est un exemple dans ce cheminement difficile entre paix et justice, l’amnistie y a été un instrument permettant d’apaiser les tensions. Mais pour le moment le Liban ne prend pas cette direction, les luttes communautaires sont vives et le sentiment d’injustice exacerbé dans les deux camps. Nous sommes encore loin de l’instauration d’un respect mutuel nécessaire à une lutte contre l’impunité, à l’acceptation de certaines concessions qui permettrait une réconciliation. L’intervention internationale est très délicate et risque même d’attiser les tensions et rancoeurs malgré un souci légitime de paix.


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11 réactions à cet article    


  • 3antar 1er juin 2007 12:45

    Le ton et les intentions sont bonnes ! Cependant cet article est aussi vide d’analyse que ceux que nous servent quotidiennement les journalistes professionnels ! Les agoriens devraient de se détacher des intérêts étroits primant pour les journalistes pro (salaire)...Vous n’en faites rien ou presque !

    Le Liban ne se divise pas comme les médias officiels aiment à le simplifié en anti ou pro-syriens mais anti ou pro-gouvernementaux !!

    Bien sur les intérêts de chacun des camps en deviennent plus difficile à définir...mais n’est ce pas ce que nos médias devraient toujours faire, expliquer la complexité plutôt que simplifié ?

    Quelle justice ?

    Si comme c’est éventuellement le cas Hariri a été assassiné par l’un des instigateurs du tribunal croyiez-vous qu’ils seront désigné ?

    Toute cette mascarade n’est qu’un cas d’ingérence indiscutable, dans le but de satisfaire les financiers des nations unis, au point d’en devenir un cas d’école !!!

    3antar.


    • Sylvio Sylvio 1er juin 2007 12:56

      Ce n’est pas les syriens qui ont tué Hariri mais la NED (National Endowment for Democracy : www.ned.org) qui appelait à l’assassinat d’Hariri juste avant son assassinat et ils ont même oublier pendant 15 jours après l’assassinat d’Hariri d’enlever de leur site cet appel.

      Par une résolution de l’ONU (poussée par Chirac), les USA ne pouvaient pas attaquer le Liban et la Syrie tant que Hariri était en vie. Sa mort a permis à Israël de raser le Liban et cette guerre devait d’ailleurs se poursuivre immédiatement à la Syrie mais celle-ci avait trop vite retiré ses troupes militaires du Liban.

      Le projet américain n’est pas de contrôler seulement l’Irak pour lui voler son pétrole. Les USA n’ont plus de pétrole chez eux, le pic pétrolier approche, si ils veulent conserver leur suprématie pour le XXIe siècle (face à la Chine, l’Europe et la Russie), ils n’ont pas d’autres choix (et ça ne gêne pas les néo-conservateurs très va-t’en guerre et très lié aux lobbies du pétrole) que de contrôler l’exploitation du pétrole dans tout le moyen orient (Irak, Syrie, Ira, etc.) en écrasant les régimes politiques dissidents, en installant de nouveaux régimes plus conciliant et en donnant aux multinationales américaines (dans un soit disant contexte de libre concurrence) le soin d’exploiter le pétrole.


      • yasunari yasunari 1er juin 2007 15:02

        Il est faux d’opposer pro-syriens et anti-syriens quant au tribunal international.

        Le conseil constitutionnel libanais, qui n’est ni l’un ni l’autre, s’y oppose fermement, tout comme il s’oppose au gouvernement qui selon lui n’a justement plus de majorité parlementaire (le quorum des différentes communautés libanaises n’étant plus respecté). Le Général Aoun, encore plus anti-syrien que tous les Signora et Hariri réunis, s’oppose également à ce tribunal.

        Quant à la violation de la souveraineté libanaise, la seule poursuite de l’incarceration d’Al-Sayed suffirait à la prouver, étant donné qu’elle ne repose sur aucune charge acceptée par la justice libanaise et pourtant se poursuit.

        Vu de l’étranger, la situation est on ne peut plus claire. Les courts de justice internationales mise en place par le Conseil de Sécurité de l’ONU ne sont compétentes que dans le cas de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité (génocides inclus). Au cours de l’histoire, il en fut ainsi pour les cours pénales institués pour le Cambodge, la Sierra Leone, le Rwanda et l’ex Yougoslavie. Une attaque terroriste contre un individu, quel qu’il soit, ressort de la compétence de la justice locale.

        L’idée de mettre la Syrie sur le banc des accusés est assez drôle. Dans le cadre de la commission d’enquête sur l’assasinat d’Hariri, rien, pour l’instant, ne permet de mettre en cause l’état syrien... Au contraire, les éléments apportés par la commission sous la direction de Detlev Mehlis et incriminant la Syrie ont tous été balayés sous la direction de Brammertz comme issus de faux témoignages...

        Le desir de justice est effectivement légitime. Ce qui par effet de contraste rend cette court de justice encore plus injuste... Elle se veut en effet compétente sur des assasinats (celui d’Hariri n’est pas le seul) commis au Liban sans pouvoir expliquer de quel droit, mais le Conseil de Sécurité a clairement fait savoir que cette court internationale ne se prononcerai pas sur les crimes de guerre manifestement commis en juillet 2006 par Tsahal sous l’égide de Bran Halutz. D’où le douloureux sentiment de deux poids, deux mesures...

        Sur l’idée de paix et de justice, il est clair que le but normal d’un tel tribunal est de restaurer la paix dans une région en permettant à une institution impartiale de juger les crimes commis au cour d’un conflit international ou d’une guerre civile, et donc de préparer le terrain à une réconciliation sur des bases saines. Au Liban, la création de ce tribunal international n’a pour l’instant fait qu’attiser les tensions.

        Pour terminer, une dernière remarque. Les Etats-Unis, la France et Israël, sont les principaux instigateurs de ce tribunal. Ledit tribunal devra exploiter les éléments établis par la commission d’enquête créés par la résolution 1595 afin de rechercher les responsables de la mort d’Hariri. Alors que ces trois pays ont abondamment et ouvertement accusés la Syrie de ce crime, il est assez étrange de constater que, selon le rapport Brammertz daté du 12 décembre 2006 :

        « 98. Consistent with the Syrian Arab Republic’s obligations under Security Council resolutions 1636 (2005) and 1644 (2005), and the common understanding reached between the Commission and Syria earlier in the year, the cooperation of Syria with the Commission remains timely and efficient. »

        alors que dans le même temps :

        « 103. Although most States have responded positively to the Commission’s requests and have actively assisted its work, including by facilitating witness interviews and providing other support and information, some States have provided late or incomplete responses, or have not responded at all. At the end of the reporting period, responses to 22 requests sent to 10 separate Member States are overdue. The lack of responsiveness by certain States has serious consequences in terms of delay for the work of the Commission and its investigative progress. In view of the crucial nature of the information that it seeks to obtain from States and the limited time frame in which it aims to complete its investigative activities, the Commission trusts that it will enjoy full and prompt cooperation from all States during the next reporting period. »

        Une rapide enquête sur internet cherchant à savoir quelles sont les requêtes en suspend montre que parmis les pays qui « évitent » de collaborer avec la commission, se trouvent justement les Etats Unis, la France et Israel.

        Bref, il serait peut-être plus juste de parler de procès politique international que de court de justice...

        Pour ce qui est de mes sources, faites comme moi, démerdez vous avec Loubnan ya Loubnan, l’Orient-le jour, le Monde diplomatique, Robert Fisk, Haaretz, Angry Arab, et google...


        • 3antar 1er juin 2007 15:12

          Tu ecris très justement ce que pense 60% de la population Libanaise...tu sais la sois disant opposition minoritaire islamiste extremiste et bien sur pro-syrienne !!!

          3antar,


        • Iren-Nao 3 juin 2007 14:13

          @ yasunari

          EXCELLENT !!!


        • ZEN zen 1er juin 2007 16:36

          La situation au Liban est trés compliquée. Pour ma part , je fais confiance pour m’informer à un Libanais trés lucide sur la situation de son pays : Georges Corm :

          http://georgescorm.com/fr/ (beaucoup d’analyses développées)


          • 3antar 1er juin 2007 16:39

            D’autres sont aussi bien informé l’essentiel est bien sur de faire ni confiance au journaux libanais pro-gouvernementaux ni aux journaux occidentaux dans leur ensemble !!!

            3antar,


          • Jimd Jimd 1er juin 2007 16:42

            merci zen pour lien.

            je suis conscient de certains raccourcis. je sentais une sorte de consensus en france autour de ce tribunal, une sorte d’auto satisfaction chez les puissances l’ayant instaure. il me parraissait important de pointer que justice et paix sont difficile a concilier, tout comme se fut le cas en Afrique du Sud ou Republique democratique du Congo.


          • Jimd Jimd 1er juin 2007 17:57

            paix et justice. c’est toute la difficulte.... et ce sujet va se repetter a tous les pays frappes de luttes internes (Republique democratique du congo, Soudan, Irak....etc...)


          • faxtronic faxtronic 1er juin 2007 17:42

            Glosser sur ce tribunal n’a que peu d’interet. Ce tribunal devient un pretexte aux differentes factions au Liban pour se foutre sur la gueule. C’est cela cela aurait pu etre autre chose. C’est un juste un pretexte, et non pas une cause de quoi que soit. Il faut la justice, la paix ou la guerre au Liban n’est pas de notre ressort. Perso je souhaite la liquidation physique du hezbollah, du fatah al islam et de ses partisans.


            • yasunari yasunari 1er juin 2007 17:54

              Belle synthèse... En commentaire à un article qui justement se pose des questions (tout à fait justifiées vu le contexte), c’est vrai que ça fait sens.

              Surtout que dans le coin il y a déjà un pays qui a essayé de faire ça, virer tous ceux qui ne lui plaisent pas...

              Mais merde, c’est vrai qu’aujourd’hui ils sont réfugiés au Liban....

              Celà n’a sans doute rien à voir.

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