Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Palestine : la démocratie en quarantaine

Palestine : la démocratie en quarantaine

La Palestine a voté. Elle a voté librement. Ainsi le peuple, à la faveur de l’expression individuelle, a imposé une expression collective majoritaire. Nous aurions dû nous réjouir de cette maturité au sein d’un peuple qui représente plus un bastion territorial qu’un État. Nous aurions, en effet, dû entendre une clameur de réjouissance, dont celle de monsieur Bush qui souhaite exporter la démocratie à n’importe quel prix, y compris celui de la dévastation, de la mort et de la terreur.

Rien, il n’en est rien !

Dans sa croyance en une possible souveraineté, le peuple palestinien a élu une représentation qui ne convient pas au correctement politique des puissances occidentales. En effet, les Palestiniens ont donné un crédit électoral à un ensemble de personnes qu’eux ont jugé crédible afin d’apporter des solutions à leurs problèmes. Mais le Hamas, puisqu’il s’agit de cette entité, ne convient pas, en termes de signifiant occidental, à l’esprit de véritable représentativité démocratique.

Le peuple palestinien s’est-il trompé ? A-t-il formulé une insulte au regard de la communauté internationale, ou bien, plus simplement, a-t-il plébiscité ce qu’il croit bien et juste pour son existence, plus exactement sa survie ?

On ne peut pas concéder d’une main à un peuple le droit à l’autodétermination, puis le lui reprendre de l’autre, parce que le résultat de son choix ne constitue pas le verdict attendu dans les ambassades. Pour tout observateur de l’événementiel contemporain, voilà une caractéristique qui devient monnaie courante au sein des classes dirigeantes, autant celles de l’Europe que celles des États-Unis.

N’allons-nous pas vers une précipitation excessive et pernicieuse ? Alors même que les futurs représentants du nouveau gouvernement palestinien - élu par le peuple palestinien - n’ont pas encore formulé les lignes de force de leur programme, le monde occidental se jette sur eux - donc également sur le peuple de Palestine - avec au bout de l’index la menace de la suspension de toutes les aides financières, dont chacun connaît l’extrême nécessité pour le monde palestinien.

La précipitation s’est imposée comme une procédure qui ne suppose pas que l’émanation dirigeante du peuple palestinien puisse, à raison de cette autorité politique qu’elle vient d’acquérir, attendre autre chose que ce préambule de mise à l’index. Au travers de cette attitude concertée, c’est le peuple palestinien que nous désavouons, c’est également la démocratie que l’on veut mettre au pas.

Le Hamas n’a pas pris la pouvoir par la force, il a participé à une campagne électorale que la grande majorité des observateurs ont qualifiée de normale. Le Hamas ne s’est pas plus imposé par la violence, il a essentiellement fondé sa crédibilité sur son travail social, sur sa proximité avec le peuple, et enfin sur les erreurs du Fatah dans sa gouvernance.
A peine vainqueur, le Hamas bouleverse les comportements politiques occidentaux. Mais à ce moment-là, le Hamas n’est plus seulement une organisation ; il est la représentation légitime du peuple palestinien, l’expression de la souveraineté d’un peuple. Or, quelques heures avant les résultats officiels, ce peuple se voyait reconnu ; nul en occident n’aurait pu admettre qu’il soit abandonné, rejeté et traité ainsi qu’un peuple mécréant et surtout nourri de haine, puis capable de haine et de violence. Condamner le Hamas sans condamner le peuple palestinien est devenu impossible. Agir en voulant faire croire que réprimer l’un, cela ne consiste pas à réprimer l’autre, est un enjeu également impossible.

S’ engouffrer dans les mises au pas, les recommandations sans appel, les verdicts préconçus revient maintenant à nier la démocratie pour ne lui fournir qu’une représentation formatée. Quand donc les occidentaux cesseront-ils de se prévaloir d’une distance d’avance par rapport aux différents peuples arabo-musulmans, auxquels ils délivrent leçons et modes d’emploi, mais à l’unique condition que ceux_ci se dotent des attributs de l’ Occident ? Les Palestiniens viennent de franchir le garde-fou, il sont entrés en désobéissance démocratique. A compter de cette impardonnable bavure, ce peuple, qui croyait à l’expression de la démocratie, vient de se mettre en quarantaine. L’ image de la démocratie tout autant.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • Sam (---.---.108.229) 4 février 2006 20:13

    Le résultat des élections législatives dans les territoires palestiniens est comme vous le signalez justement une réaction normale et justifiée face à la corruption du Fatah et de la politique menée depuis des années par Arafat avec le soutien de la communauté internationale.

    Néanmoins il ne suffit pas d’être elu démocratiquement pour, de fait, être élévé au rang de gouvernement démocratique, Hitler en 1933 a lui aussi été elu démocratiquement, cela en a fait un des plus grand dictateur terroriste du monde. Est-ce là votre vision de la démocratie ?

    Je suis de ceux qui pensent que l’élection du Hamas peut être une bonne chose à condition que celui-ci renonce au terrorisme, « si l’on fait la guerre avec les armes, l’on fait la paix en les déposant ».

    Par contre si le Hamas refuse cette éventualité tout peut arriver, à commencer par la levée de l’intégrisme dans la plupart des pays arabes qui, du coup trouveront une justification à leurs politiques anti-démocratiques et du contrôle de leurs médias.

    La composition du prochain gouvernement palestinien et son comportement dans un proche avenir aura des conséquences énormes pour tous les peuples de la région, dont bien sûr pour le peuple palestinien mis face à ces responsabilités.

    La réaction du monde musulman face aux dérapages de la presse occidentale n’est pas de très bonne augure, y compris dans les territoires palestiniens.


    • Alain Laval (---.---.26.99) 10 février 2006 19:32

      Monsieur, Je suis en phase avec ce que vous dites. Les Palestiniens ont à l’époque où le Fatah détenait les rênes de l’ Autorité Palestinienne vécu sous le régime du pouvoir tribal, avec, à terme, dans une course à la séduction de l’occident - Etats-Unis Europe - un oubli des préoccupations du terrain.

      Quant à votre comparaison avec l’époque hitlerienne je me trouve moins en accord. En effet, pour moi, Hitler a, au moment de sa prise de pouvoir, bénéficié des appuis de l’industrie, de la finance et de l’ armée ; il ne s’est pas imposé uniquement par son « charisme » populaire, mais également parcequ’ il représentait pour tout un contexte capitaliste une possible hégémonie de la toute puissance germanique à reconquérir. A mes yeux le Hamas ne constitue pas une unique capacité individuelle, mais un ensemble d’énergies. Par ailleurs, le Hamas, même s’il met en avant l’ islam est sans doute plus politique que religieux. Donc avant d’intégrer le Hamas au fanatisme il faut attendre le montage du gouvernement, de même que ses premières prises de positions internationales. Parmi les toutes premières le Hamas semble manifester une plus grande détermination à l’ égard des politiques étrangères et aussi à l’ égard de l’ Israël que le Fatah. Cependant la fermeté, en politique, n’a jamais été un mauvais signe, bien au contraire. Il faut mieux avoir deux partis qui fondent leurs positions sur des bases bien acquises qu’un flou d’ ambassade qui peut conduire à des remous pour cause de frustration. Ne perdons pas de vue que le Hamas maintient son souhait de collaborer avec le Fatah, même si ce dernier, au soir des élections, ne voulait pas entendre parler d’un gouvernement mixte. Actuellement au Caire une conférence préparatoire à l’établissement du gouvernement du Hamas se déroule et le Hamas parait maintenir sa proposition de collaboration du Fatah au sein de la prochaine autorité. Le Hamas, je crois, désire une véritable cohésion nationale et il ne semble pas fomenter une forme de coup de force qui nierait toutes les forces en présence. Cette attitude ne montre pas une attitude de gouvernement sans mesure et réflexion sinon les cartes seraient déjà tombées sur la table. Pour vous renseigner un peu plus vous pouvez copier le lien ci dessous qui vous renvoie sur le site archives des « Enjeux internationaux » de France culture qui traite de ce sujet. http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/enjeux_inter/fiche.php?diffusion_id=38565


    • (---.---.162.15) 5 février 2006 10:54

      Je partage pleinement les propos de Sam. Nous ne pouvons pas réfuter a priori un choix démocratique, même si certains antécédents ne sont pas du tout engageants. Nous devons faire l’effort d’avoir confiance en de meilleures pratiques. Car, davantage qu’en Iran où les élections son truquées (au moins dans la sélection des candidats et leur expression), je pense que nous devons d’abord respecter le choix d’un vote qui apparaît vraiment démocratique.

      Ensuite on verra car il est vrai que les démocraties savent engendrer les violences et les conditions présentes permettent de graves dérives.

      Comme Sam, les dérapages anti-danois me rendent méfiants. J’espère que l’amitié franco-palestinienne qui avait un réel fondement ne commence pas à basculer...

      Am.


      • (---.---.57.110) 5 février 2006 15:17

        Le Hamas a été démocratiquement ? Oui. Cela ne convient pas aux pays occidentaux ? Pour le moment non.

        Le hamas a été élu car le peuple palestinien n’a plus confiance envers le Fatah (promesses veines, corruption etc.) Cependant aucun palestiniens n’ignore le programme et la charte du Hamas qui appelle a la destruction pur et dur d’israel mais aussi des juifs (au nom du djihad).

        Les récentes déclarations du Hamas après leur élection nous laisse penser que ces derniers n’ont toujours pas l’intention de reconnaitre Israel, ni de négocier avec eux. On verra peut-être par la suite un changement dans ces propos, mais en attendant, non les pays occidentaux ne voient pas d’un bon oeil cette election meme si elle fut democratique. Le rapprochement du Hamas et de l’iran aujourd’hui même tente a démontrer que le Hamas partage comme l’iran les memes dessins.

        Les palestiniens ont votés Hamas ! Dans n’importe quel autre pays occidental démocratique, si l’on avait voté par exemple pour un gouvernement anti francais, cela aurait sucité des réactions de méfiance. Israel se montre méfiante et les menaces de l’iran et du hamas ne sont pas pour rassurer.

        Souhaitons simplement que le Hamas changera d’opinion et qu’il saura se montrer responsable car de lui dépendra la paix ou alors une guerre qui dira vraiment son nom cette fois ci.

        ...


        • magnum (---.---.77.19) 6 février 2006 01:28

          Vous semblez omnibulé par la réaction des pays occidentaux face à un résultat électoral tout à fait démocratique (du moins selon les critères occidentaux) Mais les plus inquiets sont les pays arabes. La poussée (contenue) islamiste en Egypte il n’y a pas longtemps ou au Maroc, il y a quelques années, nous rappelle qu’il existe aussi des élections dans ces pays, inquiétant les chancelleries occidentales tout comme les capitales arabes. Ce qui étonne, c’est la nouveauté en Palestine (bien qu’il y ait eu déjà des élections locales dans les territoires) L’émergence du Hamas comme force politique sur le devant de la scène constitue, à n’en pas douter, une inconnue. Tout le monde s’accorde à dire que la lutte contre la corruption a été un thème suffisamment mobilisateur pour pousser le palestinien de la rue à voter Hamas. Les résultats des urnes sont éloquents. Mais que vont-ils faire de leur victoire ? Que vont-ils proposer au peuple ? La lutte armée contre Israel ? Quel programme social et économique pour un territoire morcellé dont la survie dépend en grande partie du bon vouloir des israeliens et de l’aide internationale ? Malheureusement, la situation sur le terrain, sur leur propre terrain, est loin d’être idyllique. Le foisonnement des milices, groupuscules armés aux intérêts antagonistes et contradictoires sont là pour rappeler qu’ils devront d’abord pacifier les territoires avant d’entreprendre quoi que ce soit. C’est bien beau de pérorer qu’il faut continuer la lutte armée et rayer israel de la carte alors que la rue palestinienne réclame plus de justice et d’équité. L’histoire nous a montré que bien des expériences de ce genre, dans les pays arabes, se terminent mal (l’expérience de l’Algérie qui avait failli basculer aux mains du FIS, avant que le processus « démocratique » ne soit interrompu entre les deux tours du scrutin, est un exemple marquant). Espérons que ce mariage contre nature, d’un mouvement islamiste au caractère social très affirmé (les nazis, en arrivant au pouvoir par les urnes en 1933, avaient un volet social très alléchant)et pronant la destruction de son voisin, n’enfantera pas encore une fois, d’un dictateur de plus dans une région qui n’en manque pas.


          • ni-ni (---.---.216.46) 6 février 2006 11:15

            il est deux problèmes distincts : l un est la reconnaissance d’une election démocratique, et cela ne semble pas posser de problème pour personne, l’élection est me semble t’il, unanimement reconnue et personne ne songe a renverser le futur gouvernement palestinien ; a ce titre il n’y a pas de problème. le second est l’aide unilatérale que les gouvernement occidentaux versent à l’autorité palestinienne ; cette aide n’est pas obligatoire, c’est une aide discrétionnaire que ces gouvernement versent à un état ET UNE POLITIQUE qu’ils veulent soutenir (déja cette aide pourrait être sujet à débat en tant qu’ingérence dans une démocratie) et là pas de problème non plus la politique et l’orientation du nouveaux gouvenement ne leur plait pas : ils arretent de la verser ; c est logique, normal et ne pose aucun problème. Que cela puisse affecter la vie des palestiniens et de leur gouvernement est une évidence mais est ce que la démocratie ce n’est pas aussi d’assumer ses choix politique ?? il me semble illogique que les occidentaux finance un gouvernement qui leur est ouvertement hostile (si c’est le cas alors pourquoi ne demande t’on par a areva d’aller enrichir le plutonium en iran tant que l’on y est) ceci dit on pourrai envisager de financer des ong et hopitaux laics non dépendant du hamas pour aider les palestiniens eux mêmes plutôt que leur dirigants (cf le dernier scandale)


            • salem (---.---.12.53) 10 février 2006 11:37

              de la lecture des différents artticles, commentaires et écrits que j’ai lu ces derniers jours, j’ai constaté que les penseurs philosophes, experts et écrivains, utilisent une plume acerbe pour parler des arabes et des musulmans. ces gens là ne savent rien sur l’islam qui est une religion de la tolérance, du bien et de l’amour pour son prochain. ces gens doivent savoir que notre prophète a éclairé la route du peuple arabe et musulman pour lui permettre de vivre dans le bien, car il ne faut pas oublier que les peuplades arabes et les autres vivaient colmme des paieins, dans la luxure et la débauche. notre prophète nous a appris à aimer nos parents, nos voisins, notre famille, à nous tenir propres, à respecter les autres religions chrétienne et juive, les prophètes de ces religions sont aussi les notres, à savoir manger, nous vetir, lire, écrire penser, dépenser , et tous les autres gestes et pratiques quotidiennes. je ne vois pas en quoi celà pourrait gener ou faire peur à qui que ce soit. je pense que des islamistes au pouvoir seraient meilleurs que des faux islamistes qui ne font que se remplir les poches au détriment du peuple, car un bon musulman qui respecte totalement sa religion est meilleur qu’un laîc.


              • Alain Laval (---.---.26.99) 10 février 2006 17:37

                Monsieur, vous me faites part de votre foi, mais tout aussi bien de la générosité qui est liée à l’ Islam. Je comprends votre détermination lorsque vous voulez que l’ Islam soit considéré comme une préparation des individus qui y croient vers une société juste, respectueuse des droits et des devoirs de chacun. Ne croyez pas cependant que tous les philosophes, experts prétendent et amalgament Islam et violence, Islam et démesure, Islam et terrorisme. Néanmoins beaucoup d’ observateurs se voient obligés de constater les faits. Personne n’ ignore que l’ Islam n’est pas le terrorisme, mais nombreux constatent que des terroristes revendiquent l’ Islam pour justifier leurs actes. Beaucoup de musulmans, comme vous l’ affirmez vous-même, doivent parler, s’ exprimer pour que la confusion ne se fasse plus. Je crois possible que ce soit par la prise en main des problèmes arabo-musulmans, par les arabes et les musulmans eux-mêmes, que pourra s’ effacer la confusion. Il appartient plus au peuples arabes de rendre inique le terrorisme au nom d’une religion, qu’à l’ occident de s’ interposer en force réparatrice et dispensatrice de principes qui, de part leur côté exporté, inadéquat, ne peuvent que répandre la confusion, le trouble et surtout l’ aveuglement. Je crois que lorsque des peuples sont sous la dépendance de concepts qui n’ont rien à voir avec leur culture, rien de bon et de durable ne puisse advenir. Nous savons que les paix ne sont pas pour demain car il règne tant d’ intolérance de part et d’autre. Je voudrais essentiellement que vous ne vous considériez pas tel la dernière roue de la charrue du monde. Le monde arabe nous a apporté les mathématiques, la médecine, l’ astronomie, de la poésie, de la musique. Avec le monde arabe nous avons devant nous des peuples riches, divers infiniment respectables et, croyez-le, respectés. Il n’y a pas de peuple sous développé il y a des peuples qui attendent ; par exemple qui aurait pu prévoir l’ expansion de l’ Inde, de la Chine. Dans le monde arabe des pays émergent, en partie sur les reconversions des patrimoines acquis par les richesses naturelles,ils commencent à ériger patiemment un monde pour le futur. Les religions représentent nos part personnelles d’ intime conviction, mais il y a aussi les nations, les états ; il faut se battre pour des énergies collectives qui répartissent le bien être et la dignité de chacun au milieu de tous.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès