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Accueil du site > Actualités > International > Palmer/Obama, Mike/Joe, ou comment la fiction modèle la réalité

Palmer/Obama, Mike/Joe, ou comment la fiction modèle la réalité

La fiction hollywoodienne ne commence-t-elle pas à soumettre à sa ressemblance la réalité de la société américaine en la scénarisant ?

Dans une vieille brève soldée*, je m’étais amusé qu’une série télévisée à succès - 24 h chrono - produite par la très bushiste Fox ait pu influencer en profondeur l’électorat américain, et singulièrement le moins progressiste.
 
En effet, lors des 4 premières saisons de 24 h, le président des Etats-Unis, David Palmer, était Noir. Un type super en plus, intelligent, sensible, toujours maître de lui-même, grand, costaud, plutôt beau mec. Barack, quoi, en à peine plus étoffé.
Et ce président de série policière, vue et approuvée par des dizaines de millions de téléspectateurs, n’a tellement choqué personne que son passage dans la vraie vie n’a plus paru qu’une formalité aux stratèges du Parti démocrate.
Bien joué ! Et on verra d’ici deux semaines si le public réclame une suite.
 
De leur côté, les conseillers en com du sénateur McCain se sont rabattus vers une autre figure bien connue des amateurs de téléfilms en la personne de Mike, le plombier sympa dont l’adorable cruche Susan est amoureuse dans le célèbre Desperate Housewives.
Ils se sont dit que ça ne pouvait que marcher, que toutes les ménagères allaient en pincer pour Joe, leur vrai plumber, et que tous les gars qui en ont, les bons Américains des grandes plaines et des petites cités bien bouseuses, ne pourraient que déborder d’empathie pour ce personnage plein d’authentiques problèmes de vie quotidienne et de bonnes questions très concrètes à poser à ces messieurs de Washington forcément completely à la masse, surtout ces mondains de démocrates.
 
Las ! Si les conseillers de ce pauvre McCain avaient attentivement visionné tous les épisodes de ces Femmes au foyer déboussolées, ils auraient su que Mike n’était pas un véritable plombier et que sa bonne mine cachait un lourd passé.
Tout comme Joe, quoi, artisan sans patente qui répare au noir les lavabos qui fuient, se trouve en délicatesse avec le fisc et se prénomme en fait Sam pour les dames.
Résultat, à l’audimat l’épisode pilote bien suivi au début s’effondre vers la fin, de sorte qu’il n’aura pas de suite, sauf éventuellement judiciaire pour la vedette.
Et le producteur McCain qui comptait sur un gros coup pour se refaire face au studio Obama en est pour ses frais.
 
A l’avenir, on espère toutefois que la réalité prendra ses distances d’avec la fiction, car ainsi que le savent les fans de l’agent Jack Bauer, l’infortuné président Palmer a fini assassiné au terme d’un complot dans lequel trempait sa propre épouse.
Sans vouloir semer la zizanie dans le ménage Obama, mais compte tenu de l’intrication croissante entre le réel et le virtuel dans la société occidentale, à la place de Barack, je surveillerai de près les fréquentations de Michelle.
 
*http://infosensolde.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/01/05/breves-petits-ruisseaux-grandes-rivieres.html

Moyenne des avis sur cet article :  3.96/5   (27 votes)




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7 réactions à cet article    


  • ZJP ZJP 20 octobre 2008 21:31

    2,4 minutes pour vous lire. Court , mais rejoint mon opinion dans le parallèle Palmer/Obama. Espérons que la fin sera toute autre.

    JP


    • Mathias Delfe Mathias Delfe 20 octobre 2008 21:50

      Vous faites plus long quand vous voulez (avec un montage photo, bien sûr).


    • ZJP ZJP 22 octobre 2008 03:17

      Hé hop. Dans ma liste noire des rédacteurs dénués d’humour.

      JP


    • Grégory 21 octobre 2008 03:50

      Je suis un petit peu déçu par cet article alors qu’il y aurait beaucoup plus à dire sur le sujet. Je suis personnellement de plus en plus sensible à l’action de ces séries, au demeurant très sympathiques en tant que divertissement, sur la psyché, les idées et les mythes de la société américaine. Car il y a quand même des nouveautés trop récurentes pour ne pas être remarquées :

      - l’apologie des systèmes de sécurité, et le caractère insupportable de leur encadrement légal. Hier, le problèmé des séries était l’usage décomplexé des armes à feu (c’est à dire présenté dans le cours de la "normalité" dans le déroulement des histoires) ; aujourd’hui et en sus de ces armes qui associent sanction légitimes et meurtre légal on ne compte plus les intrigues résolues par des intrusions informatiques pirates, l’exploitation d’images de vidéo surveillances, la compulsion de bases de données hyper complètes constituées sur des opérations de fichages... Mais le pire est bien sûr la torture. La grande originalité de la série 24 était le coté délicieusement implacable et dur de Jack Bauer, qui se fait une spécialité de braver les plus grands tabouts légaux et moraux pour la bonne cause. Et c’est jouissif, certes, mais depuis l’armée US elle-même a fait savoir que 24 avait influencé en mal les techniques d’interrogatoire sur le terrain (quand ils sont tenus par des non spécialistes) et qu’il faudrait dire que d’un point de vue technique, la torture est très peu efficace pour obtenir des informations (en plus de faire mal au sujet).

      Malgré cette déclaration noté, j’ai noté que cette logique se répétait de plus en plusdans d’autres séries. Pourtant, et je le dis d’un point de vue de scénariste, on peut tout à fait inclure ces fonctionnements certes efficaces dans une histoire sans pour autant en évacuer les conséquences morales. Le dernier Dark Night en est un bon exemple car bien que le personnage de Batman soit brutal, illégal et intrusif (bref totalitaire), ces traits ne son pas dans la "normalité" du récit ; au contraire ils font le sujet. C’est tout la différence entre fiction nécéssaire et fiction pernicieuse....

      - l’opération "image". La plus spectaculaire est probablement "A La Maison Blanche", mais 24 est aussi en plein dedans, ainsi que de façon plus légère que des séries comme Ally Mac Beal. La recette : vous prenez une catégorie professionnelle à priori impopulaire, à savoir des politiques, des agents de l’appareil sécuritaires ou des avocats, et lorsque vous les mettez en situation, vous les équipez tous d’un bagage éthique et moral. Dans "A La Maison Blanche" (une série délicieuse, au demeurant), tous les personnages (y compris les républicains qui sont plutot les "méchants" de l’histoire) respectent au fond la constitution, l’idéal démocratique, la loi et la morale basique, la vie des soldats qu’ils envoient. Comme tout est très crédible et documenté, celà passe comme une lettre à la poste et il m’a fallu pas mal d’épisode avant de tiquer. Car en fait, c’est réellement un postulat très anesthésiant. Après tout l’Histoire regorge de politiques qui ont tout fait pour éradiquer, détruire, violer ou modifier la constitution à leur faveur, y compris au pouvoir, y compris en démocratie. On sait que certains compos(ai)ent avec la démocratie plus par réalisme que conviction. En démocratie, sont également connus des crimes politiques et des manipulations d’états que la divulgation d’archives révèlen régulièrement.

      Quant à voir des présidents consternés à chaque fois que meurt un soldat américain, je n’y crois guère. Cette scène est pourtant un cliché présent dans dans toute fiction où la situation se présente.

      Ally Mac Beal et 24 nous dise de même que dans l’ensemble, les avocats sont sympas et le contre terrorisme est tenu par des gens avec des couilles grosses comme ça au service d’un président allié de ses électeurs contre quelques salos richissimes et puissant. Mais jamais leur allié, non non non...

      Alors on pourrait dire qu’après tout il n’est pas anormal de voir des professions revalorisées par des fictions. C’est par exemple le pitch d’une série comme Six Feet Under. Je répondrais que certes, mais il n’y a qu’une série sur des crocs morts là où les agents gouvernementaux, les avocats, les politiques sont récurrents. Hors ces trois professions sont liées : ce sont les mêmes. Les études de droits sont dominantes chez les politiques, et la CIA a été crée essentiellement par des avocats. Bref, positiver ces professions précises, c’est positiver l’organe executif du pouvoir. A l’inverse, on voit peu de chose sur,disons, des journalistes franc-tireurs et en marge du systeme, alors que ce sont probablement des protagonistes très "bankables" dans la société actuelle. On nous montrera plutot les coulisses d’une rédaction d’un 20h plutot que les aventures de l’équivalent actuel de Tintin. 

      Plus ça va et moins je pense pas que c’est un hasard. Au mieux, la cause est le sex appeal du pouvoir (et donc des professions qui y sont liées) sur le spectateur. Mais il faut aussi se rappeller que depuis quelques années, beaucoup de l’argent d’Hollywood vient de la sphère financière. Si l’on adhère à une vision des US plus ologarchique de démocratique, la messe est dite, non ?




      • Mathias Delfe Mathias Delfe 21 octobre 2008 10:08
        Ce billet, qui n’est pas une thèse* quoique certains le regrettent, insiste sur ce qui m’apparaît comme un renversement dialectique, à savoir que, dans l’actuelle campagne présidentielle aux E.U, nous avons affaire non plus à une fiction qui s’inspire de la réalité, mais au contraire à la réalité qui s’inspire de la fiction.
        C’est effectivement aussi le cas quant aux méthodes d’interrogatoire musclées utilisées par Jack Bauer, et vous avez raison de le souligner, quoique cela ne concerne pas le sujet précis de la présidentielle.
        Pour le reste de votre argumentaire, il me semble qu’on en revient plutôt au flux traditionnel de la réalité vers la fiction ("A la Maison-Blanche" s’inspire de la réalité mais ne l’inspire pas comme le propose le cas proprement sidérant de Palmer/Obama, car si personne n’avait trouvé Palmer crédible dans la série TV, je ne pense pas que Barack Obama aurait eu la moindre chance d’entraîner derrière lui toute la machine du parti démocrate. Autrement dit, il doit sa légitimité à du roman).
         
        * je m’y collerai peut-être, mais je dois vous avouer qu’il y a déjà quelques « thésards » qui publient sur Agoravox et que la plupart du temps ils m’ennuient.
        Pour paraphraser Godard, j’aime bien quand il y a une idée par phrase plutôt qu’une idée étirée, malaxée et délayée sur trois pages. En règle générale, je préfère retrancher qu’épaissir, au point de laisser quelques lecteurs sur leur faim. Sorry.

      • Grégory 23 octobre 2008 03:23

        Vous ne m’avez apparament pas compris... Je parle exclusivement de transferts (avérés ou potentiels) de la réalité vers la fiction. Vous nous dites qu’Obama peut être élu parceque 24h en rends l’idée crédible ; je fais remarquer qu’à ce train là c’est l’ensemble des élus, de l’opposition et des hauts foncitonnaires US qui sont crédibilisé par "A La Maison Blanche" et que ça ne répond pas à une logique d’audimat, donc vraisemblablement de propagande. Autrement dit, je pense que vous vous plantez le nez sur le détail sans voir le tableau général...

        Enfin puisque le débat tourne encore une fois tristement à la forme plutot qu’au fond (et même si ce n’est pas de votre fait), je voudrais rappeller que l’important n’est pas de savoir combien il y a d’idée par paragraphes, mais si celles ci valent le coup. Ce qui inclue leurs développement, ici un peu courts à mon goût.

        Néanmoins merci de pointer cette question que je ressens comme tout à fait centrale. Il est dommage que cet article n’ait pas été plus lu.


      • Mathias Delfe Mathias Delfe 23 octobre 2008 10:11
         « Vous ne m’avez apparament pas compris... Je parle exclusivement de transferts (avérés ou potentiels) de la réalité vers la fiction ». 
         
        Oui, Gregory, et moi exactement du contraire, des transferts de la fiction vers la réalité. De contempler l’ensemble du tableau vous dissimule le diable qui, ainsi que le prétend l’adage, se cache dans le détail.

        PS : édité sur le Post et placé en Une par la rédaction, ce billet a été pas mal consulté (voir mon site).

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