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Pas de changement majeur dans la doctrine nucléaire stratégique américaine

 Le gouvernement Obama a dévoilé le mardi 6 avril sa nouvelle doctrine nucléaire stratégique. Bien loin de représenter un bouleversement de la doctrine nucléaire américaine, elle reste dans la continuité de celles présentées par les gouvernements précédents et se refuse à adopter les mesures-clefs qui étaient pourtant nécessaires pour apporter un vrai changement dans la stratégie militaire des Etats-Unis.

Le gouvernement Obama a dévoilé mardi 6 avril 2010 sa nouvelle doctrine nucléaire stratégique (longue de 80 pages, elle est consultable ici).
 
Bien loin de représenter un bouleversement de la doctrine nucléaire américaine, elle est au contraire dans la continuité de celles présentées par les gouvernements précédents et se refuse à adopter des mesures-clefs qui étaient pourtant nécessaires pour apporter un vrai changement dans la stratégie militaire américaine.
 
Un changement en trompe-l’oeil
 
Présenté officiellement par le secrétaire à la Défense, Robert Gates, la secrétaire d’État, Hillary Clinton, le chef d’état-major, Michael McMullen, et le secrétaire à l’Énergie, Steven Chu, le rapport clarifie habilement le rôle essentiel mais limité que les armes nucléaires jouent dans un dispositif de défense américain qui reste basé depuis la Guerre Froide sur la doctrine stratégique de dissuasion nucléaire.
 
La nouvelle doctrine nucléaire stratégique bannit toute utilisation des armes atomiques contre des pays non nucléaires respectueux du traité de non-prolifération. Mais il apparaît bien vite que ce changement apparent par rapport à la doctrine précédente datant de 2002 a tout d’un trompe-l’œil.
 
Business as usual en ce qui concerne les vrais risques stratégiques
 
En effet, Obama affirme que cette évolution ne concerne pas les vrais dangers auxquels sont confrontés le pays, l’Iran et la Corée du Nord, contre lesquels l’emploi de l’arme atomique reste plus que jamais à l’ordre du jour.
 
Le rapport précise aussi que dans le cas d’une attaque bactériologique « dévastatrice », le gouvernement américain s’autoriserait à recourir à la bombe nucléaire. On se demande quelle attaque bactériologique importante ne sera pas vue comme dévastatrice par l’opinion publique et le gouvernement lorsqu’elle se produira sur le territoire des Etats-Unis.
 
Pire, en réaffirmant l’engagement des Etats-Unis à protéger des pays tiers, le rapport présenté hier par Barack Obama rate le coche en ne proposant pas les changements nécessaires qu’il aurait fallu apporter à une défense américaine hypertrophiée et dépassée, écrasant les capacités militaires du pays et asphyxiant le contribuable américain.
 
Pas de réduction du budget militaire en vue
 
La stratégie de riposte graduée conventionnelle reste la même et le document planifie de remplacer les armes nucléaires déployées par des armes conventionnelles, c’est-à-dire par davantage de missiles intercontinentaux équipés de charges non nucléaires (un projet lancé sous la présidence de George W. Bush) et par plus de troupes présentes sur le terrain.
 
Il s’agit-là d’une proposition très coûteuse au moment où les dépenses militaires américaines sont au plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale.
 
De grandes qualités de dirigeant auraient été nécessaires pour freiner la croissance de l’ensemble de l’entreprise d’Etat qu’est devenu le programme nucléaire américain. Au-delà des têtes nucléaires et des vecteurs qui les transportent, ce sont en effet les laboratoires et la toute bureaucratie militaires qu’il aurait fallu affronter.
 
Un compromis politique qui ne touche pas au parapluie nucléaire américain
 
La présidence américaine aurait pu faire preuve de leadership et faire un premier pas dans cette direction en annonçant mardi le non-emploi en première frappe de l’arme nucléaire, mais Barack Obama a préféré ménager à la fois les conservateurs et les socialistes américains – les premiers envisageant d’accroître le rôle des armes nucléaires dans la défense du pays ; les seconds travaillant à leur complète élimination.
 
Le fait que l’administration américaine ne renonce pas à l’emploi de l’arme nucléaire en première frappe est l’élément le plus abondamment traité par les média internationaux traditionnels et beaucoup oublient de souligner que le rapport rappelle à de nombreuses reprises et de manière explicite que les alliés et partenaires stratégiques des Etats-Unis resteront couverts par le parapluie nucléaire américain.
 
Deux décennies après la chute de l’Union Soviétique, les Etats-Unis continuent et continueront de porter la charge de la sécurité des pays d’Europe et de l’Est-Asiatique. Le coût humain et financier de cet écrasant fardeau ne cesse d’augmenter mais l’observateur ne peut que se résigner : la nouvelle doctrine nucléaire stratégique du gouvernement Obama ne changera pas ce volet fondamental de la politique étrangère américaine.
 

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6 réactions à cet article    


  • mariner valley mariner valley 7 avril 2010 11:05

    Oui enfin faut éviter de voir l’apocalypse partout. On ne va se plaindre d’un accord pour réduire même un tout petit peu le stock de missile nucléaire de la Russie et des états-unis.

    "Le rapport précise aussi que dans le cas d’une attaque bactériologique « dévastatrice », le gouvernement américain s’autoriserait à recourir à la bombe nucléaire. On se demande quelle attaque bactériologique importante ne sera pas vue comme dévastatrice par l’opinion publique et le gouvernement lorsqu’elle se produira sur le territoire des Etats-Unis."

    On a dit la même chose en France.

    Pas de réduction des dépenses militaires
    .

    Et ils ont bien raison. On devrait faire la même chose. Si vis pacem para bellum.

    Deux décennies après la chute de l’Union Soviétique, les Etats-Unis continuent et continueront de porter la charge de la sécurité des pays d’Europe et de l’Est-Asiatique.

    De toute façon il n’y a que les USA qui sont matériellement capable de le faire.

    Moi ca me déplait de voir qu’en Europe on dise que l’on veut apporter une autre voix a celle des USA mais on est incapable d’y mettre le prix : humain et financier.

    Et oui le monde fonctionne encore comme ca : Celui qui en a une grosse et bien les autres écoutent.


    • mariner valley mariner valley 7 avril 2010 13:26

      Ben tout va dépendre de qui la veut et dans quel(s) but(s). 


      • adreamer adreamer 7 avril 2010 13:33

        sourire.. pathétique ce peuple, ils ne parviennent même pas s’émanciper du lobby viticole, du tabac mais se permettent de geindre contre les difficultés « euphémisme » qu’aurait un gouvernement qui doit se taper ceux des armements.

        bandes d’incultes.. comme dirait l’autre : ôte déjà la poutre qui se trouve dans ton oeil avant d’ôter la paille qui se trouve dans celui de ton voisin.

        pour rappel.. l’industrie du tabac, la cigarette était soi-disant patrimoine des états-unis, des milliers d’emplois, des revenus incommensurables.., pour autant des tribunaux, des lois, des condamnations ont dit stop !

        vous faites quoi avec le vin ? ah oui c’est bon pour la santé mais avec modération. pathétique, maintenant il faudra à les écouter, éduquer les ados car il serait moins pire que les alcools, comme si entre autres, le vin n’était pas un alcool...


        • Shaytan666 Shaytan666 7 avril 2010 14:09

          Honnêtement, je n’ai rien compris ! Les USA seraient près à bombarder la France avec des plants d’herbe à Nicot et des ceps de cabernets ?


        • Internaute Internaute 8 avril 2010 08:36

          L’expression d’une doctrine d’engagement n’a rien de contraignant. Du jour au lendemain et selon les circonstances, la doctrine peut être laissée de côté sans préavis. Je ne vois pas l’intérêt d’avoir une doctrine sinon d’exciter les plumitifs.

          L’arme nucléaire est un facteur de paix pour les USA et ils auraient bien tort de s’en priver. De même pour les autres nations. Les accords Start2 ramènent le nombre de bombes nucléaires à 1.550 et celui de missiles à 800. Quand on sait que chaque bombe fait grosso-modo 10 fois celle d’Hiroshima, la puissance destructrice sous le coude reste quand-même égale à 15.000 villes d’Hiroshima rasées. Il faut déjà pouvoir les trouver sur la carte. Franchement, le désarmement nucléaire n’a pas beaucoup d’intérêt. Que les US aient 100 ou 100.000 bombes ne modifient pas nos risques car le danger n’est pas là.

          Sur le plan stratégique ces accords ne changent donc pas le niveau de sécurité des USA. Ils faut reconnaître qu’ils font le gros de l’effort puisque les russes vont devoir détruire 2.347 bombes tandis que les US en détruiront 4.366. De même, les russes ne casseront que 9 (neuf) missiles tandis que les US en détruiront 388.

          La raison semble surtout économique. Les dépenses du ministère de la guerre US consomment la moitié du budget de l’Etat américain et sont égales à toutes les dépenses militaires de tous les autres pays réunis. Pour cela, je rigole bien quand je vois un journalistes agiter des chiffons rouges du genre « les dépenses militaires chinoises viennent d’augmenter de 7% cette année ! Au secours ! au secours ! »

          A l"heure où l’uranium devient rare et cher, celui dégagé des bombes servira pour les centrales. C’est une bonne affaire.

          Le seul désarmement qui aurait un effet sur la paix mondiale serait une réduction du nombre de bases américaines à l’étranger. Malheureusement il n’en n’est pas question. Les USa vont continuer à allumer des incendies partout et à semer la terreur. En ayant saccagé l’Irak et détruit la seule république laïque moderne du monde arabe ils ont fait sortir l’islamisme radical de la boîte et ne l’y feront plus rentrer. Saddam Hussein était un saint à côté de Bush et d’Obama. Il suffit de voir dans quel état est Bagdad aujourd’hui et le nombre de mort engendrés en Irak par les américains.


          • Pierrot Pierrot 15 avril 2010 17:44

            Il semble qu’Obama a été obligé de satisfaire les représentants du parti républicain pour faire passer la loi importante concernant la santé et son assurance.

            C’est pour cela que la réduction du nombre des armes nucléaires (USA/RUSSIE) et la modification de la doctrine sont « homéopathiques ».

            L’important sera la reconduction, à l’identique, du traité de non prolifération nucléaire en 2010.
            Par contre les pouvoirs d’investigations de l’AIEA (organisme de l’ONU) seront renforcés.

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Auteur de l'article

Alex Korbel


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