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Accueil du site > Actualités > International > Pepsi vs Coca : la « mer » de toutes les stars

Pepsi vs Coca : la « mer » de toutes les stars

Victime du boycott qu’il a dû subir dans le monde arabe jusqu’aux années 1990, Coca peine à rattraper son grand rival, Pepsi. Une situation qui risque de ne pas s’arranger pour la multinationale d’Atlanta, "scotchée" à 35 % de parts du très prometteur marché des boissons gazeuses dans la région, avec le lancement par Pepsi d’un "long métrage publicitaire" réunissant quelques-unes des grandes vedettes de la chanson arabe. "Mer de stars" (Bahr al-noujoum) n’est sans doute pas un grand film, mais il dit des choses intéressantes. Notamment que, pour les publicitaires américains, le monde arabe est une réalité !

Jusqu’au début des années 1990, le Coca-Cola était boycotté dans le monde arabe. A cause de ses liens présumés avec le mouvement sioniste sans doute, mais plus encore en tant que symbole de l’impérialisme américain. A ce titre, il joue un rôle capital dans Le Comité, un des meilleurs romans du romancier égyptien Sonallah Ibrahim publié en 1981 (traduction française chez Actes Sud).

Aujourd’hui, alors que nombre de marchés sont saturés, les pays arabes offrent aux producteurs de boissons gazeuses une croissance annuelle de 10 %. Avec une démographie galopante productrice de jeunes assoiffés de boissons (en principe) non alcooliques, leur potentiel de développement pour les marques de "gazouze" est donc immense, et les enjeux commerciaux énormes.

Malgré ses brillantes campagnes de publicité, parmi les premières dans le monde arabe à jouer pleinement le jeu de la mondialisation consommatrice, Coca-Cola a du mal à rattraper son retard et plafonne à 35 % de parts de marché.

Pepsi continue à dominer le marché, une position qu’il est bien décidé à défendre chèrement (c’est bien le mot). A très très grands frais (comme on s’en rend compte par exemple à la qualité – technique s’entend – du site spécialement créé pour l’occasion : http://www.bahralnujoom.com/), la société vient en effet de produire la première comédie musicale publicitaire arabe (et peut-être mondiale). Après un lancement auprès de la presse à Beyrouth, au Caire, c’est également le premier film arabe à être distribué simultanément dans plusieurs grandes capitales de la région.

Ecrit par un scénariste américain, réalisé par un Egyptien célèbre pour ses clips musicaux à destination des chaînes télé, Bahr al-noujoum (Sea of stars – بحر النجوم) raconte l’histoire, redoutablement simple, d’un jeune homme qui se désespère de voir son île, autrefois prospère, végéter. Bien décidé à lui faire retrouver la prospérité, il a l’idée de monter un festival musical, lequel, comme de bien entendu, est sponsorisé par… Pepsi ! De l’avis des critiques, le film est totalement nul, mais il sera peut-être malgré tout un succès, pour l’industrie du disque en tout cas, grâce à ses principaux interprètes parmi lesquels figurent quelques-unes des grandes vedettes de la chanson arabe.

Cet épisode publicitaire permet de se rendre compte que si la politique américaine s’obstine à passer l’ensemble des conflits de la région à la seule moulinette de la religion, en évoquant un étrange Great Middle East qui va jusqu’à l’Afghanistan et en s’obstinant à ne parler que de Muslim World, les experts des grandes firmes globales, eux, continuent à tabler sur quelque chose qui s’appelle "le monde arabe".

Comment expliquer sinon que ces promoteurs zélés du capitalisme mondialisé que sont les experts en communication de la société Pepsi ont retenu un panel d’interprètes qui va, selon la formule consacrée, "du Golfe à l’Océan" ? Comme on le voit d’ailleurs sur les photos publicitaires du film, le trio de choc libanais – composé des trois super (sexy) vedettes Carole Samaha, Wael Kfoury et bien sûr Haifa Wehbe – est ainsi encadré à gauche par une représentant du couchant (Maghreb) arabe, le Tunisien Ahmed El Cherif, une ex-vedette de la première Star Ac’, et à droite par une chanteuse issue de son Orient (Machrek), la jeune vedette des Emirats, Ruwaida Al Mahrooqi. (Tout ce petit monde, on s’en aperçoit en visitant le site du film, s’exprime en libanais, qui reste la lingua franca des clips arabes.)

Dès lors, on peut s’amuser à relire le (pauvre) scénario du film : cette île jadis prospère, ancien phare de la civilisation et qui maintenant végète dans la pauvreté, c’est bien entendu le monde arabe. Et pour renouer avec le progrès et retrouver richesse, beauté et célébrité, il suffit que les grandes voix de la nouvelle génération fassent preuve de bonne volonté.

Si le sponsor de ce scénario de rêve ne peut être qu’américain, il reste à trouver le jeune homme qui aura l’idée géniale de lancer "la mère de toutes les batailles" pour unir tout le monde au sein du festival de "La mer des stars"... Le jeune Gamal Moubarak peut-être ?


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7 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 30 juillet 2008 11:26

    @ l’auteur,

    Merci tout d’abord de votre mention de l’écrivain Sonnalah Ibrahim.

    L’exposé que fait le narrateur de l’histoire de Coca Cola, puis ses nliens entre la dégradation de la qualité de l’eau potable au Caire correspondant avec la réintroduction de la marque en Egypte est un modèle du genre.

    Il excelle dans le mélange d’informations vraies et d’analyses farfelues et pourtant pas si absurdes..

    Dans "Le livre de Zeyt", ce sont ces entrefilets de presse réels qui ponctuent le roman.

    Pour en revenir à Coca Cola, ce n’est pas la première fois qu’il disparait et réapparait d’une région : déjà, en 1941, la marque disparut d’Allemagne pour cause d’entrée en guerre du pays contre la nation dont le breuvage était un des symboles.

    Mais la boisson se vendait bien localement.. Qu’à cela ne tienne ! La boisson fut commercialisée sous un nouveau nom créé pour l’occasion : FANTA.

    Après 1945, la Coca Cola Co reprit possession de sa filiale allemande et de la nouvelle marque déposée... qu’elle trouva à son goût et qu’elle transféra à d’autres spécialités gazeuses.

    La guerre entre Coca et Pepsi tient du conflit mythique...

    gAZi bORAt


    • visiteur 30 juillet 2008 13:24

      Bof ..

      Coca cola ou pepsi   !




      • saint_sebastien saint_sebastien 30 juillet 2008 17:47

        article interessant et bien écrit , tout simplement.


        • USA 613 31 juillet 2008 01:59

          @ Auteur

          Je viens de me rendre sur votre site vous êtes le directeur de thèse sur un sujet traitant du Yémen

          Il y a quelques années de cela les médias nous apprenaient que 2 médecins US avaient été tués au Sud de Sanâa

          Merci de nous en faire savoir plus sur ce qui s’est passé

          Qui étaient

          - les meurtriers

          - les victimes

          Comment cela s’est passé

          Que s’est-il passé

          PRECISIONS
          Sauf erreur votre nom est Sud Américain ou espagnol ou portuguais pour tout le moins
          Je ne m’explique pas comment vous pouvez être professeur d’Arabe ?

          Merci de partager avec nous comment avec un tel prénom et un tel nom vous enseignez ces matières à l’Université à Lyon

          Etes vous musulman d’origine ?
          Quelle a été votre éducation ?

          Votre parcours me passionne et m’interpelle

          Au plaisir de vous lire et bravo pour le parcours que vous avez fait 


          • YGQ YGQ 31 juillet 2008 08:13

            Merci aux différents commentateurs, en commençant par Gazi Borat et ses infos sur la très riche histoire de Coca ! En réponse au dernier commentaire, je suis malheureusement dans l’incapacité de proposer des infos quant à cette affaire dont j’ai gardé un vague souvenir. (Je me renseignerai.) Pour les "précisions", je fais partie de tous ceux qui se sont intéressé à d’autres langues et cultures que celle(s) dont ils avaient hérité à leur naissance !... C’est vrai que pour ma génération, celle des années 1970 disons, c’était sans doute une démarche plus commune qu’aujourd’hui où les réflexes identitaires, la peur de l’Autre, dominent davantage. Prof. à la fac, j’ai le plaisir de constater qu’il y a des exceptions à cette tendance générale. Quant à la question religieuse, "Dieu merci" (!) chacun en fait ce qu’il veut !!!


          • Gazi BORAT 31 juillet 2008 08:54

            @ l’auteur

            Merci de cet article et merci aussi pour les suivants.

            Il serait heureux que ce site bénéficie de vos compétences sur la littérature arabe contemporaine, qui gagne à être connue.

            gAZi bORAt


            • abersabil abersabil 4 août 2008 21:09

               J’avoue franchement être impressionné par le parcours du grand Homme qu’est mahatma Gandhi, d’autant plus que c’est un homme de droit qui a su très tôt que  lutter a armes inégales contre les puissants de ce monde peut aussi se faire par l’abstinence et le refus d’obtempérer aux ordres des exploiteurs et suceurs de sang des faibles opprimés, tel un âne entêté qui à force de maltraitance, refuse de bouger ; par ce simple fait, il ralenti son maître en temps et argent ; aussi, boycotter les produits américains pourraient faire diminuer de leur arrogance (eux qui ne jurent que par l’argent), sachant leur soutien inconditionnel à l’état d’Israël sioniste et criminel  

               

               

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