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Pierre Buyoya, un médiateur qui brigue la tête de la Francophonie

D’après divers observateurs, Pierre Buyoya, ancien chef de l’Etat burundais, artisan du rapprochement entre Hutu et Tutsi dans son pays et médiateur international dans les conflits soudanais, centrafricains et sahéliens, possède toutes les chances pour diriger une Francophonie politique et forte, actrice majeure de la mondialisation

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Pierre Buyoya, avec Nelson Mandela (photo Fudb)

A Bujumbura, son pays l’a présenté pour briguer le secrétariat général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). C’est pourtant un gouvernement qui n’est pas de son bord politique qui le défend sur la scène diplomatique. Car Pierre Buyoya est considéré par plus d’un comme une personnalité dont la «  sagesse et l’expérience du monde constituent une fierté au –delà des sensibilités politiciennes locales », estime un cadre du pouvoir. «  Ici, tout le monde serait fier. Les deux ou trois personnes qui se lamentent sur Internet, ce sont des cas marginaux », ajoute de sa part un responsable d’une association défendant les orphelins de la guerre. La Fondation pour l'Unité, la Paix et la Démocratie (FUDP), que l’ancien président a créée œuvre à réhabiliter l’équité sociale depuis 1994.

Edgar C. Mbanza, journaliste et chercheur sur les médias (Ehess, France) qui a couvert le Burundi et nombre de pays d’Afrique en guerre, témoigne à notre micro : « J’ai eu à critiquer Buyoya, en tant que chef politique et dans un contexte national tendu. Mais ce que j'ai retenu, c’est un homme qui a dû gérer des situations très délicates, car il a décidé de changer le cours de l’histoire de son pays. J’ai beaucoup écouté ceux qui se sentaient lésés par son action, des tutsis qui ne voulaient pas qu’il mette fin à leur domination, et eds hutus qui ne voulaient pas de démocratie inclusive. Mais j’ai toujours été admiratif quant à la vision de cet homme. C’est un panafricaniste de surcroît. C’est un acteur du changement, du politique créatif, ouvert au monde. A l’époque, nous n’avions pas beaucoup de leaders africains aussi libérés de l’emprise ethnique ».

Après avoir orchestré une transition démocratique dans son pays où il a initié le rapprochement entre Hutu et Tutsi –ce que les extrémistes des deux bords ne lui pardonnent toujours pas- Pierre Buyoya est actuellement le médiateur de l’Union africaine au Mali et dans le Sahel. Il avait auparavant été l’un des artisans des accords de paix entre les deux Soudans, ou encore des pourparlers inter-centrafricains.

C’est en novembre prochain, à Dakar, que les chefs d’Etat de l’OIF désigneront un successeur à Abdou Diouf. D’autres candidats sont déjà en campagne. Plusieurs voix ont déjà souligné les atouts de l’ancien chef de l’Etat pour diriger la Francophonie. Sa principale concurrente, Michaëlle Jean, est soutenue par le Canada et le Québec, mais d’après Jocelyn Coulon, le directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l’Université de Montréal, « la dimension très politique de cette organisation et un éventuel front commun de l’Afrique jouent contre elle ».

D’après le chercheur canadien, Buyoya possède la stature et l’expérience pour diriger l’organisation internationale. « Il y a trois autres candidats à ce poste. Pierre Buyoya, ancien président du Burundi et actuel envoyé spécial de l’Union africaine au Mali et au Sahel. Il est très connu sur le continent africain. Jean-Claude de L’Estrac est un autre favori. Ancien ministre mauricien des Affaires étrangères, il pourrait être le candidat du compromis entre Jean et Buyoya. Enfin, le Congolais Henri Lopès, écrivain et ancien ministre, est candidat depuis la création de l’OIF. Mais à 76 ans, il n’est pas vraiment dans la course  ».

C’est surtout la stature de cet ancien chef de l’Etat, ses qualités de médiateur aujourd’hui impliqué dans la résolution des crises les plus aiguës du continent qui fait de lui le favori incontesté. « Bien que l’OIF œuvre dans bien des domaines (culture, soutien électoral, réforme de l’État de droit, éducation), la paix et la sécurité occupent de plus en plus le temps du secrétaire général. L’espace francophone est secoué par les conflits. Haïti, le Liban et la majorité des pays africains francophones sont en crise, en sortie de crise ou aux prises avec le terrorisme, ce qui rend la dimension politique du poste encore plus critique. Le prochain secrétaire général devra donc avoir le profil pour gérer ces problèmes. Et là, Pierre Buyoya, ancien président du Burundi, a une longueur d’avance sur Jean  ».

Pourquoi pas plutôt un artiste, un homme du monde la culture ? Y va-t-il les risques que la Francophonie s’écarte de sa dimension première qui est la défense de la langue française, en élisant encore une fois un homme d’Etat de cette envergure ? Le professeur El Hacen Ould Lebatt, haut diplomate aujourd’hui envoyé spécial de la Francophonie et ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, défend lui aussi, au micro de micro de Christophe Boisbouvier de Rfi, l’intérêt de privilégier le choix d’un leadership fort et politique à la tête de l’organisation. « Il y a deux doctrines. Il y a ceux qui pensent que cette organisation doit se limiter à sa vocation initiale pour la promotion de la langue et de la culture française. Mais vous savez aussi que depuis le sommet de Hanoi en 1997, il faut développer la dimension politique de la Francophonie et le choix du successeur de monsieur Diouf doit tenir rigoureusement compte de ce binôme en sachant quand même que ce qui a donné la visibilité de la francophonie dans la solution de beaucoup de crises, c’est sa dimension politique ».

Pour lui, l'ancien président burundais demeure largement le mieux placé pour conduire la construction d’un espace politique francophone solide. « Il n’y a pas de doute à cela. Je connais plus particulièrement l’ancien président du Burundi, monsieur Pierre Buyoya. Je sais que c’est une personnalité qui a immensément contribué à la promotion de la dimension politique de la francophonie. Il a présidé le panel de haut niveau sur la prévention des crises. Il a été envoyé spécial pour le Tchad. C’est un homme qui est très familier avec la dimension politique de la francophonie. Et cela lui donne incontestablement à mes yeux un point d’avance ».

Depuis l’annonce de sa candidature, quelques commentateurs estiment que le passé d’ancien militaire joue en la défaveur du président Buyoya. Le diplomate mauritanien, en analyste avisé des relations entre l’Afrique et l’Occident, balaye d’un revers de la main un tel reproche. « Cette dichotomie manichéenne qui met d’un côté les bons et d’un autre côté, les méchants, les bons étant les civils, et les méchants étant les militaires, je n’y adhère pas. Ce qui est important, c’est ce qu’il a fait et quelle a été son utilité. Buyoya est intervenu dans un contexte historique et il a empêché une très grave crise, un bain de sang, voire un génocide. Il a évité le pire et il a bien fait de faire ce qu’il a fait dans le temps. Et depuis quelle est la crise africaine dans laquelle il n’est pas intervenu ces derniers temps ? Il est intervenu avec d’autres présidents pour le Soudan. Il est intervenu en RCA avant l’actuelle crise. Il est intervenu au Mali où il est actuellement haut -commissaire de l’Union africaine. Les contributions de l’homme plaident en sa faveur ».

Au Burundi, le gouvernement et une grande partie de la société civile locale, de différentes sensibilités politiques, se réjouissent de la candidature de ce fils du pays à la tête d’une aussi grande organisation internationale. « Les quelques mécontents, ennemis traditionnels de Buyoya, peinent à trouver du poids », témoignent un journaliste de Bujumbura qui précise : «  Des extrémistes hutus ou tutsis multiplient des injures sur Internet, sur des sites personnels sans aucune crédibilité. Regardez sur facebook : le groupe monté contre Buyoya n’a même pas 40 likes !  ». Des spécialistes de l’Afrique soulignent par ailleurs le fait que l’Organisation Internationale de la Francophonie gagnerait à avoir à sa tête une personnalité originaire d’une région où la francophonie occupe une place aussi importante que sensible : «  Son expérience fait de lui un grand connaisseur de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs, une région qui reste un laboratoire inédit du dialogue des cultures », témoigne un chercheur français spécialiste de la région et basé dans l’Est du Congo. Pierre Laurent (www.rhizomedia.fr)

Pour en savoir plus, une biographie de l'ancien président Pierre Buyoya :

-Tout sur sa candidature sur www.pierrebuyoya.net ; voir aussi : www.operationspaix.net
-BUYOYA, Pierre, Mission possible : construire une paix durable au Burundi, L'Harmattan, 1998
-BUYOYA, Pierre, Les Négociations Interburundaises, la longue marche vers la paix, Préface de Louis Michel, L'Harmattan 2011
-BUYOYA, Pierre, Naissance et Organisation du Front de Libération Nationale Algérien. Mémoire de fin d’études universitaires, 1974, Bruxelles. Seconde édition : Editions IWACU


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1 réactions à cet article    


  • Ouallonsnous ? 11 août 2014 11:39

    Tout cela est piloté par les états-uniens via les organisations dites internationales de l’ONU derriére lesquelles se tiennent les USA qui tirent toute les ficelles !

    Il ne peut rien en ressortir de bon sauf pour l’essor de l’anglais ou plutôt du sabir globisch anglo-yankee, la Francophonie en sera « cocue » comme d’hab !

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