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Policiers camerounais ripoux, conscience professionnelle obsessionnelle

Les contrôles de police servent aussi de comptoirs pour le racket de cinq cents ou de cent francs CFA auprès des chauffeurs de taxis et automobilistes des principales villes du Cameroun. Cette obsession du contrôle de véhicules à tout prix (eh oui !) tourne parfois au drame et provoque des morts.

Vendredi 17 novembre. Montée Elig-Edzoa, à Yaoundé. La station d’essence Shell, en bas de la montée goudronnée, est en général le repaire de poulets mange-mille (francs CFA), nos chers (en effet) policiers, qui s’arrangent parfois pour se fondre parmi les piétons en attente de taxi, afin de piéger les chauffeurs de voitures jaunes qui prendraient des clients le long de la station.

Ça, tous les chauffeurs de taxi de Yaoundé le savent. Comme ils savent aussi que les « poulets mange-mille » ont un sacré flair pour stopper toujours les taxis qui n’ont pas toutes les pièces.

Adamou, pieds nus dans son véhicule jaune, est sur le point de franchir le pont où s’amorce la montée Elig-Edzoa, et caresse l’accélérateur.
Mais il est bien vite obligé de freiner de l’autre pied, de braquer vers la droite et de piler devant le poulet. Le policier est fier, dans son uniforme bleu et bleu ciel, comme une nouvelle recrue, et il n’a pas eu le temps de faire tomber son sifflet de sa bouche. *

Il faut dire que ce bidule de sifflet est aussi utile au policier que son pistolet automatique, car un coup de sifflet, ça rapporte hein ! La preuve, Adamou tire son tiroir-caisse et en sort deux billets de cinq cents francs CFA formidablement neufs, sans une pliure, ni tache, ni égratignure !

Quelques secondes plus tard, Adamou, qui n’a pas pris la peine de prendre les pièces du véhicule jaune, revient avec un large sourire, et caresse à nouveau son accélérateur pour grimper la colline luisante de goudron fondu devant lui.
Derrière, les deux billets de cinq cents francs ont disparu dans une des poches de l’uniforme bleu et bleu ciel du policier, le sifflet lui, a laissé place à un large sourire.

Une histoire de mange-mille qui finit donc bien...

Le mille (francs CFA), c’est bon... à mort ! *

Dimanche 19 novembre, nous sommes à un poste de contrôle de police au quartier Biyem-Assi, encore à Yaoundé. Il est dix-sept heures, le soleil derrière les mille et une collines de la ville est en train de s’estomper, mais au Cameroun, le mille (francs CFA) se récolte tous les jours, et à toute heure, et pour un mange-mille (francs CFA), c’est banco à tous les coups et sur tout ce qui bouge, pardon, sur tout ce qui roule !

Quand je dis tout, c’est tout, y compris les voitures qui ne sont pas des Toyota jaunes, comme plupart des taxis ici.

Voilà une BMW qui est en train de passer devant le poste de contrôle de police ; un coup de sifflet retentit, le chauffeur de la grosse voiture n’en a cure, il continue sa route pépère. Le policier estomaqué s’en offusque et se fâche gravement !
Tiens ! Voilà une mototaxi qui passe, le mange-mille le réquisitionne pour se lancer à la poursuite de la BMW.

Malchance ! Au carrefour Ecole les Bambis de Biyem-Assi, non loin du carrefour Acacia, l’engin à deux roues (bend-skin) va être fauché par une camionnette qui passe sur les deux occupants de la moto.

Le chauffeur du bend-skin et le policier seront conduits au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHU). Le jeune conducteur, âgé de vingt-neuf ans, originaire du village de Bameka, dans l’Ouest du Cameroun, va mourir quelques heures plus tard. Le policier est encore entre la vie et la mort, et aurait quitté le CHU pour l’Hôpital central, afin d’éviter d’éventuelles représailles de la famille de la victime ou de ses congénères conducteurs de mototaxis.

On connaît les chauffeurs de mototaxis très solidaires. Ils vont prendre la poursuite de la BMW et de la camionnette, qu’ils vont rattraper et neutraliser dans un embouteillage - il n’en manque pas dans cette partie de la ville. Ils seront conduits au commissariat de Mendong, où ont été garés la BMW rouge, la camionnette et la moto accidentée.
Les propriétaires des deux véhicules ont été mis, quant à eux, en cellule, dans le même commissariat.

Moralité... Le métier de mange-mille-francs CFA est donc un métier à haut risque, pas seulement pour le policier lui-même. Le sifflet, c’est aussi une arme redoutable dans la bouche d’un policier, autant que son PA (pistolet automatique) à la ceinture...

Une histoire qui rappelle celle vécue à Kinshassa, en République démocratique du Congo, au mois de mars, où un policier en contrôle s’était accroché comme un fou à la portière d’un camionneur qui avait dépassé un contrôle de police et avait refusé de s’arrêter au coup de sifflet...

La course fofolle consécutive s’était achevée par un carambolage, la mort de ce policier téméraire, le renversement d’un camion transportant des bouteilles de bière des Brasseries du Congo, et des policiers qui, à côté de leur camarade décédé sur la route, ont quand même volé quelques bouteilles de bière. Sans doute pour préparer la mise en bière de leur collègue mort sur la champ de... récolte du mille (francs CFA).

Un policier qui s’accroche à un camion pour faire son contrôle, un autre qui réquisitionne une moto pour suivre une BMW... qu’est-ce que c’est beau, quand la conscience professionnelle devient obsessionnelle !

*L’expression bon à mort signifie très bon dans le langage populaire au Cameroun.


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3 réactions à cet article    


  • MIA (---.---.234.227) 28 novembre 2006 14:24

    Bien joué et encore BRAVOOOOOO pour cet article qui peint dans tout ses aspects notre « race » de policier. un policier c’est censé défendre et protéger !Mais nooooonnn !!!ici chez nous ? un policier,un bon policier est celui là qui ramene à la fin de la journée la plus grosse part du butin, fruit du racket,de l’intimidation,d’abus de pouvoir et surtout d’incompétence !!! C’est seulement Dieu qui nous garde.


    • haina (---.---.23.44) 28 novembre 2006 15:29

      article etonnant sur la forme, mais courageux du reste...

      Faudrait denoncer ces rackets a la police ! smiley


      • Sam (---.---.97.173) 29 novembre 2006 00:47

        De l’ironie comme parure du désespoir.

        Je lirais avec plaisir cette plume dans de plus longues histoires ou elle trouverait plaisir à s’épancher, à mon humble avis.

        Mais ceci est un autre roman, à écrire. smiley

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