Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Potosi, l’eldorado oublié

Potosi, l’eldorado oublié

Le récit d’un voyageur Français en Bolivie. Accablé par la misère de Potosi, il livre son témoignage et fait part de son analyse.

La Bolivie est divisée en deux parties. L’occidentale, celle de l’altiplano, où une population indigène vit perchée dans le vent à souvent plus de 4000 m d’altitude, et l’orientale, celle de la jungle et des plaines, peuplées pour une bonne part d’anciens colons descendus des montagne (devenues improductives d’un point de vue financier) pour cultiver les terres et exploiter gaz et pétrole. C’est dire qu’en Bolivie y a une frontière géologique, qui correspond également à une frontière ethnique, donc économique, et de ce fait politique.

A l’est, il y a des plaines, des blancs, du maïs, du pétrole, de l’argent, des discothèques, et á ce qui parait de la cocaïne et des femmes. Mais à l’est, depuis un an, on n’est pas content. Car pour la première fois dans l’histoire du pays, c’est un homme issue de la majorité indigène (72% de la population, quand même) qui est à la tête de l’executif. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, le président Evo Morales a négocié auprès des compagnies pétrolières étrangères (étatsuniennes, brésiliennes et françaises) des royalties d’environ 80% sur l’exploitation des ressources nationales - 18% auparavant - et dépense ce nouvel argent public dans des broutilles : Plan de raccordement au réseau électrique pour les villages les plus reculés, transports publics gratuits pour les plus pauvres, ainsi que, et alors là c’est l’pompon,  bourse d’études de 200 pesos bolivianos l’année (20€)  pour tous les enfants scolarisés. C’est dire qu’à l’est, on n’est vraiment pas content. Alors, avec l’appui des grands medias nationaux - dont les équipes rédactionnelles sont pas issues des couches indigènes défavorisées - on crie au scandale, on dénonce les dérives chaviste du président, on en appelle á la démocratie, pis alors, on veut faire sécession.

A l’ouest au contraire, depuis l’arrivée d’Evo, comme on l’appelle ici, il y a un énorme vent d’espoir qui souffle entre les montagnes, sur l’altiplano. Wilfer, mon guide, me disait : « ça change radicalement notre façon de voir le monde. Dans les têtes ici, celles des Aymaras, des Quechua, on se dit enfin que, pour nous aussi, l’evolution est possible. Ça nous donne envie de faire avancer les choses à notre niveau. »  Et c’est vrai que les choses, il faut qu’elles avancent parce que, des fois, ça craint vraiment.

Aujourd’hui, j’ai visité les mines de Potosi. Ce filon a abreuvé l’Europe en argent pendant des siècles. A peine extrait, le précieux métal était transformé sur place en monnaie et envoyé direct en Espagne (pour l’anecdote, les pièces boliviennes sont aujourd’hui fabriquées au royaume du bon Juan Carlos et par la France...). Avec cette thune, aux 16eme et 17eme, l’Europe chrétienne a levé de grandes armées pour lutter et gagner contre l’expansionnisme ottoman. Plus tard, avec cet argent, l’Europe via les banquiers britanniques s’est lancée à cors et à cris dans la première révolution industrielle. Sans Potosi, si ça se trouve, de Vienne a Brest, on serait musulman, pis le train irait p’t’être pas encore jusqu’à Calais. Par conséquent, la France, l’Europe et le monde doivent beaucoup à Potosi. Et moi je vous dis qu’on lui a rien rendu à cette ville.

Ici, hors la mine, pas de travail et point de salut.  Là, j ai vu des gars travailler dans des boyaux suintants larges comme moi, d’oú émane une chaleur d’enfer. Je les ai vu travailler la roche au burin, puis boire á la bouteille de l’alcool a 96º pour se donner de la force à 10h du matin, pour enfin manipuler de la dynamite et faire péter le bordel. J’ai vu des gosses de 12 ans, 13 ans pas plus, remonter á la brouette en 4eme vitesse des kilos de minerais sur des pistes boueuses bordées de précipices où j’oserais même pas mettre un pied. Pis j’ai vu des vieillards ivres morts à la sortie de la mine boire le maigre salaire de la journée. Germinal dans le nord de la France au 19eme, j’y étais pas. Potosi en 2007, j’y suis et franchement, ça pue. Quand tu commences à creuser, t’en as plus que pour 15 ans à vivre, et ça, c’est de la stat officielle.

Apres avoir été privées, les mines sont devenues propriétés de l’état dans les années 50, lorsque le filon s’est épuisé. En 1987, royal, le gouvernement Bolivien a construit des baraquements en guise de logement puis a mis en place un système d’air comprimé pour oxygéner les galeries. Les mines appartiennent aujourd’hui aux travailleurs dans le cadre de coopératives. Le mineur creuse pour son compte. Les entreprises l’attendent à la sortie du boyau. Elles achètent 50 Bs (5 euros) les 180 kg de minerai, soit plusieurs heures de travail...j’en ai pleuré. Maintenant ça va mieux, mais quand même... Suerte


Moyenne des avis sur cet article :  4.83/5   (23 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • gem gem 15 mars 2007 13:28

    Bon article, à de menu écart de style près. C’est difficile d’ajouter un commentaire, m’enfin je vais essayer quand même.

    * votre façon de présenter les hurlements de la partie est du pays ne tient pas debout : on a l’impression que ce sont juste des cons, pas content que plus d’argent rentre dans le pays, et des méchants, pas content que la situation à l’ouest s’améliore... c’est assez débile, non ?

    * la situation n’est pas rose, mais faut pas oublier non plus comment c’était avant. Potosi a enrichi ses maitres espagnols (et pas vraiment l’Europe, en fait), mais comment était traités les indiens, à l’époque ? Je doute que leur espérence de vie atteignait 15 ans... Les choses ne peuvent pas s’améliorer d’un claquement de doigt. Et votre façon de dénigrer les efforts du gouvernement de 1987 n’est pas très juste : ce qui a été fait était bien, même si vous auriez voulu plus.


    • bulu (---.---.19.146) 15 mars 2007 16:10

      En fait potosi a enrichi les espagnols en especes sonantes et .... Les espagnols se sont alors contentés d’acheter aux autres pays Europeens des biens et ont néglige leur propre production, puisqu’ils avaient tout l’or du monde (ou presque). Les espagnols ont ainsi finance les structures de la premiere revolution industrielle en apportant des capitaux enormes qui ont permis à l’Angleterre, la France et l’Allemagne d’investir massivement. Ils ont scellé leur propre perte en financant les autres sans se developper eux-memes.


    • Seb PG 15 mai 2007 22:53

      Bonjour,

      je suis l’auteur de cet article. Je viens de rentrer de voyage n’ai pu prendre le temps vous répondre avant. Je voulais juste vous remercier de l’avoir lu et d’avoir pris la peine de me faire part de ce retour.

      Bien à vous

      Séb


    • Taretsv (---.---.131.119) 16 mars 2007 08:54

      Bonjour,

      Votre article est interessant, mais votre point est completement subjectif.

      Connaissant très bien la Bolivie, et ayant vécu dans l’ouest comme dans l’est, je comprend votre point de vue mais votre avis s’est fait à mon avis sur une expérience un peu hatîve.

      Il est vrai que les Cambas à l’est sont plus riches mais il y aussi beaucoup de pauvreté. C’est vrai qu’il ya des blancs et des femmes mais pour la coke, elle est désormais plutot dans le centre et l’ouest que à l’est, Santa cruz n’est plus l’eldorado de l’or blanc depuis 2 bonnes décennies désormais, même si la richesse de cette ville s’est faite en bonne partie grace à cela.

      Toutefois la ou je suis d’accord, c’est qu’il y a une fracture ethnique entre les 2 Bolivies, mais il est difficile d’avoir un point de vue objectif. Suivant les villes et les personnes, les points de vue sont très divergeants, il faut donc prendre des pincettes avant d’émettre des points de vue du type de votre article.

      Il ya dans l’est des gens qui ont de l’argent c’est vrai mais qui bossent dur depuis 2 générations maintenant et qui n’ont pas envie de se faire enlever leur voiture ou leur maison sous pretexte que il faut partager. Attention aux rêves de gauchisme que l’on peut avoir tranquillement depuis son petit fauteuil en Europe, la réalité est bien différente que celle vu avec des yeux de vacancier de passage outré par ce qu’il voit ou par les propos d’un chauffeur de taxi (cela parait peut etre banal mais c’est souvent la réalité).

      N’oublions pas l’horreur du Communisme et donc du Chavisme et du Castrime, Morales est sur ses traces et cela fait peur. Il faut arreter de rever et de croire que l’amérique Latine c’est le nouveau monde ! Il faut partager et aider les communautés andines pauvres mais il faut laisser l’economie de marché avancer un minimum (avec des controles oui !), l’histoire nous a assez prouvé qu’il n’y avait pas d’autres alternatives, alors un peu de sens critique et d’intelligence , et evitez ce genre de betise : « a l’est pas content riche et connard et à l’ouest pauvre et misérable snif c’est triste et c’est à cause des connards de l’ouest »

      Pour Potosi, je suis d’accord, c’est une honte quand on sait que cette ville était la plus riche du monde au 17 eme siecle et que aujourd’hui, c’est vraiment la misère.

      Taretsv

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès