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Accueil du site > Actualités > International > Pourquoi la guerre en Libye ? (1/2)

Pourquoi la guerre en Libye ? (1/2)

Crédit photo : AFP (ici Nasser et Khadafi)

PETIT RECAPITULATIF HISTORIQUE

D'un point de vue historique la Libye originelle se découpe en trois parties distinctes, fédérées ensuite en nation : La Tripolitaine à l'Ouest, proche de la Tunisie sur bien des plans, est une région agricole assez riche. La Cyrénaique à l'est, influencée par l'Egypte et de tradition pastorale, et enfin le Fezzan, au sud de la Tripolitaine, vaste région désertique.

Ce qui fait de la Libye un pays à part dans le monde Africain, est qu'elle est la première nation a obtenir l'indépendance en 1951, grâce au Roi IDRIS 1er, également en poste lors de l'invasion italienne, dont il fut le chantre de la résistance libyenne. Il fédéra ainsi les trois royaumes historique, pour obtenir à ce jour les frontières connues de la Libye.

Mais le pays est enclavé et ne compte alors pas beaucoup d'atout à mettre en jeu dans le concert des nations. Le roi Idris 1er, signe alors l'entrée du pays, le 28 mars 1953 dans la Ligue Arabe. Cette même année, le gouvernement signe des accords militaires avec la Grande-Bretagne, autorisant l'accès au sol des ses troupes, ainsi qu'à son espace maritime et aérien pour deux décennies, en échange d'une rente de 3 750 000 livres pendant cinq ans et d'une coopération militaire.

Avec la France, c'est le 10 août 1955 qu'intervient un accord stipulant l'aide au retrait de ses troupes dans le Fezzan, et un échange culturel à venir.

La même année, la découverte de vastes régions pétrolifères offre un autre statut à la Libye. Les compagnies occidentales prirent possession de la diffusion du précieux "or noir", ce qui entraina de fait la disparition du nomadisme chez la population locale , ainsi qu'un afflux massif vers les 2 grandes villes du pays : Tripoli et Benghazi. En parallèle l'émergence d'une bourgeoise d'affaire vit le jour.

La Libye rejoint donc les Nations Unies le 14 décembre 1955.

Dix ans plus tard, la Libye exporte 58,5 millions de tonnes d'« or noir » . Elle est à cette époque le premier producteur d'Afrique . La manne pétrolière permet au pays de développer ses infrastructures, encore rudimentaires au début des années 1960.

Pour répondre aux besoins croissant d'exportation , le fédéralisme est aboli en 1964.

Crédit photo : AFP (Khadafi A Tripoli , plaisantant avec de jeunes Hippies Britannique)

L'AVENEMENT DU COLONEL KHADAFI

La montée du nationalisme Arabe , exacerbé par la main mise de l'occident sur les réserves de pétrole, favorise un coup d'Etat Militaire le 1er septembre 1969, lors d'un voyage d'affaire du roi Idris en Turquie , par 12 officiers dit "libres" parmi lesquels un capitaine du nom de Mouhamar Khadafi.

Il s'auto-proclame rapidement "colonel" et devient de fait le leader de la révolution d'alors, instaurant un régime politique identique à celui de l'égyptien Nasser.

Le nouveau régime introduit un socialisme d'état, nationalisant les principales branches industrielles (notamment pétrolières). Des mesures sociales sont édictées : augmentation du salaire minimum, blocage des loyers, entre autres.

Une nouvelle constitution est rédigée, et un parti unique, l'Union socialiste arabe (calquée sur le modèle égyptien) est mis en place. L’année suivante, le régime ne renouvelle pas les accords militaires signés sous l'ancien régime, fait fermer les bases militaires britanniques et américaines et nationalise les sociétés détenues par des Italiens.

Mais la lenteur des réformes lasse Khadafi, qui se détache peu à peu du Nassérisme, et déclenche en 1973, la révolution culturelle, dont l'objectif est d'instauré une démocratie directe ; grâce notamment aux comités populaires, formés à tout les niveaux de la société.

En août 1973, Khadafi et Sadate , envisagent la création d'un état commun, mais le projet est avorté comme il l'est également pour la fusion avec la Tunisie.

Face à ces revers politique, le "Guide" se tourne alors vers l'Union Soviétique et penche ainsi nettement contre l'Occident , source également d'un armement rapide et efficace, les relations avec le géant Russe vont se nouer d'autant plus. Il rompt donc avec l'Egypte et le 2 mars 1977, il annonce la Jamahiriya, (l'Etat des Masses) consacrant ainsi une voie entre un "capitalisme effréné et un marxisme athée".

Une théorie parue dans le "Livre Vert" édité entre 1976 et 1979. Guide spirituelle et intellectuelle du leader Libyen.

Crédit photo : Ria Novosti/AFP (Entouré du ministre des affaires étrangères Andrei Gromyko et de Gorbatchev)

LES RELATIONS INTERNATIONALES

En cet année 1979, le jeune régime Khadafiste n'est plus vraiment en odeur de sainteté auprès des Etats-Unis. Un temps pressenti comme un artisan du dialogue, son alliance à l'Union Soviétique en font un ennemi tout désigné.

En apportant à la même période son soutien à l'Iran , et au mouvement palestinien d'indépendance, le régime radicalise sa position sur le plan diplomatique.

Le saccage de l'ambassade américaine le 2 décembre , déclenche une guerre larvée entre les deux protagonistes. L'administration Reagan décide alors d'un embargo sur les pétroles libyens et désengage sa compagnie Exxon du marché. Le colonel est alors qualifié de chien enragé par les Etats-Unis et plusieurs tentatives d'assassinat manquent de peu leur objectif (8 mai 1984).
La répression sera sanglante, montrant des exécutions publiques en directe à la télévision Libyenne.

Le 26 janvier 1980, une action commando menée contre une petite ville tunisienne (événements de Gafsa), préparée par les services secrets libyens, est à l'origine d'une grave crise diplomatique impliquant également la France, qui s'est rangée aux côtés de la Tunisie.
En représailles, des manifestants incendient l'ambassade de France à Tripoli et le centre culturel français à Benghazi.
Le 14 décembre 1980, la Libye commence l'invasion du nord du Tchad.
Le 3 novembre 1981 marque le début d'une offensive sur Ndjamena, capitale du Tchad, par l'armée libyenne. La France appuie militairement le Tchad : ses forces reprennent le contrôle du nord du pays au cours de l'Opération Epervier, en février 1986.
Un cessez-le-feu est conclu en septembre 1987

En 1986 , après un attentat dans une discothèque à Berlin visant des militaires américains, une violente campagne de frappes aériennes à Benghazi et Tripoli sont déclenchés par les USA, entérinant alors définitivement l'antagonisme des deux nations.

Mais ce sont surtout les attentats de Lockerbie qui restent dans les mémoires le 21 décembre 1988 ainsi qu'un an plus tard le 19 septembre 1989 , celui du DC 10 français qui font de la Libye un pays honnis par l'Occident , soupçonnant fortement les services secret Libyens d'en être à l'origine.

En échange de la restitution des deux auteurs présumés de ces attentats, le 5 avril 1999, la communauté internationale assouplie quelque peu ses visées face au régime du colonel. L'hostilité définitive de Tripoli face aux islamistes radicaux, achève de ramener la Libye dans le giron américain de GW Bush, qui y voit ainsi un allié de poids dans la région face à la montée de l'intégrisme religieux.

Crédit photo : REUTERS ( photo de l'attentat de Lockerbie )

EN CONCLUSION


On observe bien de l'avènement de Khadafi, jusqu'aux récentes tensions que j'analyserais dans le prochain volet, que le colonel est avant tout soucieux des intérêts de son pays, et qu'il a une certaine vision de ce que doit être un régime politique. Il ne sert en ce sens pas uniquement ses propres intérêts. Mais face aux menaces extérieurs, il se doit de réagir et utilise alors des méthodes radicales répréhensibles. La manne pétrolière assoie bien entendu son pouvoir, mais il faut certainement aussi compter sur une affection d'une partie de l'opinion, et mesurer également son impopularité dans le monde Arabe , puisqu'il n'est pas un fervent religieux.
Ces données en main, il est ainsi plus aisé de comprendre les interventions en cours et leur buts. La froideur de la Russie sue l'engagement militaire ainsi que la coopération de Paris et Washington.
Reste à savoir qui sont ces fameux Rebelles, et quelles seront les conséquences de cette ingérence étrangère.
Ce que nous verrons dans le prochain article, la semaine prochaine !
En attendant , portez vous bien, et bonne semaine !

Boris Rannou.


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10 réactions à cet article    


    • xray 1er avril 2011 20:59


      Ce sont les journalistes vendus aux intérêts des américains qui l’affirment. 
      Kadhafi bombarde son peuple ! 
      Et le 9/11, c’était quoi ? 


      Les évènements du Maghreb sont visiblement orchestrés de l’extérieur. 
      Ces évènements démontrent une nouvelle fois que les journalistes sont entièrement soumis aux intérêts des Américains. 

      Le but des Américains est de faire sauter les verrous qui leurs interdisent l’accès direct au fric et au pétrole du Maghreb. (Les « dictateurs » ne sont pas aussi malléables que nos bons élus sans pouvoir du grand bordel européen.) 

      Le réveil des maghrébins risque d’être douloureux. 
      La Libye n’est pas en proie à de simples manifestations ni à des émeutes mais à une véritable insurrection avec de vrais moyens militaires. 

      En Libye, qui fournit les armes ? Qui tue qui ? 

      Les Américains ont trouvé en Europe des cons pour faire le sale travail. 
      Les élus européens sont des carpettes sur lesquelles les Américains s’essuient les pieds. 

      Le bourbier européen 
      http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com 


      Au lieu de faire une affaire personnelle de Kadhafi, le nabot-léon ferait mieux de s’occuper de ce qui se passe en France et de cesser de faire ses saloperies. 

      Un vandalisme institutionnel 
      http://mondehypocrite.midiblogs.com/archive/2009/06/18/un-vandalisme-institutionnel.html 

      Le piège internet (GOOGLE, Blog-spot,  Dailymotion, Le Post) 
      http://echofrance.monblogue.branchez-vous.com/2009/11/21#215760 



      • asterix asterix 1er avril 2011 21:42

        Le brave Colonel Kadhafi s’est réservé à titre personnel le tiers des revenus de la production libyenne de pétrole. A ce compte-là, il a les moyens illimités de faire l’aumône à tous les pauvres.
        Si ceux-ci le lui demandent poliment, bien entendu.


        • Alicia fFrance aliciabx 2 avril 2011 11:55

          Mais ce sont les moins pauvres qui font l’aumône...


        • Babar-na-B Babar-na-B 2 avril 2011 03:35

           A l’auteur,

          article très instructif, merci.
          Juste un point : je ne suis pas convaincu, dans le cas de l’attentat de Lockerbie, de la culpabilité des 2 Libyens condamnés. Avez-vous vu le documentaire intitulé « The Maltese Double-Cross » ? Il a pour sujet toutes les incohérences dans l’enquête menée par les autorités sur cet attentat. Apparemment, elles avaient décidé d’accuser la Libye avant même l’ouverture de l’enquête. Le présumé terroriste libyen qui fut condamné avait d’ailleurs passé plusieurs années sur la constitution d’un dossier pour la révision de son procès, avant d’être libéré pour « raisons médicales » en juillet ou août 2009.
          J’ai cependant remarqué que vous étiez prudent en évoquant cet événement : « soupçonnant fortement les services secret Libyens d’en être à l’origine ».


          • xray 2 avril 2011 09:18


            LIBYE  

            Dans l’intérêt du moment, les Américains gagnent à ce que les Libyens s’entretuent un maximum. 

            Dans ce contexte, les Américains sont capables de fournir des moyens militaires à Kadhafi. (Comme ils le font déjà en Afghanistan.) 

            Ensuite, il n’y aura plus qu’à se servir. (Quand il y a de l’argent et du pétrole, ce ne sont pas les amis qui manquent.) 

            Le bilan du 11 septembre 2001 
            http://mondehypocrite501.hautetfort.com/archive/2010/05/18/le-bilan-du-11-septembre-2001.html 



            • COVADONGA722 COVADONGA722 2 avril 2011 11:52

              que kadhafi soit un salopard invétéré est une évidence , reste qu on nous fourgue une guerre de libération bien mensongere ,
              1/ je crois que ceux qui pretes aux rebelles des envies de revolution de « jasmin » vont se retrouver avec un beau khalifat islamique bien gratiné « pas d’objecrion de ma part si c’est le voeu des lybiens » mais l angelisme bélant vas avoir de sacré désillusion.
              2/Le coup de tete liberatoire occidental a été préparé de longue main vu qu un decret présientiel us datant de debut mars autorise la fort démocratique cia a agir sur le sol lybien
              3/il y a des forces anglaises et française au sol aux cotés des rebelles depuis le 1 mars pour ce qui est des anglais et 2 semaine pour les français.
              4/l exclusion aérienne 1973 de l onu est une foutaise quand vous traitez aux tomawaks pendant 4 semaines et que les avions qui intervienent depuis 10 jours sont des A10 et des AC 130 nul besoin d’etre Morice pour comprendre que l’ont tape sur les forces terrestres
              loyalistes.
              Enfin cerise sur le gateau pour le « petitou »les cocoricos n’ont et n’avaient aucunes raisons d’etre vu que 80%des strikes est supports sont le fait des anglo-saxons.


              • Alicia fFrance aliciabx 2 avril 2011 11:53

                Tous les dictateurs ont joué sur les peurs occidentales du terrorisme pour préserver leur régime.
                A lire
                Libye : Les gros ficelles des marionnettes.
                http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/libye-les-grosses-ficelles-des-91655


                • Rousquille Rousquille 5 avril 2011 12:23

                   

                  Bombarder la Libye : de 1986 à 2011 (Countercurrents)

                  En 1987, j’étais membre de la Délégation pour la Paix US en Libye. Nous étions là pour la première commémoration du bombardement US contre la Libye en 1986.

                  En avril 1986, des avions de combat US ont frappé Tripoli à 2 heures du matin. Ils ont bombardé la résidence familiale de Kadhafi, blessant plusieurs membres de sa famille et tuant sa fille de 15 mois. Ma fille avait à peu près le même âge à l’époque et cela m’avait bouleversé.

                  Les avions US ont bombardé aussi des immeubles d’habitation, à des kilomètres de toute cible militaire, tuant des dizaines d’enfants dans leur sommeil. J’ai aidé à poser des fleurs sur leurs tombes, dans le cimetière des Martyrs, situé dans un ancien stade italien à Tripoli.

                  Dimanche dernier, je me suis réveillé et j’ai allumé la télé et j’ai vu une famille Libyenne en deuil qui enterrait leur fillette de 3 ans, tuée dans son sommeil au cours de la dernière attaque US contre la Libye.

                  Au cours des 25 dernières années, j’ai suivi les évènements en Libye et depuis que je me suis installé ici en Érythrée en 2006, j’ai même vu le colonel Kadhafi passer la nuit dans sa tente sur la plage près de notre maison au bord de la Mer Rouge.

                  Les Etats-Unis semblent avoir besoin d’un épouvantail arabe ou musulman. Avant Oussama Ben Laden, il y a eu Saddam Hussein et avant Saddam Hussein, il y a eu Muammar Kadhafi. Avec un tel historique, il me paraît nécessaire de revenir sur ce qui se passe réellement en Libye.

                  D’abord, un peu d’histoire. En 1969, lorsque le colonel Kadhafi est arrivé au pouvoir par un coup d’état qui a renversé le roi libyen, le peuple libyen était un des plus pauvres au monde avec un revenu annuel par habitant de moins de 60 dollars.

                  Aujourd’hui, grâce au « socialisme arabe » du gouvernement et à la manne pétrolière, le peuple libyen connaît un de plus hauts niveaux de vie du monde arabe. La plupart des familles libyennes sont propriétaires de leur domicile et la plupart possèdent une voiture.

                  Le système public de santé, gratuit, est l’un des meilleurs du monde arabe et l’éducation gratuite est bonne, sinon meilleure, que celles de la région.

                  Alors la question qui se pose est : pourquoi une révolte a-t-elle éclatée ?

                  La réponse, que je cherche partout depuis un mois, n’est pas simple.

                  La révolté a démarré à Benghazi, dans l’est du pays. Un élément très important qui n’est mentionné dans aucun grand média est que cette ville est le point du continent Africain le plus proche de l’Europe. Benghazi est donc devenue, au cours des 15 dernières années environ, l’épicentre de la migration africaine vers l’Europe. Il est arrivé que plus de 1000 émigrés africains entrent par jour en Libye dans l’espoir d’atteindre l’Europe.

                  Le trafic humain, un de commerces les plus malsains et inhumains qui soit, s’est transformé en une véritable industrie à Benghazi, brassant des milliards de dollars. Un monde parallèle mafieux s’est développé dans la ville et il est profondément implanté et emploie des milliers de personnes dans tous les domaines et corrompt la police et les fonctionnaires. Ce n’est que depuis un an que le gouvernement libyen, avec l’aide de l’Italie, a réussi à contrôler ce cancer. Avec la disparition de leur marchandise humaine et de nombreux chefs en prison, la mafia a été en pointe dans le financement et le soutien à la rébellion libyenne. De nombreux gangs de trafic humain et autres éléments issus des bas-fonds de Benghazi sont connus pour avoir mené des pogroms contre les travailleurs immigrés africains à Benghazi même et dans les banlieues. Depuis le début de la rébellion à Benghazi, plusieurs centaines de travailleurs immigrés, Soudanais, Somaliens, Éthiopiens et Érythréens, ont été détroussés ou assassinés par les milices racistes rebelles, un fait soigneusement caché par les média internationaux.

                  Benghazi est aussi connu comme un foyer d’extrémisme religieux, de fanatiques libyens qui sont passés par l’Afghanistan se sont concentrés là-bas et des groupes terroristes ont organisé des attentats et assassiné des fonctionnaires dans la ville au cours des vingt dernières années. Un groupe, qui se nomme Le Groupe Islamique Combattant, a déclaré dés 2007 qu’il était affilié à Al Qaeda. Ce sont ces groupes qui ont été les premiers à prendre les armes contre le gouvernement libyen.

                  Le dernier problème, et le plus difficile à résoudre, est alimenté par des croyances désuètes présentes dans la société libyenne. Les Libyens refusent de faire des travaux qu’ils considèrent comme « sales ». En 1987, les Libyens étudiants du département d’anglais qui nous accompagnaient en parlaient ouvertement. Les jeunes Libyens qui terminent leurs études refusent des emplois de bas de gamme aux tâches subalternes. Ils s’attendent à obtenir immédiatement un bon poste avec un bon salaire, un bon appartement et une voiture neuve.

                  Le gouvernement a été obligé de faire venir des centaines de milliers de travailleurs immigrés pour faire « le travail sale » que les Libyens refusent de faire, d’abord depuis l’Afrique subsaharienne et plus tard depuis l’Asie.

                  Le résultat est que des milliers de jeunes Libyens sont sans emploi et vivent aux crochets de leurs familles. Cette existence parasitaire a généré de nombreux problèmes sociaux graves. L’alcool, interdit en Libye, et la drogue constituent un problème en augmentation chez les jeunes.

                  Tous ces problèmes sociaux étaient arrivés à un stade critique lorsque la rue arabe a déclenché son soulèvement contre les élites soutenues par l’Occident, d’abord en Tunisie, voisin de la Libye, ensuite en Egypte.

                  Lorsque les premières manifestations de jeunes mécontents se sont déroulées à Benghazi, la coalition informelle de groupes terroristes et de gangs de trafiquants ont immédiatement profité de la situation pour attaquer les prisons de haute sécurité à l’extérieur de Benghazi où leurs camarades étaient enfermés. Après la libération de leurs chefs, la rébellion a attaqué les postes de police et les bâtiments officiels, et les habitants de la ville se sont réveillés avec la vision de cadavres de policiers pendus aux ponts qui enjambent les autoroutes.

                  Le gouvernement libyen dirigé par le Colonel Kadhafi a toujours pris soin de ne pas laisser se développer une armée professionnelle et puissante, et préférait compter sur un système de « comités révolutionnaires » pour diriger les communautés locales et s’occuper des questions de sécurité dans le pays.

                  Ces « comités révolutionnaires » n’ont jamais vraiment connu l’épreuve du feu et ont été lents à réagir devant une rébellion qui s’étendait rapidement. Le gouvernement libyen a finalement réussi à s’organiser et a lancé une offensive contre la rébellion. Les rebelles, pour la plupart des jeunes sans formation militaire et des milices vaguement encadrées, ont été chassés des territoires fraichement conquis et il est devenu évident que la rébellion allait échouer. De hauts officiers des services de renseignement US l’ont publiquement admis. A présent, il est largement reconnu, du moins dans le monde arabe et africain, que la majorité des Libyens soutiennent le gouvernement dirigé par le Colonel Kadhafi et que la rébellion n’est soutenue que par une minorité de la population. La fin de la rébellion semblait inéluctable.

                  Alors que le forces militaires du gouvernement se trouvaient dans les banlieues de Benghazi et que le sort de la rébellion semblait scellé, il a été décidé aux Etats-Unis, et chez ses hommes de main à Londres et à Paris, d’attaquer la Libye pour renverser le gouvernement.

                  La Libye est un pays riche en pétrole, proche de l’Europe, avec les plus grandes réserves de pétrole confirmées de tout le continent africain. Avec de tels enjeux, la décision fut prise de lancer une attaque contre la Libye. En fait, il faudrait dire « de lancer un massacre » parce qu’il n’existe pas à ce jour de défense efficace contre les missiles de croisière et le bombardement de haute altitude, surtout la nuit, et tant pis pour les victimes civiles.

                  Après leurs attaques et invasions de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Somalie, peu de gens dans le monde croient à la version occidentale d’une attaque contre la Libye pour protéger des civils. Les Etats-Unis et leurs alliés européens jouent à un jeu extrêmement dangereux en attaquant la Libye aujourd’hui. Alors que les pays arabes courent le risque de connaître de véritables situations révolutionnaires, c’est-à-dire des révoltes armées contres les élites soutenues par l’Occident, l’attaque contre la Libye pourrait devenir l’étincelle que l’Occident tentait désespérément justement d’éviter.

                  Il est impossible de prévoir les conséquences des attaques de l’Occident contre la Libye. Assisterons-nous à un nouveau Kosovo ou à une victoire du gouvernement libyen dirigé par Kadhafi ?

                  La seule chose qui est sûre, c’est que le peuple libyen paiera cher pour garder son pays, un prix qui sera inévitablement payé en sang.

                  Je suis déjà en train de préparer ma prochaine visite en Libye, prévue à la même époque pour l’année prochaine, peut-être avec la deuxième délégation US pour la paix en Libye. Dieu sait combien de fleurs il faudra déposer sur les tombes des enfants libyens tués par le dernier massacre commis par les Etats-Unis et leurs partenaires européens

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Boris Rannou

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