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Accueil du site > Actualités > International > Pragmatisme économique aux commandes pour l’ours russe

Pragmatisme économique aux commandes pour l’ours russe

Si la Russie attire depuis peu l’attention complaisante des amateurs du beau jeu footballistique, en revanche sa politique économique laisse bon nombre d’observateurs occidentaux dubitatifs, voire réfractaires. Pour expliquer l’excellente forme de ce pays, il est notamment de coutume d’évoquer un peu trop hâtivement le rôle premier des ressources énergétiques. Comme toutes les réponses simples à des phénomènes complexes, la réalité est tout autre.

Le miroir aux alouettes des ressources énergétiques

C’est la facilité ainsi que le risque de se borner à expliquer les bonnes performances de l’économie russe uniquement par le prisme de l’extraction puis exportation des matières premières. Les 8,1 % de croissance du PIB de 2007 comme les autres bons résultats des années précédentes [1] s’expliquent aussi par une meilleure approche économique de l’économie de marché.

Sans quoi comment pourrait-on faire fi de la croissance de la production industrielle de ces dernières années, et culminant à 6,9 % rien qu’au premier semestre 2008 ? Il ne faut pas non plus négliger l’attrait des sociétés étrangères pour le développement industriel local [2]. Sans omettre l’appoint des ressources de richissimes hommes d’affaires russes, et à ce titre M. Denissov, vice-ministre des Affaires étrangères a rappelé opportunément que le gouvernement comprend parfaitement le désir des hommes d’affaires russes de renforcer leur présence dans le monde, toutefois le meilleur moyen d’y parvenir n’est pas d’investir dans les yachts, les hôtels particuliers ou les clubs de football, mais dans les unités de production, l’industrie de transformation ou l’infrastructure de transport [3].

Le message est on ne peut plus clair à l’égard des oligarques encore réticents à réinvestir leurs fonds en Russie…

Si cette embellie corroborée dans le temps n’élude aucunement la part très importante des matières premières dans le commerce (ces dernières totalisant près des 2/3 des exportations), elle ne saurait lénifier la part du commerce des biens manufacturés par son volume (près de 18 milliards de dollars à l’export en 2006).

Les quatre I

Conscient néanmoins de cette insuffisance dès la fin des années 90, les dirigeants nationaux, Vladimir Poutine en tête, eurent très tôt la volonté d’imposer une politique économique prenant le contre-pied de la période de libéralisation effrénée de l’ère Eltsine (pilotée par Egor Gaïdar et Anatoli Tchoubaïs). Ce volontarisme étatique fut axé sur une première nécessité : rendre à l’Etat les capacités d’œuvrer efficacement en matière économique et financière.

Il convient de préciser que sous Eltsine, les oligarques se partageaient le gâteau des ressources du pays après avoir obtenu des secteurs entiers de l’économie nationale de feu l’Union soviétique pour une somme quasi symbolique.

Une fois les oligarques mis au pas ou forcés d’émigrer, le pouvoir russe s’attela dès lors à un autre défi : faire rentrer l’argent dans les caisses de l’Etat. Pour cela, le président plaça des hommes de confiance dans les secteurs stratégiques à dessein de s’assurer du bon acheminement des ordres du Kremlin et d’une moindre fuite de la manne des ressources énergétiques [4]. De plus, il facilita particulièrement les rentrées d’impôts en jouant à la fois sur des contrôles fiscaux plus efficients et des mesures d’ordre incitatives (taux unique d’imposition pour les personnes physiques à hauteur de 13 % et pour les personnes morales de 24 %).

Bien que cet encadrement de l’économie par l’Etat n’eut guère bonne presse chez les libéraux, les résultats furent incontestables et ne se sont pas démentis jusqu’à présent. Notons avec intérêt que ce redressement spectaculaire de la Russie au niveau économique s’accompagna de l’émergence d’une classe moyenne désireuse de défendre les réformes entreprises sous la présidence de Vladimir Poutine.

Dimitri Medvedev ne semble aucunement remettre en cause cette politique économique. Mieux, il a martelé dans son programme les quatre I à respecter pour conférer à la Russie une croissance continue et solide, la moins dépendante possible des fluctuations des cours des matières premières ces prochaines années.

Quatre I signifiant Institution, Innovation, Infrastructure, Investissement.

Un vaste programme que le nouveau président compte bien mettre en œuvre à moyen terme. En juriste avisé qu’il est, il s’est aussi particulièrement penché sur la question du nihilisme juridique ralentissant les possibilités exponentielles du pays, sachant pertinemment qu’une législation inexistante ou sujette à de multiples interprétations n’est aucunement un gage d’attrait pour le développement du commerce ou la venue d’investisseurs étrangers [5]. Quant aux PME locales, il est porté sur elles un intérêt croissant du fait de leur faible maillage et par conséquent de leur fragilité à profiter sur la durée de la croissance continue du pays.

Signalons en outre que les excédents budgétaires de ces dernières années ont permis la constitution d’un fonds souverain inquiétant de plus en plus les économies occidentales (à l’exception de la Norvège disposant de son propre fonds, le deuxième au monde selon les chiffres fournis par la Banque de Norvège). Ainsi que des sociétés de capital-risque vivifiant des secteurs de pointe, comme les NTIC avec RVK-Invest ou dans les nanotechnologies avec Rosnanotekh.

Une économie en surchauffe

C’est German Gref qui s’est alerté du risque inhérent à ces années de croissance ininterrompue : l’ancien ministre du Commerce et de l’Economie de 2000 à 2007 estimant que l’inflation actuelle découlait pour une bonne part de cette surchauffe. A cette inquiétude s’est jointe récemment l’avis pessimiste de la Banque mondiale lors du Forum économique international à Saint-Pétersbourg [6].

Pour juste en partie que soient ces avertissements, il est aussi impératif de bien considérer leur provenance, car quand bien même les causes seraient correctement identifiées, les remèdes proposés dans la foulée découlent d’une pensée soumise à partialité. C’est en effet une doxa toute libérale qui est à l’œuvre pour infléchir la politique actuelle du Kremlin. Or, si les autorités savent très bien que la soviétisation de l’économie a été un échec patent, elles savent tout aussi bien, de par le passé très récent, que la libéralisation dogmatique est tout aussi vouée à l’échec. Le pragmatisme a par conséquent imposé un patriotisme économique modéré, autorisant certes les étrangers à investir et soutenir la croissance économique, tout en modernisant les infrastructures dans le même temps, mais aussi à ne pas laisser choir les fleurons de l’industrie nationale, ni se priver des outils financiers permettant de se prémunir ou d’amoindrir toute crise semblable à celle de 1998 [7].

En définitive, si la surchauffe est reconnue, elle ne devrait pas pour autant aboutir à un changement abrupt de la politique économique suivie depuis quelques années. Surtout en période de soubresauts économiques mondiaux où toute levée de barrière protectrice serait un danger pour l’effort consenti dans la réindustrialisation, et l’innovation dans les secteurs technologique de pointe [8]. En outre, l’option macroéconomique suivie est de nature à amoindrir singulièrement le rôle des matières premières les années futures : un dossier suivi prioritairement par le pouvoir garant d’une croissance dynamique pérenne.

Comme il était évoqué un peu plus haut, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a vu plusieurs personnalités de haut rang russes et étrangères se succéder à la tribune afin d’évoquer la santé de l’économie mondiale. Cependant, de représentants Français d’importance, nulle trace dans les travées... Voilà qui est regrettable et regretté, comme s’en sont ouverts à très juste titre certains participants. D’autant plus dommageable en effet que c’était une occasion opportune de négocier de juteux contrats : le volume de ceux-ci ayant été estimé à hauteur de 14,6 milliards de dollars selon des chiffres récurrents. Difficile de s’étonner ensuite que la France n’eusse été que le 9e fournisseur de la Russie en 2007…

[1] Excepté l’année 2002 qui ne vit qu’un modeste 4,2 % de croissance.

[2] L’exemple très récent du Sukhoï SuperJet 100 est emblématique du renouveau industriel russe dans le domaine de l’aviation civile internationale, avec la participation ciblée au projet de partenaires occidentaux tels que l’Américain Boeing ou le Français SNECMA.

[3] Source : RIA Novosti, propos communiqués lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg.

[4] Gazprom, Rosneft ou encore RAO EES ont été les principales sociétés reprises en main dans le domaine énergétique.

[5] Le président russe visant tout particulièrement les difficultés qu’ont certaines PME étrangères à s’installer en Russie, confrontées rapidement à des demandes d’autorisation et de certification tous azimuts. La jungle législative à ce sujet n’étant garante d’aucune sécurité, et constitue de fait un chantier prioritaire pour Dimitri Medvedev et son gouvernement.

[6] S’étant tenu du 6 au 8 juin de cette année.

[7] Article de Wikipédia sur le sujet.

[8] Nouvelle loi adoptée par les chambres parlementaires russes le 16 avril 2008 restreignant l’entrée des investisseurs étrangers au sein de sociétés russes présentant un caractère stratégique pour les autorités.


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12 réactions à cet article    


  • manusan 25 juin 2008 10:40

    article intéressant, difficile en effet de savoir ce qui se passe réellement en Russie (ou Inde, Chine, Brésil ...) tant qu’on y a pas mis les pieds.

    un sondage sur la classe moyenne russe (pour moi qui réside en Chine il est représentatif des classes moyennes des pays en voies de développement) :

    http://www.lefigaro.fr/international/2008/06/23/01003-20080623ARTFIG00358-la-classe-moyenne-russe-a-peur-de-l-avenir.php

    un aspect inquiétant à mon sens sont les fonds souverains de pays émergeant. Pas dans le sens que donnent les média occidentaux (pouvoir de nuisance) tout au contraire, je me pose la question pourquoi des Etats de pays qui se développent aussi rapidement comme la Chine ou la Russie (puisqu’il est question d’eux) n’utilisent pas cette masse d’argent pour développer les forces internes de leur pays en construisant université, école, hopitaux ect ....  ? bref préparer l’avenir comme l’avait fait l’Europe, les US et le Japon avant eux.

    La réponse est contenu dans le sondage plus haut, ni la classe moyenne (donc les citoyens les plus "modernes") et ni les gouvernements (en plaçant leurs réserves ailleurs que chez eux) ont confiance en l’avenir de leur pays (au mieux c’est juste bon pour la propagande de dire qu’on sera number one dans 50 ans). Pire, la classe moyenne de ces pays espère voir leurs enfants immigrer.

    Les maux des pays riches rattrapent les pays en voies de développement sans que les sociétés n’ait eu le temps de se réformer en fonction, on soigne les symptômes (par des arrestations) pas la maladie.

    On peux s’inquiéter de voir la Russie, devenir petit à petit une république coorporative, une gazpromcratie. Les russes remercieront Poutine d’avoir mis de l’ordre, pour l’avenir, ce pays ne se développera pas sans le développement de PME et d’une société civile intégre.


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 25 juin 2008 14:50

      Bonjour et merci pour votre réaction,

      Concernant la question des fonds souverains, je puis apporter la réponse à votre interrogation. Le pouvoir Russe a récemment divisé en deux son principal fonds souverain (fonds de stabilisation de la Fédération de Russie), donnant naissance par conséquent en 2008 à deux nouveaux fonds -> le fonds de réserve et le fonds de richesse nationale. Le deuxième étant le plus important puisqu’il est destiné à soutenir les efforts de modernisation d’infrastructures du pays et de mettre à disposition des gouvernants une manne conséquente pour leur politique de chantiers nationaux (comme la santé ou le relèvement démographique).

      Pour l’article du Figaro dont vous me parlez, j’en ai pris connaissance lors de sa sortie. A vrai dire je ne pense pas pouvoir dire que la classe moyenne Française soit plus heureuse que la Russe, craignant notamment son déclassement et fustigeant l’arrêt de l’ascenseur social, sans compter qu’elle est désormais tenue à l’écart des grandes décisions politiques. Pour en revenir plus concrètement de la classe moyenne Russe, cette dernière a tout intérêt à supporter les réformes en vigueur puisqu’elle en sera la première bénéficiaire, alors qu’elle fut la grande perdante de la période de libéralisation sous Eltsine et de la crise de 1998 (à titre personnel j’ai assisté personnellement à la détresse de citoyens Russes ayant perdu toutes leurs économies à la suite de la dévaluation brutale du rouble).

      Cordialement


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 25 juin 2008 16:10

      Bonjour Léon et merci de votre visite !

      Semblerait-il effectivement vous avez fort judicieusement évalué le temps nécessaire au retour de la Russie sur la scène mondiale et particulièrement dans le secteur économique 

      Et pour le reste, il est tout à fait vrai que l’une des richesses les plus appréciables de la Russie est principalement humaine. Je ne parle pas que de l’hospitalité et de la bonté des autochtones mais aussi du fait que c’est un pays où les diplômés sont légion et n’ont que peu à rougir à l’égard de leurs vis-à-vis occidentaux...

      Cordialement


    • manusan 25 juin 2008 16:12

      Léon, je ne suis pas aller en Russie, mais il est évident que le développement de ce pays se fera avec des bases complétement différentes et plus solide que celle de la Chine, c’est à dire une main d’oeuvre bon marché.

      point positif : bon niveau de formation industrielle, héritage des industries de l’ère soviétique (aéronautique ...), retour des ingénieurs partis au US, réserves de matières premières.

      point négatif : compétence dans le domaine commerciale et politique. l’envie d’entreprenariat aprés 80 ans de gestion à la communisme.

      c’est l’impression que ça donne de l’extérieur, corrigez moi si je me trompe.

      Les européens ont à mon sens une carte à jouer en se tournant vers ce pays prometteur (au grand dam des US surement), à condition qu’une société civile se développe. Pour un pays à culture 2/3 européenne (population), je pense celà possible, en commençant pourquoi pas, par une zone de libre échange du coté est-europe comme l’a proposé la Pologne, afin de rendre les économies interdépendante, sans pour autant tomber dans les excés du néo-libéralisme.

       


    • Le péripate Le péripate 25 juin 2008 17:41

      Qualifier l’économie maffieuse de hard-libéralisme paraît à priori une idée forte et séduisante, mais qui, à mon avis, ne résiste pas l’analyse. Pour parler de hard-libéralisme (ça sonne comme hard-sex !!!), il faudrait l’absence totale de l’Etat, si je comprends bien ce que vous avez en tête. Or, les maffias sont des entreprises de corruption de .... devinez quoi... l’Etat. C’est à dire qu’il n’existe pas de mafia sans Etat ! Pas de mafias sans privilèges extorqués à l’Etat. Pas de mafias sans appuis à l’intérieur de l’Etat.

      Je dirais donc plutôt que l’économie maffieuse est un hard-étatisme.


    • Le péripate Le péripate 25 juin 2008 21:54

      Bon, je reconnais que je connais mal la situation russe. Mais, alors, c’est le terme mafia est mal choisi, car la collusion, en Italie, entre le pouvoir mafieux, l’Etat, et la Démocratie Chrétienne, a été un modèle pour toutes les organisations criminelles.


    • Martin sur AgoraVox Martin sur AgoraVox 29 juin 2008 13:37

      Dans un commentaire ci-dessus on peut lire concernant la Fédération de Russie : « Pour un pays à culture 2/3 européenne (population),….. ».

      Permettez-moi d’apporter une correction.

      La Fédération de Russie compte actuellement environ 145 millions d’habitants dont 75 % vivent à l’ouest de l’ Oural sur le continent européen.

      La Fédération de Russie est un vaste pays multiethnique, multilingue, multiculturel et multiconfessionnel, composé de plus de 176 nationalités et groupes ethniques.
      Du côté des minorités (appelées « nationalités »), les plus importantes sont les Tatars (3,8 %), peuple d’origine turco-mongole, les Ukrainiens (3 %), les Tchouvaches (1,2 %), les Bachkirs (0,9 %). Parmi les autres minorités, figurent les Biélorusses, les Allemands, les Juifs, les Bouriates, les Ingouches, les Kalmouks, les Tchouktches (nord-est de la Sibérie) ou encore les Iakoutes. On peut visualiser une carte des nationalités en cliquant ICI.

      Dans leur ensemble, toutes les minorités (non russophones) constituent environ 20 % de la population de la Fédération.

      Pour en savoir plus vous pouvez consulter le lien suivant en langue Française :

      http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/russie-2demo.htm

      Les chiffres des statistiques ethniques rappelés ci-dessus montrent donc que la population européenne (à culture européenne et d’origine raciale européenne) constitue environ les 4/5 des 145 millions d’habitants qui ont le passeport de la Fédération de Russie.

      Car ces statistiques ethniques, recueilles lors des recensements officiels, existent en Russie.

      Si les statistiques ethniques existaient en France, on pourrait peut-être dire avec certitude est-ce qu’actuellement la France est encore et pour quelques années « un pays à culture 2/3 européenne (population) … ».
       


    • chmoll chmoll 25 juin 2008 12:30

      parait qu’en russie y a un état dans l’état (la mafia),si j’ajoute que tout est muselé,ben ça d’mande a refléchir en 2 fois , à des industriels s’installer là bas

      pourtant beaucoup s’installe ou délocalise dans les pays de l’est,mais rar’ment en russie,voir là p’t’ètre une cause à effet


      • Yannick Harrel Yannick Harrel 25 juin 2008 14:59

        Bonjour,

        Disons qu’investir dans le pays est possible, mais il faut en connaître les rouages et communiquer avec les bons interlocuteurs.

        Ceci étant, la corruption est prise très au sérieuse par les autorités car ces dernières ont compris que si la Russie voulait évoluer vers une économie solide et durable, il fallait juguler au maximum ce phénomène de parasitisme économique. Tant Vladimir Poutine que Dimitri Medvedev ont été très clairs à ce sujet et n’ont pas caché que le problème existait, ni leur volonté de lutter contre.

        Pour le reste, je puis vous dire que de l’investissement étranger il y en a. Allemands et Italiens en tête pour ne parler que de l’Union Européenne.

        Cordialement


      • fonzibrain fonzibrain 25 juin 2008 12:40

        la russie et plus presicément l’extrème orient russe,graçe au devellopement fulgurant du nouveau centre du monde la chine,va ,en tant que périphérie se develloper tout autant.

         

        en plus avec les fond étatique,

        Quasi inexistants il y a encore quelques années, ces fonds étatiques sont aujourd’hui au cœur du système financier international. Selon Global Insight, 93% des investissements de ces fonds ont ainsi été dirigés vers le secteur financier occidental en 2007. Plus récemment encore, ils se sont portés au secours d’établissements bancaires américains et européens malmenés par la crise des crédits hypothécaires à risque (« subprimes »). Depuis novembre 2007, ils ont injecté plus de 40 milliards de dollars.

        Le CIC, propriété des dirigeants communistes chinois, a ainsi renfloué à hauteur de 5 milliards de dollars les comptes de la banque Morgan Stanley. Le fonds du gouvernement de Singapour est également entré au capital du numéro un mondial Citigroup, a renfloué la banque suisse UBS et apporté 5 milliards de dollars dans les caisses de l’institution financière Merrill Lynch. Aujourd’hui, le fond koweïtien Kuwait Investment Authority (KIA) qui détient 213 milliards de dollars, s’intéresse au secteur des services financiers et de l’immobilier aux Etats-Unis et en Europe. Les fonds souverains ont également investi massivement dans des entreprises. Au total, ils ont représenté 35% des fusions-acquisitions mondiales en 2007. Dernier exemple en date, le fonds chinois CIC est entré en avril dernier au capital du groupe pétrolier français Total.

         

        bref des états au secour du capitalisme

        reaggan et tachter n’aurai,je pense,jamais imaginer que c’est la chine communiste et la russie qui sauverai la finance occidentale


        • wesson wesson 25 juin 2008 12:40

          Bonjour l’auteur et merci pour cet article qui a su faire fi de la doxa européenne et américaine ultralibérale qui n’a effectivement pas vu d’un bon oeil le retour de l’état en Russie.

          En ce qui concerne l’avenir de ce grand pays, je me ferai pas trop de soucis. Au niveau des ressources, depuis le début de l’année la Russie est le plus gros producteur de pétrole du monde, devant l’arabie saoudite. Dans le monde, on assiste à l’instabilité croissante des pays producteurs de pétrole. L’Irak, l’Iran, mais pas seulement. L’arabie saoudite, le nigéria, l’algérie, l’angola, autant de pays à dirigeants pro-américains qui sombrent peu à peu dans l’instabilité politique.

          Pour ce qui est de la puissance économique, ce qui est le plus à craindre dans les prochains mois est un effondrement de l’économie américaine - il suffit de voir en cela les gesticulations désespérées de Ben Bernanke pour dire "je vais monter les taux" sans le faire... Les pays les plus touchés par cette perspective sont ceux qui détiennent massivement du dollar. Au premier rang desquel se trouvent le japon, la chine, l’angleterre et les producteurs de pétroles pro américains. La russie ne détenant que peu de dollar (à quoi cela lui servirai ?), elle ne serait que très peu touché par un effondrement américain.

          Au niveau de la puissance militaire, tout va bien. Ce n’est plus elle qui livre une guerre ruineuse et inutile en Afghanistan (c’est nous avec nos copains américains). La russie d’aujourd’hui est en paix avec le monde entier et possède encore du bon matériel. Les tensions sont vives avec certains pays de l’ex URSS qui dès leur indépendance se sont rangé du coté des EU, l’occasion de tester quelques missiles.

          Politiquement, ça va pas trop mal non plus. L’Europe en général et la France en particulier snobe la Russie, mais depuis tellement longtemps que ça ne change rien. Par contre, la Chine qui n’aimerai pas se compter parmi les premiers cocus d’un effondrement du dollar lorgne de plus en plus sur la Russie et ses formidables ressources. Il se pourrait que, les JO passés, Pékin annonce des mesures qui ne plaisent pas vraiment aux EU.

           

          Tout ce que l’on peut dire, c’est que les fondamentaux de ce pays sont in fine excellent et que ça se voit. Le régime a beau être autoritaire, il est objectivement très populaire et sa population a obtenu objectivement des retombées de sa bonne performance économique. La foi en l’avenir de la population, c’est ce petit rien qui manque à tant de pays ...

          La Russie a choisi la voie d’un état fort, d’une consommation intérieure et de renouvellement d’équipement et d’infrastructure. Et en ce moment ou les conséquences de l’ultralibéralisme deviennent ingérables, ça doit effectivement en emmerder quelques uns, des tenants du "consensus de chicago".

           

           


          • Alexandre Latsa Alexandre Latsa 29 juin 2008 12:20

            Bonjour Yannick,

            Excellent article comme à l’accoutumée, tout est dit, c’est clair et logique.

            Rien à redire quand à la France encore une fois à la traine ...

            Vivement que cela change ;)

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