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Présidentielle américaine, après le grand spectacle de la « com », une mutation « normale » de la présidence

Après le premier débat qui l’opposait à son concurrent Républicain Mitt Romney, le président Obama semblait à la recherche d’un nouveau slogan de campagne, voire, d’un second souffle. Ainsi, devant environ 2.000 partisans en Virginie et 9.000 en Ohio il s’exclamait dans un soulagement visible "nous allons à nouveau de l'avant". Les observateurs les plus attentifs s’interrogeaient alors sur le « à nouveau », renvoyant possiblement à l’échec médiatique essuyé face à Mitt Romney, ou alors, une tentative de se réinscrire laborieusement dans la lignée du fameux « Yes we can » ayant fait la trame de sa victoire passée. Même si le regard des français reste majoritairement animé par « l’Obamania » d’antan, l’Amérique profonde s’interroge beaucoup plus qu’il n’y parait s’agissant du « rêve Obama », lequel n’est pas sans contredire aujourd’hui le supposé « rêve Américain ». Tout un cycle politique semble pareillement prendre fin. En Amérique aussi, l’aspiration à une présidence plus « normale », plus sérieuse et moins « spectaculaire », n’est pas sans se manifester. Au niveau de Obama, il n’est plus sûr que « the show must go on ». Bien sûr, voir un milliardaire comme Mitt Romney prolonger quelque peu notre concept de présidence plus normale porte à sourire. Le spectacle en politique, rideau ?

 A contrario de l’espoir qu’il éveilla pour tout ce qui tendait premièrement à faire aimer à nouveau l’Amérique, largement déconsidérée sous Bush fils, Obama aurait en partie échoué. Certes, lors des voyages présidentiels, Obama n’a plus à essuyer la même détestation. Mais, les drapeaux américains régulièrement brûlés en public envahissent toujours les journaux télévisés des Etats-Unis, en premier lieu dans bon nombre de pays ayant été inscrits dans le fameux Printemps Arabe, mais aussi, en Amérique Latine. Ainsi, le peuple américain éprouve une double désillusion, les Etats-Unis apparaissent affaiblis comparativement au règne de Bush et même de Clinton, et pas forcément beaucoup plus appréciés sur toute la planète. Par exemple, le président Obama devait faire des miracles en droit de l’Homme et restituer une certaine virginité « morale » à Guantanamo, il n’en est rien, ou si peu. En Politique étrangère, Obama aurait marqué par un amateurisme certain. Hélas pour lui, le peuple américain s’était habitué depuis le père Bush à veiller plus encore à son image sur la scène internationale. Sans être détestée, l’Amérique de Obama a perdu peu à peu de sa superbe, apparaissant comme un pays qui se retire en catimini de tous les champs de bataille. Le cow boy range son arme dépassée, dans une indifférence certaine.

 Et si Obama incarnait d’abord un rejet appelé à s’étendre jusque l’Europe, y compris chez nous, celui de la politique de l’incantation et du spectacle. Durant le premier débat Mitt Rumney n’aura pas été sans incarner à sa façon un possible « président normal », inscrit prioritairement dans un principe de réalité, s’opposant à une vedette politique soudainement décalée face au vécu concret de l’Amérique profonde. Obama semblait être à nu sans l’habillage du stars système qui l’entoure habituellement.

 Si tous ces derniers mois Obama n’aura pas rechigné à danser régulièrement sur des plateaux de télévision, Mitt Romney aurait d’abord su imposer un retour sur terre par sa campagne. Entrer dans la valse du réel exigeait alors un effort sur humain pour le président en titre. Romney parlait simple, et vrai, pour le moins, dans les apparences. La Politique, c’est sérieux, surtout durant une telle crise économique, sociale, civilisationnelle. Obama aurait échoué dans sa communication, laquelle était le creuset même de sa première élection.

 Chacun sachant ici comme là bas la fiabilité bien relative des sondages en temps de campagne électorale, il n’est pas acquis que le camp démocrate puisse miser sur une supposée bonne nouvelle portant sur les chiffres du chômage, lesquels ne représentent qu’une évolution somme toute assez, minimale.

 Le taux de chômage officiel aux Etats-Unis s’élevait donc à 5% début 2008, avant de doubler en moins de deux ans suite à la récession s’échelonnant de 2007 à 2009, et se traduisant surtout par la perte de 12 millions d'emplois. Les chiffres publiés juste après le premier débat entre Obama et Romney indiquent que les créations nettes d'emploi dans le pays ont baissées de 20% par rapport à août dernier. Tel est le chiffre qui frappe le plus dans la psychologique volontariste américaine. Le chômage serait subitement passé sous la barre des 8% en septembre ?

 En déplacement dans l'ouest de la Virginie, en pleine région du charbon, Romney soulignait rapidement que le chômage aurait très légèrement baissé "principalement parce que de plus en plus de gens ont arrêté de chercher du travail". Il précisait "On dirait que le chômage s'améliore, mais la réalité est que si autant de gens appartenaient à la population active que lorsque le président a été élu, le taux de chômage se situerait autour de 11%".

 Au-delà du chômage, de la dette accrue comme jamais auparavant pour se porter à plus de 16000 milliards de dollars, Obama aurait aussi lamentablement échoué au niveau plus social.

 La classe moyenne connaît en effet une situation désastreuse. Les observateurs attirent souvent l’attention sur le cas emblématique de la Floride voyant des masses de citoyens finir SDF après avoir souvent été des patrons de petites entreprises à succès. Plus grave et révélateur encore, le nombre de citoyens « vivant » grâce à des bons alimentaires est passé de 30 millions à plus de 47. Le fameux « Obama care », ce nouveau système de santé présenté comme extraordinaire, aura premièrement coûté plus de 800 milliards de dollars, hélas cette « greffe » relevant en partie d’effets d’annonce ne prend pas, d’abord pour ne pas correspondre à la « culture » de l’Amérique profonde. Autant le dire, cette mesure incarne le décalage d’Obama déjà évoqué, représentatif de cette « politique de com » marquant toute « l’œuvre » d’Obama. Cette réforme largement inspirée de modèles européens était sympathique dans l’habillage électoraliste, elle aurait échouée sans tarder au seuil de la réalité. Oui, la politique à la sauce « Yes we can » serait tombée malade, et tombée bien bas. L’image aura été trop belle, et juste efficiente pour aller danser sur des plateaux de télévision.

Il semble qu’en cela Obama incarne le premier volet des stratégies et remèdes appliqués à la crise sans précédent que nous traversons. Le volontarisme de l’incantation se limitant précisément à de jolies paroles, toujours subtilement mises en scène, ici comme là bas, cette recette n’aurait plus à être au menu. Rideau ?

 

Si l’Allemagne incarne une exception dans le concert des nations européennes, voire, occidentales, ce n’est que pour avoir précisément refusé de succomber à la facilité de cet étrange mélange de « com » et de « divertissement » associé à un supposé futur levier de croissance, restant théorique pour l’essentiel. Pour faire bref, ce genre de gouvernance en passe disparaître consiste à remettre les efforts à plus tard, continuant d’augmenter les dépenses tout en disant le contraire, et misant de façon quasi magique sur un inconscient collectif porteur par nature d’un regain d’optimisme, lequel entraînerait la croissance bénite jusqu’à rejoindre le paradis sociétal. Oui, la phrase est longue, et trop belle pour être vraie, comme la stratégie de « com » qu’elle décrit. Yes we can ? Et non, la parole ne suffit pas en politique.

 La victoire de Mitt Romney essayant d’incarner, bien que milliardaire, un « président normal » et gestionnaire en bon père de famille, n’est pas acquise. Pour peu qu’il soit réélu comme on rediffuse la copie d’un vieux film superbe, Obama sera néanmoins « condamné » à un second mandat très éloigné du showbiz, appelant à l’effort et à l’audace participant du vrai « rêve américain ».

 Finalement, rien n’est impossible à un « président normal » en temps de crise, d’abord pour la responsabilité qu’il sait habilement restituer aux citoyens pour s’en décharger lui même, des citoyens qui se montreront de fait beaucoup plus coopératifs en tout. Le « Yes we can » aurait à devenir rapidement et enfin bien plus qu’un slogan, pour permettre des efforts sans précédent, la seule façon pour aller vraiment de l’avant.

 Le spectacle serait donc fini, et la politique de retour ? Quel que soit le vainqueur, la « com » ne suffira plus, le peuple en connaît toutes les ficelles. Et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Guillaume Boucard


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