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Présidentielles en Egypte : « Aujourd’hui, ma voix compte »

C’est une actualité dont on parle peu et qui pourtant, sera décisive pour le Moyen-Orient. Comme en France, l’Egypte est entrée dans la dernière ligne droite de sa présidentielle. Prévue pour juin, l’élection du futur Président égyptien est supervisée par l’armée qui assure l’intérim depuis la chute d’Hosni Moubarak. Mais entre les bavures et les manipulations, le peuple égyptien est de plus en plus sceptique quant à la transition démocratique.

Prévu pour les 23 et 24 mai, le premier tour se disputera entre cinq candidats. Hamdine Sabahi, héritier du Nassérisme, Hicham El-Bastawissi qui est le vice-président de la Cour de cassation, le penseur islamiste Mohamed Selim Al-Aoua, et les deux favoris : Abdel Fotouh ancien membre des Frères Musulmans et Amr Moussa qui fut ministre des Affaires Étrangères, secrétaire général de la Ligue Arabe et ambassadeur de l’Egypte aux Nations Unies.

Une situation sociale critique

Les lendemains de révolution sont difficiles et au Caire comme dans le reste du pays, le chômage a beaucoup augmenté tandis que la vie est devenue plus chère. Une économie au ralenti dans un climat d’insécurité constante malgré l’omniprésence de l’armée.

C’est ce que m’a confié Hassin, un Egyptien qui vit à Marseille depuis 25 ans et qui tient un snack sur la place Jean Jaurès : « C’est un peu le chaos, la situation est difficile et il n’y a pas de travail. Alors j’aide ma famille qui est au Caire, je lui envoie un peu d’argent quand je le peux. » Aujourd’hui, il considère la situation sociale pire qu’avant la chute d’Hosni Moubarak.

Une situation qui n’était pourtant déjà pas très bonne. Cherine, une Egypto-Syrienne de 30 ans mariée à un Français, m’explique qu’au début des années 2000, Hosni Moubarak a discrètement laissé son fils Gamal prendre les décisions pour préparer sa succession à la tête de l’Etat. A eux deux, ils ont mis de côté la politique sociale de l’Etat. « A ce moment-là, le peuple a commencé à bouillir. Dix ans après, la cocotte a explosé ».

Le jeu trouble de l’armée

Si l’armée égyptienne a fait le choix de ne pas écraser la révolte comme en Syrie et a précipité le renversement du régime, le peuple égyptien qui était enthousiaste est devenu méfiant. Les dirigeants, avec à leur tête le Général Tantawi, ont acquis une grande puissance sous l’ère Moubarak.

Khaled Shokair, ancien animateur radio et président de l’association France Egypte 2000, pense que l’armée veut profiter des élections pour conserver ses acquis et son pouvoir. A-t-elle la volonté de récupérer la révolution ? Il a un petit doute mais n’est pas inquiet car quoi qu’il arrive, dit-il, « le peuple ne se laissera pas faire. »

Cherine est plus inquiète. « Le Général Tantawi était un ami de Moubarak » rappelle-t-elle. « Car si l’armée a dit qu’elle laisserait le pouvoir après les élections, c’est pour ne plus être en première ligne face au peuple. Elle veut garder le pouvoir, mais dans l’ombre du prochain Président. »

Et pour illustrer sa pensée, Cherine me donne un exemple. « Lorsqu’il y a eu les manifestations des coptes suite à l’incendie d’une église, c’est l’armée qui est venue réprimer la foule. Un char a même foncé dedans et écrasé plusieurs personnes. Lorsque l’on a demandé des explications, on nous a dit qu’un fou avait volé le char et roulé sur les manifestants. Personne n’est dupe, cela a été filmé. » Des violences qui ont été mises sur le dos des conflits inter-religieux pour légitimer l’armée.

Les Frères Musulmans et les islamistes en embuscade

Autre composante importante de cette présidentielle : les islamistes et les Frères Musulmans. C’est pour eux l’occasion de prendre un pouvoir convoité depuis longtemps et une revanche sur la répression qu’ils ont subie depuis de nombreuses années.

Hassin, le gérant du snack de la place Jean Jaurès, ne craint pas pour l’unité nationale. Pour lui les extrémistes sont minoritaires et n’arriveront pas à imposer leurs idées. Khaled et Cherine partagent eux un avis différent. Les islamistes veulent s’accaparer la révolution alors qu’ils n’étaient pas à Tahrir le 25 et le 28 janvier (Grandes manifestations de la révolution).

« Lors des élections législatives, les plus pauvres se sont faits manipulés par les Frères Musulmans. En échange de riz et de lait, on leur disait qui voter », m’explique Cherine. Une situation que me confirme Hassin : « En Egypte, il y a 22 millions d’analphabètes, ils votent n’importe quoi et se font utiliser par les islamistes. »

Aujourd’hui, les candidats préférés des islamistes et des Frères Musulmans ont été retoqués par la commission électorale. Des candidats comme Khairat Al-Chater ou Hazem Saleh AbouI-smaïl dont les campagnes auraient été financées par l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Et l’annulation de ces candidats fait grincer des dents certains de leurs partisans. On accuse l’armée d’avoir poussé Omar Souleiman, ancien chef des services secret et vice-président de Moubarak, à se présenter pour ensuite, lui refuser sa candidature en même temps que celle des islamistes. Un subterfuge pour ne pas être accusée d’écarter uniquement les candidats des islamistes.

Une manœuvre que Cherine estime tout à fait probable. L’armée ne veut pas s’encombrer d’un président islamiste. Car, en plus d’avoir annoncé sa candidature tardivement, Omar Souleimane possède un passif qui ne le rendait pas vraiment populaire. « Tout le monde a été très surpris de le voir se présenter. Personne n’allait voter pour lui, c’est évident », analyse-t-elle.

Voter, une drôle de sensation

Que ce soit Hassin, Cherine ou Khaled, je leur ai demandé ce que cela leur faisait de pouvoir voter. « C’est une sensation étrange », m’a confié Khaled, « c’est la première fois de ma vie, cela fait plaisir. » Un plaisir que ne cache pas non plus Cherine car « aujourd’hui, ma voix compte », dit-elle avec les yeux qui brillent.

A Marseille, le consul est très actif pour mobiliser sa communauté. Et avec 3 000 familles égyptiennes qui habitent la cité phocéenne, il y a du travail. Pour y arriver, le consulat s’appuie sur le tissu associatif et distribue également des affiches dans les commerces tenus par les Egyptiens de Marseille.

J’ai demandé à Khaled s’il y avait à Marseille un favori parmi les cinq candidats. « Il y a débat, j’ai rencontré un jeune qui était pour Hazem Ismaïl (salafiste retoqué par la commission électorale), moi je suis pour Amr Moussa. Chacun a son avis ». Selon lui, il n’y a pas de consensus.

Et les avis divergent aussi en Egypte. Comme il me l’explique, « Le problème, c’est que le pays n’a pas encore la culture de la démocratie. Les Egyptiens ont du mal à discuter, à comprendre les désaccords et accepter des avis différents. » Cherine déplore qu’il n’y ait aucun débat de fond.

Hassin pense qu’aucun candidat ne sera à la hauteur. Pour lui, c’est au peuple de relever la tête. « Il faut arrêter d’aller à Tahrir, arrêter de manifester et travailler, travailler toujours plus. » Car, dit-il : « Il faudra encore 3 ou 4 ans pour retrouver la stabilité. »

Deux favoris et deux styles pour construire l’Egypte du futur

Ce qui ressort des discussions et ce que l’on peut lire dans la presse laisse à penser que le prochain Président sera soit Amr Moussa, soit Abdel Fotouh.

Khaled Shokair, l’ancien animateur radio, voit en Amr Moussa un homme reconnu sur la scène internationale et consensuel. Cherine, qui regrette l’abandon de Mohammed El Baradei (Prix Nobel de la Paix) estime qu’Amr Moussa serait le « moins pire » car il est intelligent et n’a pas des positions trop marquées.

Concernant le second favori, Abdel Fotouh, elle est en revanche plus circonspecte. « C’est le candidat officieux des Frères Musulmans » estime-t-elle. « Il a toujours été ambigu quant à ses relations avec le mouvement. » Un avis que ne partage pas du tout Khaled.

Celui que ses partisans surnomment « l’Erdogan égyptien » tirerait l’Egypte vers le modèle turc m’explique-t-il : « Il est large d’esprit et représente un islam modéré. » Mais quoiqu’il arrive, la route est longue selon lui. « Je ne m’attends pas à voir de grands changements avant deux mandats. Le premier, dit-il, servira à stabiliser politiquement l’Etat plus qu’à relancer la croissance de l’Egypte. »

Si l’optimisme est de rigueur à quelques semaines des élections, des inquiétudes demeurent. Cherine a peur de voir un islamiste au pouvoir. « Est-ce que l’on va devenir un deuxième Iran ? » demande-t-elle.

Khaled, lui, voit d’avantage une menace à l’extérieur du pays. « Les pressions exercées par les USA d’une part, et celles exercées par le Qatar et l’Arabie Saoudite d’autre part, vont compliquer ces élections. Chacun veut imposer un modèle qui lui convient mais il faut laisser le peuple égyptien faire son pays. »

Crédits photo : Wikimedia Commons – Guillaume Paumier / World Economic Forum

Damien Isoard

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1 réactions à cet article    


  • Reflexions 6 mai 2012 22:21

     

    Certains soutiennent qu’il y a un complot Americano-Sioniste....

    Je pense qu’ils se trompent.

    Si complot il y avait, ce serait un complot Américano-Islamiste concocté dans les années 20 ( entre les USA, la Grande Bretagne et les Frères Musulmans ) pour empécher la jonction Laïque Euro-Orientale.

    Jonction qui était en train de s’operer par la Laïcisation de plusieurs pays d’Orient : la Turquie, la Syrie, l’Irak, la Tunisie, l’Algérie ect ...ect

    Pour empecher la jonction entre l’Europe et l’Orient, il fallait « ré-islamiser » l’Orient.

    La création de l’Etat d’Israél a été utilisé comme un foyer de virulence qui a alimenté cette ré-islamisation de l’Orient.

    L’Etat d’Israél ne connaitra pas la Paix ; il n’a pas été concu pour cela ; il a été concu pour donner corps à la fracture artificielle Nord-Sud ( dont le mur qui coupe la Palestine est une symbolique ).

    S, au bout de 50 ou 60 ans, tous les pays d’Orient sont ré-islamisés, alors les USA lacheront les Sionistes......Ils seraient les dindons de la farce.

    Le foyer de virulence Sioniste ne servirait plus a rien : la misson des USA et des Frères Musulmans serait accomplie : les USA lacheront les Sionistes......

    ........................................................

    Si complot il y a , ce serait donc un complot Americano-Islamiste concocté dans les années 20 pour empécher la jonction Laïque Europe Orient

    .......................................................

     

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