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Accueil du site > Actualités > International > Qu’est-ce qui reste de Thomas Sankara ?

Qu’est-ce qui reste de Thomas Sankara ?

Qu’est-ce qui reste de Thomas Sankara ? L’homme a laissé à la postérité une œuvre qui ne semble pas exploitée.

Né le 21 décembre 1949 dans un pays alors appelé Haute-Volta (qui deviendra plus tard Burkina Faso “ patrie des hommes intègres ”). Ce nom en lui seul résume l’homme Thomas Sankara, qui pris le pouvoir du Burkina Faso du 4 août 1983 (suite à un coup d’Etat) à la tête du Conseil national de la révolution (Cnr) ; il préside aux destinés de ce pays et dirigea jusqu’au 15 octobre 1987. “ L’homme tranchait des autres présidents par sa simplicité et la rigueur imposée aux membres de son gouvernement. Il avait mis au garage les Limousines du parc automobile de l’Etat, imposant des Renault 5 comme voitures de fonction pour lui et ses ministres ”, selon divers témoignages. Très remonté contre la colonisation et les influences des Occidentaux qu’il jugeait néfastes, il était arrivé à tenir en horreur tous ce qui était exporté, les idées comme les produits manufacturés. C’est pour cela qu’il obligera les fonctionnaires à tronquer les costumes trois pièces venus d’ailleurs contre les tenues en cotonnade tissées localement. “ Consommons Burkinabé ”, ne cessait-il de répéter, en prêchant par l’exemple.

Action


On retiendra de lui, sur le plan politique de grandes actions : la campagne massive de vaccination des Burkinabés qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique, la construction considérable d’écoles et d’hôpitaux, la campagne de reboisement (plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel), grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, élévation des prix et suppression des impôts agricoles, institution de Tribunaux Populaires de la Révolution (Tpr), grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc.), aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous), et tant d’autres.


Idées


Dans ses discours, des formules rebelles revenaient sans cesse ; il était déterminé à en découdre avec les bourreaux de l’Afrique “ Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités. ” Dans la foulée, il déclare à la tribune de l’Oua (actuel Union africaine) à Addis-Abeba, il déclare à l’attention de ses pairs africains : “ Je dis que les Africains ne doivent pas payer la dette. Celui qui n’est pas d’accord peut sortir tout de suite, prendre son avion et aller à la Banque mondiale pour payer. ”


Il militait également pour l’émancipation de la femme : “ Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. ”


Principes et éthique


Sur les qualités extraordinaires de l’homme, Bruno Jaffre, un écrivain qui s’intéresse à sa biographie écrit : “ Thomas Sankara aurait pu se débarrasser de ses ennemis, il en avait les moyens... Peut-être aurait-il dû mieux se protéger ? Il ne pouvait en tout cas pas imaginer que son ami viendrait à être responsable de son assassinat. En tout cas, il ne voulait pas tomber dans le cycle sans fin des clarifications sur fond d’assassinat, sous prétexte d’étapes supérieures qui cachent souvent une simple lutte pour le pouvoir. Au contraire il a cherché à élargir la base de la révolution et s’est opposé à ceux qui portaient des exclusives. Il s’est battu politiquement, mais en face on a préféré l’éliminer physiquement, ce que nous pourrions interpréter comme un aveu de faiblesse. Thomas Sankara savait que s’il venait à employer ces méthodes, il aurait cessé d’être celui qu’on aimait, celui en qui on avait confiance, celui qui rassurait au moment des doutes par son intégrité et sa rigueur morale... ”


Héritage


Que reste-t-il de l’homme aujourd’hui ? La jeunesse continue de voir en lui une idole, et se demande pourquoi il a été assassiné si jeune, à 38 ans (le 15 octobre 1987.) Ses idées continuent à animer les débats et inspirer la littérature ; mais on observe sur le continent aucune mise en œuvre de sa vision. Les présidents africains se moquent de sa modestie et accumulent des richesses sur le dos de la population ; les produits locaux sont traités avec mépris par ces dirigeants dont les épouses prennent l’avion pour aller faire des emplettes... à l’étranger, notamment en Occident. Nos pays sont de plus en plus dépendants.
De l’homme Sankara, on ne connaît presque pas de biens matériels accumulés comme c’est la mode pour nos dirigeants. L’héritage de Sankara peut enfin se résumer en un rêve brisé.

Mais pas perdu.

 

Réflexion proposée par Daniel BANGUI : Member of the Swiss Society of Jurist, Member of the European Association of Lawyers, Member of the Swiss Peace Foundation.


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7 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 17 octobre 2007 11:54

    J’éprouve beaucoup de respect pour Thomas Sankara et son honnêteté qui confinait à l’ascetisme.

    Ainsi de l’unique voiture (une R5) qui fut un temps à disposition de tous les membres du gouvernement..

    A comparer au faste dans lequel vivent d’autres au milieu de population démunies de l’essentiel..

    gAZi bORAt


    • Gazi BORAT 17 octobre 2007 11:58

      J’éprouve beaucoup de respect pour Thomas Sankara et son honneteté qui confinait parfois à l’ascetisme.

      Ainsi, tandis que d’autres s’octroyaient un train de vie somptueux au milieu de population démunie de l’essentiel, le gouvernement burkinabé disposa un temps d’une seule voiture (une R5) à disposition de tous les membres du gouvernement..

      gAZi bORAt


      • Esteban Manchego Esteban Manchego 17 octobre 2007 16:24

        Bravo pour cet article et cette présentation de Thomas Sankara. Il mériterait de figurer au Panthéon des héros révolutionnaires au même titre (je dirais même davantage) que Che Guevara.

        La lecture des mémoires de Foccart est à son sujet très éclairante. Elle montre l’opposition de style entre Sankara le spartiate et Compaoré, le jouisseur amateur de belles voitures, de bonnes bouteilles et de jolies filles. Selon Foccart, la rivalité était telle que Sankara songeait lui-même à écarter (éliminer ?) Compaoré. Mais celui-ci a été le plus rapide.

        Il reste que l’esprit de Sankara est encore très présent dans le pays et se manifeste par un esprit d’entreprise très développé (par exemple, toutes les compagnies de car reliant Lomé à Ouaga ont été montées par des Burkinabés) et une intense vie culturelle (FESPACO, SIAO et j’en passe).


        • Gilles Roman 18 octobre 2007 11:14

          Très intéressant article. Thomas Sankara a représenté un espoir pour l’Afrique ; il croyait en une révolution des relations avec l’occident et s’était fait des ennemis dans tous les secteurs de la françafrique (en créant par exemple un Bureau de Suivi des ONG). Car ces associations toutes puissantes qui se déplacent en 4x4 ont plus de pouvoir que les politiques dans son pays. je me souviens d’un voyage au Mali où le jeune conducteur de bus (un burkinabé de 20 ans) était capable de citer l’ensemble de son discours à l’Onu... www.LYonenFrance.com


          • Gilles Roman 18 octobre 2007 20:31

            Voici un extrait de ce discours à l’ONU que je viens de retrouver sur Afrik.com

            Nous réclamons :

            Que s’intensifie à travers le monde la campagne pour la libération de Nelson Mandela et sa présence effective à la prochaine Assemblée générale de l’ONU comme une victoire de fierté collective.

            Que soit créé en souvenir de nos souffrances et au titre de pardon collectif un Prix international de l’Humanité réconciliée, décerné à tous ceux qui par leur recherche auraient contribué à la défense des droits de l’homme.

            Que touts les budgets de recherches spatiales soient amputés de 1/10000e et consacrés à des recherches dans le domaine de la santé et visant à la reconstitution de l’environnement humain perturbé par tous ces feux d’artifices nuisibles à l’écosystème

            Nous proposons également que les structures des Nations Unies soient repensées et que soit mis fin à ce scandale que constitue le droit de veto. Bien sûr, les effets pervers de son usage abusif sont atténués par la vigilance de certains de ses détenteurs. Cependant, rien ne justifie ce droit : ni la taille des pays qui le détiennent ni les richesses de ces derniers.

            www.lyonenfrance.com


            • Act 24 octobre 2007 01:57

              Daniel Bangui,

              Merci à vous et aux autres intervenants pour cet hommage concis et éclatant rendu à Thomas Sankara. Un humain comme on rêverait d’en avoir pour changer ce monde fou. Mais Ô tellement rare et combien honni des puissances qui nous gouvernent.

              A mon avis, la différence personnelle avec Le Che (en dehors des autres, notamment la capacité de projection internationale) se situe dans l’humilité. Il savait reconnaitre ses erreurs et demander pardon. Sankara et Guevara sont des monuments avec une charge émotionnelle intense, la dimension mythique en plus pour Le Che qui la partage avec le Christ et Bob Marley.

              Espérons que nous en prendrons de la graine.

              Voir et lire ses interventions éclairées et souvent prémonitoires sur ce site dédié qui regorge de nombreux documents http://www.thomassankara.net/


              • fraternité fraternité 19 octobre 2012 12:06

                Rappelons tout de meme aussi la face moins belle de Sankara, pour ne pas tomber dans l ideolatrie romantico-revolutionnaire.
                Sankara etait contre l’anarcho-syndicalisme, il faisait repeter à ses troupes et militants « A bas l anarcho-syndicalisme ! ». 

                Sankara avait un probleme avec l’autonomie politique des corps sociaux constitués, qui sont tout de meme une liberte fondamentale : la liberte de reunion et d association. 

                Peut encore parler de liberté du peuple dans son contexte ideologique ? 

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