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Accueil du site > Actualités > International > Quand le Cambodge voit rouge. Réflexions sur un massacre

Quand le Cambodge voit rouge. Réflexions sur un massacre

Le génocide perpétré par les Khmers Rouges de Pol Pot au Cambodge, notamment pendant la brève période où ceux-ci ont été effectivement au pouvoir entre la chute de Saïgon et Phnom Penh en avril 1975 et l’invasion viêtnamienne du début 1979, n’a pas fini de déchaîner les passions.

Les médias occidentaux1, notamment la presse2, suivent de près depuis bien des mois déjà le procès des dirigeants khmers rouges, dont les auditions devant un tribunal spécial créé à cet effet ont commencé en février 2008. Pourtant, l’on trouve encore ici ou là sur le net, à propos de la question, des opinions caduques : notamment celle « d’autogénocide », appliquée à tort et à travers au génocide khmer, à partir des propos de Primo Levi -qui était d’ailleurs revenu sur ses propres déclarations à ce sujet. C’est d’autant plus surprenant que, du côté français, de nombreux chercheurs se sont penchés sur le génocide cambodgien, fournissant des analyses parfois discutables mais qui à l’occasion, sont originales et très instructives (cf bibliographie). En tant qu’étudiant en histoire, je me propose ici de revenir sur trois points précis se rapportant à la question, pour démonter quelques certitudes chez certains -et engager la discussion avec d’autres.
 
 
1) Le premier problème autour de ce procès repose évidemment dans l’accusation de génocide porté à l’encontre des chefs khmers rouges survivants. Le terme de génocide, défini par l’ONU en 1948, après la Seconde guerre mondiale, est d’un emploi des plus problématiques pour l’historien ou le chercheur en sciences sociales, comme l’a souligné Jacques Sémelin3 dans un article phare. Cette définition débouche sur plusieurs enjeux qui la détournent de son but premier : enjeux de mémoire lorsqu’une communauté tente de faire reconnaître des massacres passés comme génocide (le cas le plus emblématique étant celui des Arméniens) ; enjeux d’action immédiate lorsqu’une population victime de violences utilise le terme génocide pour susciter l’émoi de la communauté internationale et provoquer une réaction ; enjeux judiciaires lorsqu’il s’agit de poursuivre devant les tribunaux les auteurs encore vivants des massacres (Pinochet ou Milosevic par exemple). Jacques Sémelin4 propose plusieurs pistes pour dégager le chercheur de l’emprise de la notion «  juridique  » du génocide. Pour s’émanciper de l’influence juridico-politique du terme, Sémelin avance le recours à la notion de massacre, le génocide y étant inclus, même si ce choix peut aussi présenter des inconvénients (trop se concentrer sur l’acte lui-même aux dépens du reste, par exemple). Il pense le génocide comme un processus organisé de destruction des civils, ce qui englobe finalement tout l’ensemble. Il souligne que les massacres s’associent souvent à un contexte de guerre, qui les favorise ou les entraîne. Jacques Sémelin détermine alors deux sortes de massacres : ceux pour soumettre et ceux pour éradiquer. Le Cambodge relève de la première catégorie dans le sens où, vainqueurs d’une guerre civile, les Khmers Rouges se trouvent dans une phase de construction du pouvoir. Pour autant, ceux-ci projettent bien de remodeler complètement la société, ce qui donne un grand poids à la volonté idéologique et politique des leaders dans le massacre. Mais ces massacres de masse vont de pair avec une rééducation des Cambodgiens : le but n’est pas d’exterminer complètement ces derniers, mais de rééduquer les survivants. Cependant, Sémelin reconnaît que les deux catégories de massacre définies tout à l’heure s’interpénètrent dans le cas cambodgien : si les massacres des Khmers rouges relèvent bien d’un processus de destruction/soumission, ils s’accompagnent d’une volonté d’éradication des groupes spécifiques (les Chams musulmans notamment).
 
 
2) Autre point intéressant et souvent négligé dans les analyses sur le génocide cambodgien : l’importance de l’histoire du Parti Communiste local et de son installation progressive sous la tutelle viêtnamienne. Déjà, pendant la guerre d’Indochine entre la France et le Vietminh (1946-1954), la République Démocratique du Viêtnam avait commencé à étendre ses opérations au Laos et au Cambodge5, dès 1948, mais surtout après 1950 et le soutien apporté par la Chine devenue communiste. D’ailleurs, ce n’est qu’en 1953, lorsque l’armée populaire du Viêtnam lance ses régiments sur le nord Laos, que l’on peut parler de guerre d’Indochine, les opérations restant jusque là cantonnées au Viêtnam seul. Au moment de la bataille de Dien Bien Phu, dans la première moitié de l’année 1954, les Viêtnamiens sont ainsi engagés dans des opérations de diversion au Laos et au Cambodge. Pourquoi avoir investi ces deux ensembles frontaliers ? Deux raisons : d’abord établir une route entre l’Indochine du Nord et sa comparse méridionale (destinée à devenir la fameuse piste Hô Chi Minh), ce qui nécessite de contrôler à la fois l’est laotien et le nord-est du Cambodge. Cette piste doit servir à acheminer du matériel et du ravitaillement, mais également à lancer des offensives au sud à partir du nord. Ensuite, l’offensive finale de l’armée viêtnamienne en 1954 vise à disperser les forces françaises pour assurer la victoire à Dien Bien Phu ; pour autant, c’est bien la première attaque d’ensemble à l’échelle de l’Indochine, et d’aucuns ont supputé que les Viêtnamiens espéraient s’emparer de tous les territoires dans la foulée -on ne serait plus alors dans le cadre d’une simple diversion. Le Parti Communiste Indochinois avait toujours voulu étendre la révolution au Laos et au Cambodge, mais la rhétorique correspondante avait été mise en sommeil lors du déclenchement de la guerre avec la France. L’aspect indochinois de la guerre resurgit en 1948 et surtout en 1950, sous la plume du général Giap, qui définit ainsi la stratégie viêtnamienne : adossée aux provinces du nord frontalières de la Chine, qui fournit l’armement, l’armée populaire doit descendre vers le sud et submerger le Viêtnam, le Laos et le Cambodge. Giap développe ici le concept de « champ de bataille indochinois » alors que l’armée viêtnamienne entre à ce moment-là dans une troisième phase où elle va se confronter, au sein d’une guerre plus conventionnelle, aux troupes françaises.
 
Il s’agit alors d’implanter des structures politiques d’avant-garde au Laos et au Cambodge. La République démocratique du Viêtnam forme des cadres pour les envoyer sur place, mais aussi des milices laos et khmères destinées à appuyer ses propres soldats. Pour le Cambodge, une centaine de cadres politiques formés au Viêtnam sont envoyés pour préparer l’arrivée des forces de Hanoï. Le Vietminh s’appuie sur des Khmers ralliés, des Viêtnamiens de Thaïlande ou des cadres venant d’autres régions sous contrôle viêtnamien. Les Français suivent de près cette infiltration et déciment de nombreuses équipes de cadres jusqu’en 1952. A partir de 1953, la situation change avec le renforcement militaire du secteur par le Vietminh. Avec la division 325, de nombreux bataillons indépendants peuvent intervenir au Cambodge, car le but est de menacer la frontière thaïlandaise dont le régime est soutenu par les Etats-Unis. En septembre 1953, on compte ainsi 7 000 soldats viêtnamiens et 4 300 autres Laotiens et Cambodgiens prêts à intervenir. En janvier 1954, une attaque est déclenchée sur les Hauts-Plateaux : les forces viêtnamiennes descendent sur le Cambodge par le Bas-Laos. Une deuxième attaque frappe le Cambodge au moment de la bataille de Dien Bien Phu : le régiment 101 cherche à détruire le Groupe Mobile français 51. En mai 1954, après la chute du camp retranché, plusieurs bataillons réguliers s’implantent encore dans le secteur. Des conditions sont donc créées pour l’implantation d’une structure politique solide : Nguyen Can, membre du Comité des Affaires du parti pour le Nord-Est, collabore avec Tran Quy Hai, le commandant et commissaire politique de la division 325, pour installer des pouvoir locaux et les organismes révolutionnaires. Un Khmer est mis au pouvoir, « Xi Da », avec Nguyen Can comme commissaire politique. Les accords de Genève sapent pourtant l’installation d’un gouvernement révolutionnaire au Cambodge, contrairement au Laos. En août 1954, les Viêtnamiens sont obligés de faire appliquer le cessez-le-feu et de retirer leurs troupes entre le 15 et le 18, avec certains alliés khmers. Un groupe de «  conseillers  » viêtnamiens reste pourtant dans le nord-est du Cambodge jusqu’en 1957. La piste nord-sud et l’implantation au Cambodge seront cependant d’une grande utilité en mai 1959, lorsque le Nord-Viêtnam relancera la lutte contre le Sud et un nouvel ennemi : les Américains.
 
 
3) Un dernier point concerne la place du génocide dans le contexte à la fois d’une guerre civile incluse dans la guerre du Viêtnam, de la prise du pouvoir par les Khmers rouges et de leur éviction par l’invasion viêtnamienne, suivie d’une longue guérilla. Jean-Louis Margolin6 a bien insisté sur l’ampleur du génocide des Khmers rouges, qui dépasse de loin tout ce que l’on a pu rabâcher ailleurs sur les autres régimes communistes : les estimations varient entre 1,3 et 2,3 millions de morts, soit entre 17 % et 30 % de la population contemporaine des événements étudiés. Une étude statistique liée à la démographie permet quelque peu d’affiner ces chiffres : la surmortalité pendant la période des Khmers Rouges est comprise dans une fourchette entre 700 000 et 3,2 millions d’individus ; les personnes décédées de mort violente, par exécution, se situent elles entre 600 000 et 2 millions -nombres auxquels il faut rajouter les victimes de la guerre civile entre 1970 et 1975 (peut-être 300 000 ?) et les personnes mortes de la famine et des effets indirects des conflits (un chiffre très contesté de 600 000 personnes)7. Ce génocide s’inscrit dans un contexte de guerre8, puisque le Cambodge est concerné par la guerre du Viêtnam opposant le Nord aux Américains soutenant le Sud (ceux-ci larguent plus de 500 000 t de bombes sur le pays entre 1969 et 1973, mais surtout sur la partie orientale, et moins que sur le Viêtnam et le Laos ; par ailleurs les combats terrestres ont été plus limités qu’ailleurs) ; mais il connaît aussi une guerre civile avant de souffrir des affres de l’invasion étrangère – celle du Viêtnam- à partir de 1979. Le régime du Kampuchéa démocratique n’est pourtant pas uniquement un produit de la guerre. Il cherche d’abord à se dégager de l’emprise viêtnamienne, puisque comme nous l’avons vu, les premiers surgeons révolutionnaires cambodgiens sont dus au bienveillant voisin vainqueur des Français. L’organisation clandestine de Pol Pot ne compte que quelques centaines de membres dans les années 60, 4 000 en 1970, avec cette particularité que tout adhérent au parti est de facto un combattant révolutionnaire. Pol Pot doit son succès à une combinaison de facteurs : la volonté des Nord-Viêtnamiens de conserver un sanctuaire au Cambodge, le coup d’Etat militaire de 1970 qui jette dans les bras des Khmers Rouges le prince Sihanouk, et l’intervention plus prononcée des Américains sur place à ce moment-là, suivi d’un retrait tout aussi prononcé en 1973. Sihanouk a joué un subtil jeu d’équilibre, autorisant d’abord le transit des armes chinoises et l’installation de la piste Hô Chi Minh sur son territoire, avant de s’inquiéter de l’influence acquise par les Khmers rouges et de laisser son ministre et général Lon Nol renouer avec les Américains et autoriser des bombardements massifs sur les circuits d’approvisionnement viêtnamiens. Les militaires arrivés au pouvoir en 1970 perdent cependant vite la partie : leurs troupes ne peuvent soutenir la comparaison avec les combattants aguerris expédiés par Hanoï et tiennent seulement avec l’appui aérien américain ; très vite ils ne contrôlent plus que les villes, véritables forteresses assiégées dans une marée communiste. Les troupes viêtnamiennes quittent le Cambodge en 1973 au moment des accords de Paris mais Pol Pot et ses comparses ne s’emparent du pouvoir qu’en avril 1975, parallèlement à la chute du Sud-Viêtnam entre les mains du Nord. Cette période de cinq années de guerre civile voit déjà la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes, peut-être plus de 300 000, dont 70 000 Viêtnamiens victimes d’un pogrom consécutif au coup d’Etat de 1970.
 
Une fois au pouvoir, les Khmers rouges sont omnubilés par le danger de « l’ennemi intérieur », dissimulé parmi les populations rurales. Ils procèdent donc à l’évacuation des villes sous prétexte d’épargner à la population de nouveaux bombardements américains. La tension avec les Viêtnamiens est déjà palpable puisque tous les cadres exilés à Hanoï durant la guerre civile de retour au pays sont promptement liquidés ; le reste des réfugiés viêtnamiens est expulsé et des incidents maritimes ont lieu avec l’encombrant voisin. En mars-avril 1977, des commandos khmers passent la frontière et tuent plus de 1 200 personnes au Viêtnam. Les Khmers Rouges rêvent en fait de récupérer le delta du Mékong, pris par les Annamites aux XVIIème-XVIIIème siècles. Pour contrer ces ambitions, les troupes régulières viêtnamiennes pénètrent une première fois au Cambodge du 31 décembre 1977 au 6 janvier 1978, ramenant dans leurs bagages 100 000 réfugiés cambodgiens. En mars-avril, ce sont les Cambodgiens qui réalisent une nouvelle incursion, déplaçant de force 30 000 Khmers dans leurs frontières. L’offensive finale des Viêtnamiens démarre le 25 décembre : Pnom Penh tombe dès le 7 janvier, mais pas avant que les Khmers rouges aient procédé à de nombreuses exécutions, notamment dans la fameuse prison Tuol Sleng, dit S21, le principal centre de torture et d’exécution installé à Phnom Penh dans un ancien lycée. Ceux-ci se réfugient à la frontière thaïlandaise, entraînant avec eux une partie de la population ; leurs camps côtoient ceux des anciens affidés de Sihanouk et Lon Nol. La famine fait des ravages malgré une aide internationale importante. Les combats opposent alors, sur la frontière, les différents mouvements de la résistance cambodgienne -dont les Khmers rouges restent les plus efficaces- aux réguliers d’Hanoï bientôt relayés par les troupes de la République Populaire du Kampuchéa, direction fantoche composée de Khmers Rouges ralliés aux vainqueurs viêtnamiens. Les mines sont abondamment utilisées par toutes les parties en présence, et font plus de 100 000 estropiés (1 % de la population du pays). Les troubles psychologiques touchent quant à eux plus de 2 % de la population. La famine, au moins, cesse à partir de 1985. Le pire moment correspond sans doute à la recrudescence de la guérilla entre 1982 et 1985. Les Khmers Rouges se maintiennent pourtant au-delà du retrait viêtnamien de 1989, jusqu’en 1998, commettant de nombreuses exactions contre la population, spécialement contre les «  traîtres  » et les « pro-Lon Nol ». Pour mieux contrôler la population, entre 1975 et 1979, les Khmers Rouges avaient entièrement bouclé le pays : personne ne pouvait y entrer, ni en sortir. La lutte contre l’ennemi intérieur, la « cinquième colonne », primait tout le reste. Au nom de préjugés économiques, culturels et politiques, la population urbaine est transportée de force dans les campagnes et soumise à des violences physiques ou contrainte par la famine, ce qui fait qu’elle souffre proportionnellement plus en termes de pertes. Dans le régime de Pol Pot, c’est l’armée qui s’est substituée au parti : tout est organisé sur un modèle militaire.
 
Trois grandes catégories d’explications sont dégagées par Jean-Louis Margolin à propos de la violence des Khmers rouges : la première pose une réaction primitive au contexte de guerre imposé par les Américains, qui aurait provoqué une radicalisation des Khmers rouges, influencés par le maoïsme : ceux-ci auraient alors basculé dans une violence extrême. Michael Vickery y voit, lui, une réaction campagnarde autonome aux Khmers rouges dont Pol Pot se ferait l’expression. Mais l’on sent vite les limites de cette « brutalisation de la société cambodgienne », pour reprendre l’expression de George Mosse à propos de la Première guerre mondiale. Deuxième série d’explications : les traditions culturelles du Cambodge, représentées par exemple sur les bas-reliefs d’Angkor (réduction en esclavage, massacre de prisonniers vaincus), ou par l’incapacité du pays à trouver son unité ce qui générerait une xénophobie identitaire très forte. Mais les massacres des Khmers Rouges relèvent d’une certaine modernité, par bien des aspects, et non pas des traditions royales. Rithy Panh9, un réalisateur cambodgien qui a tourné de nombreux films sur le génocide des Khmers Rouges, et qui a pour ce faire collecté de nombreux témoignages, dénie toute vérité à l’explication «  culturelle  » du processus génocidaire à l’oeuvre entre 1975 et 1979, tout comme à l’idée «  d’autogénocide  »10. Il insiste au contraire sur le fait que l’idéologie des Khmers Rouges est «  importée  », et que les responsables du mouvement proviennent d’un milieu citadin, tout en ayant fait des études supérieures, au Cambodge ou à l’étranger. Autre explication : la victoire khmère serait celle des populations frustes des montagnes sur celles de la plaine urbanisée. Mais là encore, cela ne colle pas bien avec un examen attentif des faits. Dernière explication de cette deuxième catégorie : la similitude entre l’enseignement bouddhiste du Petit Véhicule et le marxisme-léninisme (!). Insuffisante, encore une fois, même si dans le cas de l’islam, par exemple, la religion sert bien à cimenter la résistance des Chams persécutés par les Khmers rouges. La dernière explication, qui a la faveur de Margolin, est celle dite « politico-idéologique », dans laquelle l’historien voit une variante radicale du communisme au pouvoir s’exprimant chez le Cambodge des Khmers Rouges. L’utopie du Kampuchéa Démocratique consistant à forger un nouveau Cambodge aurait-elle conduit à de tels actes ? De fait, les leaders khmers comme Pol Pot n’étaient pas au-dessus du lot intellectuellement parlant. Cependant, deux points distinguent le Cambodge des autres régimes communistes : la victoire amène au pouvoir une organisation des plus fragiles, où l’armée remplace le parti, sans soutien populaire massif, sans grand protecteur proche -les relations avec le Viêtnam sont des plus tendues. D’où une réaction brutale de Pol Pot et ses séides pour consolider leur emprise. Par ailleurs, le communisme cambodgien est des plus tardifs : la Chine commence déjà à s’orienter vers l’ouverture économique, l’URSS entame l’invasion de l’Afghanistan. Les Khmers Rouges ont donc voulu faire « le communisme en une nuit », déclenchant une guerre totale contre le peuple cambodgien. Ici, la « guerre est bien la continuation de la politique, par d’autres moyens » pour reprendre Clausewitz.
 

 
Bibliographie :
 
Christopher E. GOHSA, « Une guerre pour l’Indochine ? Le Laos et le Cambodge dans le conflit franco-viêtnamien (1948-1954). », Guerres mondiales et conflits contemporains n°211, 2003, p.29-58.
 
Patrick HEUVELINE, « L’insoutenable incertitude du nombre : estimations des décès de la période Khmer rouge. », Population n°53, 1998, p.1103-1117.
 
Jean-Louis MARGOLIN, « Le Cambodge des Khmers Rouges : de la logique de la guerre totale au génocide. », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°77, 2003, p.3-18.
 
Rithy PANH, « La parole filmée. Pour vaincre la terreur. », Communications n°71, 2001, p.373-394.
 
Jacques SEMELIN, « Du massacre au processus génocidaire. », Revue Internationale des Sciences Sociales n°174, 2002, p.483-492.

 
Pour approfondir :
 
La revue Politique Etrangère a consacré l’un de ses numéros à la situation du Cambodge au moment du retrait viêtnamien, en 1989. On peut le consulter intégralement sur le site Persée :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/issue/polit_0032-342x_1989_num_54_4
Voir aussi un autre article dans Politique Etrangère disponible lui aussi sur Persée :
Nicolas REGAUD, « Cambodge : quelle nouvelle donne ? », Politique Etrangère n°53, 1988, p.943-954.

 
Site d’informations sur le Cambodge (en français) :
http://ka-set.info/
 
The Cambodia Tribunal Monitor :
 
http://www.cambodiatribunal.org/
 
The Cambodian Genocide Program (université de Yale, Etats-Unis) :
 
http://www.yale.edu/cgp/
 
 
 
1Par exemple le site d’informations Rue89 : http://www.rue89.com/tag/khmers-rouges
3Jacques SEMELIN, « Du massacre au processus génocidaire. », Revue Internationale des Sciences Sociales n°174, 2002, p.483-492.
4Il dirige le projet international en ligne Online Encyclopedia of Mass Violence, http://www.massviolence.org/
5Christopher E. GOHSA, « Une guerre pour l’Indochine ? Le Laos et le Cambodge dans le conflit franco-viêtnamien (1948-1954). », Guerres mondiales et conflits contemporains n°211, 2003, p.29-58.
6Historien, agrégé d’histoire, maître de conférences à l’université d’Aix-en-Provence I, directeur adjoint de l’Institut de Recherche sur le Sud-est Asiatique. Il a notamment écrit L’armée de l’empereur : violences et crimes du Japon en guerre 1937-1945, Paris, Armand Colin, 2007.
7Patrick HEUVELINE, « L’insoutenable incertitude du nombre : estimations des décès de la période Khmer rouge. », Population n°53, 1998, p.1103-1117.
8Jean-Louis MARGOLIN, « Le Cambodge des Khmers rouges : de la logique de la guerre totale au génocide. », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°77, 2003, p.3-18.
9Né en 1964, il s’enfuit du Cambodge en 1979 pour la Thaïlande, et arrive en France en 1980. Il est diplômé de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques en 1985. Depuis, il a réalisé une quinzaine de films sur le Cambodge et le génocide perpétré par les Khmers rouges.
10Rithy PANH, « La parole filmée. Pour vaincre la terreur. », Communications n°71, 2001, p.373-394.

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12 réactions à cet article    


  • robin des bois 17 août 2009 15:18

     ( copie dun post fait sur le forum K-N suite à la parution d e votre article  :)

    L’article est assez intéressant.
    mais dites-moi donc, une fois qu’on l’a bien lu en détail, ce qu’il faut en retenir svp ???

    Quelqu’un est-il capable d’en faire une synthèse compréhensible pour les lecteurs de ce forum K-N svp ??

    *** S’agisaant de Génocide, auto-génocide, voire « crime de masse » etc ... il y a une sacrée hypocrisie du monde politique dans le maniement de ces mots.. et une tendance récente très nette des puissances occidentales siégeant à l’ONU pour restreindre désormais le mot « génocide » ... tout simplement pour ne pas avoir à intervenir dans les « affaires internes de certaines dictatures » : le Rwanda , çà refroidit.. et le Darfour : circulez , y a rien à voir !!!

    - Que je sache, Jacques SEMELIN n’est pas le créateur du mot Génocide. A l’origine, il s’agit bien de LEMKIN qui l’a créé vers 1944, le procès de Nuremberg le faisant connaitre mondialement, associé au mot la SHOAH : et le sens en était assez restrictif puisqu’il consistait en l’extermination d’un « groupe ethnique » par un pouvoir déjà en place ..

    Et d’ailleurs la majorité des « génocides » connus depuis lors avaient retenu cette définition, y compris celui des Arméniens ...

    SAUF SAUF le « génocide Khmer » : parce qu’entre 75 et 79, en dehors de l’élimination de certains groupes ethniques : Chinois , Vietnamiens et Chams, (à ne pas oublier), l’essentiel des victimes civiles non armées ont été des Khmers : en résumé un pouvoir en place Khmer élimine toute une partie de la population khmère (estimation 20à 25 % de cectte population : faut le faire !!)

    S’agit-il bien d’un génocide, voire d’un « auto-génocide » ?
    Certains crient à l’injure, à l’insulte (Rithy Panh), le peuple Khmer ne pouvant s’auto-détruire !!!

    Ben faudrait demander aux Victimes elles-mêmes si elles sont en mesure de répondre !!!

    « Auto ou pas » ... un pouvoir khmer en place entre 75 et 79, (et sans aide extérieure sauf chinoise ) a décidé, pour se maintenir au pouvoir et faire triompher ses idées, d’utiliser le « crime de masse » .
    Voilà : c’est pas plus difficile que çà


    *** S’agissant du rôle du parti communiste vietnamien, le sujet est efectivement très interessant mais un peu foireux quand même dans cet article.. (Qui veut résumer svp ??), si on veut bien esayer de s’y retrouver et de comprendre. !!
    Il est exact que l’oncle HÖ, qui luttait contre l’Indochine de Papa, trouvait finalement très intéressant la « structure indochinoise, rapportée à l’instauration d’un parti communiste unique en Asie du Sud-Est  » ; et çà lui aurait bien plu d’en être le Grand Chef !.
    - D’une part du temps du Vietminh, il est exact que bon nombre de futurs KR (dont POL Pot) ont été formés dans les rangs du Vietminh ; tout aussi évident est le rôle de l’armée nord-vietnamùienne dans la « pacification musclée des zones libérées du Cambodge », entre mars 70 et le 1er semestre 73« .. Il est avéré que ces cadres nord-vietnamiens ont appris un tas de trucs aux petits maquisards KR (quelques milliers alors avant que Papa SNS ne leur fasse de la pub sur Radio-Pékin  !) : notamment à éliminer discrètement »le soir au fond des bois« les ennemis de la révolution (et le camp M-13 de DUCH à ALONG -Venh, c’était déjà çà dès 1971) ..
    Mais les soldats nord-vietnamiens sont bien partis en 73, sitôt les accords de Paris signés.
    . Et ils n’étaient certainement pas là entre 75 et 79 du temps du génocide KR (par contre, on trouve plus de 400 dossiers de vietnamiens, dont 150 soldats »écrasés« par DUCH à TUOL Sleng)

    - Car POL Pot n’aimait pas les Communistes Vietnamiens ; et il n’a eu de cesse de sortir du fameux PCI ( I comme Indochinois) pour fonder son PCK (K comme Khmer) ; d’ailleurs la date officielle de création du Parti communiste Khmer a servi à faire le tri et démasquer les »ennemis internes« de la révolution khmère : malheur à celui qui se trompait et citait par erreur ou oubli la date de création du PCI.

    - Autre chose importante sur les mouvements communistes de l’ASE : si la Chine a apporté très tôt son soutien au maquis puis au régime KR, selon vous c’est pourquoi ???
    Et bien c’est justement pour encourager les Communistes Khmers à créer leur propre parti.
    MAO avait grand peur que les Vietnamiens n’instaurent un Parti communiste unique sur son flanc sud, compte tenu des démèlées permanentes qui ont toujours existé entre Chine et Vietnam ..

    etc etc

    *** Autres remarques en vrac :

    - »Contexte de guerre« et génocide khmer  :
    ° oui si on veut expliquer l’arrivée au pouvoir du mouvement KR , donc entre 70 et 75

    ° Certainement pas si on veut parler uniquement du »génociode khmer« entre 75 et 79, la guerre s’étant arrêtée avec la chute de Saïgon , soit exactement le 30 Avril 1975 (15 jours après l’entrée des KR à Phnom Penh) !!

    - Et un oubli énorme pour comprendre la période 75/79

    ° Quid des notions de »peuple ancien« et de »peuple nouveau « svp. ?

    ° Et quid des 1er et 2 eme degrés de la »collectivisation des Coopératives« , véritables camps de concentration khmers ?

    * Et pourquoi le »peuple ancien’" a-t-il lâché POL Pot fin 76 début 77 ?

    Trop difficile à étudier et à comprendre je suppose !!

    Edité le 17/08/2009 @ 14:50 par robin des bois #66247    « Sujet précédent | Sujet suivant »  Le Forum Khmer-Network » News/Actualités

    • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 17 août 2009 19:43

      Bonjour,

      Intéressante votre réponse, mais comme je le disais en tête de mon propos, je n’avais pas l’intention de balayer l’ensemble du problème -je ne suis pas un spécialiste du sujet (!). J’ai voulu revenir sur certains points et lancer la discussion ici.

      Je vous trouve assez injuste dans la reprise sur la volonté des leaders khmers de se dégager de l’emprise viêtnamienne, car je l’ai assez dit il me semble. En revanche vous faites bien de souligner l’importance du soutien chinois -et il faudrait aussi revenir sur l’implication américaine et celle soviétique.

      Sur l’idée du contexte de guerre, même si les hostilités officielles s’arrêtent en 1975 avec la chute de Saïgon et de Phnom Penh, je persiste à dire que la guerre est bien présente jusqu’en 1979 (voir les incursions des commandos khmers au Viêtnam, les répliques de ce dernier, etc).

      Pour le reste, effectivement, je m’y connais moins -comme je le disais, je ne suis pas un spécialiste...

      Cordialement.


    • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 17 août 2009 20:00

      Au fait, sur Lemkin, qui a effectivement défini le terme pour l’ONU en 1944, Jacques Sémelin en parle dans l’article que je cite, si vous êtes allé voir.

      A bientôt.


    • Le péripate Le péripate 17 août 2009 16:58

      On voit bien que ce mot mène à une fausse piste, par les nombreuses et insolubles interprétations qui en sont faites.
      Il est bien plus simple de distinguer entre le meurtre d’une personne pour ce que elle a fait (ou prétendument fait), et le meurtre (ou déportation) d’une personne pour ce qu’elle est.


      • Le péripate Le péripate 17 août 2009 17:54

        Car, bien sûr, ce qui est masqué par le terme génocide, c’est la notion de crime contre l’humanité.


      • furio furio 17 août 2009 18:43

        Le rôle de l’ange exterminateur interprété par les états-uniens n’est pas assez mis en valeur dans ce texte. Le Cambodge fait partie de ces pays à « endiguer ». Le containment états-unien est le grand responsable de ce massacre. N’oublions pas que les amerloks et leurs « agents » de l’Asie du Sud-Est ont oeuvré pour que le Vietnam et le Cambodge se livrent une guerre sans merci. Si un terme de génocide peut être utilisé pour le Cambodge, il doit désigner le coupanle états-unien et sa volonté de détruire non pas un groupe ethnique, religieux, racial, mais bien un parti politique. 


        • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 17 août 2009 19:45

          D’accord avec vous sur l’insistance à porter sur l’engagement américain (contexte de guerre du Viêtnam + containment, théorie des dominos, etc), mais avec peut-être plus de nuances.

          Bien à vous.


        • Chut ! Morice Cruchot 18 août 2009 10:08

          Le plus grand criminel contre l’humanité encore vivant s’appele Kissinger.


        • robin des bois 17 août 2009 20:39

          *** A furio et St Mantoux

          S’agissant de juger un génocide, et avant d’y fourrer toutes les grandes puissances de la terre, souvenez-vous qu’il n’y a génocide ou « crime de masse » que lorsqu’un pouvoir politique en place utilise ces crimes comme moyen de gouverner.
          Les KR ont été au pouvoir exactement du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979  ; que je sache , les USA n’y ont pas mis les pieds à ce moment là (mais la Chine y était, elle !!!)

          Que la guerre du Vietnam, les USA et ses bombardements, Sihanouk et le coup d’Etat de LON Nol en mars 70 , la guerre civile qui s’en est suivie..- etc etc -aient faclité grandement la prise du pouvoir par le mouvement KR : oui ç’est évident .
           Mais c’est autre chose qui ne sera jamais pris en compte devant le TPI (cf encore une fois la définition du crime de masse ou du génocide !!)

          *** Ah les attaques Khmères contre le Vietnam ???

          Mais avez -vous étudié « l ’Indochine de Papa » et sa fameuse Basse Cochinchine ?
          Et savez -vous que cette « colonie » - si « chère » aux gros portefeuilles de certains Colons Français- était Cambodgienne quelques années avant l’arrivée des Français ??
          Si si.. : c’est vrai.
          Et TA Mok -dit le boucher et l’exécuteur des basses oeuvres de POL Pot, mais aussi Secrétaire de la Zone KD du Sud-Ouest - le savait et disait à ses troupes ...
          « Tant que vous verrez des »Thnôt« , vous serez en territoire khmer ! »
           Les Tnôt étant de palmiers à sucre, et de magnifiques arbres très très hauts - emblème du Cambodge- ; il y en avait encore plein à cette époque là dans le delta du Mékong , dénommé aussi Basse Cochginchine ( ou Kampuchéa Krom catuellment par les partisans du Cambodge).. E
          t donc TA mok s’est autorisé quelques incursions bien saignantes « chez lui » -au Vietnam  : vous comprenez mieux l’ambiance ?

           (mais de toutes façons , Vietnamiens et Cambosdgiens sont d’accord pour dire que une telle situation , c’est de la faute hstorique des « Barangs »..
          . Connaissez l’Oncle Hô et ses 3 KY, Thierry d’Argenlieu.. et son projet de référendum en 46 ? Un vrai roman exotique !!!)



          etc etc etc


          • Stéphane Mantoux Stéphane Mantoux 18 août 2009 15:28

            Effectivement il y a encore beaucoup à évoquer sur le sujet ; vous pourriez peut-être faire un article ici même pour compléter le mien ?

            Cordialement.


            • himmelgien 19 août 2009 02:08

              @ robin des bois :
               Vous avez touché le fond du problème : dans son livre « une odyssée cambodgienne », Haing Ngor ( qui sera l’ extraordinaire interprète de Dith Pran, dans « la déchirure », le film magique de Roland Joffé ) confirme le processus d’auto-destruction qui a frappé le Calmbodge, loin des idéologies que l’on brandit comme des bannières ( aux étoiles éteintes) et des idéaux que l’on veut souiller !...

               Le crime des Khmers rouges ( mystérieux peuple « blanc » au sein de l’extrême-Orient ) serait de deux millions de morts en l’espace de 4 ans !... Mais on oublie aussi que cet incendie a reçu quelques soutiens accélérateurs avec les bombardements massifs des villages , tandis que les réfugiés allaient crever à Pnomh Penh : à partir du coup d’Etat de Lon Nol ( dont on ne parle guère ...) , les morts de faim en centre-ville de la capitale « s’élevaient » à 400 par jour , de 1970 à 1975  !... Voilà un calcul que l’on ne fait guère non plus : 400 x 365 x 5 = ???... 

               Haing Ngor dénonçait le Cambodge dès sa jeunesse ( années 50 ) comme une société en décomposition, minée par la corruption et où Lon Nol était chef de la police !... Le crime Khmer Rouge serait donc à imputer à l’autre côté, dernière fièvre du colonialisme . Remarquons aussi que le régime « rouge » de Pol Pot ( étudiant poète à Paris !) reprenait le projet nationaliste de récupération des territoires annexés par les voisins Siamois et Thaï au cours des siècles précédents !... Il y a quelque chose des « pavillons noirs » ( et des sectes indochinoises comme les « Binh-Xuyens » ) dans cette « angka » ( l’organisation) qui affamait les survivants dans un ultra-darwinisme social !... Si on veut même y introduire du mystique, on pourrait penser que ce fut, à travers le temps, la vengeance d’ Angkor, la ville des dieux qui punissait ainsi ce peuple qui l’avait trahi et abandonné !...

               


              • Frédéric 11 26 avril 2010 08:52

                Washington peut être accusé de non assistance à ’’peuple en danger’’, non d’avoir donné l’ordre à ces Kmers de massacré leur population. Il y en a qui ont une bizarre façon de lire l’Histoire

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