C’est un dépêche qui nous l’avait appris ce jeudi 18 décembre : un coup d’état avait été déjoué, paraît-il, en Irak. Une annonce tonitruante émanant directement du pouvoir en place. Une poignée de comploteurs avaient été dûment arrêtés et emprisonnés, nous disait-on. Avec insistance et martèlement, même si très vite les observateurs attentifs de ce qui se passe dans le pays émettaient tout de suite des réserves sur la réalité de ce fameux coup d’état. Une chose présentée à la façon d’un clip de Ben Laden aurait-on pu dire : tout le monde savait que ça sonnait faux, mais tout le monde l’avait noté. On savait le pouvoir Irakien mis en place par l’administration Bush droit dans les bottes du gouvernement américain, on ne savait pas qu’il n’hésiterait pas à utiliser les mêmes méthodes. Celles de faire peur et de clamer une menace importante imminente... alors qu’il n’y avait rien de tout cela : samedi 20 décembre, un démenti parvient dans toutes les rédactions, et l’AFP annonce que " les autorités irakiennes ont annoncé samedi avoir relâché les 24 officiers accusés successivement d’être des putschistes puis des complices de "terroristes"." Le monde commente ironiquement avec un titre évocateur de la légèreté avec laquelle l’opération avait été menée : "l’arrestation qui fait "pschitt". Que c’est-il donc passé exactement, et que démontre cette fébrilité chez les autorités irakiennes ? Et quels services exactement étaient à l’origine de l’annonce ? A quoi rime cette nouvelle mascarade consistant à jeter des gens en prison quelques heures alors que d’autres y stagnent depuis longtemps ?
La nouvelle était loin de faire le bonheur de Barrack Obama, confronté au terrible dilemme d’un retrait le plus rapidement (2012 !) et dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs obstacles se présentent en effet devant lui en Irak : un gouvernement irakien fort peu légitime et fragilisé par ses dissensions internes, un programme de retrait des troupes difficile à mettre en place avec l’annonce du départ précipité des anglais, et la question épineuse des milices privées, qui avaient fait l’objet de longues discussions avec le gouvernement Maliki, ces derniers mois. Sans oublier le leader religieux Moqtada El-Sadr toujours en embuscade, qui ne fait qu’attendre son heure comme je vous l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises. Tout se passe donc comme si l’on souhaitait pourrir à dessein la situation, afin de mettre au plus vite en difficulté Barrack Obama sur le thème du retrait sur lequel aussi il a bâti sa victoire électotale. Les anglais, dans ce concert de mauvaises annonces, jouant un très mauvais jeu post-Blairiste : Gordon Brown souhaite en finir au plus vite avec cette présence et ses trois cents victimes dénombrées pour redorer le blason fort écorné de son parti, on peut le comprendre. Mais, ce faisant, il met en difficultés ses anciens alliés américains.
Tout le monde s’attend donc à une nouvelle et inévitable flambée de violence au printemps prochain en Irak, dès le départ en masse des premières troupes américaines, et au renversement rapide d’un régime croupion qui a réussi la prouesse de se mettre à dos tout le monde, en raison d’une corruption endémique au sein de ses ministères (voir ce que nous en avions déjà dit ici) et celles des promesses non tenues. L’eau et l’électricité ne fonctionnent toujours pas dans le pays, plus de cinq ans après la « libération » du pays. Les responsables de la gabegie étant nommément connus : les sociétés privées qui se sont partagé la reconstruction à leur seul profit, comme on vous l’a déjà dit et répété ici-même. Les libérateurs sont devenus des exploiteurs, voire des pilleurs des ressources nationales, comme le pétrole, dont le public ne voit même pas la couleur, à voir les files d’attente aux pompes dans les grandes villes. Quand au régime en place, c’est un puzzle fragile d’obédiences différentes, au point que le plus étonnant est que ce type de complot ne soit pas arrivé plus tôt dans le pays. Parmi l’équipe dirigeante actuelle, fort peu n’ont jamais comploté de leur vie, bien au contraire : la majorité des hommes au pouvoir actuel passe son temps à mettre des bâtons dans les roues chez son voisin. Certains le faisaient déjà... du temps de Saddam Hussein !
Parmi les comploteurs découverts, on trouvait de tout, paraît-il, jeudi soir encore, ou presque : « officials from the Ministries of the Interior and National Security told the newspaper those arrested were a mixture of Sunni and Shiite moslems. Most members of the Baath party, including Saddam, were Sunni moslems. » affirme le Times. Beaucoup auraient des liens avec le parti Al Awda, le retour (rien à voir avec le mouvement palestinien de retour à la terre), une branche de l’ancien parti Baassiste interdite en 2003, pronant le retour de... Saddam Hussein, ou plutôt de ses anciens fidèles. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi s’est-on aussi vite débarrassé de l’encombrant Saddam. Du côté américain de peur qu’il ne dénonce les accords passés avec eux, dont notamment le blanc-seing accordé à l’ambassadrice américaine April Gaspie, en 1990, lors de sa proposition d’envahir le Koweit, du côté des partisans de Maliki de peur qu’il ne révèle le passé trouble de certains d’entre eux ou leur corruption légendaire. Les médias américains s’étaient emparés à bras le corps il y a plusieurs mois déjà de ses affaires de corruption et de détournements en tous genres en la personne de NBC et de la redoutable Lisa Myers, qui dénonçait avec précision les vols et détournement des matériels d’hôpitaux ou de nourriture. Le ministère de la santé était alors fortement dans le collimateur : « Supplies and medicine in strife-torn Baghdad’s overcrowded hospitals have been siphoned off and sold elsewhere for profit because of corruption in the Iraqi Ministry of Health, according to a draft U.S. government report obtained by NBC News. » Vous noterez l’expression « siphonner » qui en dit long sur les méthodes en cours. Selon l’américain Stuart Bowen, bombardé superviseur de la corruption sur place, le gouvernement Maliki est tellement corrompu que les Etats-Unis devraient tout simplement cesser de le supporter comme ils le font !
Car non seulement l’argent est détourné, mais aussi ...les idées : selon Lisa Myers, le responsable de la santé du pays était déjà tombé sous l’influence de Moqtada El-Sadr lui-même, qui a donc tissé une toile bien plus étendue que prévue à la tête du pays. On comprend aujourd’hui beaucoup mieux sa prise de position plutôt neutre de les derniers mois : au lieu d’envoyer ses troupes se battre dans la rue, le leader de l’armée chiite a choisi la méthode douce pour prendre par la bande le pouvoir. En infiltrant le régime en place. « The draft report obtained by NBC said the Iraqi Ministry of Health, which oversees the country’s hospitals, is in the »grip« of the Mahdi Army, the anti-American militia run by Shiite cleric Muqtada al-Sadr ». Selon NBC, la corruption a pris des dimensions incroyables dans le pays : c’est ainsi qu’on a totalement perdu la trace d’un bataillon complet de la police irakienne, porté disparu... avec armes et bagages s’entend bien. On en revient à ce qu’on a cessé de vous dire sur l’origine des armes des insurgés. A savoir les stocks américains d’armes, gérés à la va-vite et sans aucun contrôle véritable (on en connaît pas la liste exacte, par exemple !). Il est désormais sûr que des soldats US sont morts par les armes qu’ils étaient eux-mêmes chargés de surveiller ! Un comble. En septembre dernier, un rapport de Transparency International(TI) plaçait le pays en tête des états les plus corrompus, et devant la Somalie ! On connait la réponse de Maliki a ses allégations énoncées cette fois dans le New-York Times : celle d’interdire auprès des ministres la présence de contrôleurs du Fisc ou de gestion de l’état. Quitte même à en faire disparaître si besoin était.« Threats prompted the former head of the Integrity Commission to flee Iraq last year. At least 40 corruption investigators have been killed. » Quarante morts de plus, qui n’ont rien à voir avec Alquaida, ceux-là. Peut-on faire confiance à un tel pouvoir, qui assassine ses propres contrôleurs ?
A partir de là, l’annonce d’un complot puis dans la foulée celle de relâcher les comploteurs deux jours à peine après démontre l’extrême fragilité du pouvoir de Nouri al-Maliki, contraint et forcé visiblement de revenir sur une décision hâtive et inconsidérée. Cette annonce et son contraire deux jours après n’est donc qu’une demi-surprise en définitive : Maliki est aux abois depuis longtemps, et tout le monde songe un acte réflexe de défense venant de lui pour la première décision, et à sérieux coup de téléphone de W.Bush, voire déjà même d’Obama pour la seconde, ou de Robert Gates, l’homme qui plaît tant aux deux déjà cités. Hillary Clinton, qui est déjà venue faire la fanfaronne à Bagdad, a peut-être déjà fait claironné les anciens amis de son mari, qui sait ? Contraint par qui, donc, Maliki ? Certainement pas par ses coreligionnaires, mais bel et bien par des américains soucieux de présenter à la face du monde un relais présentable à leur prochain départ. En résumé, en effet, Obama a absolument besoin du pouvoir en place pour effectuer sa transition douce, et ne peut se permettre de s’en passer, sinon le pays sombre le lendemain même du départ du dernier soldat dans un indicible chaos auquel tout le monde s’attend d’ailleurs. Personne n’envisage de pays stable une fois les américains repartis. La partition du pays en chiites-sunnites est envisagée et est même prête depuis longtemps par le colistier du nouveau président, chaud partisan du découpage du pays en non pas deux mais trois entités disctinctes, les kurdes représentant un troisième problème épineux à résoudre. L’Irak va devenir une nouvelle Yougoslavie, avec les problèmes que l’on sait. Cela tout le monde le sait déjà.
L’origine de l’annonce du faux coup d’état est donc bien chez de terribles rivalités qui rongent la direction du pays. Le premier à les évoquer est le ministre de l’intérieur nommé en 2006, qui lâche facilement le morceau :« c’est une affaire montée de toutes pièces et qui ne s’appuie sur aucun fait ou renseignements. Cela intervient parce que le ministère de l’Intérieur a limité l’influence de certains partis politiques (dans son ministère, ndlr) et les interférences entre ministères ». Faut dire qu’il en connaît un rayon, côté médias, notre fameux ministre de l’intérieur qui n’a rien a envier à son ancien collègue John Aschroft : « le ministère irakien de l’Intérieur a annoncé qu’il avait formé une unité spéciale chargée de surveiller les médias, et qui sera en mesure d’entreprendre des actions contre les journalistes qui n’auraient pas rectifié des informations jugées incorrectes par les autorités. La mission de cette unité spéciale sera de trouver “les informations fausses ou fabriquées qui blessent les Irakiens et leur donnent une image erronée selon laquelle la situation de la sécurité est vraiment mauvaise, alors que les faits sont totalement différents”, a expliqué sans sourire le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Abdul-Karim Khalaf. » nous dit LeQuotidien. La consigne, avant les prochaines élections est de ne garder que le « Bright sight of life », comme diraient les Monthy Python. On pourrait en rire, si la situation de millions d’irakiens n’était pas aussi tragique. Et rappeler qu’ici en France, on ne fait guère mieux pour peindre en réussite économique un déficit... abyssal.
En fait, le pouvoir de Maliki, c’est une Maison Blanche bis : la maison des coups tordus, celle où chacun se place pour tirer davantage de profits personnels et non mettre en place une politique soucieuse de la vie de ses concitoyens. Et comme Maliki se doute bien que ces propres ministres sont tentés régulièrement par l’évincer... il les fait surveiller de près. Bush, on le sait, allait surveiller ces propres ministres jusqu’à l’hôpital (Ashcroft en a su quelque chose). Bagdad, c’est Washington en plus petit en fait : on a activé les mêmes méthodes, celles qui consistent à mettre en place une police parallèle chargée de surveiller tout le monde, au cas où, en lui donnant le label bien connu, celui de la célèbre « guerre au terrorisme »... si pratique et si efficace pour justifier tous les enfermements, tous les débordements sécuritaires et toutes les tortures. La presse locale en atteste, de cette détestable atmosphère : « le quotidien Asharq al-Awsat, l’un des grands titres du Proche-Orient, décrit samedi une »atmosphère de secret et de rivalité politique en Irak« . »Les arrestations ont été menées par un groupe spécial luttant contre le terrorisme supervisé personnellement par Maliki« , écrit le journal, ajoutant que l’opération »pourrait avoir été lancée par Maliki pour affaiblir ses rivaux avant les élections provinciales« . Le premier ministre »supervise" donc une espèce de CIA bis, qui se charge avant tout d’éliminer la concurrence, en prétextant un danger pour le pays. A ce rythme là, il est à souhaiter que dans la plus grande ville irakienne il n’y aît pas deux immenses tours et que les aéroports civils ne reprennent pas trop vite tous leurs vols... sait-on jamais. Pour instaurer des lois coercitives, rien de tel qu’un bon attentat ; c’est bien connu. Les indiens viennent eux aussi d’appliquer eux aussi la méthode avec un certain brio il est vrai.

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jeune retraité de l'Education Nationale (PEGC) et du privé très (très) actif.
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