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Accueil du site > Actualités > International > Quand s’arrêtera la crise démographique russe ?

Quand s’arrêtera la crise démographique russe ?


Population_of_Russia_from_1992_to_January_2008.PNG Après deux décennies de baisse successive de sa population, la Russie semble s’engager lentement sur la voie de la stabilisation démographique, qui constituait une des priorités de Vladimir Poutine. La chute de l’U.R.S.S a en effet provoqué une importante crise démographique, causée par un taux de natalité particulièrement faible (1,092%) et un taux de mortalité (1,604%) comparable à ceux enregistrés dans des pays en voie de développement. Pour nombre d’experts, cette tendance serait amenée à se confirmer, de façon que la population russe pourrait atteindre en 2050 les quelques 77 millions d’habitants, soit une baisse de la population de l’ordre de 47% depuis 1992. La régression de l’espérance de vie, engendrée par les troubles politiques et économiques des années 1990 n’est pas étrangère à ce déclin démographique. La différence qui subsiste entre hommes et femmes est tout aussi frappante, puisqu’alors qu’un russe décède en moyenne à l’âge de 59 ans, une russe atteint en moyenne les 72 ans. Cet écart entre les deux sexes n’a fait que s’amplifier lors de l’adaptation dans les années 90 à l’économie de marché et la régression du niveau de vie des populations, puisqu’alors que l’espérance de vie féminine ne régressait que très légèrement, celle des hommes chutait de 4 ans !

Booster la natalité
Conscient de la menace à long terme que représentait cette crise, Vladimir Poutine a engagé depuis sa prise de pouvoir les réformes nécessaires à la stabilisation démographique, qui, conjuguées à une nette amélioration de la situation économique du pays ont permis de limiter la casse (cf. graphique ci-dessus). Tout d’abord, les différentes administrations sous Vladimir Poutine ont développé les campagnes d’incitation à la procréation et revalorisé les allocations familiales de maternité. Ainsi, en juillet dernier, Vladimir Poutine avait annoncé une importante revalorisation de la prime mensuelle reversée lors de la naissance d’un premier enfant (accordée 18 mois durant), qui, de 16€/mois auparavant était relevée à 35€/mois. Cette mesure avait été suivi de la création d’une allocation pour un deuxième enfant, d’un montant de 71€ mensuels et couplée avec le reversement d’un compte bancaire d’investissement de quelques 6000€. L’administration russe ne lésine ainsi pas sur les moyens pour rétablir une croissance démographique positive, en s’attaquant à tout facteur susceptible de mettre à mal une des priorités de Vladimir Poutine.

L’alcool, fléau pour l’espérance de vie
55440683.jpgLa pente descendante dans laquelle s’était engagée l’espérance de vie au lendemain de la désarticulation de l’URSS semble s’être inversée depuis 2004 (cf. évolution de l’espérance de vie) mais reste très éloignée des taux enregistrés sous la période soviétique. Pour expliquer cette dégradation subite de l’espérance de vie, les experts avancent les chiffres alarmants de la consommation d’alcool, qui serait la cause de 30% des décès des hommes. Ainsi, la Russie compte 1 homme alcoolique sur 3 et 1 femme sur 7, un chiffre qui n’a cessé de croître depuis l’avènement des années 1990, de façon que la consommation d’alcool a grimpé de 30% en moins de 20 ans ! L’augmentation des prix de l’"alcool traditionnel" n’a fait qu’empirer la situation, avec l’apparition sur le marché noir d’alcools artisanaux à la composition douteuse comme mortelle. La présidence de Boris Eltsine a par ailleurs annihilé l’ensemble des avancées enregistrées sous son prédécesseur Mikhail Gorbatchev, avec la perte de contrôle de l’état sur le marché de l’alcool et la suspension des principaux freins à la consommation d’alcool.

Un climat économique sous tension
Aucune des campagnes menées par l’administration Russe depuis Mikhail Gorbatchev n’ont permis de résorber la consommation d’alccol, témoignant de l’ancrage profond de cette maladie dans la société russe. Récemment, la fondation Obchtchestvennoïé mnienié tentait via une enquête d’opinion de grande ampleur de repérer les causes de l’alcoolisme. Il est ressorti de ce sondage que 32% des sondés impliquaient le désespoir, le stress et autres problèmes sociaux dans la consommation excessive d’alcool. D’un point de vue général, les problèmes d’ordres sociaux sont d’ailleurs une des, si ce n’est la, principale raison de la crise démographique russe. Le faible taux de fécondité (1,39 enfants par femme) peut ainsi être amputé au climat économique sous tension, qui n’incite pas à la procréation.

En effet, les taux de croissance particulièrement élevés enregistrés en Russie depuis le commencement du troisième millénaire n’ont pas rehaussé de manière conséquente le niveau de vie des 140 millions de russes, la croissance du PIB ne profitant qu’à une minorité citadine, regroupée dans les métropoles de Moscou et St-Pétersbourg ou à proximité d’importants gisements gaziers ou pétroliers. Ce problème récurrent déjà présent mais dissimulé sous la période de l’URSS devra être amoindri dans les prochaines années, élément indispensable du rebond démographique tant attendu.

La banalisation de l’avortement
L’avortement massif est une autre problématique, d’autant plus qu’elle est incontestablement liée à la crise démographique russe. Pour 100 naissances annuelles, la Russie recense en effet 105 avortements ! La banalisation d’une telle pratique, considérée parmi les populations comme un simple moyen de contraception, au même titre que le préservatif suscite l’inquiétude parmi les classes dirigeantes, qui ont entrepris un certain nombre d’actions ces dernières années. La Douma s’est ainsi prononcée en faveur d’une réduction de la date limite de l’avortement, qui de 22 semaines après la conception de l’enfant avait été réévaluée à 12 semaines après la conception, une modification de la loi en vigueur qui avait été suivie par l’interdiction de la publicité en faveur de l’avortement. Les conditions nécessaires à la pratique d’un avortement sont aussi régulièrement modifiées, et deviennent nettement plus exigeantes. Mais en dépit d’une volonté politique certaine, l’administration russe peine à modifier l’image de l’avortement, tant cette pratique a été légalisée très tôt, et donc désormais considérée comme naturelle.

Conclusion
La crise démographique dans laquelle s’est engagée la Russie au lendemain de la période incertaine que représentait la chute de l’U.R.S.S semble s’être quelque peu ralentie grâce à l’action de Vladimir Poutine qui pour encourager la natalité s’est résolu à une nette revalorisation des primes de maternité. La faible espérance de vie des hommes quant à elle, semble se stabiliser, mais ne sera vraisemblablement pas soumise à une forte hausse, du fait de l’ancrage profond de l’alcool dans la société russe, à l’origine de 30% des décès masculins. Par ailleurs, le climat économique sous tension, et la paupérisation de la population n’encouragent pas à la procréation. Enfin, un rebond démographique ne pourra avoir lieu sans une déconsidération de l’avortement, pratique devenue banale.

Retrouvez cet article dans son contexte original sur http://lenouvelhebdo.com


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13 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 15 janvier 2009 10:29

    un peu d’alcool desinhibe , trop de vodka libido raplapla ......


    • krolik krolik 15 janvier 2009 10:47

      Il est de fait que le taux d’alcoolisation des "mâles" en Russie / Ukraine / Biélorussie est assez effroyable.
      Il se consomme en moyenne une bouteille de vodka par jour et par habitant (hommes, femmes, du nourrisson au vieillard...).
      Les mesures prises par Gorbatchev étaient assez ridicules : du type destruction des usines de bouteilles, ce qui fait qu’en URSS vers la fin du "système" vous étiez infoutu de trouver une bouteille d’eau. J’ai crevé de soif à chaque visite à l’époque jusqu’à l’arrivée des bouteilles en plastique, l’eau du robinet n’étant pas potable dans bien des cas.

      Le député nationaliste Jirinovsky a proposé à la Douma il y a 5 ans de légaliser la polygamie pour les hommes en Russie en soulignant qu’il suffisait de se promener dans un Kolkhoze pour que quelques femmes vous tombent dessus pour se faire faire un enfant !!! (Je confirme personnellement...)

      Il est un fait que la disparité des populations entre hommes et femmes fait qu’il n’y a plus assez de mâles pour le nombre de femmes. Et ceci est en grande partie la cause de la demande d’émigration féminine vers l’Ouest, et ceci de façon concomitante à la pauvreté récurrente de la grande masse de la population. Mais plus de mari possible... !!

      D’un point de vue géostratégique on a un grand pays, bourré de ressources naturelles qui se désertifie mais avec un excès de femmes et tout à côté on a un autre grand pays, la Chine qui lui a une population toujours en augmentation et un excès de mâles par rapport au nombre de femmes.
      Il est tout à fait vraisemblable que l’on assiste dans les quelques années qui viennent à une intrusion chinoise dans l’Est Russe, intrusion pacifique ou guerrière mais intrusion tout de même. Là est, je crois, je problème fondamental généré par cet état de fait.

      @+


      • Philippe VIGNEAU 15 janvier 2009 12:33

        arretons de vouloir "booster la natalite" comme vous dites... on est deja bien assez comme ca...


        • appoline appoline 15 janvier 2009 13:03

          @ Philippe,
          Beaucoup ne veulent plus voir leurs enfants crever de faim et subir la misère comme leurs parents. Effectivement, même si la démographie en Russie n’est pas florissante, il n’en est pas de même pour le reste du monde. Quand on entend qu’en France, on flatte les femmes pour leur performance, quelle connerie quand on sait que d’ici quelques temps, il va falloir se battre pour son propre bisteck.


        • Yannick Harrel Yannick Harrel 15 janvier 2009 15:13

          Bonjour,

          La crise démographique est devenue grande cause nationale effectivement sous Vladimir Poutine (d’un autre côté, il était difficile de passer à côté de cette urgence) et les premiers effets positifs commencent à se faire ressentir. Rosstat ayant signifié que le nombre de naissances était en hausse dans quasiment toutes les entités de la Fédération de Russie (à une exception près). Seulement une hirondelle ne fait pas le printemps et cette politique nationale ne verra ses effets qu’à moyen terme.

          Concernant l’alcool, j’ai perçu lors de mes séjours un changement inquiétant : les jeunes délaissent les alcools forts de type vodka pour les bières nationales, ingurgitées en très grande quantité (voire mélangée à d’autres alcools). Ajoutons que les bouteilles font généralement 50cl et que le degré d’alcool avoisine les 7 ou 8° en général et l’on devine les dégâts.

          Je ne suis pas convaincu que l’on puisse éradiquer complètement le fléau de la surconsommation d’alcool mais il peut être réduit drastiquement en évitant le désoeuvrement des jeunes. En premier lieu, redonner goût aux études longues, puis favoriser les mouvements de sociabilisation devraient permettre de juguler a minima ce phénomène. Ensuite tout sera question de conjoncture économico-sociale car la surconsommation d’alcool tient en partie à des causes psychologiques mais aussi et surtout sociologiques.

          Cordialement


          • Alexandre Latsa Alexandre Latsa 15 janvier 2009 19:09

            Bonjour

            article ’intéressant’ .... Pour infos http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=40963

            Cordialement


            • antireac 15 janvier 2009 19:58

              Les russes payent l’effroyable mépris de la vie humaine pendant les 70 ans de communisme.


              • taktak 16 janvier 2009 10:36

                Mais bien sur :

                La Russie devra payer indéfiniment pour son crimes immondes : avoir chasser les capitalistes.
                Ca prouve bien que ce peuple est dégénéré d’avoir une pensée pareil.

                Faut arreter l’alcool, ca fait plus de 20 ans maintenant qu’il n’y a plus de socialisme en Russie. On peut pas accuser l’URSS d’être la cause de la baisse de l’esperance de vie ET de la natalité qui ont eu lieu après sa fin.

                La courbe de l’evolution de l’espérance de vie suffit à montrer les progrès merveilleux permis par la fin du socialisme : le retour à une espérance de vie digne du début du siècle.

                @ l’auteur : Auriez vous un peu plus de détail sur l’évolution du solde migratoire de la russie, et des pays de l’est en général ?


              • Alexandre 16 janvier 2009 00:34

                 La réponse est : bientôt 
                 Pour les raisons évoquées dans l’article et parce que contrairement à ce qui y est affirmé le niveau de vie moyen de la population s’élève rapidement.( La Russie est devenue en 2008 le premier marché européen pour la vente d’automobiles, devant l’Allemagne.)

                 Cela dit, est-ce une bonne nouvelle ?

                 La seule réponse raisonnable à la crise écologique et à l’épuisement des ressources naturelles est la limitation de la population mondiale.
                Un pays a forte sensibilité écologique comme l’Allemagne est en régression démographique et ne semble pas se porter plus mal sur le plan du développement économique que la France où on se se réjouit d’être le pays le plus fécond d’Europe, tout en se lamentant sur les conséquences sur l’environnement de la surpopulation.

                 Toutes les mesures prises au "Grenelle de l’environnement" et celles liées aux nouveaux marchés qui s’ouvrent avec la peur irrationnelle entretenue par des groupes d’influence sur le réchauffement climatique ( qui s’il existait vraiment (2008 est l’année la plus froide depuis plusieurs décennies), permettrait, par exemple,de diminuer les consommations d’énergie liées au chauffage, et de mettre en culture des régions du globe trop froides actuellement) ne seront d’aucune utilité pour réduire la pollution et ralentir l’épuisement des ressources naturelles si la population mondiale continue à augmenter. A moins de vouloir maintenir en sous développement une grande partie du globe.
                 
                 


                • subpop subpop 16 janvier 2009 11:18

                  l’Allemagne rééquilibre sa démographie grâce a l’immigration turc ! de même les USA grâce l’immigration mexicaine. tu ne peux pas comparer la Russie et l’Allemagne qui est un pays européen avec une immigration importante.


                  • Alexandre 16 janvier 2009 13:10

                     @ subpop

                     Il y a également une immigration importante en Russie, venant de tous les pays de l’ex-URSS ( sauf des pays baltes), et la Russie est également un pays européen ( jusqu’à l’Oural...)


                  • Alexandre Latsa Alexandre Latsa 18 janvier 2009 16:15

                    A Alexandre

                    Pourriez vous m’expliquer en quoi la Russie a l’est de l’oural serait moins "européenne" que la russie a l’ouest de l’oural ???


                  • Alexandre 18 janvier 2009 17:29

                     C’est une convention géographique qui fixe la limite de l’Europe à l’Oural.
                    Dans le domaine culturel, il n’y a bien sûr pas de frontière entre la Russie d’Europe et la Sibérie (sauf peut-être dans le grand nord ou subsistent quelques civilisations ougriennes)
                    On pourrait définir l’Europe par son histoire religieuse.
                    Je crois que vous souhaitez que la géographie humaine et politique la rejoigne.
                    Au niveau de la géographie physique, il n’y qu’un seul continent eurasiatique.

                     Visitant fréquemment votre blog, je sais que je ne vous apprends rien.

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