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Quantum of Africanism

Quel est le problème de l’Afrique ?

Elle est le continent le plus riche avec des ressources naturelles gigantesques.. Depuis le soleil écarlate des indépendances dans les années 1960, elle a offert le matériel nécessaire aux autres continents pour la construction de leur confort, du luxe de leur société, de l’aisance de leur civilisation.. Elle a travaillé d’arrache-pied, comme le soulignait brillamment Anver Versi, pour « réaliser les rêves des autres », en négligeant de prendre soin de ses propres aspirations..

Il est vrai que plus que jamais quelque chose ne tourne pas rond en Afrique..

Il y a eu un temps où l’on a voulu se convaincre que la colonisation fut la cause de tous les maux dont souffrent ce continent, qu’elle a continué au-delà de la célébration des pseudo indépendances.. Il y a eu un temps où cet argument marchait et galvanisait les masses populaires à des fins électoralistes, politiques et idéologiques, on voulait bien croire au grand complot, au racisme économique et à la doctrine ségrégationniste de la communauté internationale, mais aujourd’hui il en faut plus à la nouvelle génération d’africains pour justifier l’immobilisme, la trahison des élites actuelles vendues aux intérêts étrangers.. Le continent possède des richesses inestimables, une population de près d’un milliard d’individus, mais il ignore encore après tant de décennies comment se transformer et traduire tout son potentiel naturel en richesse.. Personne ne viendra faire de la boue africaine une terre d’or si les africains eux-mêmes ne se décident pas à s’émanciper de la tutelle occidentale, à se reformer profondément, et à s’aider d’abord entre eux avant de tendre une main inutilement mendiante à la bourse des institutions de Bretton Woods..

Pourquoi les Etats-Unis d’Amérique sont la plus vaste économie du monde ? Pourquoi la Chine domine-t-elle l’économie internationale ? Parce qu’ils ont compris que les ressources humaines constituent leur atout le plus précieux, et qu’ils doivent investir massivement, sans compter, dans la formation ; car en fin de compte les ressources naturelles ne servent pas à grand-chose si l’homme ne met pas son intelligence et son énergie à produire de la valeur.. Ce n’est pas bien sorcier.. Il suffit d’arrêter de négliger la formation de sa jeunesse, de dilapider à l’extérieur les ressources naturelles que d’autres s’empresseront de transformer et de revendre au prix fort.. L’Europe est un continent ayant peu de ressources mais véritablement plus riche que l’Afrique, pourtant son grenier énergétique.. Elle a su utiliser toutes ses ressources pour construire de belles nations que la plupart des dirigeants africains ont plaisir à visiter, tout émerveillés par la beauté de la modernité occidentale.. Même ceux qui y élisent domicile fuyant la puanteur des rues de Lagos ou la vétusté des infrastructures de Douala, font semblant de ne pas comprendre les causes d’un tel développement..

Ces pays, dans lesquels ils ressentent les joies de l’existence et où ils brûlent leurs caisses nationales publiques, ont compris que le commerce par exemple est la distribution de la richesse, et qu’il faut le renforcer plutôt que l’exportation systématique des matières premières.. C’est en créant un vaste empire commercial dans le monde que le Japon dénué de ressources naturelles a importé les richesses et a su les distribuer à l’intérieur.. Le volume du commerce à l’intérieur des Etats-Unis et des pays européens est largement supérieur aux exportations.. La Chine bien qu’ayant en ces temps de crise économique perdue des marchés étrangers, a pu compter sur son marché intérieur, ce qui lui a permis de tirer son épingle du jeu.. Même l’Inde qui avait le plus grand mépris pour sa population, a compris que le meilleur moyen de créer de la richesse est de former cette population et de satisfaire ses besoins.. Aujourd’hui, elle peut se targuer de subvenir aux besoins nationaux de certains pays africains et compte désormais parmi les puissances émergentes, c’est-à-dire celles de demain..

L’Afrique possède tout ce qu’il lui faut pour se développer, tout sauf la mentalité qui va avec.. Les petites rivalités entre les Etats, entre les peuples, les ego démesurés des Chefs de gouvernement, le fatalisme ambiant avec son lot de résignations, les jalousies et l’arrivisme, l’inefficacité bureaucratique de l’Union Africaine asphyxiée par des luttes intestines, la liste des maux qui rongent ce continent est exhaustive.. On a souvent parlé de panafricanisme, d’une fédération des Etats africains formant un bloc uni comme de la panacée, mais l’on a oublié que tant que les africains ne feront pas preuve d’ « africanisme », c’est-à-dire d’un attachement manifeste à une destinée commune, d’une exploitation ingénieuse des diversités plurielles, d’un développement solidaire réel, et d’une politique commune fondée sur l’intérêt primordial du continent ; ils auront beau invoquer les fétiches et faire des incantations dérisoires, croiser les bras et attendre l’arrivée du Christ, l’Afrique vivra ce siècle comme tous les précédents, dans une sorte d’esclavage..

L’Afrique regorge de richesses multiples et variées : le cuivre, le pétrole, le gaz, le diamant, l’or, le platine, le charbon, le phosphate, le bois, le sable, le carbonate de sodium, le café, le cacao, le coton, le thé, absolument tout ce qu’il faut pour s’imposer au sein de la communauté internationale.. Elle a plus de terres érables que n’importe quel autre continent et un climat plus varié pour une plus grande diversité de produits, avec les plus vastes lieux de pêche du monde et des pâturages énormes.. Mais déjà les africains n’en profitent pas, la preuve : le commerce intra-africain représente faiblement 4% de l’ensemble du commerce africain, aucun pays ne veut réellement commercer avec les autres, ils s’échangent ni les ressources, ni les idées, encore moins les procédés.. Et les vraies fausses tentatives d’intégration sous-régionale ont finalement avorté, on a fait semblant d’ouvrir les frontières, sans plus..

Le salut de ce continent ne viendra pas du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale ou de l’Organisation Mondiale du Commerce, ce sont des organisations mercenaires des oligarchies financières occidentales dont les politiques loin de profiter au plus grand nombre, parviennent à creuser les écarts déjà abyssaux entre l’Afrique et l’Occident, le Sud et le Nord.. D’un coté, ces institutions imposent au continent un libéralisme économique anarchique, cannibale, de l’autre elles autorisent les plus puissants à pratiquer le dumping économique.. Les Etats-Unis versent par an 5 milliards de dollars à leurs producteurs de coton, ce qui fait que le coton américain se vend à un prix inférieur de 30 à 40% à celui venant d’Afrique.. Les conséquences d’une telle situation sont faciles à imaginer sur le quotidien des populations locales.. Lorsque le Sénégal, pays à 57% rural et qui consacre seulement 7% de son budget à la paysannerie, demande une aide à la France, puis à l’Union Européenne, pour l’obtention de 10 000 tracteurs afin d’augmenter la productivité paysanne et lutter directement contre la pauvreté, le refus est presque cinglant, pourquoi ? Parce que ne rentrant pas dans les choix français et européens de politique de l’aide au développement.. C’est l’Inde au final qui dès réception de la requête débloque les tracteurs nécessaires.. Depuis le temps que l’Afrique est sous perfusion occidentale, son sort ne s’en est pas amélioré, au contraire.. Que faut-il de plus pour que les africains comprennent que les autres ne sont là que pour leurs propres intérêts ?

A quoi sert la masse intellectuelle africaine formée dans les pôles d’excellence du monde entier ? Une masse intellectuelle qui intellectualise un peu trop sans agir concrètement, elle se regarde le nombril, s’admire mutuellement, se rouille dans des conférences ronflantes et dans des discours à des milliers d’années lumière des attentes populaires.. Lorsque l’on sait qu’ailleurs, les intellectuels oeuvrent pour la transformation de leur société en matérialisant leurs recherches ; en Afrique, on noircit des millions de feuilles blanches pour recevoir les palmes académiques occidentales, en espérant assurer sa retraite en occupant le jour venu un poste ministériel dans un gouvernement fantoche.. L’Afrique forme des bureaucrates, qu’ils soient des ingénieurs ou des diplomates, ils préfèrent la fraîcheur des bureaux climatisés à la chaleur infernale des conflits et des difficultés qui assassinent la populace..

Et ceux qui ne cessent d’exiger la libération de l’Afrique, mais qui ont la frousse de se retirer de l’asservissement monétaire d’une partie du continent, que font-ils pour que le changement soit au diapason avec les litanies des bas-fonds ? Ce Franc CFA[1], instrument par excellence du néocolonialisme, propriétaire de la France qui l’utilise pour mieux piller sa françafrique.. Quoi de plus légitime.. Avant 1973, les pays de la zone franc devaient stocker 100% de leurs recettes d’exportation, aujourd’hui ils sont obligés d’en y déposer « que » 65%, pour n’en récupérer que « 35% » après conversion en F CFA par la France.. Au final, près de 1000 milliards de F CFA alimentent présentement les comptes d’opération à la Banque de France.. Une somme d’argent utilisée par la France dans sa grande générosité sous le couvert de sa politique africaine d’ « aide au développement ».. Et d’après le rapport Jeanneney, la France se sert largement de l’argent africain, à l’exemple du Trésor public qui puise dans les capitaux africains, pour combler son propre déficit.. Il y a décidément une forte odeur d’Afrique dans les caisses et si l’on trouve que ce continent là n’est pas suffisamment entré dans l’Histoire, il faut tout de même lui reconnaître sa contribution financière aux triomphes historiques des sociétés dites de civilisées et de l’intelligence..

Seule une monnaie africaine est le gage d’une réelle souveraineté nationale car aucun pays ne s’est développé en utilisant une monnaie étrangère.. Il faut donc pour les africains francophones abandonnés le F CFA, fabriqué en France – près de Clermont-Ferrand.. Les pays du Maghreb ont quitté la zone CFA dans les années1960, ne s’en sortent-ils pas mieux que ceux d’Afrique noire francophone ? L’échec de la Guinée Conakry qui fit une sortie tonitruante de la Communauté Française d’Afrique ne devrait pas être un motif de résignation, le problème avec Sékou Touré et de Lansana Conté, c’était une question de gestion politique plus que médiocre..

Le problème africain n’est pas la France qui assume sa survie en faisant de la Realpolitik[2] comme n’importe quelle nation essayant de tenir fébrilement son rang, même si en passant elle se permet honteusement de servir sa soupe paternaliste foncièrement moralisatrice aux sempiternels grands enfants africains..

Le problème c’est l’africain qui accepte cet état de chose et qui va jusqu’à le justifier..

Le problème de l’Afrique est à la fois simple et profond.. Elle refuse d’évoluer vers une société responsable.. Après des siècles d’aliénation, elle continue à se plaire dans cette infériorité suscitant le mépris affligeant des autres continents..

La responsabilité individuelle est esquivée systématiquement par les acteurs de la société africaine, pourtant la responsabilité est une valeur structurante des sociétés modernes.. La communauté permet aux africains d’échapper à leurs responsabilités individuelles.. L’irresponsabilité est érigée en dogme[3], d’où une faible inventivité des sociétés africaines et la persistance du sous-développement.. En fin de compte, les africains ne sont responsables de rien, ni de la détérioration des termes d’échange, ni de la profondeur de la corruption, de la faillite économique.. De rien.. Encore moins d’eux-mêmes..

Pour se développer, il est nécessaire de se responsabiliser et de s’assumer pleinement.. A commencer par l’éducation de la jeunesse africaine et la création de débouchés pour qu’elle n’aille pas faire la fierté des autres.. Car les jeunes africains qui quittent le continent, c’est moins pour l’Occident étincelant, que l’abandon d’une Afrique qui « désespère sa jeunesse » selon la formulation géniale de Daniel Etounga.. L’Afrique a les moyens de s’en sortir, en aura-t-elle le courage, fera t-elle face à ses responsabilités ? Pourra-t-elle acquérir et enrichir ce « quantum of africanism » vital à sa survie, à son évolution, à sa transformation ? C’est là tout l’enjeu actuel..



[1] Le Franc des Colonies Françaises d’Afrique devenu le Franc de la Communauté Francophone d’Afrique..

[2] N’est-ce pas aussi cette France-là, sous la houlette d’un certain Edouard Balladur qui décida presque unilatéralement en 1994 de la dévaluation du F CFA, ce qui eut des effets désastreux sur les économies africaines francophones ?

[3] La mort du ¨Président Omar Bongo illustre à la perfection l’irresponsabilité africaine.. Un Chef d’Etat contraint d’aller se faire soigner à l’étranger, dans un hôpital occidental performant et moderne, alors qu’avec sa fortune colossale amassée au cours de ses quarante années de pouvoir – de règne monarchique absolu, il aurait pu construire une dizaine – soyons modeste – d’hôpitaux ultra modernes dans son pays et mettre à la disposition du peuple gabonais le meilleur des soins médicaux ainsi qu’un accès privilégié à la santé.. Il aurait pu former des médecins de très haute qualité qui se seraient mis au service du peuple, mais comme toujours l’égoïsme, le nombrilisme, le narcissisme auront pris le dessus sur le sens des responsabilités.. Malheureusement, le cas du Gabon n’est pas isolé..


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