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Que fleurisse le jasmin au Maghreb

Vivent les Tunisiens qui ont ouvert une grande porte en chassant le tyran même si des vents violents viendront faire des dégâts avant que ne se constitue une ère nouvelle.

Notre texte examine l’espoir soulevé avec cette « révolution du jasmin » par l’exposé de quelques problèmes et obstacles au développement durable et à la construction nécessaire du Maghreb comme région appelée à bousculer l’élargissement de l’Europe vers l’ensemble de la méditerrannée avec ouverture à l’Afrique dans le contexte de la mondialisation.

1- La « révolution du jasmin », fait accoucher dans la douleur, de très sérieuses perspectives de démocratisation des pays. Elle sera heureusement et inévitablement ccontagieuse comme le montrent certains effets en Jordanie et au Yemen. Le « monde arabe et musulman » et plus particulièrement le Maghreb en seront infliuencés nécessairement et décisivement pour diverses raisons.

Nulle certitude cependant que ces régions et d'autres évoluent très rapidement vers la démocratie et vers le dépassement des blocages politiques et sociaux du développement. Mais les gouvernants et les élites ont intérêt à la penser pour dépasser les situations malheureuses et éviter des évolutions douloureuses en organisant ladémocratisation et la bonne gouvernance.

L'exemple tunisien démontre que l'islamisme peut se cacher ou être renvoyé au domaine privé et qu'il est d'abord le produit de manipulations par les dirigeants politiques autoritaires. Cet islamisme craint par les observateurs et les opinions européennes, semble avoir été renvoyé à sa place par la révolution du jasmin comme les émeutes de Bab el oued (Alger, janvier 2010) semblent avoir renvoyé Ali Belhadj, le leader incendiaire du FiS des années 80. Fruit et symptome d'une longue histoire destructrice des sociétés et de leurs élites et de représentations, l'islamisme masque ce que la révolution du jasmin a mis à jour, la nécessaire mobilisation sociale pour compenser le vide politique constitué par des politiques déficientes et malheureuses quelque soient les petits moments d'avancement de l'histoire post coloniale déjà piégée par la sortie gaullienne.

2- Des effets attendus de la révolution du jasmin : la « révolution du jasmin » vient ouvrir des perspectives importantes qui au delà de ce qui l'a permise, la mobilisation par internet, renvoient à une question majeure, celle du développement humain tel qu'il peut être envisagé dans le cadre de la mondialisation.

La réussite de cette véritable révolution qui a fait fuit le tyran, tient à de nombreux facteurs. Elle démontre que l'histoire ne se programme pas et que les conditions de la réussite tiennent au rôle d'évenements et d'acteurs inattendus mais aussi à la jonction nécessaire avec la pluralité des situations des groupes et acteurs d'une société et c'est cela qui permet de penser les effets de la révolution tunisienne auront sur les autres pays les effets de l'exemple, ces effets pouvant être progressifs et donc pas nécessairement révolutionnaires. L'exemple tunisien vient ainsi de montrer que les laissés pour compte d'un régime policier dont beaucoup se satisfaisaient hypocritement peuvent dialoguer avec les démocrates. Il montre déjà que beaucoup de gens du système n'étaient pas nécessairement pourris et qu'ils ne souhaitaient que d'en sortir car en effet,

  • la première tentative du premier ministre de conserver le pouvoir a été vite remsie en cause par les respect de la constitution,

  • la tentative du chef de la securité de l'ancien dictateur et de ses milices a donné lieu à son arrestation et à la prise du Palais présidentiel,

  • la population s'est organisée de façon mature pour gérer la situation faite par la situation de vacance du pouvoir

Les difficultés ne manqueront pas mais on peut en espérer et croire qu'eles pourront être abordées par un peuple auquel sa patience passée et l'expérience de l'humiliation serviront d'appui pour l'écriture d'une nouvelle histoire et pour l'entrée dans une démocratie de type nouveau que lespeuples du sud et du monde arabe sauront mener dans une séparation de l'Etat et de la religion continuatrice de celle faite en l'an 800, par le fondateur de l'Etat aghlabide dont la Tunisie moderne est encore marquée.

3-une autre révolte a eu lieu en 1988, en Algérie qui ne fut pas révolution.

Une lettre émouvante et juste de Nacer BOUDIAF1, du fils du Président algérien Mohamed Boudiaf tombé sous les balles un jour, à Annaba, où l'espoir a chuté, rêve de la « levée jour » en Algérie reprenant une « prédiction » du grand leader de la lutte anti coloniale des Algériens, Ferhat ABBAS. (cf. lettre en note infra paginale)

L'Algérie avait en effet ouvert une fenêtre sur l'avenir en 1988 et la Tunisie en a ouvert une autre certainement plus sûrement, ces jours de janvier 2011.

Du temps a passé, perdu certes et douloureusement mais l'histoire n'a jamais du retard

  • l'Algérie est faite de croissance, de modernisation, de liberté de la presse écrite et de libéralisation de l'économie, de progression de très nombreux secteurs tels celui de la recherche scientifique, de la production agricole etc., de sortie presque complète de la grave crise constituée avec un terrorisme des plus violents qui a presque fait dériver tout un pays, mais elle est aussi faite de graves évolutions :

    - la chute de la production nationale de biens de première nécessité, de dépendance économique vis à vis de la ressource pétrolière qui est exploitée de façon strictement minière,d'accroissement de l'économie informelle et du petit emploi à la sauvette, de dégradation de l'enseignement primaire et secondaire, de quasi effacement des forces d'opposition et de manque de gouvernance, d'affaiblissement des compétences des communes, de diffusion grave de la corruption et du clientélisme, de chômage des jeunes, de dégradation de l'environnement et, conséquemment

    - la crise morale faite notamment de désespoir de jeunes sans perspective de travail, de sous productivité des classes supérieures et moyennes et de sentiment d'échec et de « perte de l'avance » prise par deux révolutions aux conséquences lourdes et violentes.

4- Qu'en serait il ? Qu'en est il des perspectives pour l'ensemble du Maghreb ?

L'histoire qui s'écrit est faite de détours qu'il faut accepter, en tirant les leçons pour que les assassinats politiques qui ont succédé à ceux de la colonisation soient suivis de l'affirmation de la démocratie.

En Algérie comme au Maroc, la démocratie existe de fait malgré des faiblesses encore lourdes. Elle fonctionne à la mesure des effets du niveau socio culturel et de l'histoire politique dans laquelle l'islamisme politique qui constitue une menace certes réelle comme toute « épidémie » ou « dérive », mais aussi un facteur dépendant de sa gestion politique par les Etats et par le système international.

En Algérie , le développement de la démocraie nécessite une sortie du clientélisme et de la corruption d'un système alimenté copieusement par une grande partie de la population dont beaucoup veulent être des bénéficiaires plutôt que des producteurs et des créateurs.

Le Maroc a dépassé le temps de la tyrannie et avance doucement et pacifiquement quoique difficilement par la lutte contre la pauvreté, la décentralisation et une meilleure liberté d'expression et d'organisation.

La Libye qui constitue un modèle d'évolution d'une dictature avec la manne pétrolière. Les problèmes évoluera certainement ou s'enkystera à lamanière de la Corée du nord.

La Mauritanie quant à elle a évolué très positivement certainement du fait d'unpourrissement du système depouvoitr malassis socialement et en raisonde la dépendance vis à vis de la France et des institutions internationales. La démocratie s'y expérimente et évoluera certainement sous l'effet de l'environement international proche.

L'ensemble du Proche Orient et de l'Arabie enfin évoluera peut être pour une seconde fois dans un sens inverse de l'histoire longue au cours de laquelle il a sur déterminé l'évolution du Maghreb avec la fondation de Carthage, l'islamisation et l'arabisation, la domination ottomane puis la diffusion de l'arabisme nationalo islamique et l'Egypte constituera peut être une pièce importante des effets des déplacements de dominos.

5 Le Maghreb, une perspective majeure incontournable dans la construction du développement dans la mondialisation contemporaine

Lesproblèmes structurels de l'ensemble du Maghreb restent lourds et parfois compliqués tels :

  • ceux socio-économiques de la pauvreté, de l'emploi, de l'accès aux services, de l'accès à une éducation de qualité, ne sont point impossibles à régler, quelque soient les complexités et difficultés,

  • ceux de la corruption, importante dans tous les pays, concernant de nombreux milieux et différenciée entre grosses affaires et mafias et petite corruption de fonctionnaires mal payés et mal contrôlés, appellent d'abord unetransparence de gestion, la bonne gouvernance et le traitement décidé, prudent et méthodique des causes profondes : faiblesse de la justice et de la défense de l'Etat de droit principalement, facilitation de la représentation et de l'organisation de la société civile

  • celui des identités posées à l'ensemble du monde dit « arabe » et musulman qu'il faudra bien qualifier par sa diversité ethnique et religieuse et dans lequel les réalités culturelles, sociales et politiques générent des compositions entre les identités de langue et de lieu, d'âge et d'appartenance sociale,

  • celui de l'intégrisme religieux qui traduit la crise morale, la crainte de perte d'identité et la perte des cultures devenues marchandes et formelles, détachées de la lecture et de la connaissance de soi, des siens et de l'autre ; un intégrisme de pauvres et de marchands, urbains déracinés que manipulent des nouveaux riches et gens d'affaire de toute sorte ; un intégrisme alimenté par les discours néo libéraux et du « clash des civilisations » huntingtonien, développés par les va t'en guerre fanatiques et travaillant pour les lobbies texans ; des intégrismes qui ont poussé sur les terreaux de l'école étatique orientée par de petits nationalistes ombrageux confondant l'enseignement des fondamentaux avec la mauvaise éducation religieuse, assurée par des maîtres plutôt machistes et maitresses terrorisées, pauvres en culture, endoctrinés et dépourvus de méthodes ou d'objectifs faute d'en avoir eu eux mêmes, plutôt mal payés et non encadrés, poussés à se substituer aux parents délégitimés car analphabètes quoique plus instruits socialement, instrumentalisés par des politiques d'un nouveau type qui se sont installés en éliminant les élites des pays, un intégrisme substitué aux croyances par des régimes politiques sans programmes ni doctrines véritables et approvisionés au grè des apparitions de mouvements doctrinaires liés à des intérêts toujours matériels,

  • les problèmes politiques qui sont ceux d'une privation de démocratie dès la « confiscation des indépendances » par une classe politique dont beaucoup de membres ayant pu croire bien faire au départ, se sont installés dans le bénéfice de rentes de situations et de pouvoirs, problèmes dontla résolution est nécessaire pour tous si elle n'est pas au fond attendue par tous même par les classes au pouvoir qui ne savent parfois pas comment se dégager sansrisquepour eux mêmes et pour les pays,

  • des questions de politique internationale telle celle du Sahara du fait de laquelle les petits marocains croient que les Algériens sont des assassins ennemis et que les petits Algériens croient que les Marocains sont des serviteurs sans personnalité ni identité ; une question que manipulent des groupes politiques de chacun des pays lesquels empêchent les gouvernants de travailler une vraie et bonne solution, la seule réaliste aujourd'hui à savoir celle de l'autonomie au sein de l'union maghrébine régionalisée à grande échelle constituée par un accord politique qui tienne compte des réalités d'opinion actuelles et qui transférera les questions de défense, d'identité et de développement dans la construction par les populations des lieux.

  • Les questions post coloniales de remise en cause de l'ordre inégal des relations internationales asymétriques, inégales donc entre les pays du Maghreb et les pays industriels principalement la relation avec la France qui manque encore de pouvoir dépasser le système de la Françafrique et de définir une politique, digne de ce nom et conforme aux réalités contemporaines ; question donc de rupture avec la tradition d'hégémonie et d'influence de la France et constructrices d'une relation de partenariat conforme aux enjeux de la mondialisation dans le cadre d'un élargissement nécessaire de l'Europe face aux réalités des grandes régions mondiales.

  • D'autres questions telles celles de la durabilisation du développement dans le cadre d'une politique internationale de lutte contre le changement climatique par la coopération mutuellement bénéfique autour de la méditerranée et de la protection des biens naturels communs, cette coopération constituant la meilleure façon de lutter contre les migrations clandestines et contre la dégradation des situations des régions fragiles subsahariennes et plus encore d'accompagner le développement de l'Afrique et de l'ensemble Méditerranée Moyen Orient en général.

6- L'avenir du Maghreb s'écrit. 

Le Maghreb est riche de ses cultures vernaculaires et de ses patrimoines urbains, de ses ressources naturelles d'ancien grenier à blé, de ses belles montagnes, de sa steppe immense et de ses immensités désertiques, de son énergie tirée du sous sol et du soleil, du tourisme dont la Tunisie et le Maroc - bientôt l'Algérie espérons le - ont développé comme espace et comme temps de la rencontre avec l'occident et avec la modernité, de ses émigrations devenues un relais majeur vers la modernité et l'ouverture à l'occident et à la pluralité des idées et des cultures, de sa jeunesse capable de créer la musique, le cinéma, les arts les plus modernes et de faire vibrer les foules des stades de foot ball et des pistes de course à pied,..

7 Perspectives de la mondialisation et histoire

Le Maghreb ira, je crois et je l'espère, vers une unité.

Mais celle ci exige préalablement l'émergence de nouvelles élites démocratiques qui dialogueront avec les expériencés de la colonisation et de systèmes autoritaires qui bien que soutenus par les pouvoirs occidentaux, ne sont pas tombés du ciel mais sont sortis de la pourriture des systèmes coloniaux et d'une histoire plus longue et compliquée.C'est là que l'islam pourra retrouver Ibn Rochd et que la tyrannie ou l'autoritarisme voire le paternalisme seront effacés par une démocratie qu'il n'est pas nécessaire de copier sur le dispositif français.

Le présent s'éclaire d'année en année

Il bénéficie d'un monde qui a changé avec Internet, l'élection d'Obama, la libération de l'Afrique du sud et de plus en plus de l'Amérique Latine. Djeddah ne pourra plus fonctionner comme constituée par l'obscurantisme allié de la couronne britannique puis de l'Amérique dominatrice. Israêl devra se transformer en état démocratique pluriconfessionnel et pluri-ethnique et les oliviers palestiniens repousseront dans la fraternité. Al Qaida ne sera plus qu'un cauchemar et l'Europe devra bien dialoguer avec le sud de la Méditerranée et l'Afrique.

La civilisation fut à Ur, Leptis Magna, Teveste, Cesarea et Tingis, Damas, Fustat et Baghdad, Kairouan, Cordopue et Grenade, Marrakech Achir et Tunis, Ghardaïa, Tombouctou, Ouadane et chinguetti, et plus au sud encore au Royaume du Dahomey.

Elle devra se réinstaller durablement avec les futurs de la démocratie et de la mondialisation culturelle et innovatrice pour participer à la construction d'un monde nouveau.

Le temps est certainement venu après la mise en place des états nationaux post coloniaux de la construction d'un futur territorial post nationaliste qui nécessite :

  • le renforcement de l'Etat comme cadre de solidarité et d'organisation de la gouvernance de régions et espaces spécifiés culturellement

  • une évolution des pouvoirs politiques en fonction des situations nationales et des symboliques qui font leurs identités ; des constructions de la société politique moderne aux échelles des mobilisations locales et régionales et du traitement des questions majeures :

- éducation et formation de qualité, ouverte au grand nombre et productrice d'élites modernes et cultivées, constittuion d'une force maghrébine de recherche scientifique et d'innovation technologique,

- impulsion de l'innovation et de l'entreprenariat moderne, structuration de la production régionalisée des ressources stratégiques : agriculture, industrie, services,

- organisation d'un droit positif dynamique de façon progressive et non par la réforme technocratique et laproduction de lois et règles inapplicables mais par la formalisation juridique de l'accord dans la règle compréhensible et juste,

- la privatisation de la chose religieuse à travers sa séparation adaptée,

-la mise en place de politiques culturelles inspirées des héritages précoloniaux et des lumières, ouvertes à l'ensemble de la population et au monde, en en faisant l'outil de l'approche de la question linguistique (un arabe moderne, promotion de la langue amazigh dans ses diversités vernaculaires, une langue française valorisée comme « butin de l'histoire coloniale », la démocratisation de l'usage commercial et culturel de l'anglais) du tourisme considéré comme ressource stratégique,

- la construction d'une diplomatie maghrébine active et contributive au règlement de grandes questions stratégiques importantes pour l'orientationde la mondialisationet déterminantes de spositionnements idéologiques et des jeux politiques : question palestinienne, gestion de la relation avec l'Europe, lien avec l'Afrique et l'Amérique latine, participation à la définition des codes et lois internationales régissant le commerce (de l'argent et la finance, de la circulation des personnes, des brevets,..) et l'usage de la force

- achèvement et affinement de l'organisation de l'espace des communications et de l'équipement (chemin de fer, routes, espace aérien, fibres er réseaux, grands équipements de santé,..).

- définition d'une défense maghrébine, dissuasive, passive et concernant autant les questionsmilitaires que la protection contre les risques divers et futurs.

8- Le Maghreb qui est l'une des principales espérances des peuples de l'Afrique du Nord ouest, est au programme des démocratisations nécessaires que la révolution du jasmin vient d'ouvrir.

Il est temps de quitter l'ère des régressions économiques, culturelles et politiques que le 20ème siècle a surimposé.

La « presqu'ile du couchant » doit pouvoir reprendre la place qu'elle a occupé dans l'histoire humaine.
Ses ressources sont profondes avec la profondeur pré-historique et les héritages romain,arabe, andalou ottoman, et vivantes dans les mémoires du chant et de la musique, dans les valeurs familiales, le rapport des sociétés villageoises, paysannes et pastorales à la nature, les joyaux de villes du patrimoine et le beau sourire des enfants du Maghreb.

C'est ainsi et non dans l'enfermement des nationalismes et des fausses croyances de l'intégrisme religeux que les femmes et les hommes de cette belle région de méditerranée relèvera les vrais grands défis civilisationnels des temps présents tels qu'il y sont déclinés :

la promotion économique, sociale, culturelle et citoyenne de toutes les femmes et de tous

les hommes par la démocratie qui est indivisible et qu'il faut décliner au delà de ses aspects strictement formels

la protection de l'environnement,

la symbolique palestinienne

la présence constructive dans la restauration de l'Afrique, cette mère des hommes,

l'amour des cultures locales dans l'ouverture à la civilisation européenne et à l'Orient.

Nadir BOUMAZA,17 janvier 2010

 

1« Le Bien est en nous et le mal est en nous »,

Mohamed Boudiaf, Annaba le 29 juin 1992.paru dans le quotidien el Watan,

Cher père, à l’approche de la date de ton retour en Algérie, le 16 janvier 1992, je me suis rappelé ton discours inachevé de Annaba où, quelques minutes avant le lâche assassinat, transformé en « acte isolé », tu disais : « le bien est en nous et le mal est en nous ».

Cependant, le Bien est devenu une denrée rare et à ce propos, il y a quelques jours le mal qui ronge la jeunesse depuis des mois, voire des années, s’est exprimé, à la suite, dit-on, d’une hausse de prix de certaines denrées, pour, encore une fois, faire sortir le mal qui est en nous.

Entre le Bien et le Mal, nous tournons en rond. Jamais le pays n’a été aussi riche dans une conjoncture où jamais sa jeunesse n’a ressenti autant le mal profond.

L’Ecole que tu qualifiais de sinistrée a été purement et simplement incendiée en 2011. Le mal qui ronge ceux qui ne veulent pas que l’enfance et la jeunesse s’instruisent les a rendus maintenant très fiers de voir l’huile jetée sur le feu en vue de provoquer, encore une fois, d’importants dégâts à l’école.

Sommes-nous en pleine réalisation de la prophétie de Si Larbi Ben M’Hidi qui, un jour, te confiait : « j’ai peur pour l’Algérie de demain » ?

« Demain le jour se lèvera », a prédit Si Ferhat Abbés, dans son livre publié à titre posthume. Abbés, une autre grande figure qui a donné toute sa vie en bien au pays pour se voir récolter le mal, tout le mal de certains hommes de notre pays, après l’indépendance.

Mais il ne faut plus se berner de vœux pieux. Le jour ne se lèvera que quand le pays connaîtra une refonte fondamentale des Partis clés en main qui font semblant d’animer la vie politique. Un nouveau cahier de charges des Partis politiques devra être conçu sur une base saine, claire et transparente

Le jour se lèvera quand la sphère économique sera régie par le simple principe de 1+1= 2.

Le jour se lèvera quand nos dirigeants deviendront plus jeunes que l’Etat qu’ils dirigent. L’Etat algérien moderne, issu de l’indépendance en 1962, n’a pas encore cinquante ans. Ses dirigeants sont tous, sans exception, plus âgés que lui.

Le jour se lèvera quand nos institutions seront gérées selon leurs statuts et non selon l’humeur du jour de ceux qui sont supposés les gouverner.

Le jour se lèvera quand des Ministres, informés publiquement d’innommables trafics dans leurs Départements ministériels, auront la dignité de présenter leur démission, en attendant la justice.

Le jour se lèvera quand la justice ne se contentera pas de bâtir de belles Cours et de beaux tribunaux, mais veillera à ce que moins en moins d’hommes et de femmes iront devant la justice.

Le jour se lèvera quand ceux, encore vivants, demanderont pardon à tout le peuple algérien pour lui avoir fait croire, depuis l’indépendance jusqu’à ton retour en 1992, que la « culture algérienne était seulement arabo- musulmane », l’imputant ainsi, pendant trois décennies entières, de sa dimension naturelle, la berbérité.

Le jour se lèvera quand ceux, encore vivants, demanderont pardon aux mémoires de Abbane, Abbés, Boudiaf et tant d’autres, pour le mal qui a été causé à ces grandes figures de la Révolution du 1er Novembre 1954.

Le jour se lèvera quand nous éduquerons une société à mieux respecter la femme et la verdure, et à considérer la fille et le garçon sur un pied d’égalité.

Le jour se lèvera quand les milliers de logements construits par l’Etat seront habités par les vrais nécessiteux et non faire l’objet de crapuleux marchandages pour satisfaire les besoins bassement matériels de ceux qui en profitent actuellement.

Le jour se lèvera quand, au lieu d’aller casser les biens publics et privés, la jeunesse aura la permission de s’asseoir gentiment face aux palais présidentiel et gouvernemental pour afficher des pancartes exprimant le mal qu’elle ressent.

Le jour se lèvera quand l’Algérie qui fait l’objet de grandes convoitises par ses frères et encore plus par ses ennemis, sera plus noblement considérée et respectée par sa jeunesse qui s’adonne malheureusement à l’aventure des « harragas ».

Le jour se lèvera quand notre Télévision Nationale n’aura plus besoin de 50 minutes pour essayer de convaincre le peuple à travers ses lamentables « J.T. » du 20 heures.

Enfin, le jour commencera à se lever si cette modeste contribution est publiée par nos quotidiens sans que je sois touché dans mon intégrité physique et morale. Moi et beaucoup d’Algériens fiers de l’être, souhaitons que le jour se lèvera un jour, non pas pour nous, ni même pour nos enfants, victimes des dernières décennies, mais au moins pour nos petits enfants. Nacer Boudiaf


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5 réactions à cet article    


  • manusan 18 janvier 2011 16:06

    Ce qui vient de se passer en Tunisie est un message d’espoir pour tout le monde.

    Le problème de fond, c’est qu’ils sont sortis manifester à cause du prix de la bouffe, et que cet dernier ne va pas baisser en 2011.

    En espérant que ce mouvement ne finisse pas comme l’épisode Iranien.


    • OMAR 18 janvier 2011 19:57

      Omar 33

      Excellent article Nadir, sauf que la révolution du jasmin ne sera pas un contagion, mais un vent divin..


      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 19 janvier 2011 10:53

        Bonjour monsieur BOUMAZA.

        Vous dites : « Al Qaida ne sera plus qu’un cauchemar et l’Europe devra bien dialoguer avec le sud de la Méditerranée et l’Afrique. »


        Je ne pense pas que le cauchemard lié au complot universel de 2001 et toutes les secousses secondaires dont aucune n’est vérirtablement élucidées, puisse se dissiper facilement ; il faudrait d’abord convaincre les consciences.

        Pour la question du « dialogue », je ne cropis pas que vous êtes aussi naïf au point d’ignorer que la France n’accepte de bavarder que si uniquement elle même seule domine le bavardage ! 

        « Discuter » pour la France signifie : « influence », « domination mentale et réelle », « intérêts de la France », « Lumières françaises », « droits de l’homme français », « démocratie française », « révolution française », « météorologie française » et « réchauffement planétaire français »... C’est fini tout cela, la France doit accepter qu’il y’a un Monde en dehors de la cervelle des Français et ce monde refuse l’assimilation aux valeurs périmées qui sont les siennes !

        Ci-dessous ma réaction à l’autre article traitant le même sujet dans la rubrique « Tribune libre »... 


        En effet « l’islamisme », stratégie française de destabilisation sociale avait échoué dès le départ ! Plus que jamais « L’Occident (est) en question » comme l’avait compris très tôt un Français d’en bas...

        L’islam qui n’a rien à voir avec ce que dit la France, n’ a pas disparu comme le souhaitait toujours cette même France mais s’est répandu au contraire sur l’ensemble de la planète !

        Les experts terroriste et criminels, qui avaient colonisés les espaces les médias pollués et pollueurs des esprits par la désinformation, se rétractent pour parler aujourd’hui « d »excès d’islamophobie« , mais il est déja trop tard pour mettre de l’ordre dans la cervelle des peuples Occidentaux ; désormais ces peuples seront toujours confrontés à la double réalité : RELIGION EGALE DEMOCRATIE TOTALE POUR L’HUMANITE (d’un côté) ET CARNAVALS DES RUES SUIVIS DU REMPLISSAGE DES BIDONS DES URNES EGAL LEURRE DEMOCRATIQUE (de l’autre côté) ! 

        Le peuple français le plus prétentieux et le plus orgueilleux du monde ne s’explique toujours pas pourquoi son Etat élyséen valide ce qui est clairement et majoritairement refusé par la voie des urnes et pourquoi des marches plus longues encore et plus durables que celle de MAO n’avaient pas infléchi la détermination de la coalition UMP qui se réforme elle-même et s’adapte aux situations sans apporter des réformes utiles pour le pays !

        Il faut savoir que le slogan des Franc barbares était initialement :   » Ni Dieu, ni Maitre« , métamorpohosé plus tard en buste dénudé de Marianne accroché aux frontons des institutions :   »Liberté, Egalité, Fraternité«  entre Français et pour les Français sur le dos des peuples étrangers !


        Les régimes politiques ignorants des pays qui roupillent doivent comprendre que la fausse culture répandue lors de l’invasion de leurs territoires et celle aujourd’hui véhiculée par la propagande et la désinformation empêchent la cohésion sociale et donc interdisent la construction nationale !


        La France sait qu’elle a raté son destin, elle enrôle les autres peuples sur la voie de l’échec : »L’Europe« par une idéologie plus que nazie qui consiste à isoler le »paradis occidental du reste du monde« et l’Afrique en maintenant toujours ce continent comme une reserve humaine et énergétique pour assurer son seul développement durable hexagonal !

        La photo de cet article est très significative : Le peuple tunisien qui brandit une baguette de pain ne mange pas aujourd’hui à sa faim, comme d’ailleurs des milliards d’être humain sur cette Terre. La France ridicule met cette revendication sur le compte de l »’islamisme« comme elle avait supposé et trompé le monde entier durant toute la période de décolonisation en mettant elle-même sur scène les » Oulémas« et leur inertie mentale !

        Devant l’exigence tunisienne d’en finir avec la soumission de Ben Ali qui n’est pas différente de celle de Bourguiba »laïc« , la France essaie de détourner les revendications légitimes vers le désordre des rues et prévient de manière perfide comme à ses habitudes sur le »danger islamique«  ! La Tunisie doit rester d’après elle »un rampart contre l’islamisme" ... Une déclaration officielle d’une politique officielle d’un Etat qui se dit civilisé...à méditer longuement !

        Mohammed MADJOUR.


        • Nadir BOUMAZA Nadir BOUMAZA 3 février 2011 18:29

          Bonjour Mr MADJOUR, je viens de trouver votre réaction et ce au moment même où j’apprends pour l’Algérie, les décisions heureuses de préparation de la fin de l’etat d’urgence, d’ouverture des médias, de préparation d’élections libres et démocratiques.


          Le monde arabo musulman est en train réaliser une révolution par lui même sans que ce ne soit orienté par les pays occidentaux et j’en suis heureux comme vous. Pour que le pays avance, la démocratie et les libertés (de la justice notamment) sont les premières conditions. mais il faut ensuite et aussi savoir ce que sont les réalités faites bien sur de ce que le régime a généré comme clientélisme et répression (que j’ai subie moi même). Ces réalités sont celles d’une très faible organisation politique, du poids d’idées archaîques, conservatrices et autoritaires qui ne manqueront pas de faire obstacle tout comme la Russie est aujourd’hui contrôlée par des mafieux et ce dans l’exercice de la démocratie la plus formelle.
          j’ai peut être fait ce que vous appelez des amalgames mais je vous invite à bien lire. 
          Je ne partage pas du tout votre approche de ce qu’est la france et de ce qu’est l’Europe. Je suis des premiers à critiquer vertement la conception dominante « française » qui reste néocoloniale, pretentieuse, négatrice du long crime colonial et majoritairement raciste. Je ne considère pas la France ni l’Europe comme des modèles d’avancement et suis convaincu que les pays du sud sauront construire de meilleures démocraties et cela même s’il est toujours prétentieux et imprudent de juger avant que ne soit menée l’expérience. Pour moi , les choses sont simples. La France et l’Europe défendent leurs intérêts de pays dominants. Mais cela ne me convainct pas de l’utilité ni de la nécessité psychique d’en parler ainsi. 
          Je respecte les opinions des autres et en déduis les effets sur mes propres attachements et les intérêts du pays du sud à qui il revient de faire leurs révolutions et de faire mieux en imposant leurs droits. 
          Quand nos peuples auront marché vers les libertés et ils sont entrain de le faire sans conseillers ni experts, donneurs de leçons, les pays européens viendront changeront de politiques parce que les peuples auront mis d’autres dirigeants à leur gouverne. 
          meilleures salutations et souhaits de débats sereins et constructifs.



        • pierrot pierrot 20 janvier 2011 12:52

          Bonjour,

          Il faut saluer, à mon avis, l’admirable révolution du peuple tunisien pour chasser le dictateur et sa famille de mafieux.
          C’est aussi une révolution pour la démocratie (en plus du grave problème du chomage des jeunes diplomés) car l’information était systématiquement mensongère.
          C’est aussi une réaction contre la corruption de la famille du dictateur et du parti RCD.

          Bien sûr les graves problèmes restent mais une démocratie et l’absence de corruption seront plus favorables pour les résoudre.

          le peuple tunisien est instruit, raisonnable et ambitieux.
          Le pays a des ressources humaines considérales si elles sont « exploitées ».

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