Au delà de la politique étrangère, voici ce que dit le site solidarité et progrès sur la réforme Obama sur la santé.
Réforme Obama : la peur du peuple gagne Washington
10 novembre 2009 - 15:14
10
novembre 2009 (Nouvelle Solidarité) – Après que la Chambre des
représentants ait approuvé samedi le projet de loi sur la « réforme »
de la santé du président Obama, l’on peut se demander comment la Maison
Blanche a pu réunir une majorité (courte, 220 contre 215), alors que le
matin même du vote, les dirigeants démocrates n’étaient pas en mesure
de l’assurer.
Au Sénat, le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, vient
d’annoncer que le vote se tiendra avant les vacances parlementaires de
Thanksgiving et Noël, après avoir pourtant déclaré il y a quelques
jours qu’il n’aurait pas lieu avant 2010. Entre temps, il a reçu la
visite de « Rahmbo » Emanuel,
le chef de cabinet d’Obama…Si de son côté la présidente démocrate de la
Chambre, Nancy Pelosi, a pressé le vote, malgré l’incertitude de
l’emporter, c’est avant tout par peur du peuple américain.
La semaine dernière, les candidats démocrates ont été largement
battus lors de deux élections pour les postes de gouverneur du New
Jersey et de Virginie. Dans ces deux Etats, Obama avait pourtant
largement battu McCain lors des présidentielles de novembre 2008. L’on
y a assisté à un véritable retournement de l’électorat, principalement
des jeunes et des non-diplômés qui sont passés dans le camp républicain
ou abstentionniste. Leur motif ? 89% se déclarent inquiets de la
situation économique. En effet, le peuple ne voit pas cette reprise que
le gouvernement évoque. Le taux de chômage américain vient de passer
les 10,2%, avec 539 000 chômeurs de plus en octobre, soit plus de 5,5
millions d’emplois détruits depuis l’entrée en fonction du nouveau
Président. Les dirigeants démocrates du Congrès savent que plus ils
attendent et plus l’opposition des élus sera grande, d’autant plus que
nombre d’entre eux doivent repasser devant les urnes en 2010.
Comme l’a dit au New York Times un élu démocrate proche de la Maison Blanche, « les vacances parlementaires qui viennent sont vues comme celles de l’été dernier ». Comme en août,
les démocrates craignent que la pression des citoyens sur leurs élus
n’affecte définitivement les chances de cette réforme qui n’est qu’une
mesure d’austérité déguisée.
D’ailleurs le Président l’a lui-même reconnu dans son interview avec ABC
lundi. Lorsque le journaliste lui a dit que l’un des principaux soucis
avec cette réforme est que son financement provient pour un tiers des
coupes budgétaires dans le programme public Medicare, Obama a
simplement répondu « c’est vrai », affirmant même que son objectif est
de « faire plier la courbe des dépenses pour réduire notre déficit ».
De surcroît, le projet de loi adopté samedi prévoit de forcer des
dizaines de millions d’américains à prendre une assurance privée, sous
peine de sanctions pénales (comme dans le cas des automobilistes
n’ayant pas d’assurance pour leur véhicule, s’est défendu le
Président). Et les assureurs maladies privés se voient même autorisés à
doubler le tarif de leurs polices d’assurance pour les plus de 65 ans
et ne seront pas concurrencés par les assurances publiques, qui seront
contraintes de se caler sur leurs tarifs. Finalement, l’« option
publique » défendue par le candidat Obama il y a un an ne couvrira que
6 des 46 millions d’américains dépourvus de couverture santé. Comme le dénonçait après le vote le démocrate progressiste Dennis Kucinich, défenseur d’une sécurité sociale universelle, le projet adopté ne fait que perpétuer « le système actuel, prédateur, orienté vers le profit et qui fait de l’argent en refusant les soins ».
Face à la connivence de plus en plus grave de ses dirigeants avec
les puissances d’argent, le peuple américain pourrait bien se soulever
comme le firent les allemands de l’est en 1989…