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Quelle géopolitique de l’Arctique aujourd’hui ?

Fort d'une culture diverse et particulière, de paysages multiples et souvent fantasmés, l'Arctique aujourd'hui se caractérise davantage comme un espace stratégique éminent, de plus en plus en proie aux velléités de la mondialisation. Longtemps délaissé à cause de son climat et de sa position septentrionale, l'Arctique dans un passé proche qui est celui de la guerre froide est rapidement devenu un enjeu géopolitique fort cristallisant les tensions et les conflits. Aujourd'hui peut-être plus que jamais, l'espace Arctique est un enjeu majeur des stratégies internationales.

L'importance des routes commerciales.

Dans un premier temps se sont les routes commerciales qui sont aux cœurs des débats et des tensions entre les différents états riverains (USA, Canada, Russie, Danemark, Islande, Norvège, Suède, Finlande) et les état entendant jouer un rôle sur l'échiquier international (Chine, France, Grande-Bretagne).

Ces routes commerciales sont connues depuis longtemps : déjà à la fin XVe siècle Giovanni Caboto, un navigateur Génois avait envisagé le passage du Nord-Ouest pour joindre l'Europe à l'Asie. Ce n'est finalement qu'en 1906 que Roald Amundsen un navigateur Norvégien, le franchit pour la première fois étant donné que comme pour le passage du Nord-Est longeant la côte sibérienne, la calotte glaciaire est trop épaisse en hiver pour pouvoir le franchir.

La fonte des glaces liée au réchauffement climatique laisse aujourd'hui envisager à moyen terme la navigation sans interruption dans les eaux arctique. C'est une aubaine pour le commerce internationale car les route du Nord-Ouest et du Nord-Est permettent de joindre l'Europe à l'Asie en diminuant considérablement le temps de parcours et les distances effectuées. 

En effet, un pétrolier transitant de Londres à Tokyo réduit d'environ 26%1 la durée de son trajet s'il emprunte la Route du Nord-Ouest plutôt que le canal de Panama ou le détroit de Suez. De même, le passage du Nord-Est raccourcit les liaisons maritimes entre les grands ports européens et asiatiques d'environ 7000 km.

Dans un monde où le processus de mondialisation se veut de plus en plus pressant, on comprend déjà l'intérêt qu'offrent ces routes maritimes, d'autant plus qu'elles permettent à terme d'éviter les détroits dangereux de Malacca et de Bab el Mandeb où se sont développés en parallèle des liaisons commerciales des activités de piraterie.

Outre le conflit moral qui consisterait à souhaiter une accélération du réchauffement climatique afin de laisser ouvertes les routes maritimes toute l'année, les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est attisent les tensions via leur utilisation et leur souveraineté.

Le passage du Nord-Ouest dans un premier temps est l'objet de tensions entre Ottawa et Washington. Conformément aux droit maritime en vigueur depuis la conférence de Montego Bay en 1982, le Canada entend affirmer sa souveraineté sur les eaux de l'archipel arctique et donc de ses détroits. Il s'agît pour le Canada officiellement de protéger ses côtes de la pollution marine en donnant l'autorisation ou non aux navires de transiter via ses détroits et ainsi éviter des catastrophes environnementales comme la marée noire provoquée par l'Exxon Valdez sur les côtes de l'Alaska en 1989. Officieusement, il s'agît davantage d'affirmer son autorité sur une région dont l'importance stratégique dans les années à venir se dessine de plus en plus nettement.

Les États-Unis, eux contestent la position du Canada et tentent d'institutionnaliser les détroits sous la souveraineté internationale et donc assurer un libre accès aux navires amenés à transiter par ce passage. La position américaine n'est pas étonnante, et s'inscrit dans son ambition d'un commerce ultra-libéralisé, symbolisé par la célèbre maxime « laisser faire, laisser passé » qui au final ne dissimule qu'assez mal l'objectif premier qui est la défense de ses propres intérêts.

De l'autre côté le passage du Nord-Est semble moins en proie aux pressions internationales.

A genou depuis la guerre froide, la Russie retrouve progressivement son influence, notamment grâce la production de gaz naturel et semble ainsi tenir en respect les velléités internationales sur les eaux côtières de Sibérie. Les États-Unis ne contestent que timidement la souveraineté russe sur quelques détroits du nord de la Sibérie, notamment sur les détroits de Kara, de Vilkitski et de Laptev, préférant mettre la pression sur son voisin canadien.

Depuis Vladimir Poutine, la Russie mise beaucoup sur le dynamisme de ses régions septentrionale, l'une des priorités affirmée, étant la modernisation des infrastructures portuaires, en attendant donc l'ouverture hivernale du passage du Nord-Est.

La question des ressources.

La fonte des glaces dans l'espace arctique présente donc un intérêt certain pour le commerce international, mais permet également l'exploitation progressive des ressources halieutiques, mais surtout l'exploitation des sous-sols riches en hydrocarbures. On évalue encore assez mal le potentiel énergétique de la région mais les réserves apparaissent immenses au regard des exploitations déjà mises à jour. Alors que la demande en pétrole et en gaz naturel devient de plus en plus pressante, l'Arctique semble donc tout désigné comme le nouveau terrain de jeu des compagnies pétrolières.

Cette situation par conséquent, attise les prétentions souveraines des états riverains de l'Arctique et engendrent des tensions. On peut symboliser ces prétentions par un geste fort en 2007 de la Russie qui plante son drapeau en titane inoxydable sous la calotte glaciaire arctique, marquant donc symboliquement son territoire et attendant patiemment la fonte des glaces.

Actuellement le droit de la mer permet aux états de s'approprier les ressources du sous-sol dans la limite de leur la zone économique exclusive (ZEE) soit 200 miles depuis leur bande côtière, à moins d'une extension via le plateau continental. Au delà de ces limites, c'est le statut international qui s'applique, permettant à chaque puissance de transiter librement et d'exploiter le sous-sol. Ainsi les puissances riveraines tentent de s’approprier l'espace pour s'en assurer les ressources. A ce jeu là, ce sont les russes les plus actifs, tentant vainement de justifier l'augmentation du périmètre de sa ZEE par la dorsale de Lomonossov qui serait selon la Kremlin une extension de son plateau continental.

Diversité des acteurs

L’Arctique est donc un espace fortement convoité, qui subit le processus de mondialisation. Même s'il est faiblement peuplé, les grandes puissances ne doivent pas moins composer avec les différents peuples qui habitent cet espace. Les risques de pollution ainsi que la dégradation de l'environnement mettent directement en danger les populations locales qui y sont très sensibles.

Dans une perspective plus large, les revendications internationales remettent directement en cause des statuts institutionnels parfois accordés. C'est le cas notamment au Canada qui reconnaît les territoires du Nord-Ouest, du Nunavut et du Yukon. Ces trois territoires situés au nord du pays, intégrés à l'espace arctique jouissent d'une relative autonomie notamment dans le cadre de leur administration. Cette reconnaissance des territoires est également le symbole d'une reconnaissances des populations inuits qui y vivent, et la reconnaissance d'un statut particulier à caractère autonome. Cependant la pression internationale sur l'archipel arctique candien contraint de plus en plus Ottawa à y affirmer sa souveraineté et faire prévaloir ses intérêts aux dépens de droits accordés à ses territoires. A terme, c'est donc l'autonomie des territoires canadiens qui est menacée.

Si l'on devait conclure.

Retenons tout simplement que l'Arctique aujourd'hui n'est plus cette région polaire déserte et éloignée du reste du monde. Au contraire, elle tend à devenir de plus en plus intégrée au système-monde sinon à le subir.

Nous avons concentré notre regard sur les États-Unis, la Russie et le Canada, mais n'oublions pas que les autres puissances, et pas uniquement les puissances riveraines, entendent jouer un rôle dans le partage de ce nouvel eldorado : on peut noter par exemple la présence pas si étonnante de la Chine en Islande …

KD

 


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4 réactions à cet article    


  • paul 7 août 2013 18:38

    L’accès favorisé aux ressources de l’Arctique n’est pas du tout une bonne nouvelle :
    un commandant de pétrolier saoul et c’est 2000 km souillés ( Exxon Valdez 1989 ) .


    • Kevin. 7 août 2013 18:41

      Oui, je suis bien d’accord !


    • escoe 7 août 2013 19:35

      Notre « ambassadeur » pour l’Arctique, Michel Rocard, a énoncé en prenant ses fonctions une de ces conneries dont il est coutumier : « l’arctique est une zone de non-droit ». Comme si le droit maritime international et le droit des états riverains ne s’appliquait pas. Ca a beaucoup plu à Moscou et Ottawa. Un beau début !


      • Croa Croa 12 août 2013 09:40

        Pour autant le passage sans aide reste très difficile et limité à une saison courte. L’assistance consistant à faire usage de bateaux brises-glaces extrêmement puissants n’est pas sans apporter un autre risque, nucléaire celui-là ! Par ailleurs ce sont les pays riverains qui peuvent apporter cette assistance (essentiellement la Russie) ce qui renforce leur influence sur le commerce passant par là.

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