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Qui est Newt Gingrich ?

Personnalité de premier plan sous Clinton, Newt Gingrich a longtemps incarné l’opposition républicaine au Congrès. Il s’est ensuite progressivement écarté de la scène publique pour mieux se consacrer à ses activités de lobbyiste. Mais, aujourd’hui, alors que la campagne des primaires bat son plein aux États-Unis, il se repositionne sous le feu des projecteurs. Celui qui affrontera peut-être Barack Obama à la prochaine élection présidentielle reste cependant méconnu en Europe. Qui est-il vraiment ?

Vie privée. Le parcours personnel de Newt Gingrich mérite sans conteste une attention particulière. Le mariage de ses parents périclite après seulement quelques jours. Son père, un mécanicien habitué des bars, brutalise une fois de trop sa mère, ouvrière dans l’armement. Newt cherchera à rétablir le contact avec son géniteur jusqu’à l’adolescence. Son beau-père, le colonel Robert Gingrich, se montre parfois rude avec lui. Plutôt compliquée pour l’époque, sa vie familiale n’est pas un long fleuve tranquille. Au cours des années suivantes, Newt Gingrich connaît trois mariages et expérimente plusieurs religions. Une instabilité qui tranche nettement avec les habitudes républicaines. D’ailleurs, parmi ses compagnons de route, beaucoup lui reprochent encore sa relation avec Callista, son épouse actuelle. Dans les années 1990, alors qu’elle est son assistante parlementaire, ils entretiennent une liaison extra-conjugale. Pourtant, en tant que président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich réclamera la tête de Clinton pour son histoire avec Monica Lewinsky. Hypocrite ? Par ailleurs, il a également longtemps trompé sa première femme, Jackie, la mère de ses deux filles, avec Marianne, sa seconde épouse. Notons qu’il lui aurait demandé le divorce peu après son opération contre le cancer.

Curriculum vitae. Historien de formation, Newt Gingrich devient élu de Géorgie en 1978. Ambitieux, il rêve de mettre un terme à l’hégémonie des démocrates au Congrès. Très critique, souvent excessif dans ses propos, il les accuse notamment de corruption. Il signe sa plus belle victoire politique en 1995, mettant la main sur la présidence de la Chambre des représentants et concrétisant ainsi des ambitions devenues presque obsessionnelles. Cela occasionnera des années de guerre budgétaire, le vote de lois pénales controversées, une réforme bâclée de l’assistance sociale et une chasse à l’homme romanesque au moment de l’affaire Lewinsky. Mais le penseur de la révolution conservatrice se trouve bientôt au centre d’un scandale : il écope d’une lourde amende (300 000 dollars) pour manquement à l’éthique après avoir violé la loi sur le financement des campagnes. L’échec des républicains aux législatives suivantes le cloue définitivement au pilori. Abandonné par son propre camp, il doit démissionner en 1998, quittant son poste de Speaker. Newt Gingrich devient alors homme d’affaires, bâtissant un véritable empire financier. Il crée un centre de réflexion sur la santé et une société de communication, participe à des conférences contre des cachets astronomiques, écrit de nombreux ouvrages. Mais c’est surtout en tant que lobbyiste qu’il se fait remarquer : il exploite sans vergogne ses connexions à Washington pour le compte de compagnies pétrolières et pour l’industrie de la santé. Grâce à ces différentes activités, il gagnera plus de 100 millions de dollars en quelques années. Aujourd’hui, détesté par la moitié de son parti, stigmatisé par les centristes, il vise à occuper les plus hautes fonctions.

Idées politiques. Newt Gingrich pourrait personnifier la controverse. Parmi ses idées notables figurent l’assouplissement de la loi sur le travail des enfants, une baisse drastique des impôts pour les plus riches, la réduction de l’aide sociale ou encore le retour en force des valeurs chrétiennes. Il souhaite par ailleurs que les États-Unis se retirent de toutes les organisations internationales, hostiles selon lui aux intérêts américains. Au cœur de ses discours hyperboliques peuvent se perdre des accusations contre l’école laïque ou l’armée chinoise, voire des critiques racistes adressées aux Palestiniens, « un peuple inventé » et bien sûr « terroriste ». Au cours de sa carrière politique, il a changé d’avis sur de nombreuses questions, notamment le réchauffement climatique, l’intervention militaire en Libye ou l’assurance santé obligatoire. Grand amateur de contractions, il taxe Freddie Mac d’incompétence, lui imputant la responsabilité de la récente bulle immobilière, alors qu’il y a été employé et grassement rémunéré. Aux yeux de Newt Gingrich, il existe un « fascisme homosexuel et athée » qui « veut imposer sa volonté » par « la violence » ou « le harcèlement ». Une belle leçon pour ceux qui aimeraient comprendre comment se servir des peurs collectives. Et les manifestants du mouvement Occupy Wall Street ? Des hippies à qui il conseille de « prendre un bain et chercher du boulot ». Enfin, rappelons que Newt Gingrich a proposé en 1994 le « Contrat pour l’Amérique », qui prévoyait d’amenuiser les pouvoirs de l’État, d’imposer un équilibre budgétaire, de supprimer la plupart des hausses d’impôts, de combattre les prestations sociales ou encore d’augmenter le budget de la Défense.

Une personnalité singulière. Nouvelle coqueluche de la droite conservatrice, Newt Gingrich capitalise énormément sur le mécontentement des Américains et sur la popularité du Tea Party. Il symbolise l’opposition frontale à la politique de Barack Obama, qu’il accuse de vouloir transformer les États-Unis en une vulgaire copie du socialisme à l’européenne. Habile tacticien, il se victimise régulièrement, pointant du doigt une presse partiale et s’attirant ainsi la sympathie des électeurs. On le dit égocentrique, mégalomane, pessimiste, paranoïaque et caractériel. Un cocktail explosif. Newt Gingrich se compare volontiers au général de Gaulle ou à Ronald Reagan et estime avoir créé 11 millions d’emplois quand il était Speaker. Il ne doute de rien et se pose en homme providentiel. Mais l’opinion pourrait vite se lasser de son autosatisfaction, de ses casseroles et de ses jugements à l’emporte-pièce, notamment concernant les minorités ethniques, en particulier les Noirs. Ayant récemment déclaré que « la communauté africaine-américaine devait exiger des feuilles de salaire, pas des aides sociales », Newt Gingrich semble vouloir flatter l’électorat sudiste. Un pari risqué dans un pays de moins en moins WASP, de plus en plus multiculturel.

Contre Obama. Entre le libéral modéré Mitt Romney et le conservateur populiste Newt Gingrich, l’équipe de campagne de Barack Obama a déjà fait son choix. Elle se frotte les mains à l’idée que l’ancien Speaker puisse gagner les primaires républicaines, même si son adversaire mormon fait figure de grand favori. En cas de confrontation avec Gingrich, aujourd’hui, Obama sortirait largement vainqueur. Tous les sondages l’indiquent. Et, cerise sur le gâteau, le président démocrate pourrait allégrement exploiter les innombrables casseroles de son rival. En outre, Romney semble mieux armé, dispose d’une organisation de qualité et de fonds financiers démesurés. Son profil, davantage consensuel, pourrait plaire aux centristes et aux déçus d’Obama. Quoi qu’il en soit, les mauvaises publicités réciproques écornent déjà l’image des deux hommes forts du Parti républicain. Par ailleurs, s’il émerge des primaires, Newt Gingrich semble déjà connaître l’angle d’attaque à adopter pour rejoindre la Maison-Blanche : le président fricoterait avec l’extrême gauche et s’en inspirerait largement dans ses choix politiques. Une stratégie d’un autre siècle, celui de la guerre froide. Une stratégie fastidieuse et usée jusqu’à la corde.


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3 réactions à cet article    


  • morice morice 3 février 2012 13:17

    En outre, Romney semble mieux armé, dispose d’une organisation de qualité et de fonds financiers démesurés. Son profil, davantage consensuel, pourrait plaire aux centristes et aux déçus d’Obama. Quoi qu’il en soit, les mauvaises publicités réciproques écornent déjà l’image des deux hommes forts du Parti républicain.


    les deux n’ont aucune chance : Romney a trop triché sur ses revenus

    un journal va sortir ses comptes dans les îles Caiman, et il sera FOUTU.

    • OMAR 3 février 2012 16:54

      Omar 33

      Jonathan  :« Newt Gingrich connaît trois mariages et expérimente plusieurs religions »

      En fait il s’est marié avec le fric, le sexe et le mensonge...
      Et de toutes les religions experimentées, il n’est adepte que du sionisme et de l’islamophobie..

      http://thinkprogress.org/security/2012/01/19/407141/gaffney-gingrich-sharia/?mobile=nc

      Un nouveau Mc Carthy en sommes, sauf qu’il vise la présidence d’un état ayant déjà utilisé la bombe atomique.


      • Catherine Segurane Catherine Segurane 4 février 2012 04:58

        Les femmes américaines sont mal barrées, puisque le choix risque de se restreindre à :


        - Newt Gingrich, présenté par l’article

        - le mormon (secte favorable à la polygamie et qui n’y a renoncé que contrainte par la loi ; encore tous n’y ont-ils pas renoncé ; il existe des cas de polygamie déguisées en maternité célibataire)

        - le musulman Obama


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