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Qui sont les Frères Musulmans ?

Avec la demi victoire de Mohammed Morsi au Caire et sa participation aux printemps arabes, la Société des Frères Musulmans est sortie de l’ombre. Dangereux barbus ou islamistes modérés ? Avant d'agiter les chiffons de la peur et du terrorisme, il faut peut-être revenir sur l'origine de cette confrérie peu connue et mal définie, car son succès est avant tout celui d’un mariage entre l’Islam et la politique arrangé il y a plus de 70 ans.

Une petite confrérie parmi d'autres

La Société des Frères Musulmans est créée en 1928 à Ismaïlia, une ancienne ville coloniale cossue fondée par les anglais au 19ème siècle sur les rives du canal de Suez. Organisée autour d’un jeune instituteur, Hassan Al-Banna, cette organisation a pour modèle les nombreuses confréries soufies qui coexistent alors dans une Egypte en plein bouillonnement intellectuel. A cette époque, la pratique de l’islam dans la plupart des sociétés musulmanes se cantonne à la sphère privée. Le dogme n’est pas toujours suivi à la lettre et les institutions religieuses ne se mêlent pas de politique. Tolérant, joyeux et encore empli de superstitions, l’Islam est alors très éloigné de celui que nous connaissons aujourd’hui.

Une mouvement anticolonialiste

Laïques mais très pieux, les Frères Musulmans en ont une vision beaucoup plus stricte. Ils veulent revenir aux bonnes mœurs religieuses pour moraliser la société égyptienne et lui permettre ainsi de s’émanciper de l’influence occidentale. Epris de justice sociale et mêlant habillement politique et religion, les Frères adoptent ainsi dès leur création une posture anticolonialiste. Dans les années 30 en Egypte ce mélange des genres est assez inédit. Tournées vers l’action, la confrérie mène rapidement une lutte acharnée contre les missionnaires chrétiens occidentaux en territoires musulmans. Cette première campagne, non violente mais vigoureuse, rencontre l’adhésion de l’opinion. En quelques années la Société des Frères Musulmans devient un mouvement de masse.

Hassan Al-Banna, un laïque très croyant

Les discours de son fondateur Hassan Al-Banna sur la liberté et l’engagement politique tranchent avec les prêches habituels des vieux imams sur l’enfer et le paradis. Le petit instituteur d’Ismaïlia propose un retour aux pratiques religieuses traditionnelles, mais il veut aussi donner une expression politique à l’Islam. S’il s’écarte progressivement du soufisme pour adhérer aux principes plus radicaux du salafisme, Hassan Al-Banna n’a rien du dogmatique rigide. Il s’habille à l’européenne, est ouvert d’esprit et défend des valeurs humanistes. Il écrit peu et s’applique avant tous à faire passer ses idées auprès des foules en prônant toujours le respect des institutions politiques et religieuses. Hassan Al-Banna et les Frères Musulmans ne rêvent pas de révolutions ou de coups d’Etat. Ils veulent transformer l’homme musulman et la société musulmane en profondeur en pratiquant une « islamisation par le bas ».

Les contradictions d'un dogme universaliste

Malgré ses convictions humanistes Hassan Al-Banna ne cache pas l’idéal universaliste de son mouvement. Selon lui, l’Islam est le meilleur système pour « soigner l’âme humaine » et seuls des Etats Islamistes pourraient lui permettre de s’épanouir complètement. Ces dérives extrémistes sont du pain béni pour ses opposants (voir l'article : "Les Frères Musulmans nous trompent-ils"), mais la majorité des Frères est pragmatique et considère cette vision hégémonique de l’Islam comme faisant partie d’un certain folklore. A l’image de ces députés communistes à l’Assemblée Nationale qui ne souhaitent plus depuis longtemps abolir la propriété privée. Cependant, ce fond idéologique assez flou poussera toujours certains membres de la confrérie à tenter de justifier religieusement l’usage de violence s’il sert un idéal politique, alimentant ainsi les vieux fantasmes occidentaux par des prises de positions maladroites mais minoritaires.

Sources :

- TERNISIEN, Xavier, Les Frères Musulmans, éditions Fayard, 2011 (2005)
- Les archives de L'INA consacrées aux Frères Musulmans




par Julien Reynaud (son site) mercredi 1er août 2012 - 33 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par latortue (---.---.---.28) 1er août 2012 09:51
    latortue

    frère musulman = charia donc a proscrire la religion n’a rien a foutre avec la politique
    la charia c’est l’application de la façon de vivre d’un autre temps polygamie, lapidation, fouet ,punition ,avilissement de la femme . cette façon de vivre et de défendre cette loi ’’la charia’’ est digne des barbares .même si on dit il y a la charia modéré il n’y a pas de charia modéré comme de frère musulman modéré la religion c’est de l’ordre du privé point barre et a mon sens c’est valable pour toute les religions chrétienne juive et musulman .

  • Par Jean d’Hôtaux (---.---.---.195) 1er août 2012 09:56
    Jean d'Hôtaux

    Merci à l’auteur pour ce billet !

    Pour rappel :
    Hassan Al-Banna est le grand-père des frères Tarik et Hani Ramadan. Le premier est bien connu en France pour ses conférences sur l’Islam, le second beaucoup moins, avait signé un article publié par « Le Monde » en 2002, sur la lapidation des femmes.
    L’article en question : « La Charia incomprise » avait provoqué un tollé et avait valu à son auteur d’être révoqué de son poste d’enseignant à Genève.

    L’Égypte est une cocotte-minute sociale en grand danger d’explosion. Démographie galopante, chomage, absence de perspectives économiques et d’emplois pour les jeunes, inégalités sociales, discrimination des chrétiens coptes, etc. Tout est réuni pour que ce pays sombre dans l’anarchie.
    Le fragile équilibre entre l’armée omnipotente et les « Frères musulmans » vainqueurs de l’élection présidentiel et soumis aux pressions des islamistes, peut se rompre à tout instant.

  • Par Al West (---.---.---.57) 1er août 2012 13:50

    Bonjour,

    Morsi tente encore désespérément de cacher ses accointances avec les Etats-Unis et Israël, mais cela ne réussit plus guère.

    - Israël assure que Mohammed Morsi a envoyé une lettre à Shimon Peres dans laquelle il faisait part de sa volonté de maintenir la paix ; Morsi a démenti ; des sources anonymes israéliennes ont confirmé (à RIA Novosti notamment : voir )

    - Morsi rencontre sans complexe Hillary Clinton et Leon Panetta et reçoit leur soutien, tiens donc...

    C’est dire si chez eux aussi, le changement c’est maintenant !

  • Par Yvance77 (---.---.---.86) 1er août 2012 12:56
    Yvance77

    L’islam c’est bien cela un package complet, d’asservissement total. C’est un système de foi, un système éducatif, un système politique etc... sensé tout régir.

    Donc bonne chances aux crétins qui suivent cette doctrine aussi indigne que l’était l’inquisition.

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