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Quid des otages détenus par AQMI, à moins de cent jours de l’élection présidentielle en France ?

A moins de cent jours de l'élection présidentielle française, toute l'attention des médias est focalisée sur les seules paroles et gesticulations des hommes politiques, occultant la seule actualité qui vaille : douze Européens, dont six Français, sont retenus dans le Sahel, en Afrique de l'ouest depuis bien trop longtemps déjà. Où en est la gestion du dossier des otages ? Que peut encore espérer la France, du partenariat avec le Président Mohamed Ould AbdelAziz alors que la Mauritanie se place désormais comme une victime pleine et entière d'AlQAEDA au Maghreb islamique (AQMI) avec l'affaire du « gendarme otage d'AQMI » ? Quels sont les nouveaux risques d'instabilité dans la zone sahélosaharienne, avec la nouvelle donne politique au Mali ?

A en croire les experts de la sécurité, tout se passe en France comme si l'on ne prenait pas la pleine mesure des conséquences des bouleversements géopolitiques créés par les révolutions arabes, sur le problème du terrorisme islamiste. On continue encore à guérir le mal par le mal, engraissant la bête par des rançons dont la provenance et la destination demeurent sujettes à débats. Non seulement, on finance les investissements des terroristes en armes et autres outils de logistique mais on les légitime comme interlocuteurs de poids face à des États démocratiques. Cette institutionnalisation de la négociation – fût-elle par le biais d'intermédiaires – inaugurée par la France, suivie par l'Espagne, a donné une certaine forme d'existence politique aux Katibats islamistes et leur a permis de s'affirmer face aux autres factions tribales composant la population du Nord Mali. N'oublions pas que les factions terroristes sont composées d’hommes de provenances diverses, avec une prédominance d'Algériens et de Mauritaniens, nous dit-on. Si l'on n'y prend garde, le mode de gestion actuel du dossier pourrait nourrir, contre nos propres intérêts, la recherche de légitimité politique des responsables des divers groupuscules d'Alqaeda au Maghreb islamique. Il est notoire que l'inculture de ces hommes, comme de la plupart des fanatiques dangereux d'ailleurs, en matière de religion est désormais établie. Ils le savent, leur discours, d'apparence religieuse, n'a de chance de continuer à être entendu que s'il est porté par une véritable reconnaissance de la part des tribus locales, une reconnaissance qui ne peut être que politique.

D'où toute l'attention que nous devons porter à l'évolution des nouveaux régimes à dominante islamiste dans les pays du printemps arabe. En effet, le choix librement consenti des peuples arabes pour des partis dont le langage politique se réfère à leur histoire et à leur civilisation, dans un contexte où pourtant la modernité envahit le champ social, est très révélatrice d'un tournant. Ce tournant, c'est le grand retour du nationalisme arabe. Laissée pour agonisante sur les cendres du Nassérisme égyptien et du Baathisme irakien, cette idéologie renaît et semble fédérer pour la première fois, au travers d'un puissant panarabisme, idéologues religieux et idéologues laïques. La Mauritanie qui se cherche une identité nationale et un positionnement politique, par « l'arabité », risque fort de subir le contrecoup de ces bouleversements. Mais ce ne sont pas seulement ces mouvements et tendances qui placent ce pays en zone de turbulence, mais c'est surtout la volonté affichée de son Président d'en découdre avec le terrorisme islamiste.

Il est vrai, n'est-ce pas, que la Mauritanie n'est pas la Syrie ou la Libye, ces États que l'opinion internationale suspecte d' utiliser l'alibi terroriste contre les intérêts de leur propre nation ? La Mauritanie est reconnue, depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel Président, Mohamed Ould Abdelaziz, comme le partenaire incontournable de la France pour la sécurité dans la zone sahélosaharienne, où la prise d'otages européens est devenue un commerce très lucratif. Depuis 2008, la politique volontariste de lutte contre AQMI s'est accompagnée de conséquences prévisibles et tragiques : attentats kamikazes à Nouakchott, morts et blessés mauritaniens, prise d'otage militaire, risques et menaces. Objectivement, le partenariat avec la France, en matière de sécurité, aurait servi à la légitimation du pouvoir mauritanien, faisant oublier le coup de force anti-démocratique du Général Mohamed Ould AbdelAziz qui aura créé de surcroît une pseudo unité nationale de circonstance face à l'ennemi, AQMI. « La Mauritanie victime du terrorisme islamiste », « la Mauritanie, bras armé des occidentaux », « AQMI détient un otage mauritanien », autant de titres de médias qui placent ce pays, jusque là inconnu des plateaux de télévisions internationales, au centre de la lutte contre le terrorisme. Mais pourquoi la Mauritanie, alors que le Mali, pays où les otages sont détenus, reste discret dans la gestion de cette question ?

Sans revenir toutefois sur la complexité de la relation franco-algérienne, en matière de terrorisme, notons le peu d'efficacité du Comité d’état-major opérationnel conjoint, regroupant l'Algérie, la Mauritanie, le Niger et le Mali basé à Tamanrasset (sud de l’Algérie) créé en 2010, dans la coordination des opérations militaires de la lutte antiterroriste. Le Mali a été accusé, à la suite de l'Algérie, de freiner cette coopération, pour des motifs de politique intérieure, principalement. Pris entre les feux de la rébellion Touarègue, et de la menace d'Aqmi, le régime du Président Amadou Toumani Touré joue un jeu très serré, les analystes parlant de possible collusion entre l'armée malienne et les terroristes contre les Touaregs. Le refus du Mali de l'installation de bases opérationnelles étrangères vient accréditer la thèse du pouvoir algérien, qui est le premier à désigner le Mali comme un frein dans la lutte anti-Aqmi . La situation semble cependant avoir évolué depuis que Amadou Toumani Touré n'est plus candidat à sa propre réélection, depuis que la rébellion fait état de « dialogue rompu  » avec le pouvoir malien, depuis que des soldats d'origine touarègue, hauts gradés de l'ex-armée de Khaddafi, sont rentrés au Mali . Les bruits de bottes, notés ces derniers jours, au nord du pays augurent d'une nouvelle donne et laissent présager un repositionnement de ce pays dans le partenariat pour la sécurité de la zone sahélosaharienne.

A ces éléments d'instabilité que nous observons dans la région, ajoutons l'irruption d'un nouveau groupe, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, jusqu’alors inconnu ainsi que les velléités du groupe Boko Hiram, originaire du Nigeria. Nous y reviendrons.


Alain Bart pour Ciesma

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Janvier 2012


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1 réactions à cet article    


  • sylvie 21 janvier 2012 13:35

    Bonjour, vu ce qui est arrivé aux deux gamins récement, il vaut mieux attendre l’arrivée de vrais négociateurs, pas des fous de la gachette

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