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RD Congo – 2016 : Les derniers atouts de Kabila

La République Démocratique du Congo s’installe peu à peu dans la quasi-certitude que l’avènement du prochain président va s’opérer dans la douleur. En cause, la multiplication des manœuvres visant à saboter le processus électoral, avec, pour effet escompté, le maintien au pouvoir du président Kabila par la force des choses. Mais dans un pays toujours marqué par la pénible expérience d’une présidence à vie, celle du Maréchal Mobutu, la perspective du maintien du pouvoir actuel au-delà des termes de la Constitution place le Congo sur la voie d’une crise dont l’issue sera fonction des rapports de force. Si, jusqu’à présent, l’opposition et les masses populaires ont réussi à déjouer les stratagèmes visant à légitimer le maintien de Kabila au pouvoir, celui-ci n’a pas encore dit son dernier mot et peut encore compter sur de nombreux soutiens parmi lesquelles les puissances étrangères qui lui servent de parrains. Nous allons rappeler les différentes manœuvres visant à saboter le processus électoral avant de revisiter les parrains du régime face au défi de l’alternance/maintien qui se profile à l’horizon. 

 

Des manœuvres pour se maintenir au pouvoir

Dans son article du 15 septembre 2015, l’analyste politique Jean-Bosco Kongolo[1] rappelle les astuces, manœuvres et pièges que multiplient les fidèles du régime dans le but de pérenniser le règne de Kabila. Il s’agit soit de faire modifier la Constitution et les lois électorales, soit d’attirer les grandes figures de l’opposition autour du président pour lui broder une nouvelle légitimité, le tout sur fond de chantage au chaos et à la guerre s’il devait perdre les commandes du pays.

Faire sauter la Constitution : des verrous incassables

Une première offensive a été menée dans un ouvrage du secrétaire général du PPRD, le parti au pouvoir, Évariste Boshab[2]. Pour l’auteur, sans la révision de la Constitution qui empêche Joseph Kabila d’exercer le pouvoir de façon illimitée, la nation congolaise va droit à sa disparition. Grâce à une vigilance citoyenne active[3], l’ouvrage ne produira pas d’effet escompté. La Constitution ne fut pas modifiée. La deuxième offensive sera tentée par Claude Mashala, un autre cadre du PPRD, qui envisageait de recueillir 100.000 signatures, pour faire modifier la Constitution. L’initiative fut un flop, puisque la Constitution contient des dispositions verrouillées, c’est-à-dire des dispositions que même un référendum ne saurait suffire à faire modifier[4]. Le camp présidentiel prit alors conscience qu’il ne dispose pas d’assez de soutien dans le pays pour engager une réforme d’aussi grande importance. D’où l’idée de s’ouvrir aux autres forces politiques dans le cadre des concertations nationales, qui devaient déboucher sur un consensus autour du pouvoir illimité du président Kabila[5]. Un gouvernement de large cohésion nationale devait être formé avec les grandes figures de l’opposition en vue de légitimer l’effacement des articles verrouillés portant sur le nombre et la durée des mandats du président de la République. Ce fut encore un échec, les grandes figures de l’opposition s’étant refusées à la porte ouverte pour entrer au gouvernement. Mais une quatrième offensive était en route.

C’est l’idée d’une vaste campagne nationale de recensement de la population menée par un organisme créé pour la circonstance, l’ONIP[6]. Dans un pays grand comme l’Europe occidentale, le recensement porte à porte de la population est une opération qui devait durer trois à quatre ans, selon les spécialistes. L’agenda caché derrière cette initiative était de créer une surcharge administrative. Mais, pour la première fois, dos au mur, le pouvoir persista et tenta un forcing en présentant un projet de loi conditionnant la tenue de l’élection au recensement préalable de la population. Le vote au parlement se fit de nuit. L’opération va tourner cours grâce, à nouveau, à la vigilance de la population et des partis d’opposition. C’est ainsi que va se produire le soulèvement populaire de janvier 2015 qui, malgré la répression, finira par avoir raison du projet téméraire. Le massacre des manifestants en pleine ville de Kinshasa provoqua une onde de choc à l’échelle internationale[7], ce qui obligeant le sénat à élaguer le texte des dispositions cavalières. Mais le pouvoir ne baissa pas les bras. Un mois après le soulèvement populaire, Kabila promulgue une loi enclenchant la réforme du redécoupage territorial, faisant passer le nombre des provinces de 11 à 26. Une manœuvre[8] qui se traduit par un alourdissement du processus électoral tel qu’il avait jusqu’alors été envisagé par la CENI (Commission nationale indépendante), obligée de s’en remettre à la Cour constitutionnelle[9]. Parallèlement, le pouvoir met en chantier un « dialogue » pour attirer l’opposition.

L’appât du pouvoir, les opposants et la résistance populaire

Si, officiellement, le dialogue national sert à assurer la tenue des élections dans un climat apaisé, il s’agit, en réalité, d’étouffer le scandale du charnier de Maluku[10] et de créer la pagaille dans le camp de l’opposition afin de briser le front commun anti-Kabila qui s’était formé à travers le pays en janvier 2015. Deux grandes figures de la politique congolaise vont tomber dans le piège. L’opposant historique Etienne Tshisekedi et le leader du Bundu dia Kongo Ne Muanda Nsemi. Pour Tshisekedi, il s’agit de relancer la lutte qu’il mène, depuis 2011, en vue de récupérer l’impérium tant il se considère toujours comme le président élu du Congo. Il donnera un avis favorable au terme des négociations secrètes en Italie et en Espagne. Mais cet aval provoquera des déchirements dans les rangs de ses soutiens populaires, notamment dans la diaspora, ce qui l’obligera à renoncer publiquement à la participation au dialogue. La même mésaventure sera vécue par Ne Muanda Nsemi, qui, après avoir accepté une alliance avec Kabila, va se raviser et renoncer avec fracas à la participation au dialogue. Il avait maladroitement vendu la mèche en prônant un gouvernement d’union nationale qui devait conduire une transition de trois ans. Une prise de position qui va lui valoir une vive colère populaire l’obligeant à se renier, lui aussi.

En gros, jusqu’à présent, les Congolais auront été d’une vigilance suffisamment active pour mettre en échec toutes les tentatives visant à assurer le maintien du pouvoir en place au-delà des termes de la Constitution. On peut ainsi considérer que Kabila est presque dos au mur mais qu’il dispose toujours de la capacité d’opérer un forcing en remobilisant des forces nationales et étrangères sur lesquels repose son pouvoir. Ce qui implique que la vigilance des Congolais doit commencer à ratisser large. Quelles sont les forces nationales et étrangères sur lesquelles repose le pouvoir de Joseph Kabila, et comment peuvent-elles contribuer à le maintenir au pouvoir malgré la résistance de l’opposition et des masses populaires ? Tour d’horizon !

 

Se maintenir au pouvoir, avec quels atouts ?

La présidence de Joseph Kabila, qui n’est ni l’émanation des masses populaires congolaises ni l’aboutissement de la carrière politique d’un homme, repose sur un agrégat des forces disparates entraînées par opportunisme dans son sillage sur fond de realpolitik et des impératifs liés aux enjeux des grandes puissances. Au fil du temps, cet agrégat des forces opportunistes a atteint un point de stabilité et donné forme au régime tel que nous le connaissons. Ces forces peuvent être réparties en trois groupes. Faute de vocabulaire approprié, nous les désignerons en des termes généraux : - les puissances occidentales, - les parrains régionaux et - des alliances ethno-régionales. Le départ ou le maintien de Kabila au pouvoir seront fonction de l’état de ses relations avec ces trois forces et la capacité de l’une ou l’autre à peser sur le cours des évènements dans les mois à venir. 

Puissances occidentales : tourner la page Kabila et l’accompagner vers la sortie

Elles ont joué un rôle déterminant, non seulement dès son accession au pouvoir, mais surtout tout au long des quatorze ans qu’il vient de passer à la tête du Congo. Elles lui ont, pour commencer, assuré une légitimité internationale, alors qu’il n’était qu’un illustre inconnu, et malgré les circonstances ambiguës de son accession au pouvoir, en janvier 2001, en dehors de tout cadre légal. Pour la petite histoire, et comme pour remercier les Occidentaux, Kabila effectua une tournée en Occident moins d’une semaine après son accession au pouvoir, tournée au cours de laquelle il rencontra le président américain George Bush. Par la suite, le jeune président se fera littéralement adopter par les milieux politiques et d’affaires belges, dont une figure, Louis Michel, commissaire européen, se battra de toutes ses forces pour lui assurer d’être « un président élu » aux élections de 2006. L’Union européenne financera le processus électoral et déploiera une force militaire au Congo, l’Eufor, pour assurer sa victoire face à Jean-Pierre Bemba[11]. Cet adversaire politique sera, par la suite, neutralisé par un procès pour crimes contre l’humanité et enfermé à La Haye, ce qui permettra à Kabila de gouverner en ayant les mains libres.

Joseph Kabila est toujours soutenu par les Occidentaux comme en témoigne la prise en charge, depuis plus d’une décennie, de la plus coûteuse opération de maintien de la paix au monde, la Monusco, une force sans laquelle il n’aurait jamais pu asseoir un brin d’autorité sur ce vaste territoire. Le soutien des Occidentaux s’est poursuivi malgré une gouvernance catastrophique, et même après la crise de légitimité née des élections frauduleuses de 2011, élections que les capitales occidentales ont unanimement décidé de valider au détriment de l’opposant Etienne Tshisekedi. En gros, Joseph Kabila peut difficilement envisager de se maintenir au pouvoir s’il venait d’être privé du soutien concerté que lui assurent les puissances occidentales. Ce soutien n’est toutefois pas absolu et de plus en plus des voix s’élèvent dans les cercles de décision en Occident pour réclamer la fin du régime.

En effet, bien que Kabila ait été un formidable garant des intérêts des firmes occidentales, intérêts engrangés durant les années de guerre, le bilan de sa présidence est globalement considéré comme catastrophique. Violence généralisée, corruption, impunité, pauvreté,… le tableau est si sombre que ses anciens soutiens inconditionnels n’hésitent plus à vilipender la situation du pays sans prendre des gants. L’ancienne première dame des Etats-Unis Hilary Clinton[12], candidate à l’élection présidentielle, de même que l’ancien Commissaire européen Louis Michel[13], artisan de son élection en 2006, n’ont pas de mots assez durs pour fustiger le bilan de leur ancien « ami ». L’ancien sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires africaines, Herman Cohen annonce déjà des sanctions contre Kabila, les membres de sa famille et les dignitaires du régime si le processus électoral continue d’être saboté[14]. En gros, les grandes puissances - l'administration Obama en particulier - tiennent à en finir rapidement avec Kabila dont elles estiment que le maintien au pouvoir plongerait le Congo dans une nouvelle crise majeure qui devrait nécessiter des efforts au niveau international alors qu’on n’a pas fini de résorber la crise née des guerres successives qui ont ravagé le pays depuis 1996. On assiste toutefois à une certaine résistance des parrains régionaux pour des raisons évidentes. Comme cela transparait dans les rapports successifs des experts de l’Onu, le pillage des richesses du Congo, que facilite le règne de Kabila, est une manne rentière que plusieurs clientèles autour des présidents de la région ne sont pas disposées à perdre.

Les parrains régionaux et la stratégie du chaos

Il y a tout d’abord les présidents Yoweri Museveni de l’Ouganda et Paul Kagame du Rwanda. C’est au milieu et sous l’encadrement de leurs armées que le jeune officier franchit la frontière du Zaïre en 1996 et parcourut le pays jusqu’à Kinshasa. Depuis, il est resté fermement loyal aux deux dirigeants. Aux deux présidents, il faut ajouter le Zimbabwéen Robert Mugabe et l’Angolais Edouardo dos Santos, les deux alliés de Laurent-Désiré Kabila lorsque le Mzee décida de rompre avec Kampala et Kigali et d’arrimer la RDC sur la Communauté des pays de la SADC. Au fil du temps, un cinquième président s'est ajouté sur la liste en la personne de Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, pour des raisons évidentes. Le Pays de Mandela, seule nation africaine membre des BRICS, tient fermement à consolider ses intérêts au Congo, pays hautement stratégique et indispensable à la préservation de son rang, du fait de ses ressources, dans le cercle fermé des grandes puissances. C’est dans cet ordre d’idée qu’il faut comprendre l’intervention musclée de l’armée sud-africaine dans le Kivu pour chasser les combattants du M23 au grand dam de Museveni et Kagame. Ce qui donne à penser que l’une ou l’autre des cinq puissances régionales[15] peut être tentées de jouer ses propres intérêts, qui ne sont pas forcément liés au maintien du pouvoir actuel à la tête du Congo. En fait, les parrains qui devront réellement poser problème sont Museveni et Kagame dans un scénario consistant à replonger l’Est du Congo dans un climat de chaos avec la complicité de Kabila en personne. Nous y reviendrons.

Alliances ethno-régionales : le sauve-qui-peut « Katangais » et le péril « Rwandais »

Le troisième cercle des garants du pouvoir de Kabila est celui des courants qui interagissent dans le cadre de la politique de Kinshasa. Il y en a trois principalement. Une fois de plus, faute de vocabulaire approprié, nous les désignerons par des termes généraux. Il s’agit du courant des « Katangais » (les Balubakat et, dans une moindre mesure, les Ruund), du courant des anciens mobutistes et du courant des Tutsi-hima, abusivement appelés « les Banyamulenge », ou les Rwandais d’origine tutsi »[16]. Sur les « Katangais », il était évident qu’après la prise du pouvoir à Kinshasa par Laurent-Désiré Kabila, un fils du Katanga, les ressortissants de cette province fussent amenés à jouer les rôles de premier plan dans l’appareil d’Etat, ce qui est toujours le cas. Ils occupent des postes stratégiques qui permettent à Joseph Kabila de se servir littéralement des institutions étatiques pour consolider son pouvoir personnel et son emprise sur le pays. L’un d’eux, à la tête de la Commission nationale électorale (CENI) sera reconnu par ses congénères comme ayant orchestré le tripatouillage des élections de 2011 pour éviter que le pouvoir n’échappe aux mains des Katangais[17]. Sur le plan militaire, et comme sous Mobutu et sa Division spéciale présidentielle, les « Katangais » forment le gros des troupes des GR (Garde républicaine), l’unité la plus choyée puisqu’elle est une sorte de milice personnelle du président. Kabila peut difficilement envisager de se maintenir au pouvoir sans un soutien massif et coordonné des élites et des masses populaires katangaises. Pourtant, il devient de plus en plus évident que la ferveur des Katangais pour Kabila a fortement faibli et que de nombreuses personnalités katangaises ont acquis la certitude que Kabila c’est bientôt du passé. A la pointe dans la formation du G7[18], nombreux parmi eux sont en train de « quitter le navire » pour escompter d’un meilleur positionnement dans le prochain régime. Ils savent que Moïse Katumbi est parmi les favoris en cas d’élection présidentielle en 2016. La grande inconnue reste l’attitude que pourraient prendre, le moment venu, les nombreux officiers katangais tentés de suivre leurs frères politiciens qui ont quitté ou vont continuer de quitter le bateau présidentiel.

Le deuxième des trois courants qui confortent le pouvoir de Kabila est celui des anciens mobutistes. Ces dignitaires de la Deuxième République furent incités à revenir au pays après la rupture entre le Mzee et ses parrains rwando-ougandais. Depuis, ils ont tronqué leur légendaire « fidélité au Guide » contre des louanges aux tombeurs de Mobutu en échange de confortables repositionnements dans le système. On peut ainsi relever que la deuxième personnalité de l’Etat, dans le rang protocolaire, n’est autre que Léon Kengo wa Dondo, grande figure du mobutisme, trois fois premier ministre de Mobutu, et aujourd’hui président du Sénat. Toutefois, ce courant ne devrait pas jouer un rôle déterminant dans le maintien de Kabila au pouvoir, tant ses membres devraient s’accommoder de n’importe quel autre président. Les louanges dont ils couvrent leur généreux Raïs relèvent davantage des motivations alimentaires : caresser le chef dans le sens du poil et rester le plus longtemps possible à la mangeoire tant qu’il y a de la soupe. Ils seront tout aussi courtisans sous la prochaine présidence et y trouveront leurs comptes. Ce qui est loin d’être gagné pour les personnalités du troisième courant, celui des Tutsi-Hima. 

Ce courant a pu consolider son emprise sur l’appareil d’Etat congolais au fil des campagnes militaires rwando-ougandaises qui se soldaient par des intégrations massives des agents des deux pays dans les institutions de la RDC. Usant de la ruse, des mensonges[19], des tueries[20] ; et profitant des grands moments de distraction des Congolais[21], ce courant est parvenu à contrôler des pans entiers de l’appareil d’Etat congolais et à s’octroyer la part du lion dans le cercle fermé de la présidence. Jouant au qui perd gagne, il a même réussi l’incroyable exploit d’accroitre son influence après la défaite du M23, que les Congolais croyaient naïvement être la défaite du Rwanda et de ses agents au Congo[22]. Ce courant dispose d’un poids considérable dans l’armée de la RDC où Kagame a réussi à infiltrer ses agents par milliers[23] ainsi que des dizaines d’officiers de haut rang[24]. Ce courant peut être considéré comme le plus dangereux parce que le plus déterminé à assurer le maintien de Kabila au pouvoir[25]. En effet, pour les « Rwandais », Joseph Kabila n’est pas seulement un président. Il est un compagnon d’armes avec qui du chemin a été parcouru des maquis des Milles Collines aux salons huppés de Kinshasa, en passant par des épopées militaires tout au long de la conquête du Congo devenu pour eux un imperdable butin de guerre. Kabila est la garantie que le Rwanda peut poursuivre son essor économique largement bâti sur le pillage des richesses du Congo[26]. Il est aussi le garant de l’impunité pour les dirigeants rwandais et ougandais, quelle que soit la gravité des crimes qu’ils commettent sur les populations congolaises. Le Rapport Mapping 2010 et des dizaines d’autres rapports sur les fléaux de viols et des massacres ont été enterrés tout au long du règne de Kabila, qui couvrait les auteurs de ces atrocités à coups de lois d’amnistie. Enfin, avec Kabila à Kinshasa, le Rwanda de Kagame a l’assurance qu’aucune menace existentielle ne lui viendra du Congo. En revanche, il peut continuer d’opérer sur le sol congolais à sa guise et sous la barbe des FARDC converties en toutous dociles pliant la queue devant l’armée de Kigali.

Il faut toutefois reconnaître que les « Rwandais » tous seuls ne peuvent pas empêcher le départ de Kabila. L’histoire des deux dernières décennies nous apprend que chaque fois que les « Rwandais » ont réussi à plier le Congo, c’était avec l’appui des puissances occidentales qui parrainèrent Kagame durant la guerre du FPR au Rwanda et durant les deux Guerres du Congo, à savoir, principalement, les Américains et les Britanniques. Ce soutien a nettement faibli[27] mais Kagame dispose toujours des moyens, non pas de marcher sur Kinshasa, mais bien de replonger le Congo dans un nouveau cycle de violence, surtout s’il est aidé par le régime aux abois de Kinshasa dans le cadre d’une alliance transnationale en vue de saboter le processus électoral. 

Le chaos à tout prix ?

Depuis des mois, le Rwanda et l’Ouganda renvoient clandestinement des centaines de leurs combattants dans l’Est du Congo où ils font jonction avec des milliers de leurs soldats déjà infiltrés dans les rangs des FARDC suite aux différents mécanismes de brassage et de mixage[28]. Ce redéploiement va, de toute évidence, s’accélérer si l’on en croit les termes de l’accord conclu le 24 septembre à Kigali par le ministre congolais de la Défense Aimé Ngoy Mukena et le général James Kabarebe. Ils avaient au menu de la rencontre, le retour au Congo des membres du M23 et l’éradication des FDLR, une vieille fable dont se sert Kagame pour légitimer la mise sous occupation de l’Est du Congo. Selon plusieurs confidences, Kigali et Kinshasa envisagent de lancer une nouvelle opération conjointe contre les FDLR, un mensonge puisque de ce mouvement, il ne reste que quelques poignées d’individus : 400 éléments selon Lambert Mende[29]. On ne mobilise pas les armées de deux pays pour combattre 400 individus, sachant qu’en plus, le Congo compte 20 mille casques bleus et 3 mille éléments de la brigade d’intervention de l’ONU, mandatés, justement, pour éliminer les groupes armés dont les FDLR. En réalité, la manœuvre derrière ce nouvel accord entre les deux présidents consiste à recréer un climat de guerre dans le Kivu sur l’exemple du chaos qu’ils ont provoqué il y a six ans, derrière l’opération Umoja wetu qu’il faut constamment garder à l’esprit.

L’arnaque des opérations Umoja wetu et consorts

En 2007, les présidents Kabila et Kagame concluent un accord secret par l’intermédiaire des généraux John Numbi, James Kabarebe et Laurent Nkunda. Cet accord permet le redéploiement de la milice rwando-ougandaise du CNDP et de l’armée rwandaise sur le territoire congolais provoquant la colère de la population et le départ de Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale. Officiellement, les troupes rwandaises reviennent au Congo pour mener des opérations conjointes avec les FARDC contre des FDLR. Trois opérations vont être menées : Umoja wetu[30], Kimia II[31] et Amani leo[32]. Elles vont toutes se solder par des échecs[33]. En réalité, ces opérations ne furent que de l’affichage, les vrais objectifs étant ailleurs. Elles furent pour le Rwanda et l’Ouganda l’occasion de relancer les réseaux de trafics de minerais qu’ils avaient mis en place durant la longue occupation de l’Est du Congo (1998 – 2003). Les Rwandais vont ainsi reprendre le contrôle de la mine congolaise la plus riche au monde en cassitérite (minerai dont on extrait le coltan) la mine de Bisie, en territoire de Walikale[34]. Les objectifs militaires, brandis dans les discours officiels, n’étaient que de la tromperie du haut des deux Etats. 

Ces opérations se révélèrent également être un moyen pour le Rwanda de peser sur les enjeux politiques internes de la RDC, dont la réélection de Kabila. Plus de 12 mille soldats rwandais vont « disparaître » dans la nature[35]. En réalité, ils vont être injectés massivement dans les rangs des FARDC et former des régiments contrôlant de vastes territoires. Ces forces rwandaises vont assurer la réélection de Joseph Kabila en 2011 et intégrer le PPRD, le parti au pouvoir sous l’étiquette du CNDP, le mouvement des criminels de guerre Bosco Ntaganda et Laurent Nkunda. Quelques mois plus tard, elles déclenchent la guerre du M23 qui se révèle être une guerre visant à provoquer la balkanisation du Congo, un vieux projet acté dans les accords de Lemera que les deux présidents s’emploient à faire aboutir[36]. Une vidéo révéla que deux compagnies de forces spéciales rwandaises habillées en uniformes FARDC étaient restées positionnées en territoire de Rutshuru, alors que les RDF étaient supposées avoir quitté le Congo depuis mai 2009[37]. La complicité entre Kabila et Kagame éclate au grand jour. La mobilisation des Congolais et des partenaires extérieurs de la RDC permit de venir à bout de l’agression, mais le Rwanda n’a toujours pas renoncé à réoccuper ces provinces de l’Est, ce qui devrait à nouveau se faire après le passage du ministre Ngoy Mukena à Kigali. Il s’agit à la fois de remettre le Rwanda en situation de relancer ses prétentions territoriales sur l’Est du Congo et de recréer un climat de guerre. Le régime complice de Kinshasa aura obtenu son excuse ultime pour acter l’impossibilité d’organiser les élections. Un argument à prendre ou à laisser puisqu’il s’agira de la dernière carte entre les mains de Kabila avant le chaos.

 

Conclusion

Le constat qui se dégage à l’état actuel des choses est que Kabila, après avoir perdu l’essentiel des atouts sur lesquels reposait son pouvoir, se rabat sur l’axe Kigali, ce qui se conçoit comme un réflexe de retour au bercail. Pour rappel, l’homme est au départ un officier de l’armée tutsi rwandaise. En se repliant sur le Rwanda et l’armée rwandaise, il s’en remet à sa communauté de cœur, celle qui serait prête à tous les sacrifices pour lui assurer de rester au pouvoir[38]. En même temps, cette démarche désespérée fait de lui un redoutable danger, à l’instar d’une bête traquée qui se replie au fond de sa tanière. Toute la question est de savoir comment les Congolais doivent s’y prendre face à un homme décidé à jouer le tout pour le tout. Herman Cohen propose l’idée d’une loi d’amnistie lui garantissant entre autres de jouir des biens qu’il a acquis au cours de sa présidence. L’idée d’une amnistie avait également été avancée par le sénateur Modeste Mutinga en mars 2015[39]. Un débat épineux, toutefois, dans un pays où les mesures d’amnistie ont eu pour effet de remettre dans la nature les pires assassins récidivistes qui, à la première occasion, reprenaient les armes pour trucider la population. Mais même si cette amnistie était accordée, elle n’offrirait qu’une garantie relative en matière d’immunité à l’état actuel du droit pénal international[40]. Et Kabila n’est pas dupe.

En définitive, les Congolais doivent se préparer à vivre des mois difficiles d’ici au changement d’homme à la tête du pays. Mais ce qui est réconfortant est que ce changement finira par se produire. Les présidents passent, les peuples restent.

Boniface MUSAVULI

 


[1] JB Kongolo, « Le PPRD face à ses turpitudes et ses propres pièges », desc-wondo.org, 15 septembre 2015, http://desc-wondo.org/le-pprd-face-a-ses-turpitudes-et-ses-propres-pieges-jean-bosco-kongolo/#sthash.O9J8crYC.dpuf.

[2] Évariste Boshab, Entre la Révision de la Constitution et l'inanition de la Nation, Ed. Larcier, 07/2013, 440 pp.

[3] L’ouvrage sera démoli scientifiquement notamment par le professeur Mbata Mangu. Voir https://www.youtube.com/watch?v=GCENiN1R7h8

[4] L’article 70 dispose que « le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ». Il est renforcé par l’article 220 qui proscrit toute révision constitutionnelle ayant pour objet «  le nombre et la durée des mandats du Président de la République  ».

[5] Officiellement, ce forum était prévu pour s’atteler à cinq grands thèmes : - la gouvernance et la réforme des institutions, l’économie, - le désarmement et la démobilisation des groupes armés, - les conflits communautaires, - la paix et la réconciliation, - la décentralisation et le renforcement de l’autorité de l’Etat.

[6] ONIP (Office National d’Identification de la population). Création de l’ONIP alors que le pays dispose déjà des mécanismes permettant d’identifier la population : les bureaux d’état civil, l’Institut national de la statistique (INSS) et la Direction générale de migration (DGM). Cf. JB Kongolo, « Loi électorale de la RDC : La fraude corrompt tout », desc-wondo.org, 4 février 2015, http://desc-wondo.org/loi-electorale-de-la-rdc-la-fraude-corrompt-tout-jb-kongolo/#sthash.yTvl5909.dpuf

[7] B. Musavuli, « RD Congo – cadavres de Maluku : Le massacre de trop ou un Timisoara ? », Agoravox, 08 avril 2015, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rd-congo-cadavres-de-maluku-le-165854

[8] Marie-France Cros, « Une nouvelle ruse du président Kabila ? », http://lalibreafrique.com/1315/une-nouvelle-ruse-du-president-kabila/

[9] Mais l’arrêt de la Cour constitutionnelle va ajouter de la confusion à une situation juridique déjà chaotique. Pour en savoir davantage sur la confusion engendrée par l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 08 septembre 2015, lire Jean Baudoin Mayo Mambeke, « Le député Mayo relance le débat : la Cour Constitutionnelle a mal jugé », http://www.lephareonline.net/le-depute-mayo-relance-le-debat-la-cour-constitutionnelle-a-mal-juge/

[10] Deux mois après le soulèvement populaire de janvier 2015, des corps en décomposition ont été découverts dans un charnier au cimetière Fula-Fula de la commune de Maluku, un quartier de Kinshasa. Des victimes de la répression de janvier, selon Radio Okapi, citant des « sources concordantes ». Le scandale qui s’en est suivi a obligé le gouvernement à reconnaître publiquement avoir fait enterrer ces corps en ce lieu. Mais l’enquête reste au point mort.

[11] Patrick Mbeko, Le Canada dans les guerres en Afrique centrale – Génocides & Pillages des ressources minières du Congo par Rwanda interposé, Le Nègre Editeur, pp. 399 svts.

[12] Hillary Clinton décrit Kabila comme un homme distrait et dépassé par les événements. Barack Obama parle de « vide » au sujet de la capacité de traiter les problèmes de sécurité par le Congo sous Kabila..

[15] Une cinquième puissance peut être ajoutée sur la liste : la Tanzanie dont l’armée est brillamment intervenue dans l’Est du Congo dans le cadre de la Monusco en 2013.

[16] Des trois courants, toutefois, deux semblent incarner l’enracinement du pouvoir de Joseph Kabila : les Tutsi-hima et les Balubakat. En effet, les personnalités les plus influentes dans le premier cercle du pouvoir ont la commune particularité d’être soit d’ascendance tutsi-hima (ou mariées à des femmes tutsies) soit des Balubakat. Cf. JJ. Wondo, Les Forces armées de la RD Congo : Une armée irréformable ?, op. cit., pp. 175 svts.

[17] Lire la lettre commentée de l’Association Bulubakat à Ngoy Mulunda sur http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=7814

[18] Le G7 est un rassemblement politique né du départ de sept partis de la majorité présidentielle qui avaient demandé, dans une lettre, à Kabila de garantir le respect absolu de la Constitution et d’accepter l’alternance en veillant à la tenue de l’élection présidentielle en 2016. Les auteurs, dont l’ancien gouverneur du Katanga Gabriel Kyungu wa Kumwanza, ainsi que leurs partis, ont, par la suite, été exclus de la majorité au pouvoir. Cf. « RDC : 7 partis de la Majorité Présidentielle appellent Joseph Kabila à l'alternance démocratique »http://www.radiookapi.net/2015/09/15/actualite/politique/rdc-7-partis-de-la-majorite-presidentielle-appellent-joseph-kabila.

[19] Lire notre commentaire sur l’ouvrage La Stratégie du chaos et du mensonge de Patrick Mbeko et Honoré Nganda. cf. http://desc-wondo.org/rdc-le-livre-la-strategie-du-chaos-et-du-mensonge-de-mbeko-et-ngbanda-lu-par-b-musavuli/

[20] Ce courant peut être considéré comme le principal responsable de la mort de six millions de Congolais pour avoir déclenché toutes les guerres qui ravagent le Congo depuis 1996.

[21] B. Musavuli, « Guerres et massacres au Congo : Faut-il « surveiller » les Américains ? », Agoravox.fr, 05 septembre 2013, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/guerres-et-massacres-au-congo-faut-140500

[22] JJ Wondo, « Le Rwanda plus fort que jamais en RD Congo malgré la déroute du M23 », desc-wondo.org, 06 février 2014, http://desc-wondo.org/strategie-le-rwanda-plus-fort-que-jamais-en-rdc-malgre-la-deroute-du-m23-jj-wondo/#sthash.ZVzoLnY4.dpuf.

[23] Entre 12 mille et 35 mille infiltrés rwandais dans les rangs des FARDC, selon les estimations.

[24] Le président Kabila a publié le 7 juillet 2013 une série d'ordonnances nommant une centaine de généraux, dont un peu plus de 10 % des Tutsi et assimilés issus du RCD-Goma et du CNDP, pour un pays qui compte plus de 350 groupes ethniques dont certaines ne sont même pas représentées dans le lot des nominations. Cf. JJ Wondo, Les Forces armées de la RD Congo : Une armée irréformable ?, Bilan – Autopsie de la défaite du M23 – Prospective, Ed. www.desc-wondo.org, décembre 2014, p. 27.

[25] B. Musavuli, « RD Congo – Nairobi : En chiens de faïence », desc-wondo.org, 20 décembre 2013, http://desc-wondo.org/rd-congo-nairobi-en-chiens-de-faience/

[26] A titre d’exemple, en 2013, le Rwanda est devenu le principal exportateur mondial de tantale, avec 28 % du total de 8.807.232 kg de tantale produit dans le monde.

[27] Il est évident que le soutien américano-britannique n’est plus aussi enthousiaste qu’il ne l’était au lendemain du génocide de 1994, l’argument dont se sert Kagame jusqu’à l’indécence pour justifier les interventions barbares de son armée au Congo. L’engouement autour du docteur Denis Mukwege, l’homme qui répare les victimes du viol comme arme de guerre, la sortie du documentaire Rwanda Untold Story par la BBC qui tord l’histoire officielle du génocide rwandais, l’adoption de la loi Dodd-Frank contre les minerais de sang pillés dans l’Est du Congo, l’adoption de la Résolution 2098 créant la brigade d’intervention de la Monusco qui permit de mettre fin au M23, et l’adoption du projet de règlement européen sur les minerais de conflit en mai 2015, sont autant de faits qui illustrent que l’élite au pouvoir à Kigali a de moins en moins de marge de manœuvre au Congo. Et que le courant des « Rwandais » autour de Kabila ne suffira pas à lui assurer le maintien au pouvoir.

[28] B. Musavuli, « RD Congo – 2016 : C’est la guerre qui nous attend », desc-wondo.org, 21 août 2015, http://desc-wondo.org/rd-congo-2016-cest-la-guerre-qui-nous-attend-boniface-musavuli/

[29] http://desc-wondo.org/category/thematiques/statistiques-chiffres/. Les estimations les plus crédibles sur le nombre des FDLR sont de l’ordre de 1500 à 2500 éléments.

[30] L’Opération Umoja wetu fut menée par une coalition formée des RDF (armée rwandaise) et des FARDC (armée congolaise) en janvier – mars 2009. Non seulement, elle ne permit pas de neutraliser les FDLR, mais elle permit au Rwanda de faire entrer des milliers de ses soldats sur le territoire congolais.

[31] L’Opération Kimia II fut lancée dans la foulée de l’Opération Umoja wetu. Elle fut dirigée, de fait, par le général Bosco Ntaganda, selon les experts de l’ONU. Elle sera l’occasion de tueries à grande échelle des populations (hutues rwandaises et congolaises) sans pour autant parvenir à démanteler les structures des FDLR, restées intactes, selon le Rapport de décembre 2009 et celui de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW).

[32] L’Opération Amani leo est lancée en janvier 2010 pour une durée initiale de trois mois. Elle traînera en longueurs, les haut-gradés de l’armée ayant sombré dans des trafics en tous genres. L’Opération va définitivement s’enliser avec le déclenchement de la Guerre du M23 en avril 2012.

[33] « L'ONU dresse un constat d'échec des forces armées contre les FDLR », rfi.fr, 23/05/2009, http://www1.rfi.fr/actufr/articles/113/article_81278.asp. Par ailleurs, après le départ des troupes gouvernementales, les FDLR s’en prenaient à la population pour la « punir » d’avoir collaboré avec les forces qui les poursuivaient. Cf. Rapport HRW, « Vous serez punis - Attaques contre les civils dans l’Est du Congo », 14 décembre 2009.

[34] Pierre Jacquemot, Économie politique des conflits en République Démocratique du Congo. CAIRN.INFO/Afrique contemporaine, De Boeck Supérieur - numéro 230, 2009/2, p.195.

[35] Cf. P. Mbeko, H. Ngbanda, Stratégie du chaos et du mensonge – poker menteur en Afrique des Grands lacs, Ed. de l’Érablière, 2014, p. 498.

[36] B. Musavuli, « RD Congo – Rwanda – Ouganda : Ils tiennent à sauver les accords de Lemera », desc-wondo.org, 1er mai 2015, http://desc-wondo.org/special-rd-congo-rwanda-ouganda-ils-tiennent-a-sauver-les-accords-de-lemera-boniface-musavuli/#sthash.m0vescPE.dpuf.

[37] Voir vidéo sur http://www.youtube.com/watch?v=eVdYFKxVYSM (consulté le 18 mai 2014).

[38] Pour l’anecdote, même les populations rwandaises, au Rwanda, appréhendent la fin du règne de Kabila. Ici, c’est avec liesse qu’on célèbre ses victoires électorales comme les exploits d’un fils du pays parti décrocher des trophées fantastiques dans un pays lointain.

[40] L’arrestation de l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet à Londres, en 1998, et le procès en cours au Sénégal du Tchadien Hissène Habré, sont autant de faits qui rappellent les limites du régime des immunités en droit pénal international.

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RD Congo – 2016 : Les derniers atouts de Kabila

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