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Accueil du site > Actualités > International > RD Congo : Faut-il négocier avec le M23 ?

RD Congo : Faut-il négocier avec le M23 ?

Le délégué de l’Union européenne dans la région des Grands-Lacs, le Belge Koen Vervaeke, ceux du Secrétaire général de l’ONU, du Président américain et de l’Union africaine, ont demandé aux autorités congolaises de reprendre les négociations de Kampala avec le M23. L’appel résonne comme une injonction contre le Congo, ce qui laisse quelque peu perplexe, du moins si on revient sur les récents évènements.

Dès lors, quelques mises au point deviennent nécessaires.

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Le calvaire des Congolais

Le peuple congolais, coupable ou victime ?

Tout d’abord, il convient de rappeler que le Congo a subi deux agressions militaires de la part du Rwanda (attestée par l’ONU) et de l’Ouganda (rapportée par la presse). Des actes qui violent grossièrement la Charte de l’ONU[1]. Des civils congolais ont été bombardés et tués à Goma par des obus tirés à partir du Rwanda, selon l’ONU. Des soldats congolais ont été attaqués, blessés et tués dans leur propre pays par des troupes rwandaises qui ont franchi la frontière, toujours selon l’ONU. Si ces actes, d’une gravité exceptionnelle, ne sont pas pris en considération par le délégué de l’Union européenne et les participants au sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), les Congolais ont du souci à se faire.

Des actes d’agression qui méritaient pourtant d’être fermement condamnés. Et s’il y a des pays qui méritent de subir des injonctions dans la région, ce sont bien les pays qui ont agressé le Congo et bombardé des civils congolais dans leur propre pays. L’Ouganda et le Rwanda devraient être contraints de réparer les conséquences de leurs agressions. Etonnamment, on a l’impression que c’est à nouveau sur les Congolais que la communauté internationale est en train de s’acharner. Des négociations dans trois jours et un accord dans 14 jours ! C’est à n’y rien comprendre. On oblige les Congolais à se rendre dans un pays agresseur pour négocier avec un mouvement considéré comme criminel par l’Union européenne, le Conseil de Sécurité de l’ONU, le gouvernement américain, les ONG (Human Rights Watch) et la population congolaise victime des crimes à répétition du M23.

Les participants au sommet de Kampala, se rendent-ils vraiment compte de ce qu’ils demandent au peuple congolais ?

Humilier les Congolais pour mieux piller le Congo

On comprend à peu près ce qui se passe en revenant aux enjeux économiques qui sous-tendent les guerres à répétition contre le Congo. Les guerres que subit le peuple congolais depuis 17 ans sont des guerres d’accès aux gisements miniers. Les participants au sommet de Kampala ne l’avoueront jamais, mais on devine aisément le fond de leur pensée : la logique du capitalisme brut. Réaliser un maximum de profit au moindre coût. Suivant cette logique, le Congo est une vache à lait. Plus les Congolais seront maltraités, humiliés et rabaissés, plus facile sera le pillage de leurs ressources minières. Exiger du Rwanda et de l’Ouganda de rendre des comptes pour leurs actes d’agression reviendrait à priver les capitalistes des bourreaux dont ils se servent pour maltraiter et humilier le peuple congolais. Si les Congolais recouvrent leur dignité et le respect de leur territoire national, il sera difficile de poursuivre le pillage de leurs ressources naturelles. Alors, on les menace et on les humilie en les ramenant à Kampala pour négocier avec des criminels sous l’autorité du parrain de ces criminels, le Président Museveni, un des agresseurs les plus entêtés du peuple congolais.

Les Congolais peuvent refuser de revenir à Kampala. Ils peuvent aussi s’y rendre. Mais ça ne change rien au problème. L’Ouganda et le Rwanda préparent une nouvelle guerre d’agression contre le Congo. L’incursion de l’armée ougandaise en territoire de Mahagi était un avertissement. Quant au Rwanda, on sait qu’il masse des troupes dans la ville frontalière de Gisenyi. Les deux pays n’attendent qu’un prétexte pour franchir la frontière.

Habitués à la souffrance

La suite, on la connaît. Les soldats congolais essayeront de résister, mais ils seront tués, blessés et humiliés. La population essayera de manifester, mais elle sera réprimée dans le sang. Les femmes congolaises seront, à nouveau, violées à grande échelle et leurs enfants massacrés. Des milliers de familles seront jetées dans la nature. Les mines du Congo seront réoccupées et pillées. Les Congolais seront dépouillés de leurs biens. L’ONU sera impuissante et les grandes puissances laisseront faire. Parce que les guerres contre le Congo sont leurs guerres, les guerres des grandes puissances « capitalistes ».

Tout cela, les Congolais en sont conscients, mais ce n’est pas grave. Ceux qui mourront, mourront. Ceux qui survivront continueront de rappeler que ce qu’on fait subir aux Congolais est indigne de l’humanité et des pays qui se disent civilisés mais qui profitent de ce massacre. De toute façon, les Congolais se sont habitués à la souffrance. Ils en sont à six millions de morts[2], 500 mille femmes et petites filles violées, 2.700.000 déplacés de guerre et 500 mille réfugiés.

Cette souffrance, bien évidemment, ne pèse pas lourd aux yeux de la communauté internationale qui se réunit en Ouganda. Il n’y a même pas eu une minute de silence pour les millions de morts du Congo. Le bilan macabre peut toujours s’alourdir, encore et encore… Peut-être qu’un jour, quelque part dans le monde, les consciences se réveilleront pour faire comprendre aux dirigeants ougandais, rwandais, britanniques, européens et américains qu’ils n’ont pas besoin de se conduire de manière aussi barbare contre un peuple innocent.

Pour revenir aux négociations de Kampala, on se demande bien avec qui les Congolais vont négocier et surtout qu’est-ce qu’ils vont négocier.

Négocier avec qui ?

Le M23 est une création du Rwanda et de l’Ouganda selon plusieurs rapports des experts de l’ONU. Dès lors, négocier avec le M23 devient une perte de temps, l’organisation n’ayant pas d’autonomie politique et ne pouvant garantir l’application de ses engagements. Obliger les autorités congolaises à négocier avec le M23, sous l’autorité de son parrain, n’est pas seulement humiliant pour le peuple congolais. La démarche participe de l’aide apportée à l’Ouganda et au Rwanda pour qu’ils continuent d’introduire, par vague successives, des chevaux de Troie à l’intérieur du territoire congolais et des institutions politiques de la RDC.

Des individus d’une loyauté incertaine et qui ont déjà causé trop de souffrance aux populations congolaises du fait des trahisons à répétition dans les rangs de l’armée, des mutineries, de l’indiscipline et de crimes atroces (cas de Bosco Ntaganda[3], Laurent Nkunda, Jules Mutebutsi, Sultani Makenga,…). Dernière en date, la défection du colonel Richard Bisamaza du secteur de Beni pour rejoindre le M23. Les Congolais ont déjà assez souffert en acceptant de traiter avec ces « simples exécutants » et de les intégrer dans les institutions nationales. Des vies humaines sont mises en danger.

Négocier quoi ?

Les revendications du M23 sont connues. Si le Congo ne peut pas les appliquer, c’est parce qu’elles ne sont pas applicables. Il suffit de relire les accords du 23 mars 2009 et les déclarations des responsables de ce mouvement depuis. Ils réclament d’être réintégrés dans l’armée. Comment le Congo peut-il réintégrer dans son armée des individus qui ont largué des bombes sur la population, pillé la ville de Goma, violé les femmes et assassiné des innocents ? D’autant plus que ce ne serait pas la première fois.

En effet, le M23 a pour ancêtre le CNDP dont les éléments furent intégrés dans l’armée. Ils y ont laissé un souvenir épouvantable qui peut se résumer à la personnalité de Bosco Ntaganda et aux souffrances qu’il a infligées aux populations sur son passage. Le CNDP avait pour ancêtre le RCD qui était lui-même né de l’AFDL. Tous les combattants de ces mouvements, commandités par le Rwanda et l’Ouganda, furent intégrés dans l’armée et les institutions congolaises. Ils se sont, à chaque fois, rebellés ou mutinés, créant un véritable bazar dont le Congo commence à peine à se relever. Comment le Congo peut-il réintégrer dans ses institutions (pour la deuxième ou troisième fois), des individus aussi dangereux ?

Ils demandent, en plus, la reconnaissance de leurs grades. Des grades qu’ils se sont octroyé tous seuls, dans les maquis…

Sur le plan psychologique, on n’imagine pas la douleur du soldat congolais qui s’est battu contre le M23, a été blessé, a perdu ses compagnons, et qui va se retrouver dans sa caserne avec les ennemis d’hier, les « gens du M23 ». Et les habitants de Goma ? Ils vont se retrouver avec pour autorités les individus qui ont bombardé leur ville ?

Quand on veut détruire une armée nationale et une nation, on ne s’y prend pas autrement.

Les garants d’un éventuel accord… tout le monde se méfie

L’histoire des relations entre le Congo et ses difficiles voisins de l’Est (Ouganda et Rwanda) a de quoi susciter de la méfiance. Dans la stratégie du talk and fight (discuter en poursuivant la lutte armée), les accords signés par les Congolais se sont révélés être systématiquement des pièges mortels.

Très peu de Congolais sont disposés à apposer leur signature à côté de celle d’un dirigeant rwandais ou ougandais. Cette signature finit par devenir un problème pour celui qui l’a apposé. C’est le cas de l’actuel ministre congolais des affaires étrangères, Raymond Tshibanda, signataire, pour le compte du gouvernement, des accords du 23 mars 2009 à l’origine de la guerre en cours. Son cosignataire, un lampiste, a déjà disparu de la circulation. Les deux parrains de cet accord (Obasanjo et Mkapa) ont, eux aussi, déjà disparu dans la nature. Raymond Tshibanda se retrouve seul, au milieu de son peuple endeuillé et qui lui en veut d’avoir signé ces « accords de la mort ». Qui va aller engager son nom à Kampala, sachant que le Rwanda et l’Ouganda préparent une nouvelle guerre contre le Congo ?

En tout cas, tout le monde a appris à se méfier des dirigeants rwando-ougandais. On constate, d’ailleurs, avec un peu d’amusement, que les institutions, qui incitent les Congolais à se rendre à Kampala, ont envoyé des personnalités de second plan.

Barack Obama aurait pu envoyer John Kerry. On parle d’arrêter la mort des millions de gens. Il a envoyé un illustre inconnu. L’Union européenne aurait pu envoyer un de ses brillants commissaires comme Viviane Reding. Et pourquoi pas Barroso en personne ? On parle d’une guerre d’accès aux gisements miniers, (le coltan indispensable à la fabrication des appareils électroniques). Ce n’est pas un conflit banal. L’ONU a envoyé Mary Robinson. Une femme qui fait ce qu’elle peut, mais elle est à la fin de sa carrière. Lorsque la guerre va à nouveau éclater, elle va juste prendre sa retraite. Quant à l’Union africaine, disons… bof ! C’est une organisation qui n’a pas encore fait ses preuves dans des conflits aussi graves que celui du Congo.

Appliquer le droit, tout simplement

En définitive, tout semble indiquer que la volonté de mettre fin à ce conflit n’est pas encore assez ferme. La guerre reprendra certainement dans l’Est du Congo quelle que soit l’issue des pourparlers de Kampala.

La seule chose qui puisse arrêter la guerre, c’est l’application stricte du droit, national et international. On vient tuer les Congolais dans leur pays, violer leurs femmes et piller leurs richesses. Ce sont des crimes passibles de poursuite devant les juridictions nationales et internationales. Les Congolais n’agressent personne. Pourquoi, dès lors, les appelle-t-on à Kampala pour négocier, on ne sait quoi ? Que les combattants du M23 déposent les armes. Ceux de nationalité congolaise et qui n’ont pas commis de crimes devraient être pardonnés dans le cadre d’une commission vérité et réconciliation. Ceux qui ont commis des crimes, évidemment, devront répondre de leurs actes devant la justice. Quant aux combattants étrangers, ils doivent être raccompagnés dans leurs pays respectifs. Une logique simple, relevant du bon sens.

« Le bon sens »… N’a-t-on pas, par hasard, oublié d’inviter « le bon sens » à Kampala ?

Boniface MUSAVULI



[3] Qui est Bosco Ntaganda ? sur http://www.hrw.org/fr/node/114305&nbsp ;

 


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6 réactions à cet article    


  • FRIDA FRIDA 7 septembre 2013 14:43

    Merci de nous informer de ce qui se passe en RDC.

    Continuez de nous informer, même le RDC ne fait pas le buzz.


    • Corinne Colas Corinne Colas 7 septembre 2013 14:50

      idem ! 




      • tinga 8 septembre 2013 03:15

        Le Congo devrait être riche et prospère, les minerais tel que le coltan (comme notifié dans l’article) , utilisé dans les téléphones portables et autres sont des minerais hautement stratégique, la conclusion de l’auteur le souligne, l’application du droit est la seule solution, mais trop de richesse en RDC, ces conflits entretenus permettent le pillage organisé du pays, il faut regarder a qui ces crimes profitent le plus, pas forcément les éxécutants.



        • Agafia Agafia 9 septembre 2013 06:55

          Des millions de morts dans l’indifférence générale internationale, dans la suite du génocide rwandais..
          Viols de masse, meurtres et mutilations
          Enfants soldats
          L’enfer sur terre 
          Voilà la RDC

          Tous les morts n’ont pas la même valeur.


          • Yajovin Yajovin 9 septembre 2013 13:26

            @ Boniface Musavili. La question que vous avez posé est, de l’avis des compatriotes qui aiment réellement leur pays, n’a pas lieu d’être. La raison en est toute simple : on ne négocie pas avec soi-même. Messieurs Paul Kagame et Hippolyte Kanambe alias « Joseph Kabila » sont les maîtres d’ouvrage (macabre) qu’exécute le M23, leurs bras armés, sur le terrain congolais. Tous les trois, ensemble comme les doigts d’une main - par la ruse et la volonté expansionniste de Paul kagame, exprimée par la voix inaudible de « Joseph Kabila », gouverneur général rwandais en RDC, mais amplifiée par les ventriloques collabos - vont imposer leur diktat au peuple congolais. Tout cela procède de la stratégie du boa qui étouffe sa proie avant de l’engloutir. Par le biais du « Concert national des collabos » - la « concertation nationale », voulais-je dire - les terroriste du M23 vont être intégrés officiellement dans les institutions du pays comme l’avaient été, en son temps, les cadres du CNDP de Laurent Nkundabatware Mihigo. Ces derniers, de conserve, vont accélérer de l’intérieur le pourrissement de la vie politique et le commandement des Fardc avant de déclencher le moment venu, alors que le pays sera complètement anémie, la balkanisation. 

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