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RD CONGO : La brigade de l’ONU vaut-elle toujours la peine ?

Le temps passe et la solution militaire prônée par le Conseil de sécurité de l’ONU devient de moins en moins évidente pour imposer la paix dans l’Est du Congo. La Résolution 2098 créant une brigade offensive chargée de neutraliser les groupes armés, rentre, jour après jour, dans une certaine caducité, bien avant le déploiement effectif de ses 3.069 soldats. Un mirage de plus ? En tout cas, on ne sait toujours pas à quelle date cette brigade sera en effectif suffisant sur le territoire congolais pour amorcer la mission entendue de « nettoyage » des maquis qui pullulent dans le Kivu. 

La fébrilité sud-africaine

En Afrique du Sud, pays devant fournir l’essentiel des effectifs, une forme de panique gagne les élus échaudés par la déroute de l’armée sud-africaine en Centrafrique. Pour rappel, le 24 mars dernier, treize soldats sud-africains avaient été tués dans le pays et le contingent de Pretoria avait dû baisser les bras devant les rebelles de la Seleka qui s’emparaient du pouvoir à Bangui.

Face à ce qui attend les Sud-africains au Kivu, la Centrafrique ne fut qu’un terrain d’entrainement. Au Kivu, on se bat tous les jours depuis plus de vingt ans et les maquis regorgent de combattants aguerris, maitrisant la connaissance du terrain. Ils ne sont guère impressionnés par de jeunes soldats sud-africains n’ayant aucune expérience au combat.

Ainsi le Pays de Nelson Mandela avance-t-il sur la pointe des pieds, ce qui n’augure rien de bon pour la brigade de l’ONU présentée par Ban Ki-Moon comme la solution ultime.

Les Tanzaniens, crédibles ?

L’autre pays devant fournir des soldats pour la brigade, la Tanzanie, est à peine plus motivé. Quelques dizaines de soldats tanzaniens sont arrivés à Goma. Ils n’ont pas mis longtemps pour se rendre compte de l’immensité du défi qu’ils sont supposés relever. En effet, faisant fi de l’arrivée des soldats tanzaniens, un groupe armé n’a pas hésité à attaquer la ville de Beni, troisième ville du Nord-Kivu le 15 mai dernier, attaque qui s’est soldée par plusieurs dizaines de morts. Une semaine auparavant, les rebelles avaient réussi à faire irruption dans la résidence du maire de la ville[1] qui n’a eu la vie sauve qu’en sautant par la fenêtre. Il s’agissait pourtant d’un des nombreux « petits » groupes armés sévissant dans la région. Une broutille en comparaison avec le M23, qui a promis d’affronter la brigade de l’ONU, avec des moyens dignes d’une « petite » armée nationale (des chars d’assaut abandonnés par les FARDC), le Rwanda et l’Ouganda servant de base arrière.

Pour revenir sur la Tanzanie, on voit mal ses soldats se battre contre les « tutsis » du M23. C’est avec l’aide des troupes envoyées par le Tanzanien Julius Nyerere que le régime « tutsi » actuel de Kampala a pris le pouvoir en Ouganda en janvier 1986. C’était au bout de 5 ans d’une guérilla extrêmement meurtrière menée par un certain Yoweri Museveni, l’actuel Président ougandais. Un des officiers de la guérilla s’appelait Paul Kagamé, l’actuel Président rwandais. La Tanzanie est ainsi, par tradition, trop liée aux régimes du Rwanda et de l’Ouganda, parrains du M23, pour espérer que les soldats tanzaniens puissent aller combattre avec détermination les maquisards du M23.

Une opération à ciel ouvert

Sur le plan opérationnel, la brigade de l’ONU se déploie de façon assez curieuse. Les équipements dont elle devra se servir sont acheminés dans l’Est du Congo en transitant par le Rwanda et l’Ouganda. Les Etats-majors de Kigali et de Kampala ont donc tout le loisir de découvrir quelle arme sera utilisée contre leurs protégés du M23. Une opération militaire préparée de manière aussi visible, aussi prévisible, donne à penser qu’un certain aveu d’impuissance gagne les esprits dans les instances de la Monusco.

Toujours sur le plan opérationnel, peu d’observateurs relèvent qu’on entre dans la période des vacances et qu’une grande partie du personnel international opérant au Congo sera absent pendant au moins deux mois. Difficile d’engager une action militaire qui pourrait avoir des répercutions majeures sur plusieurs plans, humanitaire notamment. Pendant ce temps, les groupes armés se renforcent (les rebelles ne prennent pas de vacance). Dans le cas du M23, la société civile du Nord-Kivu continue de mettre en garde contre les bataillons qui affluent du Rwanda depuis plusieurs mois. A force d’atermoiements, il sera bientôt plus raisonnable de négocier (négocier quoi encore ?) que de déclencher une action militaire qui risque de tourner au fiasco.

Une solution militaire « nationale »

Au final, on revient, une fois de plus, au bon sens, tout ce qu’il y a de plus élémentaire. C’est à l’armée nationale qu’il revient de reprendre le contrôle du territoire national. Depuis treize ans, la communauté internationale verse près d’un milliard et demi de dollars[2] à des casques bleus dont l’inaction, longtemps dénoncée, s’est étalée au grand jour avec la prise de Goma par les troupes du M23 en novembre 2012. Ils sont aujourd’hui considérés, dans une large partie de l’opinion congolaise, comme pratiquant une forme de « tourisme militaire », allusion faite aux exactions contre la population qui se poursuivent en dépit de leur présence.

Bien qu’il soit absurde d’opposer la force onusienne à l’armée nationale, il n’empêche, au final, que si le budget englouti chaque année par la Monusco était en partie affecté à la formation des unités spécialisées de l’armée nationale, dans la logique d’un désengagement progressif des contingents étrangers, il n’est pas certain que l’idée d’une brigade de l’ONU aurait germé dans un esprit quelque part.

Pour le moment, on en est là. Malgré de sérieux doutes sur sa capacité à venir à bout des groupes armées qui écument les maquis du Kivu, la brigade sera mise sur pied. Elle devra absorber une somme astronomique de 140 millions de dollars[3] (pour 3.069 soldats), comparée à la condition des milliers de soldats congolais en lutte contre les mêmes groupes armés, mais avec des moyens infiniment modestes.

Boniface MUSAVULI



 


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4 réactions à cet article    


  • Don Michael Corleone Don Michael Corleone 3 juin 2013 18:30

    L’ONU ça a une efficacité ce machin ? De mon point de vue ça ne sert qu’à permettre aux pays du « P5 » à savoir Russie, Chine, Etats-Unis, France, Angleterre de défendre leurs intérêts. Il n’y a qu’à voir pour s’en convaincre le nombre de vétos que les étasuniens ont mis pour protéger la colonie occidentale appelée Israël. Donc si ce n’est pas dans l’intérêt de plusieurs de ces pays voire de tous ces pays que la situation s’arrange là-bas, elle ne s’arrangera pas. Mais qui fout la merde si ce n’est l’agent étasunien Kagame entre autres. La situation de RDC est terrible et douloureuse mais on en parle quasiment pas dans les médias grand public quand on nous brise les oreilles avec le conflit syrien terrible aussi mais plus récent que celui sordide et bien plus mortifère de RDC. La RDC ne peut pas non plus compter sur les pays africains impuissants et dont les dirigeants ont bien d’autres chats à fouetter que d’aller s’empêtrer dans ce guêpier. On n’entend même ce machin appelé Union Africaine. Ce conflit symbolise à lui seul l’odieux visage de l’Afrique et au de là du monde aujourd’hui. La loi du plus fort et aucun justice véritable. Pauvre Afrique et pauvre monde.


    • Bertrand Loubard 4 juin 2013 11:29

      A l’époque de la Minuar, au Rwanda donc, le même scénario avait été consciencieusement mis en place, sous supervision FPR : délais incompatibles avec les objectifs ; sous dimensionnement généralisé de l’intendance, méconnaissance du terrain ; mission imprécise et coordination acéphale du commandement. Tout ce que demande Kagamé, recordman mondial des Doctorats Honoris Causa, des Winner Prices et autres Médailles (et qui, en plus, serait, selon P. Reyntjens, le plus grand criminel au monde en exercice d’une Présidence Républicaine), tout ce que veut Kagamé, l’ONU le veut. Ne s’étonnait-on pas, déjà en 90-94, au département d’Etat US, quant on disait qu’au Pentagone « on » devait être « amoureux » de Kagamé ? La démonstration sera donc bientôt faite que le seul moyen de pacifier la région est de faire ce que « seul » Kagamé (avec les « amis du Peuple Rwandais ») veut : réunifier le Rwanda, en faire Le Pôle de développement de l’Afrique entière, la nouvelle Terre Promise, le nouveau Singapour. Alors, dès que la phase « Talk » de la stratégie actuelle sera achevée, la phase « Fight » pourra recommencer. Les opérations « under M23’s flags » pourront reprendre. La Monusco pliera bagages. Le Peuple Rwandais exigera que Kagamé supervise, la pacification, la normalisation et la réunification. Seulement après, un Medvedev rwandais succédera démocratiquement à celui pour lequel "bands of angels will sing in the heaven« (S. Kinzer), in »secula seculorum". Ntaganda bénéficiera d’un non-lieu, quelques millions de morts congolais s’ajouteront au sinistre bilan….mais « si cela en vaut la peine » (M. Allbright), etc., etc.

      Le jour où Habyarimana a refusé de laisser s’implanter au Bugesera les bases militaires « alliées » du Rwanda d’alors, il a signé son arrêt de mort et donné la clairance au décollage du « Commando Bravo » du 06/04/94……


      • asterix asterix 4 juin 2013 14:40

        Continue, Musa !

        Ton information a maintenant dépassé celle de Colette Braeckman du journal Le Soir.
        Tes conclusions sont d’une logique implacable : c’est à l’armée congolaise qu’il revient de mettre fin à ce brûlot. Le hic, c’est que le système Kabila n’a aucune crédibilité pour en arriver à cette solution.
        Entre-temps, le peuple meurt.
        Je suis né en Belgique mais ai été conçu dans l’est du Congo.
        La Belgique et le Congo, je sais...
        Un autre poto-poto. Ne le regrettez-vous pas un peu ? Seulement un peu ?


        • MUSAVULI MUSAVULI 4 juin 2013 17:10

          « Un autre poto-poto », oui, bien sûr. Entre Belges et Congolais, il y a tellement eu de sueurs, de larmes, de haine, mais aussi de joies communes qu’il y aura toujours quelque chose de « belge » dans la pensée du Congolais et quelque chose de « congolais », même simplement nostalgique, dans l’esprit du Belge. L’aventure coloniale fut une sorte de « mariage » houleux et bref mais la « vie commune », comme partout, avait laissé des traces pour longtemps...

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