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Accueil du site > Actualités > International > RD Congo – LRA : Des soldats américains au Congo ?

RD Congo – LRA : Des soldats américains au Congo ?

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en RDC, Martin Kobler, préconise, dans la lutte contre les rebelles ougandais de la LRA, des opérations conjointes entre l’armée congolaise (les FARDC), la Monusco et l’US Africom (Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique). L’information, donnée vendredi 10 octobre, est passée comme une lettre à la poste. A Kinshasa, ni le président Kabila, ni les membres du gouvernement, ni les députés, ni les sénateurs, ni les chefs des partis, ni la société civile n’y trouvent rien à redire. On parle pourtant d’Africom, c’est-à-dire de la stratégie militaire américaine sur le Continent africain. Autrement dit, la LRA devient un objectif du Pentagone et un prétexte au déploiement militaire unilatéral américain sur le sol congolais. Toujours rien à redire ?... La voie est libre !

Il y a pourtant de quoi aborder le sujet avec gravité. En effet, dans n’importe quel pays les dirigeants politiques et la société civile se seraient posé au moins deux questions. Première question : quelle menace représente la LRA pour justifier l’arrivée des soldats américains sur le sol congolais ? Deuxième question, quels intérêts pousseraient les Etats-Unis à risquer la vie de leurs soldats sur le sol congolais ? Car, faut-il toujours le rappeler, aucun soldat étranger ne risque sa vie au Congo par altruisme pour les populations congolaises. Les soldats étrangers, y compris les casques bleus, viennent au Congo uniquement pour servir les intérêts de leurs pays, et il ne saurait en être autrement. Ces intérêts sont de nature diverse : salaires et autres avantages personnels, expertise en missions internationales, renseignements militaires, accès aux marchés des matières premières,… A ce titre, les intérêts des Etats-Unis sont connus des Congolais depuis au moins deux décennies.

Des intérêts nocifs pour le Congo

En effet, dès la fin de la Guerre froide, les Américains ont affiché leur vision du Congo, et ils ne s’en cachent pas. En témoigne, notamment, l’adoption, en juillet 2010, de la loi Dodd-Frank par le Congrès américain, loi qui cite nommément le Congo et ses minerais. Il s’agit, pour les Américains et leurs alliés, d’accéder sans entrave aux ressources minières du Congo et d’orchestrer la balkanisation du Congo, un pays que Washington trouve trop grand par rapport à la capacité de ses dirigeants à le gouverner. Une obsession de la politique étrangère américaine qui menace l’intégrité de nombreux « grands pays »[1]. Au département d’Etat américain, selon Herman Cohen, « le Kivu fait déjà partie du Rwanda »[2]. Lors de la dernière attaque de l’armée rwandaise sous couvert du M23, dans le Kivu, l’Ouganda en a profité pour s’emparer du territoire congolais de Mahagi, en Province Orientale. Les armées ougandaise et rwandaise, sont, depuis plus de deux décennies, équipées, renseignées, encadrées et entraînées par l’armée américaine pour mener des attaques récurrentes contre le Congo, attaques responsables de la mort de six millions de Congolais.

Mais pour les Américains, les régions de l’Est du Congo, peu importe le nombre des Congolais tués, doivent être annexées au Rwanda de Paul Kagame[3] et à l’Ouganda de Yoweri Museveni. Parallèlement, les Etats-Unis veillent, à l’ONU notamment, à ce que les hommes de Kagame et de Museveni, responsables de massacres, de viols et de pillages dans l’Est du Congo, soient continuellement assurés de la totale impunité[4].

Le b.a.-ba de la politique

Ces quelques éléments sont des fondamentaux que chaque Congolais doit avoir constamment à l’esprit lorsqu’il a affaire à un Américain, surtout aux officiels américains. Ce qui nous ramène à la première question : quelle est cette menace que posent les rebelles ougandais de la LRA pour justifier le déploiement au Congo des unités de la Première puissance militaire du monde ?

Pour rappel, L’Armée de résistance du Seigneur (LRA) est un mouvement fondée en 1986 par Joseph Kony, dans le Nord de l’Ouganda. L’objectif du mouvement est alors d’instaurer dans le pays un régime théocratique chrétien[5] fondé sur la Bible et les 10 commandements de Dieu. Mouvement réputé pour ses brutalités[6], la LRA a toutefois été considérablement affaiblie depuis 2005. En décembre 2010, le ministre ougandais de la défense, Crispus Kiyonga, a estimé ses efectifs à environ 300 combattants parsemés entre le Nord-Est de la RDC, la Centrafrique et le Soudan du Sud[7]. On en est donc là. Un groupuscule qui, tout en étant dangereux, bien entendu, compte, à la louche, 400 éléments au maximum. En face, l’armée congolaise dont les effectifs s’élèvent à 140.000 militaires[8]. Elle est épaulée par 19.539 casques bleus[9] et une brigade d’intervention de la Monusco forte de 3.069 soldats. Donc 162.608 soldats prêts au combat contre 400 éléments de la LRA. Et, les 162.608 soldats auraient besoin des renforts de l’armée américaine… bah voyons !

Même s’il est encore tôt pour se prononcer sur les réelles motivations des unités d’Africom sur le sol congolais, il est de bon aloi que les dirigeants congolais apprennent à ne pas accepter des « aides » aussi étranges venant d’un Etat étranger, américain soit-il, le b.a.-ba de n’importe quel dirigeant politique. Même lorsque l’« aide » est proposées, en apparence, de bonne foi. Après deux décennies de guerre, on imagine que les autorités d’un pays ont assez appris pour être en capacité de se méfier de tout. Tout ce que les nationaux sont capables de faire, il serait absurde qu’un pays aille chercher de l’aide à l’autre bout du monde pour le faire. Les soldats congolais ont plusieurs fois démontrés, notamment dans le Kivu, que, bien payés, nourris, équipés et affectés dans des unités expurgées de taupes et de traitres, ils sont tout à fait en mesure de libérer leurs populations tous seuls.

Et quand bien même le pays aurait besoin d’un partenaire stratégique, l’armée américaine serait, pour le Congo, le partenaire le moins fiable de tous, loin derrière la Chine, le Japon et la Russie qui seraient intéressés de proposer des partenariats en matière de défense avec divers pays africains[10]. En effet, les Etats-Unis ont une histoire plutôt sinistre avec le Congo au sujet des partenariats en matière de défense.

Les Américains nous ont poignardés dans le dos : devoir de mémoire

L’histoire commence durant la Seconde Guerre mondiale. Le Troisième Reich peut à tout moment prendre le dessus sur les Britanniques, contrôler l’Europe d’un bout à l’autre et orienter le cours de l’histoire dans le sens qui ne serait pas celui que nous connaissons aujourd’hui. Les Alliés sont à la peine. Pour inverser le cours de la guerre, il faut disposer d’une arme stratégique. Le Congo se révèle être le recours ultime à ce moment crucial. Il fournira, par sa mine de Shinkolobwe, les quantités d’uranium[11] nécessaires au Projet Manhattan d’où sortiront les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki. Les deux bombes permirent de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Par deux carnages nucléaires, bien entendu, mais de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale, après tout. Tout au long de la Guerre froide, le Congo sera le principal fournisseur mondial d’uranium, de cobalt et de cuivre aux Américains et aux autres alliés de l’OTAN, permettant ainsi à l’Occident de disposer d’un avantage décisif sur le Bloc soviétique. Les Américains s’installèrent sur les bases de Kitona, dans le Bas-Congo, et de Kamina, dans le Katanga. C’étaient les « amis du peuple congolais ».

Toutefois, à la chute du Mur de Berlin (1989), le Congo, alors appelé Zaïre, est un pays exsangue. Mobutu avait passé trois décennies au pouvoir en servant essentiellement les intérêts américains et l’effort de guerre des pays membres de l’OTAN. Les Congolais auraient été légitimes à demander aux Alliés une marque de reconnaissance pour le rôle joué par leur pays qui a permis aux peuples du « Monde libre » (Europe, Amérique) de vivre dans la paix et la prospérité qu’ils connaissent depuis. Il n’en sera rien. Les Américains feront même pire. Dès le début des années 1990, ils posent leurs valises à Kampala, puis à Kigali. Ils se sont acoquinés avec Kagame et Museveni pour faire mains basses sur les ressources minières de l’Est du Congo (principalement le coltan). Ils vont attaquer le pays qui a fourni l’uranium et les ressources minières nécessaires à la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, le Japon, et, plus tard, le Bloc soviétique. Mobutu qui croyait être leur ami va, pour reprendre sa formule, se faire « poignarder dans le dos ».

Fin 1996, le Congo est agressé par une coalition rwando-ougandaise parrainée par l’armée américaine. Une guerre qui dure depuis et qui a laissé à terre plus de six millions de Congolais. Mais aussi plusieurs centaines de milliers de femmes congolaises violées et contaminées au VIH, des millions de déplacés et réfugiés, des villages entiers rayés de la carte. Des dégâts irréparables. Le Congo peine toujours à s’en remettre, mais il serait bien aimable que les Américains, pour une fois, laissent ce peuple tranquille, sûrement le peuple africain le plus martyrisé par la politique extérieure des Etats-Unis[12].

Bien entendu, personne n’est en mesure de les dissuader de se déployer à nouveau sur le sol congolais. Les populations qui manifesteraient prendraient un risque immédiat. Au « Congo de Kabila », on réprime les manifestants en tirant sur la population. A Kinshasa, les dirigeants politiques, pour des raisons évidentes, ne se risqueraient pas, eux non plus, à s’opposer à l’arrivée des soldats américains. Mais le plus important est que le message passe et que les populations prennent conscience. L’armée américaine ne vient absolument pas au Congo dans l’intérêt du peuple congolais, bien au contraire. Les dirigeants américains ont, sur le Congo, les mêmes objectifs à moyen et à long terme que les hommes de Kagame (M23, CNDP, RCD,…) à savoir la balkanisation du Congo. Une balkanisation qui ne pourra se réaliser qu’au prix de massacres supplémentaires des populations congolaises.

Boniface MUSAVULI


[1] Le démantèlement des « grands pays » est un objectif de la politique étrangère américaine tout à fait assumé selon Zbigniew Brzezinski dans « Le Grand Échiquier ». Durant la deuxième Guerre du Congo, orchestrée par les Etats-Unis, le pays était divisé en trois principales zones d’influences, mais le démantèlement s’était heurté au « sentiment national » des Congolais d’un bout à l’autre du pays.

[2] « Au département d’Etat, le Kivu fait partie du Rwanda », congoforum.be, 12 août, 2011, interview d’Herman Cohen disponible sur http://www.youtube.com/watch?v=PBiOcW-vNjk.

[3] Pierre Péan, Carnages – Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Éd. Fayard, 2010, pp. 327-338

[4] En dépit de millions de morts au Congo, le projet de création d’un Tribunal pénal international pour le Congo a disparu de l’agenda international pour ne pas gêner les président Kagame et Museveni.

[5] La LRA est un mouvement chrétien (en tout cas se revendique comme chrétien) depuis sa création en 1986. Il n’a donc rien à voir avec le terrorisme islamiste de la nébuleuse Al Qaïda. Le déploiement militaire américain au Congo ne saurait donc être justifié par l’argument de la lutte internationale contre le terrorisme islamiste.

[6] Le 20 mai 2013, le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a présenté un rapport selon lequel l'Armée de résistance du Seigneur a tué plus de 100.000 personnes en Afrique centrale ces vingt-cinq dernières années. Selon le même rapport, la LRA a perpétré l'enlèvement de 60.000 à 100.000 enfants et le déplacement de 2,5 millions de personnes.

[7] Jean-Philippe Rémy, « Sur la piste de la mystérieuse LRA de Joseph Kony  », Le Monde International, 17 décembre 2012. La Mission des Nations unies au Congo a fourni des chiffres comparables, estimant le nombre des combattants de la LRA à trois cents ou quatre cents.

[8] Jean-Jacques Wondo, Les armées au Congo-Kinshasa – Radioscopie de la Force Publique aux FARDC, Ed. Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, Saint-Légier (Suisse), Avril 2013, p. 288.

[9] Monusco, Faits et chiffres, Situation au 31 juillet 2014. Cf. http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/monusco/facts.shtml

[10] « Interventions armées : l'Afrique de papa revient, vive l'ingérence ? », Jeune Afrique, 13 octobre 2014.

[11] Le Congo ne fournira pas seulement de l’uranium. « Au début de 1942, après la destruction de Pearl Harbor, les Japonais avaient conquis de vastes pans de l'Asie du Sud-Est : l'Indonésie, Singapour, la Malaisie et la Birmanie. Les importations en provenance de ces régions à destination du camp des Alliés s'étaient donc totalement interrompues. Le Congo dut venir en renfort. Là encore, ses minerais et ses matières premières furent très appréciés. Le cuivre servait à fabriquer les douilles des balles et des obus. Le tungstène était nécessaire aux armes antichars. L'étain et le zinc entraient dans la composition du bronze et du laiton. Même les produits végétaux comme le caoutchouc, le copal, le coton et la quinine présentaient une valeur stratégique. L'huile de palme était transformée en savon Sunlight, mais aussi utilisée dans la sidérurgie ». David Van Reybrouck, Congo – Une histoire, ACTES SUD, 2012, p. 213.

[12] De l’assassinat de Patrice Lumumba par les agents de la CIA aux attaques rwando-ougandaises du M23, en passant par les deux guerres du Congo orchestrées par la CIA et le Pentagone ; le massacre des opposants à Kinshasa en marge des élections chaotiques de 2011,… la « main nocive » des Américains est omniprésente chaque fois qu’il s’agit d’« assommer » le Congo et de trucider les Congolais.

 


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13 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 14 octobre 2014 13:48

    Les américains ...

    sauveurs du monde pour leurs propres intérêts ,
    pyromanes du terrorisme pour leurs propres intérêts ,
    déstabilisateurs de régime dans le monde pour leurs propres intérêts ,
    fournisseur officiel de fausse monnaie ( planche à billet du dollar ) pour leurs propres intérêts ,
    impliqués avec les narco trafiquants en Amérique du Sud , en Afghanistan pour leurs propres intérêts,
    créateur de virus pour mieux asservir les pays ( Ebola en Afrique ) pour leurs propres intérêts 
    etc ....

    La liste est longue du pouvoir de nuisance mondiale des gouvernants de cette pseudo démocratie qui ne vient que pour l’argent au mépris de la nature humaine , de l’écologie , du bien être humain 

    Quand le monde occidental ouvrira t’il les yeux ?
    Sommes nous tellement sous la domination US que l’on soit devenu des larbins prêts à aller en guerre contre la Russie , déjà que les sanctions économiques absurdes se retournent contre l’Europe, non seulement on fait les larbins mais en plus on s’affaiblit face aux US.

    A quand des vrais hommes politiques non issus de youngs leaders.

    Philippe

    • lsga lsga 14 octobre 2014 15:55

      bwi enfin comme la France quoi...


      d’ailleurs, ce n’est pas « LA » France ou « LES » Usa, ce sont les bourgeois américains et les bourgeois français, qui se font concurrence en Afrique pour exploiter les ressources en matières premières.

    • Ouallonsnous ? 14 octobre 2014 16:37

      L’US Africom comme toutes les ingérences du pays du goulag levant (ex USA) dans les affaires du monde doivent êtres éliminée avec les young leaders et autres FAF qui leur préparent le terrain !

      Français, vous voyez ce qu’il vous reste à faire, passer à la « trappe » tous les collabos de la cinquième colonne US infiltrés dans les instances de la nation ainsi que les prétendus députés à l’UE ,


    • lsga lsga 14 octobre 2014 18:45

      Et Ouallonsnous, que doivent faire les français par rapport à la France Afrique ? 


    • devphil30 devphil30 14 octobre 2014 15:42

      Pour compléter le sujet sur les youngs leaders , voici un article paru ce jour dans les moutons enragés 



      • lsga lsga 14 octobre 2014 15:56

        c’est sûr qu’en consacrant ton intelligence à l’étude des complots de salons de la bourgeoisie, tu ne vas pas comprendre grand chose au fonctionnement de l’économie capitaliste. 


      • Le Corbeau Magnifique Le Corbeau Magnifique 14 octobre 2014 21:51

        Y z’ont bien le droit d’aller en vacances les soldats US !

        Pourquoi pas, chez les ###### ?


        • Nsumbu 14 octobre 2014 22:24

          L’Amérique ne veut pas du bien au peuple congolais ou plutôt poursuit au Congo d’abord ses intérêts qui ne sont pas souvent compatibles à ceux des Congolais, « le peuple africain qui a sûrement été le plus martyrisé par sa politique étrangère » ; mais lui arrive-t-elle parfois à nous fournir une "aide de bonne foi ? Si oui, quand alors et comment ou à quel prix pour les Congolais ?

          Je me permets de poser cette question ne fût-ce qu’on trouve des Congolais qui passent volontiers par pertes et profits cet impératif réfléchi, assumé et maintes fois mis en action par les Etats Unis, celui de la défense de leurs intérêts et de l’imposer partout, et leur trouvent à eux comme à l’Onu qu’ils pilotent, un bénéfice du Congo à leurs actions chez nous !

          A propos vous avez peint ici un tableau synthétique de leur présence comme d’ailleurs vous avez eu à le souligner dans vos précédentes analyses mais vous serait-il possible de brosser de façon plus exhaustive et plus ciblée un tableau croisé des actions de l’Amérique et de l’Onu à l’attention des Congolais pour leur démontrer que quand bien même eux comme l’Onu sont venus chez nous pour de bonnes raisons, maintien de la paix, aide apparente au maintien territoriale et étatique du pays, actions humanitaires..., ce primat était toujours présent depuis l’Onuc aux premières heures de notre indépendance et nous était préjudiciable... Il en est encore aujourd’hui question quand l’administration Obama prend fait et cause pour le respect des prescrits constitutionnels électoraux... Et comment il serait plus judicieux de gérer cette présence intéressée dans un monde globalisé où les puissants dirigent davantage le pays faible et surtout l’État failli qu’est encore le Congo ?

          Quant à l’Africom contre la LRA, l’intérêt de l’Amérique pour l’éradication de ce mouvement n’est pas nouveau ; on peut penser qu’au début leur parti-pris pour le Soudan Sud contre le Soudan musulman n’était pas absent dans le mobile de leur engagement contre la LRA... Aujourd’hui, c’est sûrement cette inertie plus que pour de nouveaux intérêts purement matériels directs sauf que le Sud Soudan fait partie des pivots voulus par l’Amérique en Afrique de l’Est (volontiers appelée aujourd’hui l’Afrique des Grands Lacs) avec ses voisins, l’Ouganda, l’Éthiopie, le Rwanda … Intérêts géostratégiques !

          Là aussi à mieux la gérer le Congo ne tirerait-il pas quelque bénéfice pour sa sécurisation de la présence de l’Amérique via l’Africom  pour autant qu’on espère qu’une balkanisation significative est déjà évitée ? Trop "avocat du diable ou trop naïf lorsqu’on sait que le boy yankee ne prend pas le risque de fouler le sol d’un pays tiers pour des prunes, lorsque la guerre n’importe laquelle fera d’abord que des morts congolaises ?


          • MUSAVULI MUSAVULI 14 octobre 2014 22:52

            Nsumbu, ni les Etats-Unis, ni l’ONU ne viennent au Congo dans l’intérêt des Congolais. Ils ne sont toutefois pas les seuls à blâmer pour la situation désastreuse du Congo. Ils ne sont pas responsables, par exemple, du débat actuel sur la révision de la Constitution pour permettre à Kabila de régner à vie. Or, tout le monde sait que ce scénario a tout pour mettre le pays à feu et à sang. La faute aux « politiciens du ventre », médiocres et irresponsables. C’est-à-dire des Congolais qui font n’importe quoi. Il y a donc une part des étrangers (agressions rwando-ougandaises) mais aussi une, plus grande, des nationaux. 


          • Nsumbu 15 octobre 2014 00:48

            Cher Musavuli,

            Mon interrogation est davantage du registre « pragmatique » bien plus d’ailleurs que de la seule « realt politik » parce qu’après tout vitale !

            Les Congolais ne semblent pas toujours inconscients du mobile profond intéressé des Etats-Unis peut-être moins de l’Onu : les appels pas seulement opportunistes au droit et au respect de notre liberté de souveraineté jalonnent notre histoire mais les actions n’ont pas toujours suivi...
            Ma préoccupation : si nous sommes impuissants à empêcher l’ingérence nocive par nature des puissants chez-nous, de quelle fenêtre de tir pouvons-nous disposer pour tirer quand même un certain profit de leur présence... Ou si vous voulez : n’avons-nous aucune latitude à mieux faire pour notre pays dans les limites de l’autonomie sous tutelle qu’ils nous laissent ? Si oui, comment mieux y arriver ?

            C’est là où votre second terme de l’équation, notre part propre dans l’échec criminel de nos Nations prend tout son sens... Si pas rêver d’en terminer miraculeusement d’un coup avec nos « médiocres politiciens du ventre », quelle relation on ne peut plus profitable peuvent-ils nouer avec ces puissants dominateurs ?
            C’est bien plus complexe ; la réponse n’est pas unique, elle est au mieux sectorielle et à l’occasion je vous ai lu proposer des attitudes pratiques dans des domaines particuliers n’empêche que dénoncer la domination nocive ne suffira pas... 

            Comment gérer à notre meilleur profit l’impérialisme ambiant n’est pas, à mon avis, une question académique ou utopique mais bien réaliste et hautement pratique ! Certains « émergents » déclarés ou futurs, présents même en Afrique, réussissent tant bien que mal dans ce même système et pourtant ils n’étaient pas naturellement plus outillés au départ que le Congo qui dispose de potentialités humaines et matérielles plus avantageuses ? Que manque au Congo pour mieux faire ; comment devrait-il agir pour réussir autant dans ce monde globalisé régenté par les puissants ?

          • MUSAVULI MUSAVULI 15 octobre 2014 08:16

            Beaucoup de choses sont réalisables, même sous tutelle, à condition, pour commencer, de consolider une prise de conscience collective. Ce chantier, à mon avis, est actuellement à un stade assez avancé dans les communautés congolaises du pays et de la diaspora. C’est déjà quelque chose. Il faut savoir d’où nous venons. 


          • ecolittoral ecolittoral 15 octobre 2014 12:33

            « Un pays n’a pas d’amis. Il n’a que des intérêts. » Charles De gaule.

            En Afrique !

            La Chine achète à tour de bras. Le Japon double la mise. La banque mondiale achètent aussi. L’UE essaie d’avoir sa part du gâteau. Barack Obama a joué les VRP pour, lui aussi acheter (pour les USA) un bon morceau d’Afrique.

            A chacun sa méthode. Les uns avec de l’argent, les autres avec des armes et des « conseillers militaires ».

            « Les soldats américains au Congo ».

            Ben oui ! Vous ne croyez tout de même pas que le président des USA a daigné se rabaisser à visiter l’Afrique pour chasser les papillons !

            Il va falloir investir dans le transport maritime !

            Une (nouvelle) fois mise à mort, l’Afrique deviendra invivable et le billet « Afrique du nord - Lampedusa » va flamber.

            Le Congo n’est même pas le début...ou un pays ! C’est juste une étape.


            • Bertrand Loubard 15 octobre 2014 17:04

              En RDC en 2014….au Rwanda en 1994…..La différence c’est qu’en RDC l’occupation U.S. est « annoncée » sous couvert de la "défense préventive contre la menace terroriste" que représentent les 400 descendants, avatars ougandais, des Kitawala, Kibanguistes, LRA, Watch Tower, Hommes Léopards et autres lurons pas « gay » pour un sous. Cela se fera donc sous les applaudissements de la Communauté Internationale, amie du Peuple Congolais.

              Au Rwanda il fallait avoir les moyens technologiques de « contre-contre » mesures électroniques pour abattre l’avion (non civil) d’Habyarimana et faire disparaître les traces : les éventuels tireurs ou témoins, les agents doubles ou triples. Pour cela il fallait très peu d’hommes (« some two dozen U.S. special forces were sent ….to Kigali »1), très peu de temps (« a one-day reconnaissance mission »2), très tôt après l’attentat ("within a few days of the beginning of the murder campaign"3). Le reste pouvait être fait par Kagamé que le peuple rwandais avait supplié de venir arrêter le génocide planifié depuis Berlin 1881, par les Européens. La Communauté Internationale a applaudi de deux mais et a regardé ailleurs (Susan Rice) quand Kagamé a neutralisé, sur demande, un Mobutu devenu obsolète. L’aide pour ce faire a été discrète : parachutages par C130 au Rwanda, durant le génocide ; traçage par satellite dans la forêt équatoriale en RDC, etc…….et 5 millions de morts directs et indirects dans l’indifférence total…mais c’était le prix à payer (Albright).

              Maintenant que la « date limite de consommation » de Kagamé approche, les pions doivent être mis en place pour affirmer que ce ne sont pas des hommes forts qu’il faut à l’Afrique mais des institutions fortes ! Donc, les dictateurs doivent être chassés et…………les dictatures gardées.

               

              1 2 3 P 364 « A problem from Hell » Samantha Power (Perrenial édition 2007)

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