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RD Congo, un pays trop grand ?

Le Congo serait-il un pays trop grand ? C’est la question qui circule dans les milieux intéressés par l’actualité africaine. Il s’agit malheureusement d’une mauvaise question qui ne mérite pas de réponse positive. Ce serait le déclenchement d’une nouvelle catastrophe. Sur place, les Congolais manifestent et rappellent qu’ils tiennent fermement à la préservation de leur nation, diverse, mais unie, qu’ils ont tissée et consolidée depuis plus d’un siècle. Les frontières de la RDC datent, en effet, de la conférence de Berlin de 1884-85. Depuis, le pays a traversé énormément d’épreuves, mais son peuple a toujours rappelé qu’il tient à rester « uni »

Malheureusement, la pression n’a jamais cessé, et les Congolais se retrouvent à nouveau face à la question récurrente de la taille de leur pays. On parle de « balkaniser » le Congo, terme inapproprié, puisqu’il s’agit, en réalité, de « démembrer » le Pays de Lumumba, pour concéder une partie de son territoire au Rwanda de Paul Kagamé. Une folie.

Le 2 août dernier, les chrétiens, à l’appel des évêques, ont manifesté[1] pour rappeler qu’ils tiennent fermement à l’unité du pays et qu’ils ne concèderont jamais à l’idée d’une perte de territoire au profit de qui que ce soit.

La difficulté du peuple congolais est qu’il se retrouve dans un moment historique extrêmement délicat par rapport à la capacité de ses dirigeants. Selon le Professeur Jef Maton de l’Université de Gand[2], le Département d’Etat a déjà presque tourné la page. Les Américains (ils se trompent) ne voient aucun leader congolais capable de garantir la viabilité du pays. Même Barack Obama, qui avait beaucoup milité pour la préservation de ses frontières avant son entrée à la Maison Blanche, ne parle plus du Congo.

Sur le front militaire, on assiste à des scènes absolument ahurissantes. Des unités entières, pourtant appuyées par les casques bleus, désertent tout bonnement le front au premier coup de feu ennemi. Dans leur fuite, les soldats s’introduisent dans les habitations de leurs propres compatriotes et pillent de pauvres gens qu’ils sont censés protéger. Le pays n’a pas de culture militaire. Malgré d’immenses sommes englouties chaque année, il n’a jamais eu de véritable armée. Même le Maréchal Mobutu, à l’époque, au sommet de sa splendeur, devait faire appel à l’armée royale marocaine et aux commandos français pour venir à bout des insurrections dans la province stratégique du Katanga. Lorsque tout ceci sera fini, les Congolais devront, peut-être, se rendre à l’évidence et faire comme le Costa Rica[3]. Mais il s’agit là d’un autre débat.

Le pays a toutefois un peuple et tient à le rappeler.

Plusieurs maquis dans le Kivu tentent de contenir les agressions extérieures, et l’Eglise catholique, le plus grand culte du pays, se mobilise. Autour des régions de Goma et Bukavu, les Congolais s’organisent en mouvements de résistance structurés autour des groupes ethniques. Ils sont persuadés que l’arrivée de l’armée tutsie rwandaise serait l’occasion de nouveaux carnages. Les aventures militaires du Rwanda ont déjà coûté la vie à six millions de Congolais et une nouvelle incursion, quelle qu’en soit la motivation, ne serait que la répétition des tragédies d’un passé encore frais dans la mémoire.

La marche des chrétiens organisée à l’appel des évêques a ainsi drainé des milliers de Congolais dans les rues pour dire « non à la tentative de balkanisation » du pays. C’est sûrement le dernier acte avant le désastre.

Mais pourquoi essayer de démembrer le Congo ?

Les partisans du démembrement avancent l’argument selon lequel le Congo serait trop grand pour être gouvernable. Pourtant il y a au monde des pays plus grands et plus petits. Le Congo figure à la 11ème place pour sa taille et à la 19ème place pour sa démographie. Plusieurs pays, plus grands que le Congo, sont bien gouvernés malgré leur taille (Russie, Canada, Inde, Chine, Brésil,…) alors que de nombreux pays plus petits que le Congo (Somalie, Irak, Afghanistan…) sont dans un état de gouvernance beaucoup plus désastreux que celui du Congo.

Par ailleurs, à l’intention des apprentis sorciers qui jouent avec le feu, essayer de briser les frontières du Congo remettrait en cause l’ensemble des frontières du Continent noir, en commençant par les neufs pays frontaliers. Il va y avoir d’interminables guerres puisqu’on n’arrivera jamais à situer le tracé des « nouvelles entités ». Les Congolais se marient et se mélangent depuis des siècles. Aucune tribu n’a jamais essayé de se « préserver ». Il n’y a donc jamais eu de « nation » à l’intérieur du pays, sur l’exemple des nations du Balkan ayant préexisté au démembrement de l’ancienne Yougoslavie. Essayer de bricoler des nations artificielles plongerait la région dans un cycle de violences et de guerres tribales remontant, pour certaines, à l’époque de la Traite négrière.

Par ailleurs, en dehors du Congo, les Congolais ne se voient pas prospérer dans un autre espace national. S’ils sont absorbés par le Rwanda ou l’Angola, ils deviendraient des sous-citoyens alors qu’ils ont aujourd’hui leur pays. Ils deviendraient une sorte d’Indiens pour le Rwanda qui aurait conquis un « Lebensraum » (espace vital)[4] ou de malheureux Aborigènes pour l’Angola qui, avec l’affaire des incursions répétés[5] et du pétrole[6] illégalement exploité, tient les Congolais en piètre estime. Le grignotage du pays a déjà commencé, mais le tracé frontalier est toujours garanti par le droit international et les archives des anciennes puissances coloniales (Belgique, Portugal, France). Mais surtout par une lame de fond patriotique qui traverse le pays d’un bout à l’autre.

Le projet de balkanisation du Congo risque donc de se heurter à une réalité toute bête : la « conscience nationale ». Les Congolais sont convaincus que s’ils cèdent un centimètre de leur territoire, le nouvel Etat qui serait créé ne serait intéressé que par le sous-sol et sacrifierait les populations. La peur de se faire « bouffer ».

Enfin, et c’est ce qu’il y a de plus banal, le Congo, objet de tant de convoitises, est avant tout l’« habitat » de son peuple.

Boniface MUSAVULI


[3] Le Costa Rica est un pays neutre, le premier pays à avoir constitutionnellement supprimé son armée. Le Congo, qui n’a pas de culture militaire, pourrait peut-être négocier des traités de paix avec ses neuf pays limitrophes sous l’égide de l’ONU et confier la défense du territoire à une grande puissance comme la France qui protège militairement ses anciennes colonies d’Afrique ou l’Arabie saoudite protégée par les Etats-Unis aux termes de l’accord du Quincy.




par MUSAVULI lundi 6 août 2012 - 16 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par asterix (---.---.---.21) 6 août 2012 12:37

    Bonjour Musavuli,
    Le Congo, d’abord territoire inconnu ne relevant d’aucune autorité appartenait à la cassette personnelle de Léopold II, second Roi des Belges qui avait financé les expéditions de Stanley, l’explorateur bien connu. Pour sauver sa propriété et éviter un dépeçage qu’allait concrétiser le Traité de Berlin que tu rappelles, il offrit ce même Congo à l’état belge dont il était en fait le seul à tenir les rênes. Le plat pays qui est hélas le mien s’y retrouva en devenant une puissance économique considérable grâce à l’exploitation et surtout la transformation du matériau basique par les usines de l’épine dorsale de la Wallonie mosane qui disposait de cette énergie presque passée qu’est le charbon, assurant par-là le triomphe capitaliste de la Société Générale, un état dans l’Etat aujourd’hui sous contrôle d’intérêts français d’une puissance financière telle qu’elle peut, quand elle le veut, défendre ses intérêts, disons plutôt imposer ses vues à l’Elysée.
    Ce sont d’ailleurs les dirigeants de cette même Société Générale belge réfugiés à Londres qui permirent aux alliés de triompher de l’axe en fournissant aux Américains l’uranium katangais qui servit in fine à pulvériser Hiroshima et Nagazaki. Une Société Générale largement récompensée pour ce fait d’armes - une arme uniquement financière - lors de la reconstruction d’une Europe dévastée par la seconde guerre mondiale. Elle fut ensuite constamment présente en sous-main durant la tentative de sécession du Katanga ( la guerre du cuivre ) dont l’épisode le plus marquant fut l’assassinat de Lumumba par les troupes de Tshombé mort pour la cause avant de devenir, comme c’était son destin, le premier dirigeant communiste et peut-être un autre voyou africain.
    Est-ce l’homme qui fait l’histoire ou l’histoire qui fait l’homme ?
    Quant au Rwanda, il fut aussi offert à la Belgique en tant que dommages de guerre après 1918. Bizarrement, Congo, Rwanda et Burundi furent maintenus en tant que colonies indépendantes l’une de l’autre, ce qui explique l’accession de trois et non un seul pays à l’indépendance et subséquemment les luttes tribales ancestrales entre Hutus et Tutsi.
    Comme quoi l’histoire africaine fut initialement fabriquée par les grandes puissances européennes sans que les peuples - les ethnies - n’eurent droit au chapitre dans la fixation de leurs frontières.
    Le reste, la situation que tu dénonces, n’est que la résultante de l’action des dirigeants nationaux qui se sont succédés au pouvoir depuis les différentes accessions à l’indépendance. Si l’Europe est coupable d’un certain passé, ce sont les Africains eux-mêmes qui portent celles d’un présent marqué du signe du gangstérisme institutionnel.
    Salut à toi qui es bien le seul à parler d’Afrique Centrale en d’autres termes que la seule France-Afrique. Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire n’est que du bonbon à côté du sang impunément versé depuis des décennies autour des Grands Lacs...

  • Par MUSAVULI (---.---.---.157) 6 août 2012 13:28
    MUSAVULI

    Merci Astérix pour ce rappel historique. Sur les erreurs du passé, c’est toujours pénible d’y revenir et de jeter la pierre sur le « pauvre colon belge » parti depuis plus de 50 ans. Dans mes écrits, je veille à ne pas accabler les « Belges ». C’est tellement ridicule. Mais je crois que vous avez mis le doigt sur un point intéressant : pourquoi avoir maintenu trois entités alors qu’on aurait dû n’en faire qu’un. Il y a bien plus de 300 groupes ethniques au Congo. Deux de plus, dans un même espace national, avec une même puissance coloniale, n’auraient été que dans la logique des choses. C’est si vrai qu’en examinant avec un peu de recul les « gesticulations de Rwanda », on perçoit finalement qu’il y a une demande d’espace commun, sorte de « Benelux » ou d’UE. Il manque juste un Robert Schuman dans la région pour lire entre les lignes et amorcer un projet d’intégration régionale qui serait l’occasion de noyer en douceur le désastre annoncé d’une éventuelle balkanisation.

  • Par MUSAVULI (---.---.---.157) 6 août 2012 16:58
    MUSAVULI

    Je crois que la prise de conscience est déjà effective. D’ailleurs, quel peuple ne prendrait pas conscience après autant de tragédies ? Ce qui manque, c’est un pilote, ou, en tout cas, un pilotage. Kinshasa est devenu le cimetière des éléphants. Le Président n’a jamais été l’homme de la situation et autour de lui ne grouille que des profiteurs égoïstes. Aucune idée n’émerge. Quant à l’opposition, elle peine à exister. Elle est l’unique adversaire sur lequel Kabila montre ses muscles. Conséquence, elle est décimée. Un pouvoir sans vision et une opposition décimée. On n’attend rien de Kinshasa, mais la conscience de ce qu’il faut faire traverse le pays d’un bout à l’autre.

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