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Regard sur la marche de l’Afrique du Sud

Il ya 20 ans, jour pour jour, la totalité du peuple sud-africain se rendait aux urnes pour des élections législatives qui ont amené un président noir à la tête du pays, Nelson Mandela, mettant ainsi fin à un système odieux qui avait légalement écarté les non-blancs des affaires de l’Etat pendant 46 ans.

Aujourd’hui, plus de 15 millions de sud-africains renouvèlent leur parlement. Seulement, l’ancien archevêque anglican du Cap Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et grand pourfendeur de l’apartheid demande aux électeurs sud-africains de ne pas voter pour l’African national Congres – ANC en sigle -, le parti politique cher à Nelson Mandela. L’homme de Dieu enfonce le clou en déclarant : « Je suis soulagé que mon ami Mandela soit mort sans avoir vu dans quel état l’ANC a mis le pays » ! Que s’est passé ?

Retour sur un lointain passé qui tarde à passer.

Fin du moyen-âge : L’Europe chrétienne est à la recherche de nouvelles routes en direction de l’Asie - Indes, Chine – à la suite de la chute de l’empire byzantin aux mains de Turcs Ottomans. Le passage par l’Asie mineure – la route de soie – est interdit aux européens par ces nouveaux maîtres Turcs peu coopérants.

  1. La souveraineté hollandaise au Cap

IL ETAIT UNE FOIS…Tout commence par la découverte de la route du Cap à l’extrême sud de l’Afrique suivie de l’arrivée et l’installation en 1652 des colons hollandais au Cap en vue d’approvisionner en eau et aliments frais toute la cohorte de bateaux qui empruntent désormais cette voie pour aller s’approvisionner en épices, café, bois rares…, sur le marché asiatique.

Soulignons que la moitié des bateaux qui sillonnent les océans en ce temps-là sont hollandais, d’où l’importance vitale qu’ils accordent à la création d’un comptoir au Cap : La Hollande est la première puissance maritime marchande mondiale et Amsterdam est la plus grande place financière d’Europe au 17 ème siècle.

Ces colons hollandais s’installent autour du comptoir portuaire du Cap sur des terres quasiment vides d’habitants indigènes hormis quelques groupes de Bushmen. Ils y créent des fermes et s’adonnent à l’agriculture (Boers) sous l’administration de la compagnie néerlandaise des Indes orientales qui assure le pouvoir au Cap.

Ils seront rejoints plus tard par des Huguenots français, chassés de France par la révocation de l’Edit de Nantes, et par quelques colons scandinaves et allemands. Tout ce monde est en majorité de confession protestante calviniste. La fusion entre colons hollandais et Huguenots français s’opère après une génération non sans difficulté avec la disparition de la langue française. Les Huguenots français n’ont plus ni patrie, ni pays de repli. Ces blancs sont irrémédiablement attachés à l’Afrique et ne se reconnaissent plus dans la lointaine Europe. Ils deviennent les premiers Sud-africains blancs ou les premiers AFRIKANERS.

DU BOER AU TREKBOER. Etouffant dans les limites territoriales leur imposées par la compagnie néerlandaise et à l’étroit sur les fermes paternelles, nombre de jeunes gens en quête de liberté quittent les fermes et s’enfoncent dans l’arrière-pays sur des territoires semi-arides au grand dam des autorités. Ces jeunes hommes deviennent des éleveurs nomades(Trekboers), se déplaçant sur des chevaux ou à bord de lourds chariots tirés par des bœufs.

C’est sur ces étendues monotones et désolées que se forge le peuple Afrikaner qui y vit isolé, ne comptant que sur ses propres forces, et qui développe une culture originale, fortement imprégnée de calvinisme et isolée des grands courants de pensée traversant l’Europe du XVIIIe siècle.

Ces éleveurs nomades avanceront aux confins de ces terres semi-désertiques pour se retrouver nez à nez avec des peuples d’agriculteurs noirs bantouphones (Zoulous, Sotho, Xhosa) qui se sont arrêtés là au 10 ème siècle : Les noirs ont eu raison de ne s’être pas aventurés plus loin car ces terres arides, reçoivent moins de 380mm de pluie par an et sont donc peu propices à l’agriculture.

Cette démarcation géographique naturelle va servir de frontière plus ou moins mouvante entre les peuples bantouphones et Afrikaners en dépit de multiples échauffourées entre les deux peuples jusqu’en 1835 avec l’arrivée des britanniques.

  1. La colonisation britannique

En 1806, la colonie du Cap passe dans les mains des britanniques à la suite de la situation politique qui prévaut en Europe entre l’Angleterre et la France napoléonienne alliée de la Hollande. De nombreux vaisseaux de guerre anglais entrent dans le port du Cap et, sans coup férir, prennent possession de la colonie.

Tout se passe pour le mieux avec les hollandais de la ville du Cap qui se sont vite accoutumés de la nouvelle situation. Ils s’enrichissent grâce aux mesures commerciales libérales instaurées par les anglais et s’anglicisent culturellement tout en gardant le néerlandais comme langue véhiculaire. Quant aux éleveurs nomades de l’intérieur, ils demeurent tout d’abord calmes avant de s’opposer vivement au pouvoir impérial britannique ; Il faut dire que le pouvoir anglais bouscule leur tradition culturelle profonde. Les principaux différents sont les suivants :

  • Les fonctionnaires anglais sont acquis au libéralisme politique et économique tandis que les Afrikaners demeurent traditionalistes et conservateurs. 
  • les Anglais sont presbytériens ou anglicans alors que les Afrikaners sont calvinistes. La London Missionary society bat une campagne anti-Afrikaner qui trouve un énorme écho dans les milieux officiels ainsi que dans l’opinion publique britannique. Elle accuse entre autres les Afrikaners d’être esclavagistes.
  • L’anglais devient langue officielle pour les affaires administratives et religieuses au détriment du néerlandais qui par ailleurs se patoise en Afrikaans.

LE GRAND TREK. Toutes ces causes illustrées précédemment font franchir le Rubicon aux Afrikaners. A partir de 1837, 20 000 personnes environ décident de quitter la colonie du Cap pour s’enfoncer dans des zones inconnues bantoues à la recherche de terres libres sur lesquelles ils vivront leurs vies et élèveront leurs enfants selon les principes religieux hérités de leurs ancêtres. C’est le grand déplacement ou le grand TREK. Ils croient dur et fort que :

  • les Afrikaners sont « le peuple élu » placé par Dieu sur la terre d’Afrique pour la dominer et y apporter la civilisation, c.à.d. les principes de vie découlant d’une stricte application de l’ancien Testament. C’est donc de « droit divin » que l’Afrikaner se croit être Afrikaner.
  •  Tels les Hébreux, le Roi d’Angleterre est « Pharaon » et la colonie du Cap une nouvelle Egypte qu’il faut fuir.

La lecture quotidienne de la bible persuade ces Afrikaners qu’ils se dirigent vers la « Terre promise » ou « Canaan » après un moderne « exode » sur leurs lourds chariots à bœuf.

La grande aventure se termine dans le nord-est par la possession des immenses savanes arides abandonnées par leurs anciennes populations bantouphones. Les Afrikaners y fondent le Transvaal et l’Orange, deux Etats respectivement indépendants en 1852 et en 1854 qui sont reconnus par l’Angleterre qui prend toutefois quelques précautions géo-stratégiques : Elle “ceinture” les deux Etats Afrikaners par une chaine de possessions britanniques - Bechuanaland, Rhodésie, Natal – qui leur interdisent toute expansion territoriale ou accès à la mer.

Ainsi, les Afrikaners entrent dans l’histoire comme un peuple original et autonome de pionniers, simples et pieux, s’ouvrant une voie en Afrique avec leur fusil, leur bible, leur paire de bœufs, leur grand chariot de bois transportant femmes, enfants, matériel agricole rudimentaire et tous leurs biens terrestres. Un chariot qui sert également d’abri, de moyen de transport et de forteresse contre les attaques ennemies. Le Grand Trek s'est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation.

LA GUERRE ANGLO-BOER. Ces deux républiques Afrikaners qui sont des entités rurales et arriérées vont entrer brutalement dans l’ère du capitalisme industriel à la suite de la découverte de gigantesques gisements d’or et de diamants. Cette découverte fait basculer le cœur politique et économique de l’Afrique australe de la région du Cap vers Johannesburg au Transvaal. Cette nouvelle situation est inacceptable pour les Anglais d’autant que Londres qui convoite cette grande richesse désire absolument contrôler cette partie de l’Afrique. Le but du pouvoir impérial anglais est de faire une fédération économique et politique à l’image des dominions britanniques du Canada et de l’Australie avec les Afrikaners comme agents de l’exécution.

Les Anglais imbus de leur suprématie mondiale sont convaincus que :

  • Il existe non seulement une différence, mais encore une hiérarchisation entre les races humaines.
  • La race blanche occupe le niveau le plus élevé et, en son sein, le noyau qu’on définit comme anglo-saxon-germain en est l’élément moteur.
  • Mieux, la race britannique représente quelque chose d’unique et inestimable dans la marche en avant de l’humanité.
  • Les Boers sont récupérables puisqu’ils sont de souche européenne et germaniques. Ils sont justes des « cousins » rustauds qu’on désire faire partager la vision impérialiste moderne, mais en position subordonnée.

Évidemment, les Afrikaners sont imperméables aux idées impérialistes et raciales britanniques. Comment peut-il en être autrement pour ce « peuple élu de Dieu » désormais sur « sa terre promise ». C’est par une interprétation de la doctrine calviniste de la prédestination, selon laquelle le salut de l’homme est prédestiné (par Dieu, indépendamment de l'homme et de ses actions), justifiant que des élites dirigent le monde et que des non élus obéissent aux premiers, que les Afrikaners repoussent avec dédain l’offre anglaise.

La guerre est donc inévitable. Cette guerre oppose deux sociétés blanches attachées aux principes démocratiques, ce qui ne limite en rien la férocité ni l’usage des procédés barbares, notamment du coté britannique.

Face à l’imbattable et insaisissable guérilla Afrikaner, les britanniques ripostent par la terreur contre les populations civiles, la dévastation systématique du pays, la tactique de la terre brulée, la déportation et l’enfermement des populations civiles dans des camps de concentration. L’anéantissement des fermes et de leurs troupeaux a détruit les sources de l’univers spécifique des Afrikaners et ses racines rurales.

Cette politique féroce menace la survie du peuple Boer et entraine finalement sa capitulation par crainte d’un véritable génocide : Entrés en guerre pour défendre leur indépendance politique et leur identité culturelle, les Boers perdent leur liberté.

Femmes et toute une génération d’enfants Boers ont disparu dans les camps de concentration (22000 enfants et 4000 femmes).

Les séquelles du conflit empoisonnent irrémédiablement les relations entre les deux communautés blanches, ce qui pèsera sur tous les événements ultérieurs.

  1. L’UNION SUD-AFRICAINE OU LA FORMATION D’UN DOMINION BRITANNIQUE INDEPENDANT

Vainqueurs à l’issue d’une guerre longue et difficile, les britanniques n’abusent pas de leur victoire. Rapidement, ils relancent l’économie et le développement industriel en faisant venir des ouvriers asiatiques - Indiens et Chinois - et Mozambicains. Ils réunissent dans un même ensemble quatre territoires placés désormais sous leur contrôle - Cap, Natal, Transvaal, Orange - en l’Union sud-africaine, un dominion britannique qui sera indépendant le 19 mai 1910. Le néerlandais sera remplacé par l’afrikaans qui devient langue officielle au même titre que l’anglais. Pretoria devient la capitale politique et administrative et le parlement siégera au Cap. Les premières élections seront remportées par des Afrikaners modérés, partisans d’une réconciliation avec les britanniques.

Une nouvelle époque commence pour les Afrikaners mis à nouveau en selle, ponctuée d’épreuves multiples et parfois de succès inattendus.

 Nombreux Afrikaners partis après-guerre se prolétariser dans les centres urbains miniers se retrouvent confrontés à un double phénomène d’urbanisation et d’acculturation, et entrent en compétition avec les ouvriers noirs au moindre coût.

Face à la politique de ségrégation raciale qui se met peu à peu en place depuis 1910, un parti, l’African National Congres - ANC en sigle - regroupant neuf peuples noirs, souvent hostiles entre eux est fondé en 1912. A l’origine, l’ANC est idéologiquement une alliance entre des communistes et la COSATU, la fédération syndicale majoritaire en Afrique du Sud.

  1. L’INSTAURATION DE LA POLITIQUE DE L’APARTHEID

A la suite de la baisse de salaires et au licenciement d’ouvriers blancs - cris économique de années 20-30 oblige - et leur remplacement par de travailleurs noirs acceptant de travailler pour de salaires infiniment faibles, une insurrection armée des blancs éclate entrainant la chute du gouvernent des Afrikaners modérés et l’arrivée au pouvoir des Afrikaners intransigeants en 1933. C’est le retour d’une idéologie nationaliste qui va encore une fois imposer le peuple Afrikaner comme peuple élu par la volonté divine et dont l’identité repose sur sa langue, sa religion et sa culture particulière. Le comble est atteint quand des nationalistes Afrikaners puritains remportent les élections en 1948 avec Daniel François Malan, un pasteur calviniste, théoricien de la politique de l’Apartheid ou de développement séparé.

Fondée sur une interprétation littérale de la Bible, cette volonté de séparation va se traduire dans le vote de plusieurs lois fondatrices d’un système raciste et ségrégationniste. Les Afrikaners s’assimilent au peuple élu et croient jusqu’à la fin des années d’apartheid, que Dieu leur a donné l’Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les noirs étant assimilés aux Cananéens. Ceux qui ne font pas partie du cercle des élus sont donc des proscrits, condamnés depuis le commencement des temps. Dieu n’est plus alors un unificateur mais un grand diviseur qui a trouvé bon d’établir des frontières entre les peuples et les groupes de peuples.

Persuadé qu’il est prédestiné à diriger les peuples noirs au milieu desquels il vit, l’Afrikaner est incapable de s’affranchir d’un sentiment de domination paternaliste. Pour lui, le Noir est une créature de Dieu que l’afrikaner a pour mission d‘éclairer par les lumières de la révélation chrétienne, mais d’une manière séparée. En effet, comme dans la Bible, le « peuple élu » ne doit pas se dissoudre dans le métissage, il doit rester pur. Forts de ces idées ridicules, le nationaliste afrikaner persiste dans cette voie et reste sourd pendant plus de 40 ans à tout autre son de cloche.

En 1949, la ligue de la jeunesse fondée en 1944 par de fougueux jeunes noirs dont un certain Nelson Mandela prend le pouvoir à la tête de l’ANC et la ligne de conduite du parti va radicalement changer :

  • Après une « campagne de défiance » réussie lancée en 1952, les militants noirs et leurs alliés communistes indiens et blancs adoptent en 1955 une charte de liberté qui définit les axes de la lutte contre l’Apartheid.-
  •  En 1960, des policiers à Sharpeville tirent sur des émeutiers noirs hostiles à l’imposition d’un passeport intérieur. L’ANC et d’autres partis d’opposition sont bannis.
  • L’ANC passe dans la clandestinité et Nelson Mandela et ses compagnons fondent en 1961 sa branche armée. « On frappait à des portes qui restaient obstinément fermées. il fallait faire sauter ces portes » s’est- il plus tard justifié. Lui et ses compagnons de lutte seront plus tard arrêtés et condamnés à la prison à perpétuité en 1964 dans l’indifférence générale.

Par referendum en 1961, les Afrikaners optent pour la république à la place de l’Union, prenant leur distance avec l’Angleterre, l’ancienne puissance coloniale. Les Afrikaners sont irrémédiablement attachés à l’Afrique et ne se reconnaissent plus dans la lointaine Europe. Ils surnomment les blancs anglophones « couilles salées » (car ils auraient un pied en Afrique du Sud, un au Royaume-Uni et les parties génitales dans l’eau salée de l’Atlantique). Quant aux noirs, ils sont relégués au rang subalterne, justifié selon les plus fondamentalistes des Afrikaners par la malédiction de Cham (terme biblique concernant Ham, fils de Noé).

 — Témoignage de David Goldblatt, photographe anglophone sud-africain, à propos de fermiers afrikaners, au début des années 1960 (Le Monde du 6 juillet 2006)

« Ils étaient racistes, très attachés à la terre, et généreux. Envers les Noirs aussi. J’ai vu une famille dans son jardin qui fabriquait un cercueil pour la bonne noire. Mon entourage de gauche n’aurait pas passé un samedi après-midi à faire ça ; ils auraient donné de l’argent à la famille. Mais tout en construisant le cercueil, ils faisaient des blagues pour savoir si la bonne allait rentrer dedans. S’il fallait couper les jambes pour que ça tienne. C’est une contradiction qui dit notre histoire. »

  1. SOWETO OU LE TOURNANT DECISIF DE LA FIN DE L’APARTHEID

En juin 1976, il ya des émeutes à Soweto, un township de Johannesburg : Des étudiants et écoliers noirs protestent contre l’imposition de l’afrikaans comme langue d’instruction à la place de l’anglais. Le bilan est lourd : 1000 morts. Ces événements marquent un tournant fondamental dans l’histoire de la lutte contre l’apartheid : Plus rien ne sera plus comme avant.

L’initiative passe des mains des blancs aux mains des noirs. Désormais tout ne dépend plus de la bonne volonté des blancs d’instituer le changement, mais de ce qu’en pensent les noirs, leur seule volonté d’accepter et d’insister sur le terme de changement. Et c’est un changement radical que les noirs désirent ardemment. Le pouvoir blanc, par son système d’apartheid, a fait de l’Afrikaner le colonisateur « intérieur » d’un ensemble sud-africain dans lequel il va être submergé par la démographie noire. Au fur et mesure que la situation se corse et lui échappe au quotidien, le nationaliste Afrikaner perd ses points de repère. Il abandonne l’un après l’autre les dogmes auxquels il s’est jusque-là cramponnés.

A L’AUBE DU CREPUSCULE. En novembre 1989, le mur de Berlin tombe. L’argument principal du danger communiste que constitue l’ANC tombe avec le mur. L’Apartheid a pu tenir jusque-là à l’intérieur de la guerre froide non seulement par la volonté « divine » de la majorité Afrikaner, mais surtout avec le concours réel de l’Occident capitaliste qui a maintenu le système honni de l’Apartheid. « Il valait mieux l’Apartheid que les communistes », se disaient froidement les défenseurs du monde dit libre.

Son naufrage arrive à son terme avec le renoncement du premier ministre Frederik de Klerk qui libère Nelson Mandela, le 11 février 1990 après 27 années de captivité. Frederick de Klerk démantèle les lois fondatrices de l’Apartheid et remet le pouvoir à l’ANC dans le cadre d’un Etat unitaire régi par le suffrage universel. Ainsi s’écroule l’Apartheid, sinistre négation de la valeur et la dignité humaine.

  1. LE POUVOIR NOIR : DE LA NATION ARC-EN-CIEL A LA REALITE AFRICAINE

Mandela devenu le symbole planétaire du plus noble combat mené par un africain pour son peuple, devient le premier président noir élu le 27 mai 1994. Le pays connait une forte croissance économique de 1995 à 2008. Mandela n’exerce qu’un seul mandat, souvent vu comme le « mandat de la réconciliation » entre noirs et blancs.

 Après les années Mandela, au cours desquels beaucoup ont cru un peu naïvement que la République d’Afrique du Sud allait devenir une nouvelle nation fraternelle, une « nation arc-en-ciel », ouverte sur le monde, riche de ses différences raciales, culturelles et religieuses, la décennie qui s’ouvre avec les successeurs de Mandela ramène le pays à ses réalités proprement africaines.

  • L’un des successeurs de Mandela s’est mis à effacer les symboles politiques et culturels afrikaners. Les Afrikaners se sont progressivement détournés de façon structurelle du terrain politique et ont réinvesti le champ culturel afin de préserver leur langue, l’afrikaans, menacée de marginalisation.
  • Nombreux sont les Métis et les Asiatiques qui s’interrogent de plus en plus profondément, et parfois avec angoisse, sur leur identité « intermédiaire », coincés entre blancs et noirs.
  •  Aujourd’hui, les Afrikaners sont de retour, avec un parti politique dirigé par une femme Helen Zille (une germano-anglophone). Ce parti monte en flèche dans le sondage avec l’adhésion massive des « Born free », ces jeunes noirs nés après l’apartheid qui tout en gardant du respect pour l’ANC - le parti de leurs parents - ne demandent pas mieux que de trouver un emploi durable. C’est que l’ANC, après 20 ans au pouvoir ne sait leur offrir.
  • « Combien de temps encore faut-il attendre pour vivre dans une maison décente, pour avoir accès à de l’eau à proximité de la maison, pour pouvoir allumer l’électricité le soir pendant que les enfants font leur devoir » s’impatientent des mères sud-africaines, exaspérées par leur situation. L’Afrique du Sud aujourd’hui, ce sont un jeune sur deux au chômage, un noir sur deux dans la pauvreté, une famille sur dix (sinon plus) qui vit dans des bidonvilles sans eau, ni électricité.
  •  A l’instar des nombreux pays africains, la corruption persiste. Le chef de l’état Jacob Zuma déjà cité dans d’autres scandales d’ordre financier fait la une de la presse pour avoir rénové à grand frais - 15 millions d’euro - sa résidence secondaire. L’ANC, parti de libération composé en forte majorité des populations noires, a fini par se déchirer : deux nouvelles formations politiques ont déjà vu le jour.

L’Afrique du Sud est de moins en moins un pays émergent. L’ANC, le parti de libération devenu parti du gouvernement a fait beaucoup depuis 1994, mais apparemment pas assez pour améliorer le quotidien de tous les sud-africains. Aujourd’hui, Il ya deux fractures dans la société sud-africaine. La première est entre les riches et les pauvres qui est assez classique, et qui a tendance à s’accentuer et la deuxième fracture est entre ceux qui sont dans le système capitaliste - riches ou pauvres, mais qui ont accès à l’emploi - et ceux qui en sont exclus c.à.d qui vivent en marge de la mondialisation économique, qui ont accès à rien, sans opportunité d’emploi. Et ces derniers sont estimés à 40%. L’ANC n’a pas réussi à l’intérieur du système économique tout le monde. D’où la forte déception et multiplication des mouvements sociaux.

A mon humble avis, il est difficile en 20 ans d’enrayer totalement cette pauvreté noire vieille comme la nation sud-africaine. Les populations noires ont toujours été à la périphérie du système économique depuis le 17eme siècle Les frustrations et problèmes concrets à résoudre datent de l’époque coloniale (hollandaise et anglaise), du régime sinistre de l’apartheid et bien sur des erreurs monumentales du gouvernement de l’ANC au pouvoir depuis 20 ans. Mais, seul le gouvernement de l’ANC est le premier depuis 4 siècles à devoir s’occuper des populations sud-africaines - toute race confondue - et il n’est pas étonnant qu’il éprouve des difficultés dues au manque d’expérience de la res publica.


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1 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 21 mai 2014 13:44

    Le gros problème des noirs en Afrique du Sud est qu’ils seront bientôt seuls face à eux-mêmes pour gérer ce pays riche.
    Ça va chier.

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