Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Regard sur le nouveau gouvernement du Congo-Brazzaville

Regard sur le nouveau gouvernement du Congo-Brazzaville

Le 15 septembre 2009, M. Sassou Nguesso Denis a rendu public la composition de son énième gouvernement de fait.

Ce nouveau gouvernement, qu’on avait annoncé resserré, est somme toute pléthorique : 38 ministres, si l’on y ajoute le ministre d’Etat, directeur de Cabinet de l’auto-élu. Ce qui n’est certainement pas bon signe pour un pays qui aspire au statut de PPTE...

DU CONGO-BRAZZAVILLE (Cuvée septembre 2009)

Le 15 septembre 2009, M. Sassou Nguesso Denis a rendu public la composition de son énième gouvernement de fait. Il est de fait parce qu’il émane :

- D’un système et un régime venus d’ailleurs et imposés à la nation congolaise par la violence, des coups d’Etat à répétition et dont les commanditaires sont hors du Congo ;

- D’un régime mis en place par l’étranger grâce à l’affranchi françafricain qui, tout au long de sa vie, n’a respecté aucune des Constitutions de la République, y compris les siennes propres, même taillées sur mesure ;

- D’un système qui n’a jamais survécu que par des fraudes électorales massives, la dictature, les crimes de sang, les crimes contre l’humanité, etc. Sur ce point, la France aura des comptes à rendre à l’Afrique, tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre.

Ce nouveau gouvernement, qu’on avait annoncé resserré, est somme toute pléthorique : 38 ministres, si l’on y ajoute le ministre d’Etat, directeur de Cabinet de l’auto-élu. Ce qui n’est certainement pas bon signe pour un pays qui aspire au statut de PPTE.

En effet, dans son discours d’investiture à sa prestation de serment, M. Sassou Nguesso Denis a énuméré les maux qui rongent son système et dénoncé les dérives maffieuses de son régime (corruption, détournement de fonds à tour de bras, absence de toute probité morale, incompétence, etc.).

Bref, tout y est, tous les maux qu’on peut reprocher à un système barbare. Mais, espérons toutefois que cette fois-ci, il a déniché les perles rares et mis la main sur la bonne graine. Sauf que, comme dit l’adage, le poisson pourrit toujours par la tête.

Si les principaux barons ont gardé ou renforcé leurs positions (Mvouba, Moussa, Okombi Salissa, etc.), quelques menus fretins et baron du système (comme Mme Dambenze), ont sauté. Ils ont quitté le navire, virés, contre leur gré. Ont-ils été victimes d’une cabale machiavélique ou font-ils partie des indélicats, des corrompus et/ou des incompétents indexés dans le discours du 14 août dernier ?

Le Constat

Qu’à cela ne tienne, le premier constat est que le gouvernement, cuvée septembre 2009, souffre de plusieurs anomalies. Sont-elles congénitales ?

L’une des anomalies, et certainement la plus loufoque, est celle qui donne naissance à un ministère énigmatique que d’aucuns pourraient qualifier de « ministère des portages de valises », c’est-à-dire ministère des détournements, des blanchiments d’argent et autres trafics en tous genres, d’autant plus qu’il n’est rattaché à aucun des pôles créés, sinon à lui-même Sassou Nguesso Denis.

Ce ministère, serait-il celui qui est en charge des relations avec les paradis fiscaux ?

Y aurait-il des domaines économiques spécifiques que le pôle économique de M. Pierre Moussa ne pourra ni traiter, ni contrôler ? Lesquels ?

On aimerait bien savoir à quoi sert ou à quoi rime cette création du ministère « des affaires économiques spéciales », à l’instar des Services spéciaux ?

Il est à noter aussi que le ministère de la défense est confié à un civil, philosophe de son état, et placé sous la gestion directe de M. Denis Sassou Nguesso. Son titulaire n’est que le fusible de l’autre.

Le deuxième constat, au regard de la composition de cette équipe gouvernementale, est la création des pôles confiés à des Super Grands ministres. Ici, Sassou Nguesso Denis aurait mieux fait de s’arrêter là et de ne s’en tenir qu’à ces cinq ministères clés à pôles. Dans ces conditions, il aurait été mieux inspiré, avec ces pôles, de transformer tous les autres petits ministères en Grandes Directions Générales, à moins que le non-dit soit bien cela et qui est bien camouflé sous le vocable de « ministre de… » ou de « ministre délégué chargé de… ».

D’une part, les cinq super-grands ministères, même à ce niveau, ne sont pas tous lotis à la même enseigne. On semble y noter quelques discriminations. En effet, quoique Numéro Un du gouvernement, après avoir perdu son titre virtuel de Premier ministre somme toute inconstitutionnel – M. Sassou Nguesso Denis nous a-t-il entendus et écoutés ? –, le plus lésé de tous dans l’attribution des pôles quant à la répartition des départements à superviser, coordonner et contrôler, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est M. Isidore Mvouba. Il n’a tout au plus que quatre ou cinq ministères sous sa botte dont l’un, celui de M. Thierry Moungalla, est à partager avec M. Pierre Moussa, en plus de Mme Claudine Mounari, encore que…

Ainsi, M. Thierry Moungalla est sous la supervision d’au moins deux super grands ministères. Il en est de même pour :

- M. Claude Alphonse Nsilou, sous contrôle conjoint de MM. Mvouba et Moussa ;

- M. Mathieu Martial Kani, sous contrôle conjoint de MM. Moussa et Yoka ;

- Mme Emilienne Raoul , sous contrôle conjoint de MM. Yoka et Tsiba ;

- Mme Claudine Mounari, sous contrôle conjoint de MM. Mvouba et Moussa ;

- Le cas de M. Charles Zacharie Bowao, ministre de la défense, que nous avons placé sous le contrôle de M. Yoka, est quelque peu virtuel, car c’est M. Denis Sassou Nguesso qui a plus d’emprise sur lui que celui qui aurait pu être son conducator.

Il y en a certainement beaucoup d’autres dans cette situation.

D’autre part, dans ce nouveau gouvernement, le plus grand des super grands ministres, c’est M. Pierre Moussa. M. Sassou Nguesso Denis a pris le soin de le camoufler et de ne le classer qu’en deuxième position dans l’ordre protocolaire de la liste pour, certainement, ne pas susciter des jalousies. En effet, à lui seul, M. Pierre Moussa totalise au moins quinze ministères à superviser (Cf. Organigramme ci-joint en PDF).

Le second bénéficiaire de la diversion est M. Florent Tsiba avec au moins onze ministres sous sa botte, suivi de M. Aimé Emmanuel Yoka avec huit ministères sous son contrôle. Notons que les départements ministériels sous la coupe de M. Yoka ne sont pas des moindres. Il est le ministre de la censure systémique et des embastillements. La souveraineté nationale, la liberté d’opinion et d’expression sont mises sous le boisseau.

Le quatrième et dernier, mal servi, est M. Isidore Mvouba qui ne totalise que quatre ministères à gérer. Mais on peut lui adjoindre (contrôle partagé) Mme Claudine Mounari, vu la complexité de la duplicité du géniteur de ce gouvernement, à savoir : M. Sassou Nguesso Denis.

Le dernier, M. Rodolphe Adada, quoique ministre d’Etat, n’a pas de pôle. Ainsi l’avons-nous classé sous la coordination de M. Pierre Moussa.

M. Adada paraît ici comme un électron libre qui n’a de compte à rendre qu’à Sassou Nguesso Denis lui-même, directement. Ce qui est normal. Ce département ministériel n’est ni à minimiser, ni à sous-estimer. Il est l’un de ceux qui, à l’instar de celui des hydrocarbures, génèrent beaucoup d’argent. Raison pour laquelle il n’est rattaché à aucun des quatre pôles, sinon au président lui-même. Mais, il est aussi celui qui va délivrer les autorisations de création des entreprises privées des Congolais et des étrangers. Il est celui qui va attirer les opérateurs économiques, les investisseurs, les industriels étrangers dans le pays. Quitte à les sélectionner (ségrégation). Avec lui, la Françafrique ne peut que s’estimer heureuse ; elle n’a plus rien à craindre. Elle est rassurée.

Tout compte fait, il y a lieu de considérer les quatre responsables des pôles comme des Vice-présidents déguisés, étant donnés que la constitution en cours ne prévoit ni de poste de premier ministre, ni celui de vice-président. Mais, en dépit de l’ordre protocolaire sur le papier, le vrai patron de tous, après M. Sassou Nguesso Denis, c’est M. Aimé Emmanuel Yoka, secondé par M. Pierre Moussa, malgré le fait qu’il ait plus de ministres que d’autres sous sa responsabilité. Car la souveraineté ne saurait être au-dessous de tous les autres après le Gourou-Cobra-Suprême.

Et puis, on reprend les mêmes et on recommence !

Enfin, en résumé, conformément à sa Constitution, du moins en ce qui concerne la primature, M. Sassou Nguesso Denis a supprimé le poste de Premier ministre et repris tous ses pouvoirs. Ainsi, pouvons-nous lui établir ses prérogatives comme suit :

- Président de la République, chef de l’Etat : SASSOU

- Premier ministre : NGUESSO

- Ministre de la Défense : DENIS sous couvert de M. Charles Zacharie BOWAO ;

- Ministre chargé des relations avec les paradis fiscaux : SASSOU NGUESSO DENIS sous couvert de M. Alain AKOUALA ATIPAULT.

Il faut bien rendre à César ce qui est à César !

Aux experts et autres politologues de mieux nous décortiquer ce kaléidoscope où tout est imbriqué, au risque de ne plus savoir qui est sous le contrôle de qui et qui ne l’est pas, en dehors de M. Sassou Nguesso Denis lui-même.

 

Jean-Paul KIMPA-BIKENDA KELANDENZI

------------------------------------------------------------

ANNEXE :

Composition du gouvernement du 15 septembre 2009 :

1- Ministre d’Etat, coordonnateur du pôle des infrastructures de base, ministre des transports, de l’aviation civile et de la marine marchande : M. Isidore Mvouba

2- Ministre d’Etat, coordonnateur du pôle économique, ministre de l’économie, du plan, de l’aménagement du territoire et de l’intégration : M. Pierre Moussa

3- Ministre d’Etat, coordonnateur du pôle de la souveraineté, garde des sceaux, ministre de la justice et des droits humains : M. Aimé Emmanuel Yoka

4- Ministre d’Etat, coordonnateur du pôle socioculturel, ministre du travail et de la sécurité sociale : M. Florent Tsiba

5- Ministre d’Etat, ministre du développement industriel et de la promotion du secteur privé : M. Rodolphe Adada

6- Ministre des finances, du budget et du portefeuille public : M. Gilbert Ondongo

7- Ministre des affaires étrangères et de la coopération : M. Basile Ikouébé

8- Ministre de l’intérieur et de la décentralisation : M. Raymond Zéphyrin Mboulou

9- Ministre des mines et de la géologie : M. Pierre Oba

10- Ministre du développement durable, de l’économie forestière et de l’environnement : M. Henri Djombo

11- Ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat : M. Guy Brice Parfait Kolelas

12- Ministre de l’équipement et des travaux publics : M. Emile Ouosso

13- Ministre de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat : M. Claude Alphonse Nsilou

14- Ministre de l’agriculture et de l’élevage : M. Rigobert Maboundou

15- Ministre à la présidence chargé de la défense nationale : M. Charles Zacharie Bowao

16- Ministre des petites, moyennes entreprises et de l’artisanat : Mme Adélaïde Mougany

17- Ministre du commerce et des approvisionnements : Mme Claudine Mounari

18- Ministre de l’enseignement technique, professionnel, de la formation qualifiante et de l’emploi : M. André Okombi Salissa

19- Ministre de l’enseignement primaire, secondaire chargé de l’alphabétisation : Mme Rosalie Kama Niamayoua

20- Ministre de l’enseignement supérieur : M. Ange Antoine Abena

21- Ministre de la pêche et de l’aquaculture : M. Hellot Mampouya Matson

22- Ministre de la santé et de la population : M. Georges Moyen

23- Ministre de l’énergie et de l’hydraulique : M. Bruno Jean Richard Itoua

24- Ministre des hydrocarbures : M. André Raphaël Loemba

25- Ministre de la recherche scientifique : M. Henri Ossebi

26- Ministre de la culture et des arts : M. Jean Claude Gakosso

27- Ministre des affaires sociales, de l’action humanitaire et de la solidarité : Mme Emilienne Raoul

28- Ministre des sports et de l’éducation sportive : M. Jacques Yvon Ndolou

29- Ministre à la présidence chargé des zones économiques spéciales : M. Alain Akouala Atipault

30- Ministre des postes, des télécommunications et des nouvelles technologies de la communication : M. Thierry Moungalla

31- Ministre de l’industrie touristique et des loisirs : M. Mathieu Martial Kani

32- Ministre des affaires foncières et du domaine public : M. Pierre Mabiala

33- Ministre de la communication et des relations avec le parlement : M. Bienvenu Okiemy

34- Ministre de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement : Mme Jeanne Françoise Leckomba Loumeto-Pombo

35- Ministre de l’éducation civique et de la jeunesse : M. Zacharie Kimpomi

36- Ministre délégué auprès du ministre d’Etat, ministre des transports, de l’aviation civile et de la marine marchande, chargé de la marine marchande : M. Martin Parfait Aimé Coussoud Mavoungou

37- Ministre délégué auprès du ministre d’Etat, ministre de l’économie, du plan, de l’aménagement du territoire et de l’intégration, chargé de l’aménagement du territoire et de l’intégration : M. Josué Rodrigue Ngouonimba.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • Wrong Orwell Wrong Orwell 21 septembre 2009 17:42

    Peut on encore les qualifier de « Monsieur » ?ce ne sont que des valets.Sassou Nguesso aussi d’ailleurs.Sans le soutien de l’Occident,il n’est rien.Ils ont plus de difficulté,côté Congo-Kinshassa,peut être parce qu’ils ont eu Patrice Lumumba,assassiné par la CIA.Bien que la Françafique ait réussi à reprendre le dessus grâce au « talent » (je dirais fourberie) de Foccart et qu’un de ses anciens lieutenants,sous le règne de Sarko,reprend le flambeau.
    Bokassa a même son site de propagande.Il était bon le règne de l’ORTF. Bolloré devrait racheter le reste de presse française indépendante (en existe-il encore sinon le « Canard enchaîné ») qui n’est pas encore entre les mains d’industriels (Figaro-Dassault ;Libé-Rotshild et le fondateur Serge July,viré ;;Le point-Pinault ;etc) il y a tant d’intérêts et est un intime de Sarko (le yacht où il se dore la pilule est à lui).


    • Brice MATINGOUT 7 janvier 2010 15:25

       Qui a dit que l’esclavage avait été abolie ? Quelle que soit sa forme l’esclavage existe toujours. L’homme noir n’était plus dans les champs de canne-à-sucre. Son propriétaire lui a dit « tu peux t’en aller » par ce qu’au fond la canne-à-sucre était remplacé par la betterave pour la fabrication du sucre. Cette nouvelle culture n’exigeait plus une main d’oeuvre abondante. Contrairement à ce qu’on nous fait croire, Le capitaliste n’était pas devenu bon comme par miracle au point de libérer les noirs, ses noirs. Mais, c’est grâce à la betterave que les noirs sont devenus libres. D’ailleurs, de quelle liberté parlons nous ? Où pouvait -il aller travailler ? Il ne devait retourner que dans les champs. C’était là, leur place. Et Obama ? Me diriez-vous. Ce cas m’échappe. Mais, il n’échappe pas aux gros industriels et pétroliers de la planète qui ont la main mise sur sa sécurité défaillante. Et, si tout était calculé.
       Oui, l’Occidental est calculateur. C’est un homme intéressé. Il est attiré par le gain, le profit même s’il faut détruire la planète pour cela.C’est dans la nature de son mode de développement. En plus, il appelle ça développement, un système qui detruit des milliers de vie par jour et que les dirigeants africains betement ont érrigé comme modèle. Les colonialistes ont donné le drapeau et l’hymne national aux pays africains. Il n’a jamais été question d’indépendance. Les nouveaux dirigeants devaient soumission et obéissance absolue pour vivre. les cas de BONGO, HOUPHOUET, MOBUTU sont trop connus. Mais nous connaissons aussi le cas SANKARA, LISSOUBA...dossiers secrets de la françafrique.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès