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Retour sur la crise ivoirienne

Dans le débat qui a cours sur le site concernant la crise ivoirienne, l’impression qui se dégage est que tout le monde évite le vrai problème et tourne autour de certaines questions qui ne devraient pas être d’actualité.

1- Si les élections s’étaient passées sans problème, est-ce que l’on parlerait aujourd’hui d’ingérence ? Bien sûr que non. Plutôt l’on serait aujourd’hui à louer les mérites des uns et des autres en se confondant en remerciements.

2- Mais alors pourquoi les choses se sont-elles mal passées ? C’est le fond du problème.

A la fin du 1er tour, tout le monde a perçu les signes annonciateurs de la crise. Le PDCI a évoqué des fraudes. Mais par sa propre faute, ses réclamations n’ont pas abouti puisqu’elles ont été déposé hors délai. Mais vu la précipitation avec laquelle le conseil constitutionnel a agi, tout le monde a compris qu’on venait d’éviter le pire. Personne n’a semblé s’en préoccuper ou du moins tout le monde a fait semblant d’une normalité. C’était oublier qu’il y avait un second tour. Et vint ce second tour.

3- Les origines du problème : a- On sait tous que le FPI avait fait du désarmement un préalable pour la tenue des élections.

b- Tout le monde sait qu’après le premier, le camp présidentiel n’avait aucune chance de gagner les élections si deux conditions étaient remplies : un bon report des voix du PDCI et un vote massif dans la zone du nord acquise à la cause de Mr Ouattara.

c- Tout le monde voyait aussi que la campagne du second tour indiquait clairement que les résultats ne pouvaient être acceptés par le camp présidentiel que s’il gagnait. Autrement dit, on ne peut pas dire ce que nous avons entendu pendant "les minutes de vérité" qui nous ont été proposées et penser raisonnablement que le camp présidentiel allait accepter de bon cœur la victoire de celui qu’ils accusent d’être à la base de tous leurs malheurs. En clair le camp présidentiel savait que s’il n’avait pas la possibilité de gagner dans les urnes, il ne fallait en aucun cas accepter la victoire de l’adversaire.

d- La stratégie de dénoncer des fraudes et de s’en servir pour bloquer la proclamation des résultats a été bien pensée à cet effet. Il ne fallait pour rien au monde accepter qu’il soit dit sur les antennes de la RTI le nom de Mr Ouattara comme vainqueur même partiel. C’est pourquoi tout a été fait pour que même les résultats sur lesquels ils étaient d’accord ne soient pas proclamés.

e- Le rôle du conseil constitutionnel aurait été sans taches si le droit avait été dit. En effet l’article 63 nouveau du code électoral dit ceci :

Article 63 nouveau : Le résultat définitif de l’élection du Président de la République est proclamé par le Conseil Constitutionnel, après examen des réclamations éventuelles et publié selon la procédure d’urgence, dans les sept (07) jours à compter de la réception des procès verbaux.

Comme on peut le constater, si on s’en tient à ce seul article, personne ne peut remettre en cause ce que le conseil constitutionnel a fait. Seulement il y a un mais parce que cette large liberté a vite été perçue comme un danger. C’est pourquoi l’article 64 nouveau a tout clarifié :

Article 64 nouveau :

Dans le cas ou le Conseil Constitutionnel constate des irrégularités de nature à entacher la validité du scrutin et en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission Electorale Indépendante. Le scrutin a lieu au plus tard quarante cinq jours compter de la date de la décision du Conseil Constitutionnel.

Comme on le voit, ce qui se passe a été prévu. Dans l’esprit, cet article est très important. Il fallait, pour que la confiance soit de mise entre les différents acteurs du processus électoral, faire en sorte que le conseil constitutionnel ne soit le seul à dire qui est vainqueur. Cet article lui dit deux choses :
- s’il n’ya pas d’irrégularités significatives qui remettent en cause le résultat global, alors vous pouvez proclamer un vainqueur,
- si vous remarquez des irrégularités graves qui remettent en cause le résultat global, vous annulez les élections qui sont reprises dans quarante cinq jours.

La possibilité de procéder à des annulations partielles du vote n’est pas autorisée par cet article. Pourquoi le conseil constitutionnel l’a t-il fait ?

Cette loi est très précise. Son application devrait en être autant. Si le conseil constitutionnel s’en démarque, quelle doit être la possibilité qui reste à celui qui se sent frustré lorsque le conseil constitutionnel se réfugie derrière le fait qu’il est le dernier recours.

C’est tout le fond du problème auquel nous sommes confrontés. Le camp présidentiel n’était pas disposé à accepter la victoire de Mr Ouattara qu’il accuse d’être le parrain des rebelles et s’offusque du soutien du PDCI à ce dernier, ce qui ne lui donnait aucune chance de gagner ce second tour. Que lui restait-il ? Une rébellion électorale. Tout ce qui est dit ou fait actuellement sert à divertir et à déplacer le vrai problème.

Cette campagne anti-française ou anti ONU sert à déplacer le problème. Personne ne veut aborder le point de droit qui est le refus d’appliquer l’article 64 du code électoral. Si cet article avait été appliqué, qui serait en train de parler de la France, de l’ONU de SARKOZY, de CHOI ? Tout le monde serait préoccupé à préparer la reprise des élections et personne n’aurait eu l’idée de violences.

Mais comme je l’ai dit plus haut, le camp présidentiel n’acceptera jamais la victoire de Mr OUATTARA. Jeune Afrique a confirmé cela en rapportant les propos du président sortant " si Ouattara veut être président, il devra passer sur mon corps". Dans ces conditions à quoi sert de reprendre les élections ? Lorsqu’on regarde de près la configuration du découpage qui a fait gagner le président sortant, il s’agit de la zone sous son contrôle avec en plus les 18 montagnes. Ce qui n’est pas un hasard puisqu’il a confié sa candidature du second tour à cette zone. La conclusion qu’on peut tirer de ce découpage est : je ne peux pas gagner dans la majeure partie de ma zone sous contrôle et perdre à cause d’une zone que je n’ai pas contrôlée.

Conclusion :
- Le président sortant sait qu’il a perdu les élections si on prend en compte tout le territoire ivoirien
- Le président sortant sait qu’il ne peut pas gagner les élections devant l’alliance du RHDP si cette alliance fonctionne bien
- le président sortant n’est pas prêt à accepter une victoire de Mr Ouattara qu’il accuse d’être le parrain de la rébellion qui l’aurait empêché de travailler
- le président du conseil constitutionnel sait qu’il n’a pas dit le droit. Il a pris, sous le couvert du droit, une décision politique.

Devant tous ces faits, seul le bon sens peut sauver la Côte d’ivoire. D’où viendra-t-il ?


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6 réactions à cet article    


  • Montagnais Montagnais 23 décembre 2010 18:14

    La question ne semble pas pouvoir avoir de franches réponses dans l’immédiat. Empêcher le Président de faire ses courses à Paris n’a pas grand effet. « La communauté Internationale » n’est pas prête à intervenir militairement. Le risque d’installation d’un état voué à l’Islam radical brouille les positions.. Violence et enlisement. Le Conseil constitutionnel porte une terrible responsabilité selon vos analyses.


    • epapel epapel 23 décembre 2010 18:45

      Toute est en effet dans l’article 64 :
      - c’est une solution de sortie de crise qui permettrait à Gbagbo de ne pas perdre la face et qui serait acceptable pour Ouattara et peut-être pour l’ONU
      - sa non application prouve la malhonnêteté et la mauvaise volonté de Gbagbo et de ses partisans.


      • Tarouilan Tarouilan 24 décembre 2010 13:29

        Ce qui me gène un peu, au delà du non respect des résultats de l’élection (mais qui n’est seulement qu’un grand classique en Afrique) c’est la présence sournoise de la France, par l’intermédiaire de Mme Ouarata, cette fausse blonde, d’origine européenne, proche de Sarkoff et de ses réseaux, que ce soit en France ou en Afrique, l’accaparement du pouvoir par des réseaux (à mon sens, qui sont limite mafieux) n’est plus tolérable, il faut réagir en France comme en Afrique, contre l’accaparement du pouvoir par ces représentants du coté obscur et pathétique (pas la peine de faire un dessin) du pouvoir mondial occidental ! 


        • Tarouilan Tarouilan 24 décembre 2010 13:30

          P.S. pardon, il convenait d’écrire Mme 


          • Tarouilan Tarouilan 24 décembre 2010 13:31

            Ouattara


          • Sachant Sachant 24 décembre 2010 14:31

            Nonobstant le cruel déficit de sympathie dont souffre M Gbagbo dans mon appréciation
            (C’est ma composante démoratique qui coince : Il a été beaucoup appelé mais peu élu)

            Il semble que M. Ouattara soit un ancien du FMI et de la BCEAO.

            J’étais surpris aussi que le FMI, la Banque Mondiale et l’Union économique et monétaire ouest-africaine se proccupent du sort du peuple ivoirien.

            Je ne sais plus si M. Ouattara a été élu par le peuple ivoirien ou non.
            Mais je m’aperçoit qu’il l’a été par l’élite des instances économiques de cette planette.

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