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Accueil du site > Actualités > International > Révoltes de la faim : l’Europe en question ?

Révoltes de la faim : l’Europe en question ?

N’avons-nous pas trop entendu rareté des céréales et agrocarburants dévoreurs, pétrole toujours plus cher et spéculation sur les denrées alimentaires. Derrière ces faits réels, liés à la conjoncture, faut-il oublier les causes profondes qui ont provoqué l’appauvrissement des populations du tiers-monde depuis trente ans, l’esclavage économique par les politique ultralibérales, les exportations agricoles subventionnées et le dérèglement climatique dont sont responsables les pays riches...

Au Sénégal, le Yassa poulet, plat traditionnel, ou la baguette ne sont composés que de produits importés. Par ses exportations alimentaires, l’Europe participe fortement à la perte de l’autosuffisance agricole pour des centaines de millions d’humains.

La FAO annonce que le prix des denrées alimentaires restera élevé pendant dix ans. La grande pauvreté de quelque 3 milliards d’humains, qui ne peuvent plus acheter une nourriture, pourtant disponible sur la planète, provoque les révoltes urbaines actuelles, alors que la part du revenu mondial allant aux plus riches explose. Car, si la rareté des aliments est en question, c’est bien l’injuste répartition des fruits du travail - que le capitalisme impose par la puissance de son bras financier - qui a fait du prix des aliments une question de vie ou de mort.

Notre révolution verte, importée des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, avec tracteurs et engrais, puis la Politique agricole commune (PAC) avaient pour but de créer une sécurité alimentaire. Bâties sur le protectionnisme, le productivisme et l’aide publique, ces transformations ont rapidement généré des surproductions. Les subventions à l’exportation des excédents ont été un des moyens pour les réduire. Elles ont entraîné un effet de « dumping » (vente en dessous du prix coûtant) pourtant interdit par le libéralisme. Cet afflux, à prix cassés, a mis en faillite les agricultures paysannes du Sud.

Pour l’éleveur de poulets camerounais ou sénégalais, concurrencé par l’arrivée de bas morceaux congelés et subventionnés par les contribuables européens, ce fut une catastrophe. Le cultivateur de mil ne reçoit aucune aide. Leurs coûts de production étant plus élevés que le prix des denrées importées, ils ont été rapidement obligés d’arrêter élevage et culture. Ainsi pendant que les bidonvilles autour des capitales du sud grossissent, beaucoup de savoirs agricoles se perdent. Il faudra une volonté politique, des financements et une formation sérieuse en agrobiologie - sans importations d’engrais ou de pesticides ni d’organismes génétiquement modifiés (OGM), beaucoup trop chers, car tous sont indexés sur le pétrole - pour que ces pays retrouvent une véritable souveraineté alimentaire.

Mais pourquoi ont-ils accepté cette concurrence faussée et déloyale ? Il faut comprendre l’effet dévastateur des conditionnalités des Plans d’ajustement structurel (PAS). Ces mesures libérales ont été imposées aux Pays en développement (PED) chaque fois qu’ils ont voulu emprunter, depuis le début des années 1980. La mesure la plus terrible a été la suppression des barrières douanières, mettant en concurrence le petit producteur du Sud face aux multinationales du Nord. Les Accords de libre-échange (ALE) et les Accords de partenariat économique (APE) qui, sous la pression de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), remplacent les accords ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) plus favorables aux PED, vont accentuer les problèmes de sous-alimentation des populations du Sud.

En effet, les accords ACP permettaient à ces pays d’exporter sans droits de douane, et de façon préférentielle, certains produits agricoles vers l’Europe. Par contre, les accords ALE et APE - accords bilatéraux - ont pour but de contourner le blocage des accords globaux de libre-échange de Doha. Ils impliquent une baisse quasi totale des barrières douanières des pays pauvres signataires sans la contrepartie essentielle qui est l’arrêt des subventions agricoles au Nord. Or, les dernières protections, qui avaient, en partie, résisté à la libéralisation par les PAS, concernent essentiellement l’agriculture. L’Europe met tout le poids de sa puissance économique pour faire céder chaque pays, un par un.

Certes, les problèmes de rareté alimentaire sont aussi liés aux agrocarburants subventionnés, aux dérèglements climatiques et à l’érosion des terres : déforestation, labours, engrais et pesticides. La disparition volontaire des stocks, la suralimentation carnée des riches, l’épuisement des ressources halieutiques - par les bateaux-usines des pays européens en particulier - accentuent cette rareté. La montée du prix du pétrole aggrave la pénurie par les surcoûts annexes qu’elle entraîne. Après la crise des « subprime » et la tension sur la demande alimentaire, la spéculation, sans foi ni loi, amplifie la catastrophe.

Retour sur la crise de la dette et les plans d’ajustement structurel

Mais c’est la crise de la dette du début des années 1980, provoquée par la hausse du « prime rate » américain, multipliant par 3 voire 4 les remboursements des prêts variables et indexés des PED qui a provoqué les faillites en chaîne des économies du Sud. Le FMI est intervenu comme prêteur conditionnel en dernier recours, pour sauver les banques du Nord, mais pas les pays endettés. Résultat, depuis trente ans, les populations se sont appauvries, contrairement aux idées des Hayek et Friedman sur les bienfaits du capitalisme libéralisé et de la croissance. Si la pauvreté de la majorité des populations africaines est avérée, en Inde par exemple, les 80 millions d’Indiens, qui composent la classe moyenne, font écran aux 850 millions qui survivent avec moins de 0,30 € par jour |1|.

Ce sont bien les conditionnalités libérales (Consensus de Washington) imposées depuis plus de vingt-cinq ans par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), le Club de Paris (privatisations, monocultures d’exportation, ouverture des frontières) ainsi que la corruption par les prêts, qui sont les causes structurelles de l’appauvrissement et de la perte de la souveraineté alimentaire dans les PED. Les voix des pays européens sont prépondérantes, alliées à celles des États-Unis, du Japon ou du Canada, elles sont majoritaires au sein de ce trio qui impose encore aujourd’hui le remboursement de la dette et les PAS.

Les révoltes urbaines de la faim font bouger les choses

80 % du milliard d’humains, souffrant de la faim, survivent ou meurent dans les campagnes en silence et sans révolte : génocide involontaire ? Ce sont les révoltes urbaines de la faim qui font bouger les choses. Croire, comme certains, que nous ne pouvons rien faire, c’est accepter que la pauvreté se généralise quand la sur-richesse de quelques-uns se globalise.

Que la première cause de mort chez les Occidentaux soient les maladies cardiovasculaires dues à une suralimentation, semble - dans le discours dominant relayé par les médias - n’avoir aucun rapport avec la sous-alimentation chronique au Sud. Les pauvres habiteraient-ils sur une autre planète ? Ces maladies de pays riches rapportent des sommes colossales à beaucoup d’industries du Nord : santé, agrobusiness, distribution qui, elles-mêmes par leurs dépenses publicitaires, influencent télés et presse qui omettent cette réalité. Nous sommes pourtant tous à bord du même vaisseau : la Terre.

Et d’ailleurs, quand il s’agit de prélever les matières premières à bon compte (contrats léonins) dans les PED, silence et discrétion. La Mafiafrique travaille pendant que la Chinafrique attaque. Les transnationales européennes corrompent et exploitent les richesses naturelles du Sud, mais ce ne sont pas les seules (lire par exemple Noir Canada |2|). La Banque européenne d’investissement (BEI) les aide avec de l’argent public. Elle prête 2 fois plus que la Banque mondiale. Les deux participent puissamment au financement des compagnies privées pilleuses. Pendant ce temps, nos gouvernements font de « l’Aide publique », qui relève plus de la communication que de la réalité. La globalisation est un libre-échange à sens unique. Si la liberté est totale pour les mouvements de capitaux, ils peuvent s’investir chez les pauvres, ces derniers, par contre, ne peuvent pas s’investir librement chez les riches : la localisation est imposée pour les « crève-la-faim ».

Les transferts nets financiers des PED entre les années 2000 et 2004 vers les caisses des pays industrialisées ont été de 291 milliards de dollars, au titre des remboursements. Quand le Sud s’appauvrissait, le Nord s’enrichissait de l’équivalent de 5 plans Marshall entre 1985 et 2004 (chiffres Banque mondiale). Ces sommes représentent les remboursements résultants de la spirale infernale de la dette diminués des sommes reçues en prêts. Pourquoi parle-t-on de spirale ? Pendant ces vingt ans, la dette totale des PED a constamment augmenté, passant de 672 à 1 459 milliards de dollars, alors que les remboursements étaient très supérieurs aux emprunts. Ces deniers servaient en majorité à rembourser les dettes précédentes. Si l’on rajoute les quelque 200 milliards de dollars correspondant aux bénéfices que les transnationales rapatrient au Nord chaque année, on comprend mieux le sous-développement de plus de 3 milliards d’humains et la sous-alimentation d’1 milliard d’entre eux |3|.

Certains pays, en Amérique du Sud et en Afrique, ont entamé, avec l’aide de la société civile, des audits de leurs dettes afin de déterminer leurs légitimités. Une Banque du Sud, regroupant la majeure partie des pays du sud de l’Amérique, s’apprête à financer des projets en faveur du développement des populations. A l’inverse des prêts de la Banque mondiale qui ont favorisé exclusivement les exportations de matières brutes et n’ont jamais servi à des projets d’industrialisation.

Les alternatives sont l’arrêt des subventions PAC et des aides aux agrocarburants. L’annulation de la dette et des PAS pour que les pays puissent protéger l’agriculture paysanne du « dumping » et retrouver une véritable souveraineté alimentaire. On lit, on entend un peu partout que le protectionnisme n’est pas une solution à la crise alimentaire. Soit. Cela veut-il dire qu’en maintenant la concurrence faussée résultant du dumping agricole, en libéralisant encore plus, la faim diminuera ?

La Banque mondiale nous sert toujours le même menu : pour le Sud ce sera plus d’ouverture, plus de privatisation, plus d’exportation de matières premières. Vu les circonstances, elle rajoutera une pincée d’agriculture vivrière avec 10 milliards de dollars : divisé par 3 milliards de pauvres (3 $ par personne) le compte n’y est pas du tout. La FAO, à Rome, lance un appel déchirant, la communication se fait mondiale, les bonnes promesses pleuvent. Mais, dans les champs, plus d’engrais, plus de pesticides et plus d’OGM. Surtout ne rien changer au système ultralibéral de « lutte contre la pauvreté ». Si la faillite s’approche c’est que les mesures n’ont pas été appliquées avec assez de vigueur. Les révoltes de la faim sont pourtant la preuve de l’échec de ces politiques capitalistes décomplexées et bientôt trentenaires.

Enfin, les PED, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20 % des 350 Gt (giga-tonne) de CO2 accumulés dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils représentent 80 % des Terriens.

Au prix de la tonne de CO2, le paiement de cette dette écologique leur permettrait de créer une agriculture biologique respectueuse de l’environnement et autosuffisante, d’avoir l’eau potable, la scolarisation et les soins pour tous… un rêve ? Par cette inversion salutaire, les pays riches deviendraient débiteurs des PED. Un juste retour des choses pour ce tiers-monde qui a déjà versé 10 $ pour 1 $ emprunté en 1980 et qui en doit encore 5 aujourd’hui.

En se donnant une chance de redevenir plus humaine et plus respirable, ce qu’elle était avant la conquête du monde par les Européens, il y a cinq siècles, notre planète pourrait éviter les guerres fatales que la paupérisation de milliards d’humains au Sud et maintenant au Nord, nous promet.

Notes de bas de page :

|1| Voir Éric Toussaint L’Envers des miracles chinois et indiens http://www.cadtm.org/spip.php?article3036, Stéphanie Jacquemont et Olivier Bonfond Des chiffres et des hommes ou de l’usage trompeur des statistiques, en Inde et ailleurs http://www.cadtm.org/spip.php?article3326 .

|2| Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique, Les Éditions Écosociété, Montréal, 2008.

|3| Les termes Nord et Sud sont des conventions, il existe de très riches actionnaires au Sud et de plus en plus de pauvres au Nord.


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7 réactions à cet article    


  • manusan 16 juillet 2008 07:35

    Les céréales vont devenir le nerf de la guerre dans l’économie mondiale, les grands pays céréaliers, US, Europe, Brésil, pour ainsi dire l’occident, maintiendront un rapport de force exactement comme les pays producteurs de pétrole/gaz (Golfe) et les pays à forte délocalisation industrielle (Chine, Vietnam).

    Un commerce de troc mondial va se généraliser : bouffe contre pétrole, bouffe contre chemises, bouffe contre contrats airbus (et sans commentaire cette fois). En même temps qu’un protectionniste du coté des pays riche (donc client) va s’installer avec la crise en cours.

    Il en a toujours été dans l’histoire, une culture impose toujours son point de vue avec tous les armes qu’elle a à sa disposition.

    Les pays "sages" (démocratique ?, exportateur de matière première ?) auront leur part, donc plus de stabilité sociale. l’immigration clandestine sera réglée via des pays d’accueils comme le Mali.

    Certains pays d’Afrique pourraient développer leur propre agriculture voir être quasi autonome, mais il n’en sera rien sans politique intégre sur le continent, encore faudrait il que les africains y croient eux même, et c’est bien là le problème.



    • Emmanuel W 16 juillet 2008 15:15

      Certains africains y croient :

      Au Burkina Faso, des paysans font reverdir le Sahel

      Un cheval est attaché à l’entrée de la cour d’Ali Ouedraogo, dans la bourgade de Gourcy, à 150 km au nord de Ouagadougou, la capitale burkinabée, en plein Sahel. Ce n’est pas banal : l’animal est un signe de réussite, la preuve qu’à 78 ans, Ali Ouedraogo vit mieux que ses voisins, paysans comme lui. Au milieu de sa cour, trois greniers circulaires sont remplis de sorgho à ras bord. Il y a là de quoi nourrir toute la famille jusqu’à la prochaine récolte, en septembre, peut-être même plus. Quarante personnes, dont une ribambelle d’enfants, en vivent, alors que d’autres familles sont déjà à court. Elles devront survivre avec le babenda, un plat de disette au goût d’épinards fades, constitué d’une poignée de céréales et de brassées de feuilles

      Les champs d’Ali Ouedraogo ne ressemblent pas à ceux de ses voisins. Ici, l’habitude, c’est de déboiser, de planter et de récolter, jusqu’à épuisement des sols, puis de recommencer un peu plus loin. Les paysans laissent derrière eux un zipellé. Une terre stérile, aussi nue que du carrelage. Plus la population augmente, plus le besoin en terres est grand, et plus le sol s’épuise. C’est l’engrenage de la désertification, aggravé par les facteurs climatiques.

      Pour Ali Ouedraogo, tout a changé en 1983. "A ce moment-là, la situation était très dure, raconte-t-il. Les pluies manquaient, les récoltes étaient mauvaises, j’envisageais de quitter la région." Beaucoup émigrent. Lui choisit de rester, et d’aménager des terres dégradées, dont personne ne veut à l’époque. Avec l’aide d’une organisation non gouvernementale (ONG) investie dans la lutte contre la désertification, il va peu à peu leur faire battre des records de productivité. Il récolte aujourd’hui en moyenne 1 500 kg de sorgho à l’hectare, contre 800 kg pour les meilleures terres des environs.

      Pour cela, pas besoin de machines agricoles, d’engrais chimiques ou de semences miraculeuses. Les paysans ne pourraient pas se les payer. Pas de barrage non plus, le relief ne s’y prête pas. Il faut des pierres, des pioches, des pelles, un niveau pour calculer le sens de l’écoulement de l’eau, et beaucoup de main-d’oeuvre. L’objectif est d’empêcher l’érosion et de retenir un maximum d’eau dans le sol.

      "Il s’agit de techniques paysannes traditionnelles, améliorées par des techniciens agricoles", explique Matthieu Ouedraogo, qui forme les agriculteurs. Dans les champs, des alignements de pierres, baptisés cordons pierreux, sont aménagés le long des courbes de niveau, dessinant de petites terrasses. Des arbres y sont plantés. Des retenues en forme de demi-lune piègent l’eau dans de micro-cuvettes. Les "zaï", des trous profonds de 20 centimètres où des graines sont plantées dans du fumier, permettent une infiltration de l’eau en profondeur.

      "Tous ces aménagements freinent le ruissellement de l’eau, poursuit Matthieu Ouedraogo. Peu à peu la terre se régénère." Et les arbres qui poussent sur les parcelles fourniront du bois de chauffe qui ne sera plus prélevé en brousse...

      "Avec ces techniques, on peut faire reverdir le Sahel, affirme Souleymane Ouedraogo, chercheur à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (Inera). On stoppe la désertification, on augmente la fertilité des terres, donc les rendements des céréales et du fourrage pour le bétail, on récupère de la biodiversité." Il suffit de quatre ou cinq ans pour obtenir de bons résultats sur des terres dégradées.

      Pourquoi, alors, tout le Sahel n’est-il pas converti ? Au Burkina Faso, environ 300 000 hectares seraient aménagés, soit moins de 9 % de la surface cultivable du pays. "Ces techniques ne sont pas très coûteuses, mais il faut quand même un investissement initial", explique Bertrand Reysset, ingénieur agronome au Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), qui regroupe neuf Etats de la région.

      Cet investissement s’élève en moyenne à 130 euros par hectare. Il faut louer un camion et payer l’essence pour aller chercher les pierres, acheter un minimum de matériel, payer de la main-d’oeuvre pendant les travaux. Une formation et un suivi sont nécessaires. Tout cela est hors de portée des paysans qui travaillent à la houe, pliés en deux dans les champs. Les banques ne leur font pas crédit. Les projets mis en oeuvre l’ont été grâce à des ONG.

      Ces techniques, expérimentées depuis les années 1980 dans le cadre de la lutte contre la désertification, seraient très utiles pour s’adapter au changement climatique. "Les modèles climatiques prévoient une augmentation de la fréquence des événements extrêmes, un allongement de la saison sèche, des précipitations plus concentrées et torrentielles, détaille Edwige Botoni, expert en gestion des ressources naturelles au Cilss. Cela aura un impact négatif sur la productivité du sol."

      La saison des pluies 2007 en a été l’exemple parfait. Elle a commencé tardivement et toute l’eau s’est abattue en même temps, en août, entraînant des inondations. "Lutte contre la désertification et adaptation au changement climatique se recoupent à 90 %", affirme Bertrand Reysset.

      Tous espèrent que la crise alimentaire mondiale fera bouger les choses. Ils ont entendu le discours de Nicolas Sarkozy, qui a appelé à "mettre le paquet sur l’agriculture vivrière subsaharienne", le 3 juin à Rome, lors du sommet sur l’alimentation. L’agriculture a été un parent pauvre depuis trente ans. Elle ne représente que 5 % de l’aide publique au développement, et rares sont les Etats qui en font une priorité. Elle passe après les dispensaires, les écoles, les routes...

      Dans le village de Guiè, toujours dans le nord du pays, l’ONG Terre verte est arrivée à des résultats particulièrement spectaculaires, en créant un "bocage sahélien", selon l’expression de son fondateur, Henri Girard, un ingénieur agronome français. Des haies protègent les sols de l’érosion. Avec une mécanisation minimale, une petite dose d’engrais chimique, des variétés sélectionnées et des rotations culturales bien choisies, la zone a reverdi et les rendements sont quatre fois supérieurs à la moyenne.

      "C’est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité, que même avec nos sols et sous nos climats, tout est possible", commente Hamado Sawadogo, agropédologue à l’Inera. L’investissement initial a été de 400 euros par hectare. Mais l’évolution des pratiques exige aussi un changement des mentalités. "Les gens ici sont fatalistes : si je suis pauvre, si j’ai raté ma récolte, c’est que Dieu l’a voulu, explique Henri Girard. Mais certains se lèvent. Tous les 50 km, quelqu’un est prêt à bouger."

      Source : Le Monde.fr - Gaêlle Dupont
       


    • ronchonaire 16 juillet 2008 10:18

      Encore un qui a tout compris. Mettre "la mondialisation ultralibérale" et "les exportations agricoles subventionnées" dans la même phrase est un non-sens absolu, ces subventions étant à l’exacte opposée de ce que serait une politique libérale fondée sur la libre-concurrence et le libre-échange.
       
      Il faut choisir contre qui vous vous battez : si vous vous battez contre les subventions agricoles dans nos pays, foutez donc la paix aux "ultralibéraux" ; si au contraire vous en avez après les "ultralibéraux", ne venez pas vous plaindre de ces subventions agricoles européennes et américaines qui tuent l’agriculture dans les autres pays. Un peu de cohérence que diable !


      • Emmanuel W 16 juillet 2008 15:05

        L’une n’empêche pas l’autre. Exemple caractéristique, les Etats-Unis : protectionnismes et subventions en interne, exigences ultra-libérales imposées aux autres pays via entres autres l’OMC.


      • ronchonaire 16 juillet 2008 16:14

        Non, à partir du moment où les deux principales zones économiques (et commerciales) du monde sont protectionnistes, accuser la "mondialisation ultralibérale" de tous les maux n’a pas de sens. C’est la coexistence de ces zones protectionnistes avec des zones ouvertes au libre-échange qui cause tant de problèmes, ce qui revient à dire que c’est le protectionnisme lui-même qui en est la source.


      • Lisa SION 2 Lisa SION 16 juillet 2008 18:31

        "...L’Europe met tout le poids de sa puissance économique pour faire céder chaque pays, un par un...."

        En refusant l’Europe, le simple citoyen déclare son désaccord à unir et renforcer ette union à l’origine de déjà bien des vices mondiaux. Mais, c’est la mondialisation qui oblige celle-çi à se renforcer pour faire face aux autre unions mondiales. Nous sommes pris dans un étau, entre les colonies que l’on a soutenues, et le retour du baton. Notre angoisse est qu’un jour les élèves dépassent le maitre.




        • tiptop 16 juillet 2008 19:32

          Sur ce sujet, voici un excellent article d’Odile Tobner qui nous sort un petit peu de la pensée unique ....

          Autant les graves atteintes aux droits de l’homme, qui sont commises en ce moment au Tchad et au Cameroun, trouvent peu d’échos dans les médias - la disparition au Tchad de Ibni Oumar Mahamat Saleh, leader d’un parti d’opposition, et de bien d’autres victimes de la répression de la population civile, l’emprisonnement au Cameroun des artistes Joe la Conscience et Lapiro de Bango et de nombreux autres Camerounais, qui n’ont fait qu’user de leur liberté de protestation, n’émeuvent pas les voix officiellement chargées de la défense des droits humains - autant les « émeutes de la faim » ont fait un tabac médiatique. On retrouve là en effet tous les traits de l’Afrique qu’on aime, naturellement misérable et victime d’on ne sait quelle malédiction. Tous les poncifs sont au rendez-vous : « Ils sont trop nombreux, ils ne savent pas cultiver ». Tous les messies se sont précipités pour apporter leurs bons conseils. On a claironné le montant des aumônes de l’aide alimentaire. Selon Le Figaro du 18 avril : « Face la crise alimentaire mondiale, Nicolas Sarkozy annonce que l’aide française sera portée à 60 millions d’euros défense de rire dès 2008. » Seule manquait au rendez-vous la description de réalités occultées. Non seulement l’Afrique peut nourrir ses habitants mais elle nourrit, entre autres, notre continent. D’immenses surfaces sont consacrées en Afrique au thé, au café, au cacao, à la banane, à l’arachide, toutes productions destinées à l’exportation. Ces productions enrichissent d’une part les grosses entreprises, étrangères pour la plupart, qui détiennent d’immenses plantations, d’autre part toute la chaîne de la spéculation sur les marchés internationaux, tandis qu’elles laissent les populations dans la plus grande pauvreté. Le salaire d’un ouvrier agricole au Cameroun, sur une bananeraie exploitée par une société française, est de 25 000 FCFA, 38 euros mensuels. Soit moins de 1000 FCFA pour dix heures quotidiennes de travail, tandis que le carburant au Cameroun, pays producteur de pétrole, est à 600 FCFA le litre à la pompe. La bouteille de gaz de 30 kg est à 6000 FCFA, le sac de ciment également. L’électricité est à 70 FCFA le kW (deux fois plus cher que le prix moyen en France). Autant dire que l’accès à ces modestes biens est réservé à une minorité. Le marché du gaz, du ciment, de l’électricité, produits localement, est possédé majoritairement par des sociétés étrangères qui dictent les prix. Les productions vivrières locales sont concurrencées par l’invasion des sous-produits de l’industrie agroalimentaire française : farine, poulets. Le pain, de très basse qualité, est consommé au détriment du bâton de manioc, bien plus nourrissant, facile à produire localement, et qui serait à l’abri des fluctuations du marché mondial. Bien loin d’aider les producteurs locaux, tout est fait pour les racketter, les décourager. Le transport intérieur est pénalisé par toutes sortes de prélèvements qui s’ajoutent au prix prohibitif des carburants. Mais l’Aide française au développement vient de subventionner au Cameroun la production de haricots verts pour l’industrie agroalimentaire de la conserverie française. Avec les salaires qu’elles touchent, les ouvrières de la mise en boîte ne peuvent pas subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. La liste des aberrations économiques que subit l’Afrique serait infinie. Mais les peuples qui en sont victimes sont sans voix, muselés par des pouvoirs féroces pour leur population mais sans courage, sans intelligence, sans imagination, quand il s’agit d’être asservis aux intérêts de l’ancienne puissance coloniale et des organismes économiques internationaux représentant ceux des grandes puissances mondiales. Ressent-on, dans ces conditions, l’injure que constitue l’aide, particulièrement dérisoire et méprisante, avec quelques larmes en prime pour s’apitoyer sur ceux qui ont faim ? Odile Tobner

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