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Revolution populaire dans le monde arabe : l’ivresse du jasmin..

Depuis quelques semaines, l’histoire semble s’être accélérée, comme des dominos les dictatures du monde arabe commencent à s’effondrer les unes après les autres, l’euphorie qui s’est emparée de l’ensemble des observateurs contribue à renforcer le sentiment que cette « révolution » là a toutes les chances de mal se terminer, pas pour ceux qui sont les véritables piliers de ces democraticides mais pour le peuple à qui l’on risque de faire avaler la pilule de l’illusion démocratique.. Car une certaine naïveté inquiétante, un aveuglement même, semble ne pas permettre une réflexion à froid des raisons pour lesquelles ces soulèvements populaires ont pu réussir si rapidement, si brutalement, si opportunément .. Ne sommes-nous pas là entrain de savourer notre propre désillusion en pensant que le départ du Prince, ce pion qui n’est pas à lui seul le « système », ouvrirait un boulevard vers la démocratie ? L’ivresse du jasmin, euphorisant, pourrait conduire à des lendemains difficiles avec une gueule de bois des plus désagréables..

Ben Ali est parti.. Moubarak l’a suivi.. Mais est ce pour autant la « mort » de ces dictatures ? Les promesses d’élections libres seront-elles tenues ? Au risque de voir monter des partis « nauséeux » dont personne ne veut ? Les anciens tortionnaires, nouveaux garants de la transition habitués à un système qui a montré toute sa bestialité et son cannibalisme voudront ils réellement permettre à la démocratie de se faire tout en sachant que cela sonnerait le glas de leurs privilèges et celui de leur impunité ? Quelle crédibilité accorder à ces gens là qui ont servi le Prince déchu avec loyauté et asservissement, qui ont pensé et structuré le système et qui aujourd’hui se présentent en « gardiens de la révolution » ? Commet croire ces occidentaux, soutiens premiers et inconditionnels du pire, qui ont sans vraiment le vouloir retourner leurs vestes et promettent dans de grandes déclarations indécentes de « favoriser » le temps de la liberté ? Une révolution n’en est vraiment une que lorsque la volonté populaire ne plie pas devant le plaidoyer des coupables d’hier, lorsqu’elle parvient à nettoyer dans son ensemble ceux qui incarnent les tares, le malaise et les désastres du passé.. Décapiter le Prince ne suffit pas, car il n’est qu’une tète dans un multicephalisme sournois, c’est en procédant à la karcherisation absolue du système que le nouvel ordre balaiera l’ancien.. Le cas échéant, cette révolution serait inachevée, ratée..

Au-delà même du "soulèvement" populaire, cette "révolution" n'aurait été possible qu'avec le soutien tacite de certaines forces à l'instar de l'armée - certains diront (grâce ou à cause) aussi des divisions silencieuses en son sein (?).. Le rôle de l’armée a été fondamentale, cruciale.. Si elle était intervenue massivement, unie, pour protéger le "Prince" comme cela s'est passé dans l'Afrique noire en l'occurrence au Cameroun en février 2008, l'ivresse du jasmin n'aurait pas eu lieu.. On aurait massacré comme l'usage l'exige ces peuples sans que l'occident ne s'en émeuve parce que des intérêts bien supérieurs à ceux de la démocratie auraient prévalus.. Oui les peuples ont été le moteur de cette "révolution" - qui ne fait que commencer et devrait se poursuivre malgré le départ du Prince – un départ ne signifiant guère la "mort" d'un système pourri et cancérogène - c'est indéniable mais pas qu’eux.. Certains pays sont actuellement dans leur ivresse du jasmin, mais combien reçoivent l'appui des forces nécessaires au changement ? Et dont les peuples protestataires sont réduits dans le sang au silence ? 

Il y a des aspects dans cette vague populaire qui ne doivent pas être niés, surtout doivent nous faire comprendre que "changer" n'est pas juste une question de volonté, il y a des paramètres plus complexes qui rentrent en jeu.. S’il faut mettre en avant la détermination exceptionnelle des peuples, il ne faudrait non plus tomber dans une sorte d’aveuglement de l’instant.. Ce qui nous pousse à nous poser la question suivante : une "révolution" inachevée ne serait elle pas plus "dramatique" qu'une absence de "révolution" ? Jusqu'où peuvent aller "ces" forces conservatrices dans l'appui implicite au "changement" ? La véritable "révolution" ne fait elle pas que commencer ? Celle de la purge populaire de toutes ces dictatures ?

C’est en ayant le courage de faire face aux exigences de cette ivresse du jasmin que les peuples honoreront dignement le sang de ceux qui sont morts pour plus de justice et d’équité..


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