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Accueil du site > Actualités > International > Révolutions arabes : l’Europe, la France à rebours

Révolutions arabes : l’Europe, la France à rebours

“Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur les flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui serait en première ligne” Allocution du chef d’état aux Français, 27 février 2011.

Alors que les nations arabes tentent de s’élever vers un idéal démocratique qui reste à inventer, les démocraties “mures”, elles, semblent décliner. Ce mouvement contradictoire prend tout son sens avec la parution du rapport de “the Economist”, annonçant la relégation de la France du club très fermé des “démocraties complètes”. Quitte à s’ingérer en Tunisie et en Algérie, la France aurait pu proposer son savoir faire en matière de médiation. Elle n’en a rien fait. Il est vrai qu’à l’époque on ne savait pas encore qui du million de manifestants ou du dirigeant acculé, était le véritable facteur d’insécurité et de violence. On croyait alors, sincèrement certainement, qu’il fallait protéger le peuple de lui même et le prémunir de ses débordements intempestifs. Un mouvement à rebours, signe évident d’un aveuglement, de pesanteurs historiques (et coloniales) mais surtout de peurs.

Le vent des révolutions n’a pas su inspirer le vieux continent. La liberté des peuples suscite une sympathie paradoxale parmi les Européens. Certes une emphase avec le souffle de l’histoire, du peuple qui emprunte le long chemin vers la démocratie. Une démocratie, il est bon de le rappeler, qui a mis plus de 100 ans à s’installer fermement en France. Mais aussi la malsaine retenue des hypothèses égoïstes. Parce que la liberté là-bas implique un changement ici. Inconsciemment, automatiquement, les Européens se questionnent sur ce qu’ils ont à perdre d’une explosion des pouvoirs dictatoriaux au sud de la méditerranée. De ces potentats sous supervision qui tempèrent les flux nord-sud. Depuis la chute de Z. Ben Ali et de H. Moubarak, les dirigeants français ont été contraints de modifier le tir, tant il devenait évident que, s’il fallait protéger le peuple, ce n’était pas de lui-même. Le mouvement n’étant pas porteur de violence, il a fallu se crisper sur des conséquences qui sont autant de scénarios catastrophes : l’immigration massive à nos portes, l’instabilité de la région ou encore la flambée du prix du pétrole. Bref, la révolution Arabe : pas une bonne nouvelle. Un sondage du Parisien indique que pour 69% des personnes interrogées ces révolutions sont un sujet d’inquiétude, alors que 49 % éprouvent de la “joie”.

Étrange réaction des états européens s’inquiétant après la révolution tunisienne d’un afflux de migrants sur les côtes siciliennes. Étrange psychologie de matons incapables d’interpréter les signaux contradictoires d’une libération. Enfin, étrange et paradoxal sentiment que d’affirmer sa supériorité dans les domaines sociaux, économiques et des droits de l’Homme et de redouter l’attrait que l’on suscite. On se veut à la fois un modèle et une forteresse. A la fois un monde libre et une prison fermée de l’intérieur.

Le continent européen se considère comme une vitrine des libertés et du progrès, rutilante, sur une planète en ruines, sans que cet attrait puisse susciter un espoir, un mouvement. C’est une logique de gardiens, que l’on n’ose pas s’avouer. Des gardiens de la culture, d’une pureté européenne impartageable que l’on perçoit. D’un repli sur soi, établi sur des bases culturelles, pour ne pas (encore) dire ethniques. Les mouvements nationalistes puissants qui émergent en Hongrie, France, Italie, Autriche et partout ailleurs sur le continent se proclament garants d’une prospérité économique et culturelle. Conserver un havre, un entre soi. Un état d’esprit qui rentre alors en collision avec les révolutions Arabes. Pourtant les choses changent. S’inversent. La démocratie recule en France. Toujours selon “The Economist”, le phare de la démocratie faiblit sur 3 points : la participation citoyenne, les institutions et les libertés individuelles. Un recul sourd et constant exercé au nom de la sécurité, sans être pour autant mieux ou moins bien protégé. Inversement elle avance au Maghreb et au Moyen Orient. Elle y a fait ses premiers pas, sans violence, ni débordement, avec un courage et une détermination pacifique qui forcent l’admiration. De cette prouesse extraordinaire, vous entendrez peu parler. Ça n’arrange personne, pas plus les idéologues sécuritaires, que les intérêts géostratégiques de l’occident.

Les signaux révolutionnaires sont contradictoires : à peine libérés, des Tunisiens par milliers débarquent sur les plages de Lampedusa. Les gouvernements sont en émoi. Les citoyens aussi et de façon ambivalente. Ils exultaient devant leur poste avec les révolutionnaires quelques semaines auparavant, et se sentent là, envahis. Pourquoi les Tunisiens, la liberté conquise, la cherchent encore ailleurs, en Europe ? N’était-il donc pas préférable de conserver les cadenas des régimes autocratiques ? Des régimes avec lesquels les pays du Nord signent des accords sur l’immigration. La Tunisie en 2008, la Libye en 2005. Un marché de la peur conclut avec la livraison de matériel de surveillance. Les zones périphériques de l’Europe, comme le Maghreb dressent un glacis à l’immigration subsaharienne.

Le changement brutal fait peur aux occidentaux calfeutrés dans de nonchalantes Républiques déclinantes. Amnésiques du prix du sang pour arracher les droits. Les européens, du simple quidam au diplomate le plus aguerri se posent la même question, qu’avons-nous à perdre de la liberté des autres ? Une question de civilisation manifestement posée là par des Européens dotés d’une double personnalité. Docteurs Jeckyll qui psalmodient des odes à la gloire des droits de l’Homme avec la mémoire d’un abominable XXe siècle, Mr. Hyde qui vivent dans le tourment des régressions identitaires et sécuritaires de leurs temps.

Zeyesnidzeno & Vogelsong


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13 réactions à cet article    


  • JL JL 2 mars 2011 12:56

    Bonjour,

    vous écrivez : « à peine libérés, des Tunisiens par milliers débarquent sur les plages de Lampedusa ».

    Vous êtes sûrs ? Ne serait-ce pas plutôt ceux qui ont peur de représailles de la part de ceux qui se sont libérés ? Tous les copians de Ben Ali ne sont pas partis dans ses valises.


    • french_car 2 mars 2011 17:35

      Non on a vu la même chose de la part des « pays de l’Est » après 1989, considérant que l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté, le rêve américain les a conduit à fuir le pays dès lors que les frontières se sont amollies.


    • vogelsong vogelsong 2 mars 2011 22:36

      Pertinent effectivement. En réalité on ne sait pas vraiment qui est leTunisien qui débarque sur les plages siciliennes. Et d’ici il nous est difficile de faire une typologie. Dans le doute donc...


      Merci.

      Cordialement.

    • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 2 mars 2011 13:13

      Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 13h29
      Mohammed MADJOUR
       le 01.03.11 | 13h27
      Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 13h26

      Sur le lien : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/revolutions-arabes-l-europe-la-89798


      Et

      Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 14h47

      Sur le lien : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/revolutions-arabes-l-europe-la-89798


      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 2 mars 2011 13:18

        Pardonnez cette petite erreur sur le liens à consulter.


        Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 14h47

        http://www.elwatan.com/international/un-remaniement-ministeriel-de-crise-01-03-2011-114072_112.php




        Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 13h29
        Mohammed MADJOUR
         le 01.03.11 | 13h27
        Mohammed MADJOUR  le 01.03.11 | 13h26

        http://www.elwatan.com/edito/les-jeux-de-l-occident-01-03-2011-114080_171.php


        • cathy30 cathy30 2 mars 2011 13:58

          bonjour Vogelsong, article sympa
          Je suis plutôt de l’avis de JL, l’immigration tunisienne ces derniers jours vient des pro ben Ali.

          Nous avons vécu les 30 glorieuses grâce à de l’énergie gratuite sur le dos du moyen orient, sans nous poser de question, mais voilà que s’impose la mondialisation en nous dépouillant de notre savoir faire. Ce savoir-faire reste en France, mais que pour les riches.

          A t-on ouvert un débat sur le partage des richesses dans la mondialisation ? Non. On nous bassine avec l’islam, d’immigration en masse tunisienne tels des barbares. Les banksters n’ont plus besoin de nous. Ils ont trouvé d’autres joujoux pour se faire du pognon.
          J’espère que les français vont ouvrir les yeux pour ne pas se jeter encore une fois dans la régression irréversible.


          • paul 2 mars 2011 14:00

            Recherche de démocratie au sud de la méditerranée, recul au nord .
            Dans le classement « the Economist », la France ,est classée dans la catégorie des démocraties incomplètes, et passe du 24 ème rang au 31 ème .
            Pour compléter le tableau, elle se classe au 44 ème rang pour la liberté de la presse .
            Le régime autocratique actuel n’est pas pour rien dans ces classements peu glorieux au pays des droits de l’homme et....de LOPPSI 2 ..


            • bernard29 bernard29 2 mars 2011 15:03

              Tout d’abord, il faut reconnaître le courage exceptionnel des arabes et des libyens qui se sont révoltés contre Kadhafi en raison justement de l’arsenal militaire et de maintien de l’ordre que nos sociétés dites « avancées » lui ont fourni. C’est même inoui que ces peuples risquent la mort pour leur liberté en tout conscience.

              C’est aussi en raison de notre grande responsabilité d’avoir fourni ces armes retournées et utilisées aujourd’hui contre ce peuple, que nous ne pouvons rester indifférents surtout si ce sont ces armes qui permettent d’écraser la révolution.

              Si Kadhafi reprend les villes et les régions libérées, notre responsabilité sera immense.




              • Massaliote 2 mars 2011 15:20

                « en raison de notre grande responsabilité d’avoir fourni ces armes »

                Moralisons le commerce des armes. Choisissons à qui nous les vendons.

                Sans nous, les tyrans seraient impuissants. Aucune autre nation ne s’abaisserait à faire affaire avec les despotes.

                Flagellons nous pour cela. Quest-ce que quelques emplois perdus sur notre territoire au regard de l’irréparable faute de commercer avec des immoraux ?

                 smiley smiley smiley


                • lagabe 2 mars 2011 16:06

                  je suis totalement d’accord avec toi , mais ce problème date depuis longtemps
                  rappelle toi en 90, quand le rideau de fer est tombé, la réaction en France
                  Si on a l’euro en fait , c’est grâce à Mitterand qui a forcé la main aux allemands , il a dit oki pour la réunification mais en contrepartie , vous devez accepté l’euro (les allemands ne voulant pas quitter le mark)
                  les français à l’époque étaient contre


                  • zelectron zelectron 3 mars 2011 09:55

                    L’€uros ? : c’est à peu près la seule chose de bien qu’a fait Mitterrand !!!


                  • Le péripate Le péripate 2 mars 2011 18:31

                    C’est bien gentil la posture « les gouvernants n’ont rien compris, rien vu venir ».

                    Et pourquoi en serait-il autrement ?

                    Croyez-vous qu’ils soient des sur-hommes doués de pouvoirs spéciaux ?

                    Probablement même les arabes n’ont rien vu venir. Alors les prophètes de lendemain, pfffff.....



                    • hmmm...pas tout à fait vrai le « rien vu venir »...la question était plus de savoir quel serait le catalyseur : sur le « où » bien entendu sans capacité de prémonition difficile à cerner mais le « quand » lui pouvait être raisonnablement penser dans le court-terme...

                      problème étant que la dernière décennie a été passé au crible quasi-unique de l’islamo-terrorisme alors que dés son début elle annonçait la couleur : dans la première moitié, déjà des manifs, grèves épisodiques, mais récurrentes posait la question du social, du démographique et de l’économique : somme toute encore « souterrain » ou pas assez « virulent » jusqu’à un pic entre 2004/2006 notamment en Egypte mais aussi en Arabie Saoudite (pays qui risque de devenir intéressant : le vieux roi sénile étant de retour) mais un peu partout dans le monde arabe : du Maghreb au Machrek.

                      mais comme dit précédemment, l’ombre des tours du WTC a continué de porter tout au long de la décennie et la green light accordée pour cause de « global war on terror » aux régimes arabes a permis d’évacuer rapidement (et violement) toutes ces problématiques (combien d’individus aussi islamistes que des haré krishna ont ainsi été « traités » ces dernières années) il n’empêche que les signaux depuis le début des années 2000 étaient régulièrement dans l’orange et assez souvent dans le rouge.

                      au début de la décennie, ces vélléités révolutionnaires ont été tempérées (neutralisées) assez souvent localement avec soit changement à la tête du régime (exemple Maroc, Jordanie, Syrie...) soit aprés la terrible décennie en Algérie (on a surtout tenter de panser les plaies) soit avec des « ouvertures » épisodiques (Tunisie, Egypte, Golfe..) :

                      bref on a temporisé « par espoir du changement » (aujourd’hui le fatalisme a été abandonné) disons de 2000 vers 2006 mais les effets du 11/09, l’Irak ont vite inversé la vapeur dans la mi-décennie autant que de réels changements locaux : les régimes en place mettant les aspirations populaires diverses&variées dans la rubrique « islamisme/terrorisme »....

                      entre temps, une nouvelle génération (contexte démographique trés moins de 30 ans dans le monde arabe) est venue, a vu, et a conclu...vu l’impasse islamiste et le spectacle de l’Irak, l’Afghanistan (avec en mémoire la décennie sanglante algérienne), conclu sur l’impossibilité de réel changement en continuant d’accepter le coup du bon flic/bad cop des régimes en place selon l’humeur du moment et a opté pour l’effet de masse& de com et une voie « pacifique » (autant que l’absence de leaders « visibles » : les têtes-qui-dépassent ayant tendance à tomber trés rapidement de ce côté-ci du monde).

                      C’est cette génération (ou plutôt ces générations qui se suivent et se ressemblent (15/20>20/25>25/30) dans leurs aspirations, leur chômage, leur désespoir,mais aussi leur « soif de vie » propre au diktat hormonal à cet âge smiley etc...) qui est le fer de lance des mouvements en cours : et aucun pays arabe n’y échappera du moment que le « catalyseur » a lancé la réaction... 

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