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Accueil du site > Actualités > International > Roboski ou la folie furieuse des F16 Turcs

Roboski ou la folie furieuse des F16 Turcs

Le 28 décembre 2011 au soir, sous les yeux de la communauté internationale, des avions de guerre « F16 » sur ordre du gouvernement turc ont bombardé le village de Roboski dans le Kurdistan méridonien (Uludere/ Turquie) à la frontière du Kurdistan septentrional autonome (région autonome Kurde / Irak).

Les villageois qualifiés de « contrebandier transfrontaliers » ont simplement suscités du mépris à travers l’opinion publique : au fond, la faute leur revenait s’ils avaient voulu gagner un peu d’argent.

Cependant, la blogueuse Anne précise qu’ « ils étaient allées chercher des marchandises à la frontière irakienne, comme ils avaient l’habitude de le faire, en empruntant le chemin emprunté avant eux par leurs pères et leurs grands-pères. 30 ans de conflit dans la région n’a jamais fait cesser la contrebande. Au contraire ! Et les autorités la tolère, surtout lorsque c’est la principale ressource de villages korucu. Villages où les populations ont été armées et reçoivent une petite solde d’environ 500 $, en principe pour défendre leur village contre le PKK. Dans les faits, c’est devenu un job de supplétif militaire. Ce sont généralement des korucus, connaissant ces montagnes comme leur poche, qui guident les soldats lors des opérations militaires. »

Cet incident fut qualifié d’erreur militaire à demi-mot, alors que dans le même temps, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan n’avait pas hésité à féliciter le chef d’Etat-major, Necdet Özel

Elle poursuit par des questions auxquelles le gouvernement feint de répondre. « Comment ceux qui ont désigné aux F16 ce groupe repéré par des drones ont-ils pu les confondre avec des combattants du PKK ? Comment l’armée pouvait-elle ignorer qu’un groupe de contrebandiers de leurs villages de korucus étaient sur un chemin qui leur est habituel cette nuit là ? TSK n’a rien pourtant d’une armée étrangère découvrant un terrain inconnu, comme les Américains en Irak. Cela fait des décennies qu’elle est omniprésente dans le coin.

Est-ce que les combattants du PKK communiquent par téléphone portable ? Est-ce leur habitude de franchir la frontière à 50, avec des mules chargées qui ralentissent la marche, à proximité de villages korucus, alors que l’armée est sur le qui vive ? Et est-ce qu’un commandant de PKK aussi recherché que Fehman Huseyin aurait choisi de se déplacer au sein d’un groupe aussi peu discret ? (sa présence annoncée pourrait avoir déclenché l’opération). En tout cas le groupe de PKK qui avaient été massacrés à Semdinli lorsqu’ils se repliaient côté irakien, quand leur organisation avait décrété un cessez le feu à l’occasion du ramadan de l’été 2009, se déplaçait à 5. Et à Yüksekova où je me trouvais, il se disait qu’ils avaient été dénoncés. Ils n’avaient pas été repérés par des drones. Pour le moins, il y a eu très graves négligences dans l’opération du 28 décembre.
 »

Pendant plus d’un an, l’entourage des victimes a demandé à ce que la vérité soit révélée. En réponse, les autorités turques n’ont fait qu’intimider tous ceux qui réclamaient justice. Pot de vin, pression et prison, selon le site www.actukurde.fr.

En janvier 2012, le parti de la paix et de la démocratie (BDP) avait déposé plainte devant la Cour Pénale Internationale contre l’Etat turc pour crime contre l’humanité. En effet, selon le BDP, Erdogan avait donné l’ordre du massacre :

« Avez-vous donné l’ordre du massacre dans la nuit du 28 décembre 2011 ? Avez-vous commis ce massacre avec la complicité des Etats-Unis ? » a déclaré Aysel Tugluk, vice-présidente du Congrès pour une Société Démocratique (DTK), faisant allusion à un drone américain qui était sur place lors du massacre.

Pour Selahattin Demirtas, le vice-président du BDP, le silence d’Erdogan explique sa culpabilité. « Soyons clair. L’ordre du massacre vient d’Erdogan » souligne-t-il, affirmant que c’est la raison pour laquelle Erdogan refuse de rendre justice.

La diaspora Kurde, ainsi que des milliers de sympathisants turcs, se sont rassemblées le 28 décembre 2012 en soutien aux familles, à travers toute la Turquie, sous l’apophtegme :

« Que nos cœurs se transforment en pierres si nous l’oublions ».



La blogueuse Anne a traduit la lettre d’un des frères des victimes :

« Dans l’obscurité de la nuit, le froid, la boue et la peur de la mort, pas un d’entre eux n’avaient renoncé à prendre le chemin qui les mènerait vers la mort. Parce qu’ils y étaient obligés. L’un pour apporter une aide matérielle à sa famille, l’autre pour se procurer son argent de poche pour l’école, un autre, orphelin pour nourrir sa famille, un autre encore devait passer un examen universitaire, il allait gagner l’argent du voyage , ils sont partis mais ne sont pas revenus. Ô âmes sans scrupules, dépouillées de toute humanité. Ô assassins aux mains ensanglantées, A toi qui les as assassinés, je vais te présenter mes jeunes frères massacrés :

- Serhat Ençü avait 17 ans. Son père est trop âgé pour pouvoir travailler. Il y était allé pour pouvoir envoyer de l’argent à deux grands frères étudiants.

- Cemal Ençü avait 16 ans. Il était élève en dernière classe de lycée et y était allé pour se procurer son argent de poche pour l’école et payer les dettes de la cantine.

- Amza Encü avait 21 ans. Il venait de terminer son service militaire. Il y était allé pour venir en aide à sa famille.

- Serafettin Encü avait 16 ans. Il était élève en dernière classe de lycée. Sa mère est morte il y a cinq ans et il ne voulait pas prendre l’argent de son père. Il y était allé pour se procurer lui-même son argent de poche.

- Bedran Encü avait 14 ans. Il était élève en classe de collège. C’était le plus âgé des garçons de la famille et son père lui avait confié la responsabilité des plus jeunes. Aide-nous, mon fils, avait-il dit, et il y était allé avec ses frères.


- Sivan Encü avait 16 ans. Il y était allé pour aider sa mère que son père a quitté.

- Aslan Encü avait 17 ans. Son père est âgé. Il y a six ans son frère a été blessé par une mine. Il y était allé pour aider à payer les frais d’hôpital.

- Calal Encü avait 18 ans. Par fierté il ne voulait pas accepter d’argent de poche venant de son père ou de ses frères aînés.

- Hüseyin Encü avait 19 ans. C’était le garçon le plus âgé de la famille. Il devait partir cette année faire son service militaire. Son père avait des dettes. C’est pour l’aider qu’il y était allé.

- Selam Encü avait 22 ans. Nous étions dans la même classe au lycée. Il venait de terminer l’université. Il devait passer un examen et c’est pour payer le voyage qu’il y était allé.

- Fadil Encü avait 19 ans. C’était le garçon de plus âgé de la famille. D’autres de mes frères y vont, avait-il dit. Joyeux et insouciants, ils s’étaient mis en route ensemble.

Ô assassins aux mains ensanglantées ayant perdu toute humanité ! 20 de mes 24 autres frères n’avaient pas encore 20 ans et tous y étaient allés dans le but de gagner 50 TL (22 euros). Ils rapportaient (chacun) deux bidons contenant 30 kg de thé et deux sacs de sucre. C’est pour ça que vous les avez assassinés en les bombardant avec vos avions de guerre. Ils n’avaient pas mérité d’être attaqués avec une telle brutalité. Ô âmes sans scrupules ! Depuis des années ce peuple est broyé. Ses maisons ont perdu jeunes et petits, assassinés dans un endroit où la justice n’existe pas. Ils n’ont pas le pouvoir de vous demander des comptes. C’est à Allah que j’en réfère de la blessure suprême que vous avez infligée.
 »

Welat Encü, frère aîné de Serhat Encü.

Pour aller plus loin, voir cet article du Monde intitulé Massacre d’Uludere : Je vais te présenter ces morts que tu as assassinés – lettre de Welat Encü


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4 réactions à cet article    


  • daniel paul 9 mai 2013 17:56

    Je ne savais pas, mais que faire devant tnat de haine smiley


    • Aldous Aldous 9 mai 2013 22:10

      On leur a passé l’éponge pour le génocide Arménien, celui des Grecs Pontiques, des chrétiens Assyriens, l’invasion et la colonisation de Chypre...


      Pourquoi se gêneraient-ils contre les Kurdes ?

      • Ronald Thatcher Ronald Thatcher 10 mai 2013 14:34

        l’empire ottoman dans ce qu’il sait faire de mieux, avec le sandwich grec


        • travelworld travelworld 11 mai 2013 17:06

          Et dire que les Français vont en masse en vacances dans ce beau pays !

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