Adhésion tardive en 1972 à l’ex CEE (créée en 1957), hésitation à intégrer la zone Euro, établie en 1999, le Royaume-Uni ne fait manifestement pas partie de la locomotive de la construction Européenne.
Son plein soutien à l’administration Bush dans sa guerre d’Irak, malgré une désapprobation populaire remarquée, ne fit qu’étaler au grand jour la divergence de ses dirigeants avec ses principaux partenaires au sein de l’UE, sur le niveau de priorité à accorder au projet politique de l’Europe, si important pour l’équilibre géopolitique mondial. Analyse.
Certes, ce projet souffre encore d’ambigüité (Europe des nations ou Europe fédérale ?) tant l’histoire des nationalismes dans le vieux continent est pesante mais, sans prétendre se substituer à Michel Rocard pour expliciter son point de vue personnel, force est de constater que l’attitude hésitante du RU face à la construction Européenne s’explique, pour l’essentiel, par son historique et si spécial penchant atlantiste.
Américains et Britanniques ont un sentiment d’appartenance à un univers culturel commun : le Monde Anglo-Saxon. Outre la langue commune et l’héritage de l’empire britannique, ils partagent une certaine vision de l’entreprenariat, telle la flexibilité du marché du travail et la déréglementation financière.
L’histoire et le sentiment d’appartenance au monde Anglo-Saxon expliquent-ils tout ? Certainement pas. Aussi faut-il se référer aux intérêts économiques qu’ont les EU, et le RU avec, à maintenir la suprématie du Dollar face à l’Euro, monnaie adoptée depuis 1999 par la première zone commerciale au monde.
Pour comprendre les défis auxquels fait face l’économie britannique, un rappel historique s’impose.
Durant la première moitié du 20ème siècle, le RU a souvent eu besoin dans les moments décisifs de son histoire de l’engagement à ses côtés ou de l’aide des EU : le programme "Lend-Lease (*) (Prêt-Bail) [1941-1945], pour ne citer que cet exemple, fut dédié à l’appui économique et militaire des pays "amis » des EU durant la seconde guerre et bénéficia en premier lieu au RU puis à l’ex URSS.
« Nous nous trouvâmes devant une menace autrement redoutable que celle du maréchal [soviétique] Boulganine [emploi de la force pour écraser les agresseurs et rétablir la paix]. Sur les marchés des bourses mondiales, une attaque contre la livre sterling se développait avec une rapidité qui pouvait nous mettre dans une situation économique désastreuse.
Ce furent surtout les spéculations contre la livre sterling sur le marché américain ou par ordre américain qui aggravèrent notre position. Les chiffres furent donnés à
Quant à la situation économique, le RU dut traverser une crise marquée par le poids de la dette contractée durant la guerre et les difficultés croissantes de son secteur industriel.
L’orientation atlantiste du RU et ses hésitations vis-à-vis de la construction Européenne ne sont donc pas dues à un euroscepticisme primaire, comme on pourrait le croire, mais à la nature des politiques économiques et financières que ce pays dut engager pour se sortir de la crise.
En effet, frappé d’une forte récession en 1980-1981 malgré un prêt humiliant contracté auprès du FMI en 1976 [4], le RU fut contraint, sous Margaret Thatcher (1979-1990), d’emprunter le chemin du libéralisme économique, de la flexibilité du marché du travail et de la déréglementation financière (choix d’une option monétariste(*)).
Si ces choix s’avérèrent salvateurs au cours des années 1990 et permirent au RU d’éviter la récession et d’assainir ses finances publiques, il dut aussi migrer d’une économie fondée sur l’activité industrielle vers une économie de services (73% du PIB en 2007), avec une croissance à deux chiffres des services financiers, dont le poids est passé de 5% à plus de 10% du PIB sur la période 2001-2007, et Londres devenue la 3ème place financière mondiale après New York et Tokyo.
Il n’en demeure pas moins que l’économie de services du RU reste, selon les experts [5], très singulière, au point qu’il lui est difficile de s’intégrer à une coordination internationale des politiques monétaires en réponse à un cycle économique mondial, ni à une zone Euro plus rigoureuse en matière de politique monétaire, sans risquer de perdre son rang de puissance économique de premier plan.
C’est dans ce contexte que le RU dut, dés la fin des années 1990, opérer un rapprochement stratégique avec les EU, au moyen de la fusion de British Petroleum et American Oil Company, donnant naissance à la troisième compagnie pétrolière mondiale, BP-AMOCO [6].
De même, au début des années 2000, British Aerospace Systems (BAES) initia des alliances avec les principales entreprises américaines de l’armement, devenant ainsi l’un des premiers fournisseurs du Pentagone en matériels de défense [7].
Et ce fut le déclenchement de la guerre d’Irak, précipité par les attentats du 11/09/2001 mais communément attribué, aujourd’hui, à la volonté des EU de consolider la suprématie du dollar [8], monnaie de référence des transactions pétrolières, à travers la mainmise sur le pétrole Irakien.
La priorité accordée par le RU à son alliance politico-militaire avec les EU et son hésitation à intégrer la zone Euro, trouvent donc leur explication dans les choix économiques et monétaires des dirigeants britanniques.
La démarche unilatérale de l’administration Bush a rendu incontournable le rôle de l’Iran, mais aussi du Pakistan, dans tout désengagement militaire probant des EU d’Irak et d’Afghanistan.
L’éclatement de la crise financière de
Pour les volets militaire et sécuritaire, la relance de l’OTAN constitue, pour les EU, la principale alternative au concept d’actions militaires préventives, pour assurer une plus grande maîtrise de l’escalade des conflits (cas de l’Afghanistan et du Pakistan aujourd’hui).
Elle vise, à terme, de constituer sous l’égide des EU, avec l’Europe occidentale et leurs alliés d’Europe de l’Est et Turc, un front, plus cohérent et plus offensif face à
L’émergence d’une Europe politique et de la défense est donc, une fois de plus, différée et probablement pour de longues années.
L’Europe, qui dispose, comme le souligne Michel Rocard, du meilleur modèle économique et social, saura-t-elle, non seulement le préserver, mais profiter de la crise pour replacer l’économie au cœur de son projet politique d’union ? Les dirigeants Européens arriveront-ils à en convaincre leurs homologues Britanniques ?
L’aval des Etats-Unis, frappés de plein fouet par la crise, paraît, à la fois, si nécessaire et tellement improbable.
Sources :
[1] Jean Marc Four (2007) « Tony Blair, l’iconoclaste. Un modèle à suivre ? ». Mis en ligne sur http://www.diploweb.com/forum
[2] Site Web du journal The Independant
[3] http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/crise.suez.1956.html
[4] Journal le Monde (19/04/2009) « Un remake de 1976, année noire, hante le Royaume-Uni ».
[7] Site http://www.lockheedmartin.com/
[8] Marie Louise Duboin (2004) « La raison cachée de la guerre en Irak : le Dollar ». http://www.amessi.org/La-raison-cachee-de-la-guerre-en
[9] Jacques Charmelot (2009) « Le "smart power" américain, un défi pour l’Europe ». http://www.robert-schuman.org/question_europe.php?num=qe-127

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Voir ses articles, sa fiche et ses statistiquesPrécision : (De Gaulle) avant son décès en 1970 bien sûr.
13/05 12:18 - Ben KhabouBonjour Traroth, Il ne faut pas sous-estimer le rôle du RU dans la construction Européenne. (...)
13/05 12:06 - Ben Khabou"C’est la convergence de tous les pays issus de la civilisation européenne des deux côtés (...)
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