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Accueil du site > Actualités > International > Russie : retour vers le futur... ou vers le passé ?

Russie : retour vers le futur... ou vers le passé ?

Depuis 1991 et la disparition de l’URSS, et surtout pendant les années Eltsine, il était de bon ton, parmi les hommes politiques, les journalistes, les analystes et les observateurs, d’ironiser sur la situation de ce pays, sur son économie en ruine, sur son inflation stupéfiante, sur sa perte de prestige, sur son écroulement étatique, sur sa mafia et sa corruption, sur la chute sans fin de son Etat et de son armée.

 

Peu de personnes alors, à peine plus d’une poignée en France, ont suivi avec une attention humaine et un souci réel de la vie quotidienne et des souffrances de ce peuple de près de 143 millions de personnes à ce jour, l’évolution dramatique que ce pays gigantesque - le plus grand du monde en superficie - connaissait.

Aujourd’hui, les mêmes qui se moquaient de la Russie d’Eltsine se désintéressaient de son destin, niaient les sentiments d’humiliation et de rancune qui naissaient alors au sein de la population russe, sont stupéfaits de voir que, soudain pour eux, la Russie a retrouvé si vite une place « significative » à la fois dans les relations internationales et sur le marché économique mondial.

Et pourtant, la Russie est de nouveau là !


Historique d’une renaissance inattendue

Quand est intervenue la passation de pouvoir entre Eltsine et celui qui deviendra le président Poutine, un ex-officier du KGB, en 1999, au début en qualité de Premier ministre, puis en 2000, comme président de la Fédération, la majorité écrasante des observateurs estimaient que ce dernier ne pourrait que gérer la continuation du naufrage du pays sur tous les plans.

Cette opinion générale sur l’homme correspondait alors à un certain mépris pour le pays et son état d’ensemble du moment. Il semble manifeste, aujourd’hui, que les « évaluateurs » de Vladimir Poutine se soient très profondément trompés ou abusés eux-mêmes. Tant parmi ses partisans que parmi ses détracteurs, mais aussi chez ses interlocuteurs du monde entier, plus personne ne doute que l’homme soit résolu dans son action, intelligent dans ses tactiques, habile dans ses manoeuvres, fin stratège et excellent calculateur politique.

Il ne saurait être question de cacher aussi le revers de l’image et les travers que la réalité a avérés : Poutine est aussi un politicien ambitieux, dur, certainement peu regardant sur les méthodes utilisées - comme ses déclarations fracassantes sur les Tchétchènes l’ont prouvé - et d’un tempérament autocratique indéniable. Les questions de morale ne paraissent pas le tourmenter et son pragmatisme tant vanté pourrait aisément être vu comme confinant au cynisme.

Cela dit, il n’en reste pas moins que Poutine, avec ses qualités et ses défauts, a su utiliser, pour parvenir à ses objectifs politiques, les sentiments populaires profonds, les blessures psychologiques, les humiliations passées et, in fine, le nationalisme russe ainsi ravivé. Il a su, avec ces éléments, redresser l’Etat russe fédéral, relancer l’économie du pays et lui apporter une expansion annuelle honorable et, surtout, redonner confiance en lui-même à un peuple désemparé.

Mais, son bilan actuel ne s’arrête pas là, ni aux frontières internes de la Russie : il vient de lancer officiellement un programme ambitieux de réarmement, ce qui satisfait autant la fierté nationale retrouvée que cela apporte du travail à une classe ouvrière démoralisée ainsi qu’à des élites scientifiques jusqu’ici déclassées ; il a replacé la Russie au centre de grands processus diplomatiques, comme le dossier iranien l’a prouvé ; il l’a fait membre du G8 ; il a redonné à l’Etat russe, à un prix très modeste, le contrôle de secteurs économiques clés dont il a su faire des armes politiques efficaces, notamment le pétrole et le gaz naturel. Il met en oeuvre un vaste plan de soutien - surtout financier - à la natalité nationale, afin de tenter de mettre fin à la régression démographique engagée sous Eltsine.

En résumé, l’ancien petit officier méprisé du KGB a redonné à la Russie son statut mondial sur tous les plans et restauré un Etat, remis l’économie en marche avant et progresse à grands pas dans la restauration d’une armée moderne de haute technologie.

La question qui peut se poser maintenant est : que va-t-il faire de cette puissance recréée, quelle Russie veut-il bâtir et pour quels objectifs politiques ?


Une diplomatie habile mêlant intérêts communs et rapport de forces

Sans aucun doute, la Russie actuelle, avec son redémarrage économique, son réarmement massif, son action internationale, marque la fin de la première phase de l’action de Poutine. Il a, à ses yeux, récréé les instruments essentiels qui lui permettent, à lui et à son pays, de peser dorénavant dans les relations internationales et d’être respectés, voire craints.

Sa gestion des relations avec l’Ukraine, comme avec les républiques d’Asie centrale ou les Etats baltes issues de l’ex-URSS, témoignent d’une volonté nette d’hégémonie, mais aussi de tenace patience afin de saisir les situations opportunes. Sa politique avec l’Iran obéit avant tout aux intérêts qu’il estime être les siens et ceux de son pays. Sa manière de négocier avec l’Union européenne tout en tissant sa toile de relations économiques privilégiées avec plusieurs Etats des Balkans demandeurs de gaz, pétrole et d’électricité atteste que Poutine est un stratège rusé et patient, qui sait attendre son heure et agir à bon escient pour lui quand sonne l’heure de l’action.

Il vient de le montrer avec force dans le dossier, très symbolique à ses yeux, des déploiements de protection de missiles et de radars américains en Europe centrale. Sa proposition d’installation de ces équipements en Asie centrale, forçant les responsables américains à montrer à la face du monde - donc de son peuple, mais aussi de ceux, nombreux, qui craignent la suprématie américaine - que leurs objectifs réels n’étaient pas les buts annoncés, a été un coup de génie politique pour lui et son pays. 

Il construit maintenant ses liens avec le président vénézuelien, Hugo Chavez, dont le pays dispose du meilleur pétrole au monde et de très larges réserves, se donnant ainsi un accès direct à l’Amérique du Sud et au bloc des Etats locaux opposés à l’administration Bush. Il entretient une relation prudente avec la Chine (qui a besoin des métaux et du pétrole du sous-sol russe pour assurer son développement) et l’Inde, et s’en fait des partenaires commerciaux, ce qui, à terme, pourrait signifier des « amis politiques ».

Pour en revenir à l’Europe, ce qui se passe dans les Balkans est instructif. La Russie négocie son pétrole et son gaz naturel, voire d’autres minerais, avec des pays membres de l’UE dans cette zone. Il paraît limpide que Poutine vise à faire d’une pierre deux coups fructueux : se rapprocher des pays de la région en les désolidarisant de l’UE tout en se procurant des réserves monétaires en euros.

Suite aux récentes négociations entre la Pologne et l’UE sur ses difficultés énergétiques, la Russie est à l’affût ici aussi pour renouer avec les pays européens de l’Est et du Centre, aussi membres de l’UE. Chacun aura noté que la Pologne, et pas seulement elle, pourrait en effet recevoir facilement du pétrole, russe ou autre (vénézuelien par exemple) par sa frontière orientale avec la Russie... La même remarque peut être faite pour les Etats baltes. On peut voir là les prémisses d’une stratégie « douce » de dislocation rampante de l’UE, basée sur un art consommé de création de communautés d’intérêts économiques et de l’usage du rapports de forces. Visiblement, l’ours russe sait faire patte de velours quand son intérêt l’exige... ou se dresser de toute sa taille imposante.

Ces faits tracent les contours d’axes politiques qu’il serait bien vain de ne pas vouloir voir, même s’il convient de ne pas verser dans une exagération des risques ou des dangers.

Retour vers le futur... ou vers le passé ?

Chacun se rappelle Retour vers le futur, titre d’un célèbre film de science-fiction. Il semble bien qu’aujourd’hui, en ce début de XXIe siècle, nous soyions témoins de modifications fondamentales des relations internationales nées après 1991 de la fin brutale des accords de Yalta et Potsdam.

La Chine, bien qu’Etat instable pour le moins, occupe une place importante pour le moment dans les rapports mondiaux. L’Inde tend à apparaître comme une force avec laquelle il faudra compter désormais. L’Amérique du Sud se réveille et prend conscience de sa force et de ses potentiels. L’Union Européenne, à force de s’élargir, semble être devenu un trop grand et lourd navire ingouvernable, en perte de vitesse depuis 2005.

La Russie a fait son retour sur la scène mondiale dans ce contexte. Personne ne peut pour l’heure connaître ses buts précis, mais les faits en cours permettent aux personnes attentives de s’en faire une idée d’ensemble.

Assistons-nous à un retour vers le futur ou vers le passé ? Telle est la question que pose ce retour en force de la Russie, avec le président qui la dirige.




 














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11 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 2 juillet 2007 13:17

    Aprés le désastre Yeltsin, la Russie a eu la chance de tomber sur Poutine.

    Le blackout qu’a du subir le public occidental de la part de ses organes de presse concernant la Russie s’explique assez facilement. Yeltsin a été la proie facile d’oligarques qui ont mis le pays à sac. En reprenant la main, Putine en a fait fuir une bonne partie en Israël. Il est donc normal que toute leur presse lui tire dessus à boulets rouges. Ainsi nous avons remarqué que notre télévision ne montre jamais de la Russie une image neutre ou positive mais se contente de monter en épingle quelques petits détails qui permettent de la mépriser et de cracher dessus.

    Vous insistez un peu trop lourdement sur le réarmement de la Russie. Ils sont plutôt entrain de réorienter leur maigre budget et se concentrent sur l’essentiel, la modernisation de leur armement nucléaire. Face à la course entreprise par les USA on ne peut que les comprendre. Le budget russe de la défense est toujours inférieur au budget français. Les russes n’ont même pas dix sous-marins en activité contre plus de 50 pour les USA.


    • Philippe Vassé Philippe Vassé 2 juillet 2007 14:21

      Internaute,

      Merci de votre commentaire auquel je réponds avec un souci de vérité et d’ojcetivité sur les faits et les chiffres.

      Je ne pense pas que la France, comme la plupart des pays européens, ou les Etats-Unis, aient eu une presse qui faisait l’impasse (vous parlez de « black-out ») sur la Russie : il s’agit plutôt, à lire les articles qui ont été consacrés depuis 1991 à ce pays et à son principal dirigeant actuel depuis 1999, d’un manque de prise de conscience de ce qui se passait.

      On pourrait aussi parler, à la limite, d’une absence d’intérêt véritable ou d’une certaine incompréhension.

      Quant au réarmement en cours, que vous m’accusez étrangement de mettre en relief, s’il ne faut pas le surestimer, il serait tout aussi injuste et inadéquat de le mésestimer, voire de tronquer l’information publique : il ne s’agit pas d’un programme uniquement tourné vers l’armement nucléaire- ce qui est une erreur de compréhension- puisqu’une partie de l’effort financier annoncé par les médias russes va servir à moderniser, selon les responsables russes eux-mêmes, d’abord les systèmes ballistiques, en clair, les missiles d’attaque et de défense anti-missiles.

      Toujours selon les sources officielles russes, deux autres priorités sont fixées : l’aviation et sa modernisation technologique (incluant la défense anti-aérienne et anti-missiles) et l’armée de terre, notamment les blindés et les forces motorisées.

      Pour résumer, l’effort de réarmement est global et touche autant les armes conventionnelles que nucléaires.

      Pour la marine, je n’ai pu obtenir d’informations fiables, à l’exception de la construction en cours de sous-marins nucléaires du type BOREI. Mais, sous toute réserve, il semblerait qu’elle ne soit pas pour le moment une priorité pour les autorités.

      L’explication en est d’ailleurs assez simple : les carnets de commande des industries navales militaires russes de navires et de sous-marins sont déjà remplis, outre les programmes russes en cours, par des demandes étrangères (Vénézuela entre autres récemment), et le pays a besoin de devises.

      Sur la question du budget militaire russe, il paraît peu sérieux de se fier aux seuls chiffres officiels budgétaires. Ainsi, la vente de matériel militaire à divers Etats fournit aussi des moyens financiers à l’Etat russe pour accélérer ses programmes définis comme prioritaires.

      Un chiffre pour réfléchir : en 2006, le seul Vénézuela a acheté pour 3 milliards de dollars US de matériel militaire russe : des navires, des hélicoptères, des avions de combat récents et divers types d’armes portatives. Et il n’est pas le seul client de la Russie....

      C’est ce que disait en substance avec « finesse » voici 3 jours le Ministre de la Défense russe en rappelant à tous que la Russie disposait de nouveau d’un « complexe militaro-industriel » de haute technologie et rénové !

      Le message était clair et accompagné du tir réussi d’un nouveau missile (le Bulava) à partir d’un sous-marin, le Dimitri Donskoï, missile qui a parcouru 6700 km. Rappelons que le premier essai du Bulava en décembre 2006 n’a pas été annoncé du fait de son échec.

      Bien cordialement vôtre,


      • wawa wawa 2 juillet 2007 17:03

        vous oubliez une précisions importante : le renouveau de la russie doit avant tout à la remontée spectaculaire des prix des hydrocarbures. Poutine n’aurait rien pu faire sans cette fantastique perche de secours !!!!! il s’est d’ailleurs employé avant tout a controlé la production petrolière(affaire iuokos, reconstitution de gazprom) et ainsi que la presse. je ne suis pas sur que sans cette donnée, il est pu faire grand chose pour redresser son pays et je ne crois pas qu’on puisse parler de renouveau quand un pays ne dépend que d’un seul secteur ! poutine, fin tacticien peut etre, mais au niveau stratégique, je ne pense pas qu’un peuple puisse gagner le jeu de la super puissance sans se mettre un garde fou politique (en clair une opposition et des élections qui vous virent quand vous faites trop de conneries

        Le cas du venezuela est similaire, chavez ne pourrait pas faire ces rotomondadaes si’il n’était pas assis sur ces reserves de pétrole, non « le meilleur petrole au monde » mais du brut ultra lourd trés visqueux et difficile a extraire mais que les ricains achete faute de mieux !

        non le dictateur qui m’impressionne le plus c’est castro !!! jouer au echec avec les ricain comme il le fait depuis 50 ans, sur son bout d’ile quasiment sans ressource ! a part l’organisation du transit de cocaine vers les US chapeau !!!

        Le cas de la chine en equilibre sur un fil, mais peut etre moins instable qu’on ne le pense malgré un mariage osé entre un système soviétique et une economie de marché est aussi surprenant. ce sera probablement eux les prochains« maitres du monde », il ont la superficie, la population et l’unité nationale pour eux.


        • Philippe Vassé Philippe Vassé 2 juillet 2007 17:54

          Wawa,

          Votre commentaire recoupe en partie à son début ce que dit exactement l’article sur le pétrole et le gaz, sans oublier d’autres matières premières dont la demande chinoise et indienne font monter les prix mondiaux.

          Poutine a quand même eu le « mérite » de ramener à l’Etat, justement, les secteurs « stratégiques-clés » qui étaient nécessaires à sa politique, notamment parce qu’il prévoyait l’évolution de la situation que l’expansion des économies chinoises et indiennes, alliée à la situation explosive au Proche et Moyen-Orient, produirait inévitablement. Les cours mondiaux ont monté, mais si l’Etat russe n’avait pas auparavant nationalisé Ioukos et Gazprom de facto, cette hausse n’aurait pas financé le redressement russe en cours, mais alimenté des groupes oligarchiques privées. Il faut ici remettre le faits dans leur ordre chronologique.

          A l’évidence, l’économie russe actuelle ne s’appuie pas exclusivement sur le gaz et le pétrole- c’est là une vision dépassée depuis au moins 2003- mais sur un véritable rédémarrage industriel et minier, dont j’ai donné quelques exemples avec l’immense programme de réarmement qui a, entre autres objectifs, celui de fournir des emplois stables et des revenus pérennes tant aux chercheurs et scientifiques qu’à une classe ouvrière qui se reconstitue lentement. Et je n’ai fait qu’effleurer les chiffres des ventes d’armes russes en hausse très rapide.

          Je partage votre sentiment sur la nécessité, pour les citoyens russes comme pour la stabilité du monde, d’avoir en Russie une démocratie avec ses forces politiques diverses, un débat public libre et des élections honnêtes. Mais, pour le moment, ce n’est pas vraiment le cas !

          Sur le pétrole vénézuélien, tous les experts pétroliers sont d’accord et formels : c’est bien le meilleur du monde et celui qui est le plus rentable en termes d’usages divers ainsi que de facilités de raffinage.

          Sur la Chine, je vous renvoie à ce que j’ai écrit récemment sur ce pays que je connais bien et dont je suis avec soin les évolutions de fond depuis près de 20 ans. Pour l’heure, les faits récents, comme les événements qui scandent la préparation du 17ème Congrès du Parti unique, ne montrent ni une stabilité sociale et économique, ni une stabilité de l’Etat, ce dont le discours récent du Président Hu au Comité Central élargi du Parti- 26 juin dernier- témoigne à sa façon.

          D’ailleurs, on va pouvoir bientôt juger sur pièces la « force » et les capacités de l’Etat chinois dans l’application ou non sur le terrain du nouveau Code du Travail votée par l’Assemblée Nationale Populaire. Tous les observateurs savent que c’est sur la mise en oeuvre de ce texte que le régime va être jugé par la grande majorité des citoyens chinois qui subit depuis plus de 25 ans une dégradation rapide de son niveau de vie tandis que les couches dirigeantes- environ 10 à 12% de la population- se sont immensément enrichies.

          C’est donc un dossier capital pour le régime, son parti unique et l’Etat chinois. Quant à l’unité nationale, alors qu’on approche pour 2007 des 500.000 « incidents sociaux » en moins de 6 mois, il semble qu’on en soit loin, très loin et qu’on s’en écarte de plus en plus.

          Mais, il est vrai qu’en France, la Chine est si lontaine que l’on ne voit souvent que ce qui est présenté en gros plan par les autorités, puis relayées par les grands médias, et non la réalité....

          Bien cordialement vôtre,


        • Stephan Hoebeeck Stephanesh 2 juillet 2007 18:25

          Bonjour

          Pouvez vous donner des références aux 500000 incidents sociaux ou préciser

          Cordialement


        • Philippe Vassé Philippe Vassé 3 juillet 2007 03:02

          Stephanesh,

          Je réponds avec plaisir à votre légitime demande de source sur les « incidents sociaux » en Chine. Pour suivre ces événements, vous avez en gros trois sources :
          - la presse de langue chinoise, voire anglaise, tant en Chine, qu’à Hong-Kong et à Taiwan qui, si on la décortique chaque jour patiemment, offre de nombreux témoignages, bien qu’incomplets, de la hausse des conflits sociaux et des émeutes en Chine.
          - Les statistiques du Ministère de l’Intérieur et du Bureau de la Sécurité Publique-BSP : bien que ceux-ci minorent tous les faits, tant le nombre d’« incidents » que celui des participants, ils sont un excellent « indicateur », au sens premier du mot, de la montée en force de la colère populaire, tant dans les grandes villes que dans les milieux urbains.
          - Enfin, vous pouvez avoir des données méticuleusement recueillies, collectées et comptées via les médias des organisations démocratiques chinoises, par exemple via : newsletter@newsletter.clb.org.hk lettre électronique des syndicalistes libres chinois rédigée en chinois et en anglais et à laquelle tout un chacun peut s’abonner librement.

          Enfin, pour ce qui concerne le processus lui-même, vous avez aussi, à lire en filigrane, car sa rédaction est assez « technocratique » et politiquement prudente pour diverses raisons très compréhensibles, le rapport de la BDA- Banque de Développement Asiatique de décembre 2006.

          Espérant vous avoir apporté les pistes vers les diverses sources utilisées pour suivre la montée rapide des tensions sociales en Chine, avec leurs particularités propres.

          Bien cordialement vôtre,


        • Philippe Vassé Philippe Vassé 3 juillet 2007 03:35

          Stephanesh,

          Je réponds avec plaisir à votre légitime demande de source sur les« incidents sociaux » en Chine.

          Pour suivre ces événements, vous avez en gros trois sources possibles et une quatrième servant de validation « officielle » :

          1) la presse de langue chinoise, voire anglaise, tant en Chine, qu’à Hong-Kong et à Taiwan qui, si on la décortique chaque jour patiemment,offre de nombreux témoignages, bien qu’incomplets, de la hausse accélérée des conflits sociaux et des émeutes en Chine. On peut aussi y rajouter les cas de plus en plus « publics » de corruption *

          2) les statistiques du Ministère de l’Intérieur et du Bureau de la Sécurité Publique-BSP : bien que ceux-ci minorent tous les faits, tant le nombre d’« incidents » que celui des participants, ils sont un excellent « indicateur », au sens premier du mot, de la montée en force de la colère populaire, tant dans les grandes villes que dans les milieux urbains.

          3) enfin, vous pouvez avoir des données méticuleusement recueillies,collectées et comptées via les médias des organisations démocratiques chinoises, par exemple via : newsletter@newsletter.clb.org.hk lettre électronique des syndicalistes libres chinois, rédigée en chinois et en anglais, et à laquelle tout un chacun peut s’abonner librement. On peut aussi obtenir des données assez affinées par Human Rights Watch in China- HRWC.

          Enfin, pour ce qui concerne le processus lui-même, vous avez aussi , à lire en filigrane, car sa rédaction est assez « technocratique » et politiquement prudente pour diverses raisons très compréhensibles, le rapport de la BDA- Banque de Développement Asiatique- de décembre 2006 que j’évoque dans un autre article d’Agoravox paru aussi hier. Il s’agit là d’une sorte de « valisation officielle » du processus et de son importance réelle.

          Espérant vous avoir apporté les pistes vers les diverses sources utilisées pour suivre la montée rapide des tensions sociales en Chine, avec leurs particularités propres.

          Bien cordialement vôtre,

          * Le Président Hu a indiqué lors de la réunion du Comité Central élargi du Parti unique chinois le 26 juin dernier : « Les organisations du Parti à tous les niveaux doivent reconnaître pleinement la nature complexe, de longue haleine et difficile de la lutte contre la corruption » -source : presse chinoise et agences de presse-


          • finael finael 3 juillet 2007 13:59

            Il serait peut-être judicieux de relativiser le poids de la personalité de Vladimir Vladimirovitch Poutine dans le « durcissement » et l« autoritarisme » de sa politique :

            - Ce n’est pas l’URSS qui a été démantelée, mais bel et bien la Russie, dont Kiev a été la capitale pendant près de mille ans.

            - Nous (les occidentaux) avons applaudi au dépeçage de la Russie historique et la création des pays fictifs : l’Ukraine, la Biélorussie (« Pays des Russes Blancs »), le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, ...

            - Par un « hasard » extraordinaire, les USA y installent des bases et/ou soutiennent des régimes quasi-dictatoriaux encerclant ce qu’il reste de la Russie.

            - La population russe, dans sa très grande majorité, gronde contre cette véritable invasion, comme contre l’introduction forcée d’une « libéralisation » s’étant traduite par une chute de 40% du PIB et de 60% du pouvoir d’achat de la grande majorité des gens. Et cela sous la houlette de Boris Eltsine, porté à bout de bras par les USA, le FMI et la Banque Mondiale (relire « La grande Désillusion » de Joseph E. Stiglitz) ... et les russes le savent !

            - Poutine doit donc tenir compte du ressentiment de sa population vis à vis de « l’occident » en général. Ainsi que de son rejet, aussi bien de Gorbatchev que de Eltsine, perçus comme les bradeurs du pays.

            - Enfin, la Russie n’a aucune culture démocratique, la seule parenthèse démocratique qu’elle ait connue allant de février à novembre 1918.

            Quant à l’armée russe, bien que « s’exerçant en conditions réelles » en Tchétchénie (où la guerre dure depuis 150 ans ... détail), elle n’est plus grand chose. Déjà qu’elle avait été volontairement surestimée durant la guerre froide, elle n’est plus capable de mener la moindre opération de « haute intensité » comme disent les militaires.


            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 4 juillet 2007 00:48

              Deux éléments qui se semblent importants. le premier, c’est que la population russe a joui de la meilleure formation technico scientifique qui soit. La plus pointue là ou la défense l’exigeait, mais surtout la plus large et la plus diffuse. Incomparablement supérieure à la formation américaine qui produit des PH.D en grand nombre... mais surtout un nombre effarant d’analphabètes fonctionnels et d’incultes.

              Le résultat a été que l’on vit le même phénomène qu’en Allemagne des années "50 ; même si on a systématiquement tout fait pour détruire la Russie, on n’a pas pu détruire sa capacité à se reconstruire. À la première occasion, le géant renait. Poutine a été l’occasion.

              Le deuxième élément est la fierté MORALE de la Russie qui, aprés s’être dissoute dans l’opprobre inculquée par les spin-doctors du capitalisme, s’est confrontée à la réalité des intrus qui sont venus la piller après la chute de l’URSS, est elle aussi à renaitre. La nouvelle génération est consciente que, même si le communisme a laissé la porte ouverte à la tyrannie et a mené à une catastrophe, il n’en était pas moins, dans ses principes et sa vision du monde, un système supérieur à la pseudo démocratie qui sévit aujourd’hui aux USA, par exemple. Il n’y avait pas de Bronx en URSS.

              J’ai fait 10 fois la Russie depuis 1990. Si l’Europe n’était aujourd’hui soumise à des intérêts à bien court terme, elle verrait que son avenir passe par l’intégration de la Russie, qui ferait immédiatement de l’Europe, sur tous les plans, la première puissance du monde. Cela au moment où il est clair que les USA n’ont plus la crédibilité de garder le leadership de l’Occident.

              http://www.nouvellesociete.org/5149.html

              Pierre JC Allard


              • Philippe Vassé Philippe Vassé 4 juillet 2007 04:14

                Pierre,

                Votre commentaire est très intéressant, mais quelques précisions s’imposent, à mon sens, afin de ne pas généraliser de manière excessive :

                - sur le niveau technico-culturel : s’il est vrai que le système d’enseignement de l’ex-URSS était très efficace, il n’a pas fait de TOUS les citoyens russes des ingénieurs et techniciens ou des chercheurs scientifiques qualifiés, mais il est exact qu’il en a produit beaucoup et de grande qualité -voir la société Kaspersky par exemple ou le succès des scientifiques russes émigrés aux Etats-Unis, Allemagne et en Israël pendant l’ère Eltsine.

                - Il est par contre totalement vrai que c’est cet enseignement de haute qualité qui a créé les forces technico-scientifiques qui contribuent maintenant au relèvement général de la Russie moderne. On pourrait y voir une contribution ironique posthume de l’ex-URSS au présent et à l’avenir de la Russie présente.

                Sur le deuxième point, il me semble que les choses sont un peu plus complexes que celles que vous décrivez, même si je serais tenté d’abonder dans votre sens.

                Le régime de l’ex-URSS, qui a traversé des périodes difficiles et des crises mondiales en surmontant les pires catastrophes (comme la guerre civile, la crise de 1929, la seconde guerre mondiale, ses destructions gigantesques et ses 20 millions de morts), a effectivement été capable, malgré tous ses défauts, de produire une société où la culture scientifique et technique était valorisée, où le pays avait une fierté nationale, une puissance et une aura que le régime Eltsine, corrompu et en rupture totale avec ses amarres « culturelles » profondes, a jetés à bas brutalement, avec l’aide des experts du FMI et des « Chicago boys » américains. Cela a laissé des traces profondes et le retour de bâton est apparemment en route....

                Sur votre dernier point, je pense que vous avez (malheureusement) raison sur l’UE face à la Russie. La politique de la direction de l’UE, notamment sa soumission permanente aux intérêts américains, favorise au contraire, de fait, une sorte d’opposition latente avec la Russie.

                La problématique russo-européenne est que l’UE n’est rien d’autre qu’une construction artificielle en instabilité permanente, sans socle durable commun possible dans le cadre qui est le sien, traversée de courants et d’intérêts contraires, s’élargissant sans cesse et donc clouant elle-même son propre cercueil.

                L’UE ressemble à un nouvel empire romain byzantin sans vision historique alors que la Russie reprend sa place sur la scène internationale avec une direction politique qui est ce qu’elle est, mais dispose d’un Etat ayant une cohésion historique.

                Ceci dit, l’Histoire continue - à moins qu’elle ne bégaie et se répète- et la vie politique internationale évolue.

                Bien cordialement vôtre

                PS : je « profite » de l’occasion pour vous dire combien j’ai apprécié plusieurs de vos contributions qui me paraissent empreintes d’une solide érudition et s’appuyer sur une réflexion de fond pertinente.


              • Philippe Vassé Philippe Vassé 5 juillet 2007 03:28

                A Pierre JC Allard,

                Je viens de trouver en ligne et en anglais cet article au titre instructif des représentants du parti russe Yabloko.

                Je le verse au débat que vous avez initié dans votre commentaire ci-dessus concernant les relations à définir entre la Russie et l’UE.

                Bonne journée à vous,

                Expanding the European Union, not an empire

                EU expansion after 2004 marked a new chapter in European history, but it did not come with a sense of integration by Grigory Yavlinsky and Victor Kogan-Yasny

                Wednesday, Jul 04, 2007, Page 9

                Nation-states are built on ethnic and territorial unity, and their histories and political development are grounded in a sense of collective identity. Empires emerge when a national group considers its existence inside its territorial borders either risky or ineffective, and embarks on a forced expansion that is usually connected with large-scale violence.

                Western Europe found another route for its development only after World War II, when Hitlerism lay in the past but Stalinism posed a very present danger. Western European intellectuals realized that both nationalism and imperialism were unacceptable approaches to state-building, and that European stability required a union of nations that could and should expand, but that would never be transformed into an empire.

                Western Europe’s political elite was quick to adopt this position, and America’s « Euro-Atlantic » political thinking, together with the Marshall Plan, contributed to it decisively. The Treaty of Rome, together with the establishment of the Council of Europe, embodied a legal, economic, and political — but mostly a philosophical — breakthrough.

                A fundamental change occurred in Europe when the failure of Soviet communism opened up entirely new opportunities. But it is impossible to escape the feeling that Western Europeans and the Americans were eager to exchange their strategic Cold War perspective for one focused narrowly on trade and commerce.

                Those who were ready to consider cooperation with Gorbachev’s Soviet Union in 1990 — the same year that the Charter of Paris aimed to establish a « Europe from Vancouver to Vladivostok » — had by 1992 begun to neglect Russia and the other former Soviet republics, with the exception of the Baltic states. Instead, the West chose to pursue only a tactical relationship with Russia’s post-Soviet bureaucracy.

                Western leaders lacked the nerve to engage with the Russian people in a spirit of full cooperation, and at the same time to openly condemn the new Russian state’s human rights violations. The West overlooked authoritarian tendencies as long as Russia’s problems were not exported.

                Many influential experts simply inverted the economic determinism that characterized the most primitive Marxists, and assumed that at some point European-style politics would develop spontaneously in Russia from free-market ideas.

                For the Soviet people, however, Europe and the West were characterized by their respect for the individual, intellectual freedom and the dignity of human life ; the ability to conduct business was secondary. The USSR collapsed not for economic reasons, but because the slight lifting of the Iron Curtain revealed a reality that stood in stark contrast to the idea that people were subordinate to the state.

                The EU’s enlargement after 2004 marked the beginning of a fresh chapter in European history, but it did not illustrate a new pan-European strategy or a renewed sense of integration. For the first time since its founding in 1957, the EU was forced to consider how far Europe’s borders extend in terms of politics, economics and culture.

                To be sure, Russia has always been historically separate from the Western European tradition and from the nation-state civilization that emerged after the Treaty of Westphalia of 1648. However, this division was far from absolute, and in the nineteenth century, Western Europe, Central Europe and Russia were closely linked as a united cultural and economic space, which grew and developed despite religious diversity and political upheavals. Fyodor Dostoyevsky noted that Russia needed Europe, and that Europe was the second Russian fatherland. But everything changed after the WWI and the Bolshevik revolution.

                The relationship between the EU and Russia today is fully pragmatic, based on Realpolitik and trade, which in turn eclipses the strategic perspective. But oil, gas and metals are not the best way to build bridges between people. The sort of bridges we need require very different materials.

                Both Russian and Western European isolationists favor much the same harmful approach. Accustomed to authoritarianism and burdened by post-totalitarian complexes, the majority of Russians are nonetheless neither isolationist nor anti-Western. But passive isolationism, characterized by the idea that everything outside Russia is somehow abstract, is an integral part of the Russian mindset. This type of thinking creates very great dangers for Russia, and is just as dangerous for its neighbors and the West.

                Human rights, openness and democratic values should be genuinely shared as a means to achieve a true partnership. In the modern milieu of government and corporate bureaucracies, it is difficult to speak in these terms. However, strategically, there is no way to sugarcoat the serious language that must be used in a dialogue between partners. There is still hope that Europe’s political future will not be one of risky « multipolarity, » but instead one of cooperation based on the values of freedom and justice.

                Grigory Yavlinsky is chairman of the Russian United Democratic Party Yabloko. Victor Kogan-Yasny is political adviser to Yabloko and chairman of the Regional Civic Initiative in Moscow.

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